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L’Espionnage Numérique : Arme Silencieuse du Pervers Narcissique

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr

Dans l’univers complexe des relations toxiques, le pervers narcissique ne se contente pas de manipulations psychologiques. À l’ère du numérique, il dispose désormais d’outils technologiques sophistiqués qui transforment la surveillance en une arme invisible et redoutable. Cette réalité, souvent méconnue des victimes, représente pourtant une violation grave de l’intimité et un levier de contrôle particulièrement efficace dans les contextes de séparation et de divorce.

Cet article explore trois dimensions essentielles de cette problématique : les manifestations concrètes de l’espionnage numérique, les mécanismes psychologiques qui le rendent possible, et les stratégies de protection et de reconstruction pour les victimes qui souhaitent reprendre le contrôle de leur vie.


I. Quand la Technologie Devient Instrument de Contrôle

Les visages multiples de l’espionnage numérique

L’espionnage par le pervers narcissique ne relève plus uniquement de l’intuition ou de l’observation directe. Les dispositifs de surveillance numériques constituent aujourd’hui une réalité préoccupante dans de nombreuses situations de violences conjugales. Ces logiciels espions, communément appelés « stalkerware », permettent une surveillance totale et invisible des activités d’une personne.

Ces applications offrent des capacités d’intrusion considérables : consultation des messages privés et courriels, écoute des conversations téléphoniques, activation à distance de la caméra ou du microphone, géolocalisation en temps réel, accès aux photos et vidéos, et même enregistrement des mots de passe saisis. Certaines applications se dissimulent si efficacement qu’elles deviennent pratiquement indétectables pour l’utilisateur moyen.

Les logiciels les plus couramment utilisés dans un contexte conjugal incluent des applications originellement conçues pour le contrôle parental, mais détournées à des fins de surveillance du conjoint. Des noms comme mSpy, TrackView, uMobix ou encore Highster Mobile reviennent fréquemment dans les témoignages de victimes et les rapports d’experts en cybersécurité.

Une pratique illégale aux conséquences dévastatrices

L’installation de ces logiciels sans le consentement de la personne surveillée constitue une infraction pénale grave. En France, cette pratique peut être poursuivie sur plusieurs fondements juridiques : atteinte à la vie privée, collecte frauduleuse de données personnelles, et dans certains cas, harcèlement ou violences psychologiques. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour atteinte à la vie privée.

Pourtant, cette réalité juridique n’empêche pas la multiplication des cas. Les victimes découvrent souvent tardivement l’existence de cette surveillance, parfois seulement au moment de la séparation lorsque leur ex-conjoint révèle des informations qu’il n’aurait pas dû connaître. Cette découverte provoque un sentiment d’intrusion profonde et de violation de l’intimité, aggravant le traumatisme déjà présent dans la relation avec un pervers narcissique.

Les signes qui doivent alerter

Certains indices peuvent éveiller les soupçons d’une surveillance numérique : une batterie qui se décharge anormalement vite, une consommation de données mobile inexpliquée, un téléphone qui chauffe sans raison apparente, des applications inconnues dans les paramètres, ou encore des comportements étranges de l’appareil comme des redémarrages intempestifs.

Plus subtilement, c’est parfois la trop grande connaissance de détails par le conjoint qui doit alerter. Lorsqu’un partenaire semble toujours savoir où vous êtes, avec qui vous communiquez, ou connaît des informations qu’il ne devrait pas avoir, la vigilance s’impose. Cette omniscience apparente est rarement le fruit du hasard dans une relation avec un pervers narcissique.


II. L’Architecture Psychologique de la Surveillance Narcissique

Le besoin pathologique de contrôle

Pour comprendre pourquoi le pervers narcissique recourt à l’espionnage numérique, il faut d’abord saisir son fonctionnement psychologique profond. Sa personnalité repose sur un besoin impérieux de contrôle total sur son environnement et particulièrement sur ses proches. Cette soif de maîtrise découle d’une faille narcissique fondamentale : l’incapacité à tolérer l’autonomie de l’autre, perçue comme une menace à sa toute-puissance imaginaire.

L’espionnage devient alors une extension logique de son mode de fonctionnement relationnel. En surveillant chaque fait et geste de sa victime, le pervers narcissique maintient l’illusion d’une emprise totale. Cette surveillance lui procure un sentiment de sécurité et de supériorité : il sait tout, anticipe tout, et peut ainsi manipuler plus efficacement.

