Depuis une quarantaine d’années, de plus en plus de couple se défont. De moins de 50.000 par an au début des années 70, le nombre de divorces prononcés en France est passé à plus de 150.000 au début du XXIème siècle. Alors est-ce le mal du siècle ou est-ce dans la nature même de l’amour que d’être éphémère ? L’amour au sein d’un couple a-t-il vocation à durer ? L’impermanence du couple est-elle inscrite dans l’ADN du couple ?
Ou y aurait-il des recettes permettant d’entretenir sa relation amoureuse? Existe-t-il des conditions permettant à l’amour de triompher de l’épreuve du temps? En fait, il faut d’abord poser comme postulat que tout sentiment amoureux évolue et murit avec le temps. On ne peut s’aimer de la même manière à 20 ans et à 60 ans. Au commencement domine le bonheur d’être ensemble et le désir de réaliser des projets communs, l’Amour est alors très passionnel, voire fusionnel. Puis vient le temps des inévitables désillusions, des réajustements s’imposent et l’on découvre son partenaire sous un nouvel angle. Ainsi évolue la façon d’aimer. Il est évident que toute personne au long de sa vie va évoluer physiquement et mentalement. L’art du partenaire d’un couple solide est de vous accompagner dans vos changements. L’enjeu consiste à évoluer de son côté tout en préservant la stabilité de son
attachement. Ainsi, certains couples résistent des tempêtes terribles.
L’impermanence du couple fait partie intégrante de la vie du couple.
Car le réel problème n’est pas d’éviter les crises de couple mais de les surmonter pour permettre aux partenaires de retrouver ensemble des horizons plus sereins. Bien sûr il existe des fondamentaux permettant au couple une longévité : l’entente sexuelle en fait partie. De longues périodes d’abstinence sont nuisibles à la santé du couple. Il faut trouver une harmonieuse combinaison entre la régularité des rapports et la part de jeu et de fantaisie qui avivent le désir. Un autre facteur de stabilité du couple est l’admiration réciproque. Pour chacun, l’autre doit être surdoué dans un domaine particulier, peu importe lequel pourvu que l’on soit fier de son partenaire de vie, fut-ce à propos de la plus modeste des vertus. Il ne faut pas sous-estimer par ailleurs l’importance des rituels du couple, les gestes coutumiers, le baiser au réveil, le marché du samedi,… La force positive de l’habitude finit par l’emporter sur l’inconstance des sentiments.
Un autre élément de stabilité peut résider dans l’alternance des rôles, les moments où l’homme va se comporter en petit garçon avec sa compagne sans pour autant se sentir infériorisé, autant d’états régressifs passagers indispensables à l’harmonie de la relation. Un élément essentiel est le respect de chacun de la part de solitude de l’autre. A ces conditions, l’être aimé est celui qui me procure la plus enivrante sensation de vivre et à qui j’insuffle la même sensation. En d’autres termes, mon partenaire est celui qui tire de moi la quintessence de mon être et me rend heureux. La difficulté réside dans le fait que le même être est également celui qui, par sa seule altérité, me limite, refreine mes désirs, me frustre et me contrarie. L’autre peut être à la fois le meilleur éveilleur de vie et le pire censeur. L’aimé est un génie à deux visages qui me donne des ailes et les brise à la fois.
Car la souffrance est inhérente à la nature de la relation amoureuse. Au cœur de l’amour gît la souffrance. Au-delà des déchirements dus aux crises que tout couple traverse et de la douleur des ruptures, d’autres tourments sont intrinsèques à l’amour, des tourments quotidiens endurés par ceux qui s’aiment avec passion. La jalousie, la culpabilité, les remords, les renoncements, les angoisses provoquées par l’absence ou la défaillance de l’autre, ou simplement les frustrations dues à son incapacité à nous satisfaire. Tous ces tracas montrent que le plus merveilleux des êtres aimés est aussi le plus cruel des tourmenteurs.
Mais tous les amoureux ne sont pas des masochistes ! En fait, le secret réside dans l’entretien perpétuel d’un certain niveau de frustration. Gage de la longévité, la frustration doit devenir une condition de notre normalité. D’où le rôle du partenaire de vie : en nous gratifiant et en nous décevant, il devient le thermostat de nos humeurs…

