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Le conflit de loyauté de l’enfant face au parent narcissique : Comprendre, identifier et protéger

par | 16/11/2025 | Pervers-narcissiques, Psychologique

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr

Lorsqu’un parent présente un trouble de la personnalité narcissique, les enfants se retrouvent pris dans un piège émotionnel particulièrement dévastateur : le conflit de loyauté. Cette situation, décrite pour la première fois par le psychiatre Ivan Boszormenyi-Nagy dans les années 1970, place l’enfant dans l’impossibilité de préserver simultanément son lien avec ses deux parents sans trahir l’un ou l’autre. Dans le contexte spécifique d’une séparation conflictuelle impliquant un parent manipulateur, ce dilemme prend des proportions dramatiques, transformant l’enfant en otage émotionnel d’un conflit qu’il ne peut ni comprendre ni résoudre. La violence psychologique qui en découle, bien qu’invisible, constitue une forme de maltraitance aux répercussions profondes et durables.

Cet article propose une analyse approfondie articulée autour de trois axes essentiels :

– 1/ La nature du conflit de loyauté et ses manifestations spécifiques lorsqu’un parent présente un profil narcissique ;

– 2/ Les mécanismes psychologiques et familiaux qui engendrent et entretiennent cette dynamique destructrice ;

– 3/ Les stratégies de protection et d’accompagnement permettant de préserver l’équilibre psychologique de l’enfant et de favoriser sa reconstruction.


I. L’anatomie du conflit de loyauté : quand l’enfant devient otage émotionnel

Le conflit de loyauté : définition et mécanisme fondamental

Le conflit de loyauté se définit comme une situation dans laquelle l’enfant se trouve placé, de façon explicite ou implicite, devant l’obligation impossible de choisir entre ses deux parents. Selon la théorie contextuelle de Boszormenyi-Nagy, la loyauté représente une « dette existentielle » que chaque enfant contracte naturellement envers ses parents du simple fait d’avoir reçu la vie. Cette loyauté verticale, qui maintient normalement la différence entre générations, constitue un pilier sain du développement psychologique.

Cependant, lorsque les parents se séparent dans un climat conflictuel, particulièrement en présence d’un parent présentant un trouble narcissique, cette loyauté naturelle se transforme en conflit insoluble. L’enfant se trouve tiraillé entre deux attentes contradictoires : aimer ses deux parents tout en étant soumis à la pression, consciente ou inconsciente, d’en rejeter un. Cette situation crée ce que les cliniciens nomment une « loyauté clivée », où l’enfant pense devoir choisir la cause de l’un de ses parents au détriment de l’autre.

Le paradoxe est cruel : si l’enfant aime sa mère, il trahit l’amour de son père ; s’il aime son père, il trahit l’amour de sa mère. Et s’il ose aimer les deux simultanément, il a le sentiment de trahir les deux à la fois. Cette configuration génère un conflit intrapsychique profond, une souffrance psychologique constante qui peut se manifester par une multitude de symptômes.

Les manifestations spécifiques avec un parent narcissique

Lorsqu’un parent présente un trouble de la personnalité narcissique, le conflit de loyauté revêt des caractéristiques particulièrement destructrices. Le parent narcissique, incapable de considérer l’enfant comme un individu distinct avec ses propres besoins et émotions, le transforme en extension de lui-même, en objet destiné à satisfaire ses besoins pathologiques.

Le parent pervers narcissique instrumentalise systématiquement l’enfant dans sa quête de domination et de contrôle. Cette instrumentalisation prend plusieurs formes insidieuses :

L’aliénation parentale active : Le parent manipulateur entreprend méthodiquement de détruire l’image de l’autre parent aux yeux de l’enfant. Il emploie des techniques sophistiquées de dénigrement : surnoms péjoratifs, rappels constants des défauts réels ou imaginaires, interprétations malveillantes de chaque geste du parent cible. Cette campagne de dénigrement s’accompagne souvent d’un discours victimaire où le parent narcissique se présente comme martyrisé par l’autre parent, éveillant la compassion et l’instinct protecteur de l’enfant.

Le triangle dramatique : L’enfant se voit attribuer un rôle dans le théâtre familial orchestré par le parent narcissique. Il peut devenir le « sauveur » du parent manipulateur présenté comme victime, le « confident » recevant des informations inappropriées sur le conflit parental, ou encore le « messager » chargé de transmettre des messages hostiles ou des exigences à l’autre parent. Ces rôles, totalement inadaptés à l’âge et au développement de l’enfant, le placent dans une position d’hyper-responsabilisation pathologique.