La collecte d’informations comme stratégie prédatrice

Avant même d’installer un logiciel espion, le pervers narcissique excelle dans l’art de recueillir des informations par des moyens plus traditionnels. Son empathie feinte des premiers temps de la relation sert précisément cet objectif : créer une intimité factice pour amener la victime à se dévoiler.

Chaque confidence, chaque secret partagé, chaque fragilité révélée est soigneusement archivé dans sa mémoire pour être utilisé ultérieurement comme levier de manipulation. Cette écoute apparemment bienveillante n’est en réalité qu’une stratégie de collecte de données qui lui permettra plus tard de déstabiliser, culpabiliser ou faire pression sur sa victime.

L’observation minutieuse des réseaux sociaux complète cette stratégie. Le pervers narcissique scrute les publications, les interactions, les photos, construisant progressivement une cartographie détaillée de la vie sociale et affective de sa proie. Cette surveillance sociale lui permet de maintenir une forme de présence même à distance et d’identifier d’éventuelles menaces à son emprise.

L’escalade technologique dans la dynamique de séparation

Le recours aux technologies d’espionnage s’intensifie particulièrement lors des phases de séparation ou de divorce. Pour le pervers narcissique, la perte de contrôle direct que représente la séparation est insupportable. Les logiciels espions deviennent alors un moyen de maintenir coûte que coûte cette emprise, même après la rupture physique du couple.

Cette surveillance technologique sert plusieurs objectifs stratégiques. Elle permet d’anticiper les actions juridiques de la victime, d’obtenir des informations compromettantes pouvant être utilisées dans la procédure de divorce, de saboter toute tentative de reconstruction affective, et de maintenir un climat de peur et d’insécurité propice à la soumission.

Le pervers narcissique peut ainsi apparaître étrangement informé lors des audiences, contredire des affirmations de son ex-conjoint avec des détails troublants, ou exercer une pression psychologique en laissant entendre qu’il sait tout. Cette dimension est particulièrement préoccupante car elle transforme la procédure de séparation en prolongement de l’emprise toxique.


III. Reprendre le Contrôle : Protection et Reconstruction

L’audit numérique : première étape de libération

Face aux soupçons d’espionnage numérique, la première démarche consiste à réaliser un audit complet de ses appareils. Cette étape peut s’effectuer avec l’aide de professionnels spécialisés en cybersécurité, mais certaines vérifications restent accessibles aux utilisateurs vigilants.

Il s’agit d’examiner minutieusement les applications installées, en recherchant notamment celles dont on ne se souvient pas avoir autorisé l’installation. Les paramètres de sécurité doivent être vérifiés : quelles applications ont accès à la localisation, au microphone, à la caméra ? Des autorisations anormales peuvent signaler la présence d’un logiciel espion.

Plusieurs outils de détection existent pour identifier les stalkerware. Des organisations comme la Coalition Against Stalkerware proposent des ressources et des applications gratuites de détection. La gendarmerie française a même développé le programme DULE (Détection d’Utilisation de Logiciels Espions) spécifiquement pour aider les victimes de violences conjugales à identifier ces dispositifs.

Les mesures de protection technique

Une fois le diagnostic établi, des mesures concrètes s’imposent. La première consiste souvent à effectuer une réinitialisation complète du téléphone après avoir sauvegardé les données importantes sur un support externe sécurisé. Cette opération radicale élimine la plupart des logiciels espions, mais doit être accompagnée de changements de tous les mots de passe.

La sécurisation future passe par plusieurs précautions : activation de l’authentification à deux facteurs sur tous les comptes importants, utilisation de mots de passe complexes et uniques pour chaque service, installation d’une application de sécurité reconnue, mise à jour régulière du système d’exploitation, et surtout, protection physique de l’appareil par un code d’accès robuste.

Il est crucial de comprendre qu’un pervers narcissique ayant eu un accès physique prolongé à votre téléphone peut y avoir installé un logiciel espion. Dans certains cas, l’acquisition d’un nouveau téléphone dont il n’a jamais eu la possibilité de prendre le contrôle représente la solution la plus sûre.