La parentification inversée : Le parent narcissique inverse les rôles générationnels en s’appuyant émotionnellement sur l’enfant. Ce dernier devient celui qui console, rassure, prend soin du parent supposé adulte. Cette inversion crée une confusion profonde dans les repères structurants de l’enfant et l’empêche de vivre sa propre enfance.

Le chantage affectif constant : Le parent narcissique conditionne son amour et son approbation à l’adoption par l’enfant de sa vision déformée de la réalité. L’enfant comprend rapidement, souvent de façon inconsciente, qu’exprimer de l’affection pour l’autre parent ou simplement mentionner positivement le temps passé avec lui déclenche des réactions négatives : bouderie, froideur, reproches voilés ou explosion de colère.

Les symptômes visibles et invisibles chez l’enfant

Le conflit de loyauté génère une symptomatologie variée et complexe qui évolue selon l’âge de l’enfant, son tempérament et l’intensité du conflit parental. Ces manifestations constituent autant de signaux d’alerte pour les professionnels et le parent protecteur.

Les troubles émotionnels apparaissent en première ligne : anxiété généralisée se manifestant par des crises d’angoisse, difficultés de concentration, agitation ou au contraire inhibition excessive. L’enfant peut développer des peurs irrationnelles, particulièrement la peur de l’abandon par le parent qui est parti, voire par celui qui reste. Les troubles du sommeil sont fréquents : difficultés d’endormissement, cauchemars récurrents, réveils nocturnes. Un sentiment de culpabilité envahissant s’installe progressivement, l’enfant se persuadant qu’il est responsable de la séparation parentale ou des souffrances de ses parents.

Les manifestations comportementales varient selon l’âge. Les jeunes enfants peuvent présenter une régression développementale : énurésie nocturne alors que la propreté était acquise, langage plus infantile, comportements de « bébé » comme s’ils tentaient inconsciemment de ramener leurs parents à une époque antérieure au conflit. À l’inverse, certains enfants développent une hypermaturité troublante, renonçant à leurs propres désirs, anticipant constamment les besoins et les réactions des adultes, se comportant comme de petits adultes sérieux et responsables.

Les troubles relationnels se manifestent par un isolement social progressif, l’enfant préférant se replier sur lui-même plutôt que d’affronter les questions de ses pairs sur sa famille. Les difficultés scolaires apparaissent fréquemment, l’énergie psychique étant entièrement mobilisée par la gestion du conflit familial. Dans certains cas, on observe même le développement d’une phobie scolaire, l’école devenant le lieu où l’enfant craint d’être questionné sur sa situation familiale ou où il culpabilise de ne pas être présent pour soutenir le parent perçu comme fragile.

Les manifestations somatiques traduisent l’expression corporelle d’une souffrance psychique indicible : maux de ventre récurrents sans cause organique, céphalées fréquentes, troubles alimentaires (perte d’appétit ou au contraire comportement de réconfort alimentaire), fatigue chronique malgré un sommeil suffisant.

Un symptôme particulièrement révélateur est le changement de discours selon l’interlocuteur : l’enfant adopte des positions contradictoires selon qu’il parle au parent narcissique, au parent cible, à un tiers neutre. Cette adaptation caméléonesque témoigne de la tentative désespérée de l’enfant de maintenir l’équilibre et d’éviter les représailles de chacun.


II. Les racines du conflit : comprendre les mécanismes pathologiques à l’œuvre

La structure narcissique et ses besoins pathologiques

Pour comprendre pourquoi le parent narcissique place systématiquement l’enfant dans un conflit de loyauté, il est essentiel de saisir la structure psychologique particulière qui le caractérise. Le trouble de la personnalité narcissique trouve généralement ses racines dans des carences affectives précoces et une construction défaillante de l’identité durant l’enfance.

Le parent narcissique n’a généralement pas été reconnu comme une personne à part entière durant sa propre enfance. Il a dû jouer un rôle – celui de l’enfant parfait, de l’extension narcissique de ses propres parents, du confident ou du soignant précoce. Cette absence de reconnaissance de son individualité propre a créé un « faux self », une coquille adaptative qui a remplacé son véritable moi. Adulte, il ne peut donc pas reconnaître l’individualité et l’altérité de son propre enfant, répétant le schéma qu’il a lui-même subi.

Au cœur de cette personnalité réside un vide narcissique fondamental, une absence de sentiment de valeur personnelle authentique. Ce vide insupportable doit être constamment comblé par ce que les cliniciens nomment « l’approvisionnement narcissique » : l’admiration, l’attention, la reconnaissance venant d’autrui. L’enfant devient une source privilégiée de cet approvisionnement. Il doit refléter l’image grandiose que le parent narcissique veut avoir de lui-même, valider constamment sa supériorité, justifier ses actes.

Cette dépendance paradoxale explique l’intensité particulière du conflit de loyauté dans ce contexte : le parent narcissique ne peut tolérer que l’enfant aime également l’autre parent car cela signifierait qu’il n’est pas l’unique, le supérieur, le tout-puissant. L’amour de l’enfant pour l’autre parent constitue une blessure narcissique intolérable, une preuve de son échec à dominer totalement la sphère affective de l’enfant.

Le parent narcissique interprète toute manifestation d’attachement de l’enfant envers l’autre parent comme une trahison personnelle. Cette interprétation délirante s’accompagne souvent d’une rage narcissique disproportionnée, cette colère froide et destructrice caractéristique des personnalités narcissiques lorsque leur sentiment de toute-puissance est menacé.

La dynamique familiale dysfonctionnelle

Le conflit de loyauté ne se développe pas dans le vide mais s’inscrit dans une dynamique familiale profondément dysfonctionnelle où les frontières générationnelles sont brouillées et les rôles pervertis.

La confusion des rôles et la parentification : Le parent narcissique attribue fréquemment à l’enfant des rôles inappropriés qui violent les frontières naturelles entre générations. L’enfant devient le confident recevant des détails intimes sur le conflit parental, le conseiller émotionnel du parent, voire son partenaire de substitution comblant le vide laissé par la séparation conjugale. Cette parentification destructrice prive l’enfant de son droit naturel à être enfant, le chargeant de responsabilités émotionnelles écrasantes pour lesquelles il n’a ni la maturité ni les ressources psychologiques nécessaires.

Boszormenyi-Nagy définissait la parentification comme « l’inverse de la juste reconnaissance de la contribution de l’enfant avec cette caractéristique destructrice de le priver de son droit naturel à être enfant ». Dans le contexte narcissique, cette parentification revêt des formes particulièrement toxiques car elle s’accompagne d’une absence totale de reconnaissance : l’enfant donne constamment sans jamais recevoir en retour, créant un déséquilibre profond dans l’équité relationnelle familiale.

Le pacte dénégatif et le secret familial : Le parent narcissique crée souvent un « pacte dénégatif » avec l’enfant, une alliance implicite contre l’autre parent. Ce pacte repose sur des secrets partagés, des versions déformées de la réalité que l’enfant est sommé d’intégrer comme vérité absolue. L’enfant comprend rapidement qu’il doit adhérer à cette vision déformée sous peine de perdre l’amour du parent narcissique.

Le parent narcissique peut également instrumentaliser l’enfant dans une démarche de réhabilitation narcissique post-rupture : l’enfant devient la preuve vivante de sa supériorité parentale, le trophée qu’il agite face à l’autre parent pour démontrer qu’il a « gagné ». Cette objectification transforme l’enfant en simple pion dans une guerre d’ego où son bien-être n’a aucune importance.

La transmission intergénérationnelle du trauma

Le conflit de loyauté s’inscrit souvent dans une histoire transgénérationnelle de dysfonctionnements familiaux. Le parent narcissique a lui-même généralement été victime de carences affectives, de violations de frontières générationnelles, voire de traumatismes non élaborés durant son enfance.

Cette transmission intergénérationnelle crée un cercle vicieux particulièrement difficile à briser. L’enfant pris dans un conflit de loyauté aujourd’hui risque, en l’absence d’intervention, de reproduire des schémas similaires dans ses futures relations parentales. Les recherches montrent que la parentification, en particulier, tend à se répéter de génération en génération, chaque enfant parentifié devenant potentiellement un adulte qui parentifiera à son tour ses propres enfants ou développera des difficultés relationnelles majeures.

Les loyautés invisibles, concept central de la théorie de Boszormenyi-Nagy, agissent comme des fils invisibles reliant les générations. L’enfant peut se sentir inconsciemment tenu de reproduire les patterns familiaux, de rester fidèle aux dysfonctionnements qui ont façonné l’identité de ses parents, perpétuant ainsi la souffrance à travers le temps.