La dimension juridique de la protection

Parallèlement aux mesures techniques, la dimension juridique ne doit pas être négligée. La découverte d’un logiciel espion constitue un élément de preuve majeur dans une procédure de divorce ou de séparation, particulièrement pour démontrer l’emprise et les violences psychologiques.

Le dépôt de plainte auprès des autorités compétentes s’avère essentiel, non seulement pour obtenir réparation mais aussi pour créer une trace officielle du comportement de l’agresseur. Cette démarche peut paraître intimidante, mais elle est déterminante pour faire reconnaître la réalité des violences subies et obtenir des mesures de protection appropriées.

Dans le cadre d’une procédure de divorce, ces éléments permettent de documenter le caractère toxique de la relation et peuvent justifier des mesures spécifiques : attribution exclusive du domicile conjugal, encadrement strict du droit de visite, interdiction de contact directe imposant une communication par l’intermédiaire d’applications parentales sécurisées.

L’accompagnement spécialisé : clé de la reconstruction

Face à un pervers narcissique utilisant l’espionnage numérique, s’entourer de professionnels compétents devient indispensable. L’accompagnement doit être pluridisciplinaire : psychologique pour gérer le trauma et reconstruire l’estime de soi, juridique pour naviguer dans les complexités de la procédure de séparation, et technique pour sécuriser durablement son environnement numérique.

Des structures spécialisées comme Divorce Consulting proposent un accompagnement global qui prend en compte toutes ces dimensions. Comprendre les mécanismes de manipulation du pervers narcissique, anticiper ses stratégies, et construire un dossier solide nécessite une expertise spécifique que seuls des professionnels formés à cette problématique peuvent apporter.

Le soutien psychologique est particulièrement crucial. Découvrir qu’on a été espionné pendant des mois, voire des années, provoque un traumatisme profond. La reconstruction passe par la compréhension que l’espionnage n’est pas le reflet de votre valeur, mais bien de la pathologie de votre agresseur. Ce travail thérapeutique aide à sortir de la culpabilité et à retrouver confiance en ses capacités de jugement.

Reconstruire sa vie numérique et personnelle

Au-delà de la protection technique immédiate, il s’agit de repenser entièrement sa présence numérique. Cela peut impliquer la création de nouveaux comptes de messagerie, la modification des paramètres de confidentialité sur les réseaux sociaux, la limitation des informations partagées publiquement, et la constitution d’un cercle de confiance restreint avec lequel partager sa situation.

Cette reconstruction numérique s’inscrit dans un processus plus large de reconquête de son autonomie. Reprendre le contrôle de sa vie privée, de ses communications, de ses déplacements sans surveillance représente une étape fondamentale de la libération de l’emprise narcissique.

La vigilance doit néanmoins rester de mise, particulièrement pendant la période de séparation et les mois qui suivent, période durant laquelle le pervers narcissique intensifie généralement ses tentatives de reprise de contrôle. Cette vigilance n’est pas de la paranoïa, mais une protection légitime face à un risque réel et documenté.


Conclusion : De la Surveillance à la Souveraineté

L’espionnage numérique par le pervers narcissique représente une forme moderne et particulièrement insidieuse de violence conjugale. Invisible, silencieux, mais profondément invasif, il prolonge l’emprise bien au-delà de la présence physique et transforme les outils de notre quotidien en instruments de contrôle.

Pourtant, la prise de conscience de cette réalité constitue déjà le premier pas vers la libération. Comprendre les mécanismes, identifier les signes, mettre en place des protections techniques et juridiques : autant d’étapes qui permettent de reprendre progressivement le pouvoir sur sa propre vie.

Cette reconquête ne se fait pas seule. Elle nécessite un accompagnement spécialisé, capable de comprendre la complexité de la manipulation narcissique et de proposer des stratégies adaptées. Divorce Consulting accompagne depuis des années les victimes de pervers narcissiques dans cette démarche de reconstruction, en proposant une expertise à la fois psychologique et stratégique pour naviguer dans les méandres de la séparation.

Votre intimité vous appartient. Votre vie privée est un droit inaliénable. Et surtout, vous méritez de vivre libre de toute surveillance, de toute emprise, de toute manipulation. Le chemin peut sembler long, mais chaque pas vers la protection de votre sphère numérique est un pas vers la reconquête de vous-même.