III. Protéger et reconstruire : stratégies d’accompagnement et de résilience

Le rôle crucial du parent protecteur

Face à un parent narcissique qui instrumentalise l’enfant, le parent sain – que nous nommerons le « parent protecteur » – porte une responsabilité immense mais également décisive dans la préservation de l’équilibre psychologique de l’enfant. Ce rôle nécessite un équilibre délicat entre protection et respect de la loyauté naturelle de l’enfant envers ses deux parents.

Créer un espace de sécurité émotionnelle constitue la première priorité. L’enfant doit disposer d’un environnement où il peut exprimer librement ses émotions sans craindre d’être jugé, manipulé ou instrumentalisé. Cet espace repose sur plusieurs piliers fondamentaux :

  • La validation émotionnelle : Reconnaître et légitimer toutes les émotions de l’enfant, même contradictoires, sans les minimiser ni les amplifier. « Je comprends que tu sois triste/en colère/confus » plutôt que « Tu ne devrais pas ressentir cela ».
  • L’absence de dénigrement : Ne jamais critiquer l’autre parent devant l’enfant, aussi légitime que soit la colère ressentie. Cette discipline émotionnelle, extrêmement difficile, s’avère pourtant essentielle. Attaquer le parent narcissique ne fait que renforcer la loyauté de l’enfant envers lui et valide implicitement la tactique de dénigrement comme mode relationnel acceptable.
  • Le développement de l’esprit critique : Plutôt que d’imposer sa propre vision, le parent protecteur aide progressivement l’enfant à développer sa capacité à analyser les situations et à construire sa propre réalité. Cette approche, inspirée de la thérapie cognitive d’Aaron Beck, repose sur des questions ouvertes plutôt que sur des affirmations : « Qu’en penses-tu toi ? », « Comment te sens-tu quand cela arrive ? », « As-tu remarqué des différences entre ce qui est dit et ce qui se passe réellement ? ».

L’intelligence émotionnelle comme bouclier protecteur : Le parent protecteur doit développer et transmettre à l’enfant les compétences d’intelligence émotionnelle qui lui permettront de naviguer dans la complexité du contexte familial. Cela implique d’aider l’enfant à identifier et nommer ses émotions, à comprendre que ressentir des émotions contradictoires est normal et sain, à distinguer ses propres sentiments de ceux qu’on tente de lui imposer.

Cette approche permet à l’enfant de réduire progressivement la culpabilité et l’ambivalence, facteurs clés de l’aliénation parentale. Le parent protecteur utilise l’intelligence émotionnelle pour aider l’enfant à différencier ce qu’il ressent authentiquement de ce que l’autre parent lui impose de croire, valorisant ainsi l’attachement sincère et la pluralité des liens familiaux.

L’accompagnement thérapeutique spécialisé

Le conflit de loyauté dans un contexte narcissique nécessite fréquemment l’intervention de professionnels formés à ces dynamiques particulières. Plusieurs approches thérapeutiques ont démontré leur efficacité :

La thérapie individuelle de l’enfant constitue souvent la pierre angulaire de l’accompagnement. Un psychothérapeute spécialisé en psychotraumatologie de l’enfant peut offrir un espace neutre et sécurisant où l’enfant peut explorer ses émotions sans craindre de trahir l’un ou l’autre parent. Les approches les plus efficaces dans ce contexte incluent :

  • La thérapie cognitive et comportementale, particulièrement adaptée pour identifier les distorsions cognitives induites par le parent manipulateur et développer des stratégies de pensée plus adaptatives.
  • L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), efficace pour traiter les traumatismes complexes résultant de l’exposition chronique à la manipulation et au conflit.
  • Les thérapies par le jeu et l’expression créative pour les jeunes enfants qui n’ont pas encore les mots pour exprimer leur souffrance.

Les groupes de parole pour enfants vivant des situations similaires offrent une dimension précieuse : la découverte qu’ils ne sont pas seuls, que d’autres enfants vivent des expériences comparables. Cette reconnaissance mutuelle diminue le sentiment d’isolement et de honte souvent associé à la situation familiale.

Le soutien thérapeutique du parent protecteur s’avère également crucial. Élever un enfant pris dans un conflit de loyauté face à un parent narcissique constitue une épreuve épuisante qui peut conduire au burn-out parental. Le parent protecteur a besoin d’un espace pour élaborer sa propre souffrance, développer des stratégies de résilience et recevoir des conseils éducatifs adaptés à cette situation spécifique.