Chez Divorce Consulting, nous vous accompagnons avec bienveillance et professionnalisme dans votre processus de libération. Parce que votre bien-être et votre liberté n’ont pas de prix.

Aujourd’hui peut être le premier jour de votre nouvelle vie.

Contact :

benoit.lemogne@divorce-consulting.fr

MP WhatsApp 06 60 26 13 22

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Sources et Ressources

Articles et rapports spécialisés :

  • France Info (2022). « Violences conjugales : le fléau d’un logiciel espion dans les téléphones portables »
  • Kaspersky (2024). « The State of Stalkerware in 2023 »
  • Guide de Protection Numérique. « Je me protège des dispositifs de surveillance »
  • Coalition Against Stalkerware – www.stopstalkerware.org

Ressources juridiques et institutionnelles :

  • Gendarmerie Nationale. Programme DULE (Détection d’Utilisation de Logiciels Espions)
  • Cabinet CCL Avocats. « Comment identifier les pervers narcissiques dans le cadre d’un divorce »
  • Site officiel Divorce Consulting : www.divorce-consulting.fr

Outils de protection et détection :

  • TechCrunch (2025). « Your Android phone could have stalkerware »
  • Safety Net Project. « Spyware and Stalkerware: Phone Surveillance »
  • Avast. « Comment détecter un stalkerware sur un appareil mobile »

Ouvrages de référence (recommandés) :

  • Paul-Claude Racamier. Travaux sur la perversion narcissique
  • Marie-France Hirigoyen. « Le harcèlement moral » et « Femmes sous emprise »

Lignes d’aide et soutien :

  • 3919 : Violences Femmes Info (numéro national gratuit)
  • Association France Victimes : 116 006

Important : Cet article a une visée informative et pédagogique. En cas de situation d’urgence ou de danger immédiat, contactez le 17 ou le 112.


Pour un accompagnement personnalisé dans votre démarche de séparation avec un pervers narcissique, le cabinet Divorce Consulting reste à votre disposition. Notre expertise combine compréhension des mécanismes de manipulation et stratégies juridiques adaptées pour vous permettre de traverser cette épreuve dans les meilleures conditions possibles.

L’Espionnage Numérique : Arme Silencieuse du Pervers Narcissique

par | 11/10/2025 | Pervers-narcissiques, Psychologique

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr, cabinet expert en stratégie de séparation face à un conjoint pervers narcissique.

  • « Jamais un petit attaché à ses parents hurlera à l’idée d’aller les voir. C’est un indice de haute gravité. »

    Pédopsychiatres auditionnés devant la commission d’enquête parlementaire sur l’inceste, 2 avril 2026

     

    Il existe, dans notre système judiciaire et dans la conscience collective, un axiome qui n’est presque jamais questionné : le maintien du lien entre un enfant et ses deux parents est, en toutes circonstances, une nécessité absolue pour son développement. Un enfant a besoin de ses deux parents. Le contact, même sous forme de visite médiatisée, même arraché par ordonnance judiciaire, serait toujours préférable à l’absence.

    Cette conviction — profondément humaniste dans son intention initiale — est devenue, dans de trop nombreux cas de violences intrafamiliales, un instrument de continuation des sévices. Elle fige les magistrats dans une présomption impossible à renverser. Elle retourne contre les parents protecteurs l’arme de la non-représentation d’enfant. Elle réduit au silence les médecins qui signalent. Et elle enferme les enfants — littéralement — dans un lien institutionnellement validé avec leur agresseur.

    Le 2 avril 2026, des pédopsychiatres de premier plan ont osé nommer ce que des années de pratique clinique leur avaient appris : dans certaines situations de maltraitance avérée ou de suspicion sérieuse, le maintien du lien n’est pas une nécessité. Le qualifier autrement relève, selon eux, de l’hérésie.

    Cet article, rédigé dans la continuité des travaux de Divorce Consulting sur la protection des victimes de violence intrafamiliale, s’articule en trois parties :

  • I — Le constat : l’étendue des dégâts d’un dogme non questionné ;

  • II — Les mécanismes : pourquoi le système perpétue cette erreur ;

  • III — Les solutions : comment se protéger et protéger ses enfants dès maintenant.

     

    I. Le constat : un dogme qui protège les agresseurs

    Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut d’abord mettre des chiffres sur ce que les témoignages décrivent depuis des décennies. Ce n’est pas une impression : c’est une réalité statistique documentée par les institutions elles-mêmes.