L’intervention juridique et institutionnelle

Dans les séparations impliquant un parent narcissique, l’approche juridique revêt une importance capitale car elle offre un cadre extérieur qui protège l’enfant des manipulations tout en légitimant la position du parent victime.

La documentation méticuleuse des comportements problématiques constitue une nécessité stratégique. Le parent protecteur doit consigner systématiquement et factuellement les incidents révélateurs : emails, SMS, témoignages de tiers, calendrier des événements, changements comportementaux de l’enfant en corrélation avec les périodes de garde. Cette documentation devient essentielle lors des procédures judiciaires où la parole du parent victime est souvent mise en doute face au charme et à la manipulation du parent narcissique.

L’expertise psychologique peut jouer un rôle déterminant, bien qu’elle présente certaines limites. Les parents narcissiques excellent dans l’art de séduire les experts, arrivant aux rendez-vous préparés, cohérents, présentant une façade de stabilité émotionnelle. Il est donc crucial de solliciter des experts formés spécifiquement aux dynamiques de manipulation narcissique et capables d’identifier les signaux subtils.

La procédure judiciaire comme espace de protection : Contrairement aux approches de médiation classique, souvent inadaptées voire dangereuses dans les contextes narcissiques, la procédure contentieuse avec l’intervention du juge aux affaires familiales permet d’établir un cadre protecteur. Le juge peut ordonner des mesures spécifiques : limitation du droit de visite, interdiction de certains comportements, mise en place d’un espace de rencontre supervisé, nomination d’un coordinateur parental.

La coordination parentale, approche innovante développée spécifiquement pour les séparations hautement conflictuelles, mérite une attention particulière. Ce professionnel, intermédiaire entre le juge et les parents, intervient pour trancher les désaccords quotidiens, surveiller l’application des décisions judiciaires et signaler au tribunal les manquements graves. Cette approche s’avère particulièrement pertinente face à un parent narcissique car elle crée une barrière protectrice entre le parent toxique et le parent cible, réduisant les possibilités de harcèlement tout en maintenant un lien avec l’enfant.

Vers la reconstruction : favoriser la résilience

Malgré la gravité du traumatisme que représente le conflit de loyauté face à un parent narcissique, la résilience demeure possible. Plusieurs facteurs protecteurs peuvent être activés pour favoriser le processus de reconstruction :

La présence d’au moins une figure d’attachement sécure constitue le facteur de protection le plus déterminant. Le parent protecteur, en offrant une base de sécurité stable, permet à l’enfant de développer un modèle relationnel sain malgré la toxicité de l’autre parent. Cette présence attentive rend possible un climat où l’enfant ne se sent ni coupable d’aimer ses deux parents, ni obligé de choisir un camp.

Le maintien des liens avec la famille élargie saine – grands-parents bienveillants, oncles et tantes soutenants – offre des ressources émotionnelles supplémentaires et diversifie les modèles relationnels auxquels l’enfant est exposé. Ces figures peuvent servir de témoins de la réalité, validant l’expérience de l’enfant lorsque le parent narcissique tente de la nier ou de la déformer.

L’éducation à la complexité émotionnelle aide l’enfant à accepter l’ambivalence de ses sentiments. Il est fondamental qu’il comprenne qu’on peut simultanément aimer un parent et désapprouver certains de ses comportements, que l’amour n’implique pas l’aveuglement. Cette nuance, difficile même pour de nombreux adultes, devient accessible progressivement avec un accompagnement adapté.

La reconstruction identitaire progressive s’opère lorsque l’enfant parvient à se percevoir comme un individu distinct de ses parents, doté de sa propre valeur intrinsèque indépendante du conflit parental. Cette individuation, processus naturel mais entravé par le conflit de loyauté, peut reprendre son cours avec un soutien approprié.

L’accompagnement par des professionnels spécialisés comme Divorce Consulting devient particulièrement précieux dans ce processus. Leur expertise, fondée sur l’intelligence émotionnelle et une compréhension approfondie des dynamiques narcissiques, permet d’élaborer une stratégie globale intégrant les dimensions psychologique, juridique et pratique. Ils accompagnent la famille dans la navigation des procédures judiciaires tout en préservant l’équilibre émotionnel de l’enfant, documentant méthodiquement les comportements problématiques et anticipant les stratégies de sabotage du parent narcissique.