    1.1 — Des chiffres qui donnent le vertige

    La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a rendu ses conclusions en novembre 2023 après avoir recueilli des milliers de témoignages. Son diagnostic est sans ambiguïté : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, dont 77 % au sein de la famille. Les agresseurs sont dans 95 % des cas des hommes — pères, beaux-pères, oncles, grands-pères.

    Face à cette réalité massive, la réponse pénale est dérisoire : moins de 3 % des faits signalés aboutissent à une condamnation pénale. En 2020, seules 1 697 personnes ont été poursuivies pour viol incestueux ou agression sexuelle sur mineur. 760 condamnations seulement en 2018. La CIIVISE formule ce que chacun pressent : « le nombre de pères poursuivis est très inférieur au nombre de victimes. »

    Parmi les 22 000 enfants victimes de leur père chaque année, une fraction seulement voit son père éloigné. Les autres continuent de le voir, par obligation légale, parfois sous la surveillance fragile d’un point de rencontre médiatisé. Parfois à son domicile. Sous le regard d’une institution qui, faute de condamnation pénale, continue de valider l’accès du présumé agresseur à sa victime.

    1.2 — La commission parlementaire brise le tabou

    Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a créé à l’unanimité une commission d’enquête « sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices ». Transpartisane, soutenue par tous les groupes politiques, cette décision marque un tournant dans la prise de conscience institutionnelle de l’ampleur des défaillances.

    Le jeudi 2 avril 2026, lors de ses auditions, la commission a entendu une table ronde de pédopsychiatres d’expérience : le Dr Françoise Fericelli, ancienne experte judiciaire et cofondatrice du collectif Médecins Stop Violences ; le Dr Myriam Pierson, psychiatre spécialisée en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, ancienne experte auprès des tribunaux ; et le Dr Maurice Berger, pédopsychiatre, responsable du diplôme universitaire d’expertise légale en pédopsychiatrie à l’Université de Paris.

    Leur position commune, articulée devant les représentants du peuple français, peut être résumée ainsi : le maintien du lien entre un enfant et un parent violent ou incestueux n’est pas une nécessité pour le développement psychique de l’enfant. Dans certains cas, c’est l’inverse : c’est le lien contraint qui détruit. Qualifier ce maintien de nécessité absolue, c’est une hérésie clinique.

    1.3 — Le refus de l’enfant : la preuve que l’institution ignore

    Il est un signe que tout clinicien formé reconnaîtrait immédiatement comme un marqueur d’alarme sévère, et que la justice transforme trop souvent en preuve à charge contre le parent gardien : le refus catégorique et répété d’un enfant de se rendre chez l’un de ses parents.

    Un enfant qui aime ses deux parents — même dans un contexte de séparation conflictuelle, même après des mois d’absence — n’hurle pas de terreur à l’idée d’un droit de visite. La résistance physique, les larmes inconsolables, la régression comportementale, les cauchemars récurrents avant chaque visite : autant de manifestations que la psychologie clinique de l’enfant interprète comme ce qu’elles sont — des signaux de détresse, des appels au secours.

    Ces signaux existent. Ils sont observés. Ils sont souvent consignés dans des dossiers médicaux, rapportés par des enseignants, décrits par des psychologues. Et ils sont, de manière systémique, mal lus ou ignorés par un système judiciaire qui les réinterprète à travers le prisme d’un autre concept : le syndrome d’aliénation parentale.

     

    II. Les mécanismes : pourquoi le système perpétue cette erreur

    Comprendre comment une institution censée protéger les plus vulnérables peut, en practice, les mettre en danger, exige d’identifier les rouages précis de cette défaillance. Il ne s’agit pas de chercher des coupables individuels, mais de nommer des structures, des présupposés et des outils conceptuels qui, additionnés, produisent des effets catastrophiques.

    2.1 — Le syndrome d’aliénation parentale : un outil sans fondement scientifique au cœur du système

    Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) a été théorisé dans les années 1980 par Richard Gardner, psychiatre américain. Son postulat : lors de séparations conflictuelles, le parent gardien — le plus souvent la mère — « lave le cerveau » de l’enfant pour qu’il rejette l’autre parent. Le refus de l’enfant ne serait donc pas le signe d’un danger réel, mais la preuve d’une manipulation maternelle.

    Ce concept est rejeté par la communauté scientifique internationale, par l’Organisation mondiale de la santé, par l’American Psychological Association, par le Parlement européen (résolution du 6 octobre 2021 exhortant les États à ne pas le reconnaître dans leurs pratiques judiciaires), et par la CIIVISE, qui le qualifie de « pseudo syndrome d’aliénation parentale ». Son inventeur lui-même, Richard Gardner, s’est publiquement exprimé en faveur de la dépénalisation de la pédophilie et de l’inceste — un fait qui aurait dû, à lui seul, disqualifier définitivement sa construction théorique.

    Pourtant, ce concept continue d’infiltrer les expertises judiciaires en France. Des magistrats y font référence. Des experts nommés par les tribunaux l’appliquent. Des pères mis en cause pour inceste l’invoquent pour retourner l’accusation contre la mère protectrice. Et des enfants dont les signaux de détresse sont criants se voient confier, par ordonnance judiciaire, à celui dont ils hurlent à l’idée d’approcher.

    La CIIVISE pointe le mécanisme avec une clarté douloureuse : le SAP opère un « raisonnement circulaire » — le fait de dénoncer des abus est traité comme un indice du syndrome, qui lui-même sert de preuve de la fausseté de l’accusation. L’enfant qui crie au danger produit, contre lui-même, la preuve qu’il a été manipulé.

    2.2 — La mère protectrice retournée en accusée

    Le paradoxe institutionnel est absolu. Une mère qui refuse de remettre son enfant à un père présumé agresseur peut être condamnée pénalement pour non-représentation d’enfant, assortie d’astreintes, d’amendes, voire d’une peine d’emprisonnement. La CIIVISE, dans son premier avis d’octobre 2021, avait explicitement préconisé de suspendre ces poursuites lorsqu’une enquête est en cours pour violences sexuelles incestueuses contre le père. La loi du 18 mars 2024 a partiellement intégré cette recommandation en prévoyant une vérification préalable des allégations de violences avant toute poursuite pour non-représentation.

    Mais cette avancée reste fragile et partielle. Des familles continuent de témoigner de décisions judiciaires contradictoires : maintien de droits de visite alors qu’une enquête pénale est ouverte, non-prise en compte de la parole de l’enfant, interprétation du refus de l’enfant comme une preuve d’aliénation. Plus de 600 témoignages recueillis par le collectif Incesticide France décrivent des pratiques judiciaires qui mettent en danger les enfants tout en sanctionnant les mères qui cherchent à les protéger.

    Le Comité contre la torture des Nations Unies, dans ses observations de mai 2025, a officiellement alerté la France sur ces défaillances systémiques, condamnant l’absence de protection effective des enfants victimes et la persécution judiciaire de certains parents protecteurs. Ce n’est plus seulement une critique militante : c’est une mise en cause formelle de la France devant les instances internationales.

    2.3 — La silenciation des professionnels de santé

    Un autre mécanisme aggrave la situation : la neutralisation active des professionnels de santé qui tentent de signaler. Le Dr Françoise Fericelli, pédopsychiatre cofondatrice du collectif Médecins Stop Violences, en est l’exemple le plus documenté. Sanctionnée par l’Ordre des médecins pour avoir signalé des suspicions de maltraitances sur des enfants qu’elle suivait — avant d’être blanchie après condamnation pénale ultérieure de l’auteur — elle résume la situation ainsi : signaler un inceste sans s’immiscer dans les affaires de famille est, littéralement, un exercice impossible.

    L’Ordre des médecins applique en effet l’article 51 de son code de déontologie, qui interdit l’immixtion du médecin dans les affaires de famille, au détriment de l’article 43, qui lui impose d’être le défenseur de l’enfant. La Haute Autorité de Santé confirme la conséquence : seuls 5 % des signalements de maltraitances sur enfants proviennent des médecins, alors qu’ils sont, par leur position clinique, parmi les mieux placés pour les détecter.

    Ces médecins sont condamnés. Ces psychologues sont discrédités. Ces enseignants sont ignorés. La chaîne de signalement est systématiquement brisée, au bénéfice d’une logique institutionnelle qui, au nom de la neutralité, laisse les enfants exposés à leur agresseur.