Conclusion

Le conflit de loyauté auquel est confronté l’enfant d’un parent narcissique représente l’une des formes les plus insidieuses et destructrices de maltraitance psychologique. En plaçant l’enfant dans l’impossibilité de préserver simultanément son lien avec ses deux parents, le parent manipulateur crée un traumatisme profond dont les répercussions peuvent se prolonger jusqu’à l’âge adulte et se transmettre aux générations suivantes.

Comprendre les mécanismes à l’œuvre – la structure narcissique et ses besoins pathologiques, la dynamique familiale dysfonctionnelle, la transmission intergénérationnelle du trauma – constitue une étape essentielle mais non suffisante. La protection effective de l’enfant nécessite une mobilisation coordonnée impliquant le parent protecteur, les professionnels de la santé mentale, et le système judiciaire.

Le parent protecteur porte une responsabilité immense : créer un espace de sécurité émotionnelle, développer l’intelligence émotionnelle de l’enfant, l’aider à construire son esprit critique tout en respectant sa loyauté naturelle envers ses deux parents. Cette tâche titanesque nécessite souvent un soutien professionnel pour éviter l’épuisement et maintenir le cap dans la durée.

L’intervention thérapeutique spécialisée offre à l’enfant un espace neutre où élaborer son expérience, valider ses émotions contradictoires et reconstruire progressivement son identité au-delà du conflit parental. Les groupes de parole, les thérapies individuelles adaptées et les approches centrées sur le trauma constituent des ressources précieuses dans ce processus.

Le cadre juridique, lorsqu’il est judicieusement mobilisé, crée une protection institutionnelle qui limite les capacités de nuisance du parent narcissique. La documentation rigoureuse, les expertises spécialisées, la coordination parentale et les décisions judiciaires adaptées constituent autant d’outils permettant de réduire l’exposition de l’enfant à la manipulation.

Malgré la gravité du traumatisme, la résilience demeure possible. De nombreux enfants ayant vécu un conflit de loyauté parviennent, avec un accompagnement approprié et la présence d’au moins une figure d’attachement sécure, à se reconstruire et à développer des relations saines à l’âge adulte. Cette perspective d’espoir ne doit jamais être perdue de vue, même dans les situations les plus sombres.

La société dans son ensemble porte également une responsabilité dans la reconnaissance et la prise en charge de cette problématique. Les professionnels de l’enfance – enseignants, éducateurs, médecins – doivent être formés à identifier les signaux d’alerte du conflit de loyauté et à orienter les familles vers les ressources appropriées. Le système judiciaire doit continuer d’évoluer pour mieux appréhender les subtilités de la manipulation narcissique, souvent invisible aux yeux des experts non formés.

Comprendre le conflit de loyauté face au parent narcissique n’est pas seulement un enjeu clinique ou juridique : c’est un impératif éthique qui engage notre responsabilité collective envers les plus vulnérables. Chaque enfant a le droit fondamental de grandir dans un environnement émotionnellement sécurisant, libre de l’instrumentalisation et de la manipulation. Lorsque ce droit est violé, la mobilisation coordonnée de tous les acteurs concernés devient une nécessité pour interrompre la transmission intergénérationnelle du trauma et offrir à ces enfants la possibilité de construire leur propre histoire, libérée des conflits de loyauté imposés.

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Sources et références

Ouvrages et articles scientifiques de référence

  • Boszormenyi-Nagy, I., & Spark, G. (1973). Invisible Loyalties: Reciprocity in Intergenerational Family Therapy. Maryland, Harper and Row Hagerstown.
  • Boszormenyi-Nagy, I., & Krasner, B. (1986). Between Give and Take: A Clinical Guide to Contextual Therapy. New York, Brunner/Mazel.
  • Anglada, E., & Meynckens-Fourez, M. (2016). « Le conflit de loyauté dans les cas de séparation parentale », Thérapie Familiale, 37(3), 227-240.
  • De Becker, E. (2011). « L’enfant et le conflit de loyauté : une forme de maltraitance psychologique », Archives de Pédiatrie, 18(6), 697-698.
  • Govindama, Y. (2012). « Conflit de loyauté et conflit psychique. Une articulation anthropologique, clinique et judiciaire », Enfances & Psy, 56(3), 46-54.
  • Viaux, J.-L. (2012). « Les séparations conflictuelles : du conflit parental au conflit de loyauté », Enfances & Psy, 56(3), 57-66.

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