    Le Dr Maurice Berger, dans ses travaux publiés notamment dans la revue Enfances & Psy (Cairn.info), formule le diagnostic avec une clarté implacable : il existe en France une « idéologie du lien familial coûte que coûte » qui « oblitère l’évaluation de l’enfant lui-même ». L’objectif déclaré de protection de l’enfant est détourné au profit d’une idéologie familialiste dont les enfants maltraités paient le prix.

     

    III. Les solutions : se protéger et protéger ses enfants dès maintenant

    Il serait tentant, face à l’ampleur de ces défaillances, de sombrer dans l’impuissance. Tentant, mais dangereux. Car pendant que le système se réforme lentement — et il se réforme, sous la pression des commissions parlementaires, des organisations internationales et des mobilisations de victimes — des enfants vivent, aujourd’hui, des situations qui n’attendent pas.

    La bonne nouvelle, c’est que des outils existent. Ils sont imparfaits, ils exigent d’être activés au bon moment et dans le bon ordre, mais ils existent. Les connaître est déjà une forme de protection.

    3.1 — Documenter le refus de l’enfant avec rigueur

    Le refus de l’enfant est un signal clinique. Pour qu’il soit entendu comme tel par la justice, il doit être documenté de manière méthodique, datée et plurisourcée.

    • Consulter un pédopsychiatre ou un psychologue pour enfants indépendant (non désigné par le tribunal) afin de faire évaluer l’état psychique de l’enfant et d’obtenir un rapport clinique daté. Ce document peut être produit devant le juge aux affaires familiales.
    • Tenir un journal précis et daté des manifestations : pleurs, résistance physique, troubles du sommeil, régression comportementale, paroles spontanées de l’enfant avant ou après les visites. Ces notes, même manuscrites, constituent un élément de preuve de la répétition et de la continuité.
    • Signaler au médecin traitant de l’enfant, en demandant expressément que les observations soient consignées dans le dossier médical. Demander, si possible, un certificat médical descriptif sans qualification juridique.
    • Informer l’école : l’enseignant et le directeur d’établissement sont des témoins indirects précieux. Leurs observations sur le comportement de l’enfant, consignées dans un rapport, peuvent appuyer une procédure.
    • Ne jamais empêcher le droit de visite sans décision judiciaire préalable sauf danger immédiat — au risque de se retrouver poursuivi pour non-représentation. En cas de danger immédiat avéré, contacter les services de police et un avocat dans les heures qui suivent.

    3.2 — Utiliser les outils juridiques disponibles

    La suspension de l’autorité parentale et des droits de visite

    La loi du 18 mars 2024 a introduit un article 378-2 du code civil prévoyant la suspension automatique de l’exercice de l’autorité parentale et des droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour crime commis sur l’autre parent ou sur son enfant, ou pour agression sexuelle incestueuse sur son enfant — et ce jusqu’à la décision du juge aux affaires familiales ou de la juridiction pénale. C’est une avancée majeure. Elle suppose néanmoins qu’une poursuite pénale soit déjà engagée.

    L’ordonnance de protection

    Elle peut être demandée au juge aux affaires familiales en urgence, sans attendre l’issue de la procédure pénale. Elle peut imposer l’éloignement du parent présumé dangereux, l’interdiction de contact, et des mesures provisoires sur la garde. Le juge l’accorde dès lors qu’il existe des raisons sérieuses de considérer les violences comme vraisemblables.

    La plainte pénale avec constitution de partie civile

    En cas de classement sans suite d’une première plainte, la constitution de partie civile permet de saisir directement un juge d’instruction et d’ouvrir une information judiciaire. C’est la voie la plus adaptée aux situations d’inceste où les preuves sont difficiles à rassembler sans l’aide de l’appareil judiciaire.

    Le signalement au Procureur de la République

    Tout particulier, tout professionnel, peut signaler directement au procureur une situation de danger pour un mineur. Ce signalement déclenche une obligation de vérification des faits. Il peut être appuyé par un rapport médical, psychologique ou social.

    3.3 — S’appuyer sur un accompagnement stratégique global

    La dimension judiciaire n’est qu’une des facettes d’une situation de violence intrafamiliale impliquant des enfants. Les enjeux sont simultanément psychologiques (sortir de la sidération, comprendre les mécanismes de l’emprise), stratégiques (anticiper les manœuvres de l’autre parent), probatoires (rassembler et organiser les preuves) et humains (protéger les enfants sans les re-traumatiser par la procédure elle-même).

    L’expérience des familles qui s’en sortent est constante sur un point : celles qui avaient commencé à se préparer avant d’agir ont eu de meilleurs résultats que celles qui ont agi dans l’urgence, sous le choc émotionnel, sans stratégie construite. Le système est imparfait. Mais il n’est pas imperméable à une approche préparée, documentée, cohérente.

    La réforme législative avance. La commission d’enquête parlementaire créée en janvier 2026 va produire des recommandations. Le Comité des Nations Unies contre la torture a mis la France sous pression internationale. La proposition de loi Bergé, qui renforce la lutte contre les violences sexuelles et intègre le contrôle coercitif dans le code pénal, représente une évolution majeure. Le vent tourne.

    Mais les enfants en danger n’ont pas le luxe d’attendre les prochaines réformes législatives. Leur protection se joue maintenant, dans les dossiers qui sont construits aujourd’hui, dans les signalements qui sont faits cette semaine, dans les décisions qui sont prises ce mois-ci. C’est pourquoi le moment d’agir, c’est maintenant.

     

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    Pour aller plus loin — Articles du blog Divorce Consulting

    Ces articles forment un corpus cohérent qui vous permet de comprendre les mécanismes psychologiques du pervers narcissique, identifier les signes d’une relation toxique, vous protéger efficacement, préparer votre sortie si c’est votre choix, et vous reconstruire après la séparation.

    • La violence du système : le traitement des violences intrafamiliales en France — www.divorce-consulting.fr/le-blog
    • Au-delà des coups : le contrôle coercitif, cette prison invisible au cœur des violences conjugales (02/02/2026)
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    Sources et références

    • Assemblée nationale, Commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales (créée le 28 janvier 2026). Auditions du 2 avril 2026 : Dr Françoise Fericelli, Dr Myriam Pierson, Dr Maurice Berger — https://www.assemblee-nationale.fr
    • CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), Premier avis sur la protection des enfants victimes d’inceste parental, 27 octobre 2021 — https://www.ciivise.fr
    • CIIVISE, Rapport final, novembre 2023 — https://www.ciivise.fr
    • LCP Assemblée nationale, « Inceste parental : les députés valident la création d’une commission d’enquête », 28 janvier 2026 — https://lcp.fr
    • LCP Assemblée nationale, « Vers la création d’une commission d’enquête transpartisane sur l’inceste parental », 16 décembre 2025 — https://lcp.fr
    • Exposé des motifs, Proposition de résolution créant la commission d’enquête, Assemblée nationale, octobre 2025 — https://www.assemblee-nationale.fr
    • Maurice Berger, Françoise Fericelli, Marie Gilloots, « La silenciation des médecins », Enfances & Psy n°96, Cairn.info, 2023
    • Maurice Berger, analyses publiées sur Cairn.info / Carnet Psy (L’échec de la protection de l’enfance)
    • Françoise Fericelli, interview Politis : « Poursuivre un médecin est intolérable quand il s’agit de protéger les enfants », septembre 2023
    • Parlement européen, Résolution du 6 octobre 2021 sur les conséquences des violences conjugales et des droits de garde sur les femmes et les enfants — exhortant les États à ne pas reconnaître le SAP
    • Comité contre la torture des Nations Unies, Observations sur la France, 2 mai 2025
    • France Info, « La CIIVISE propose la suspension des droits de visite du parent poursuivi pour viol », 27 octobre 2021
    • Enfance & Jeunesse Infos, « Syndrome d’aliénation parentale : la mise au point du ministère de la Justice », juillet 2024
    • Sénat, Question de la sénatrice Evelyne Corbière Naminzo sur la non-application de la directive européenne sur le SAP, 2024
    • Loi n°2024-233 du 18 mars 2024 visant à mieux protéger et accompagner les enfants victimes et co-victimes de violences intrafamiliales (article 378-2 du Code civil)
    • Loi n°2020-936 du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales
    • Divorce Consulting, « Au-delà des coups : le contrôle coercitif, cette prison invisible » (LexisNexis Droit de la famille n°6, juin 2025) — https://www.divorce-consulting.fr

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