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Retrouvez ici informations et points de vue sur la séparation et le divorce sous les angles émotionnel, juridique et procédural.

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr

Se libérer de l’emprise d’un pervers narcissique représente l’un des défis psychologiques les plus complexes auxquels une personne puisse être confrontée. Lorsque l’on évolue dans une relation toxique marquée par la manipulation, le dénigrement et le contrôle, la stratégie du « no contact » s’impose souvent comme l’unique voie vers la reconstruction. Mais pourquoi cette rupture totale est-elle si essentielle ? Comment comprendre les mécanismes qui rendent cette distance absolument nécessaire ?

Cet article explore trois dimensions fondamentales de cette problématique : la nature destructrice de la relation avec un pervers narcissique, les origines psychologiques qui alimentent ces comportements toxiques, et les stratégies concrètes pour s’en protéger durablement. Comprendre ces enjeux devient particulièrement crucial dans un contexte de séparation ou de divorce, où les victimes doivent naviguer entre reconstruction personnelle et démarches juridiques.


I. La spirale destructrice : anatomie d’une relation toxique

La relation avec un pervers narcissique suit un cycle prévisible et dévastateur qui piège progressivement la victime dans une emprise psychologique profonde.

La phase de séduction : le miroir trompeur

Le pervers narcissique souffre d’un profond manque d’estime de soi et de reconnaissance personnelle. Pour compenser cette faille narcissique, il recherche une « proie » qu’il va idéaliser dans un premier temps. Cette phase, communément appelée « lune de miel », se caractérise par une séduction intense où le manipulateur se transforme littéralement en reflet de sa victime. Il adopte ses valeurs, partage miraculeusement les mêmes centres d’intérêt, affiche une compréhension parfaite de ses aspirations. Cette stratégie d’adaptation caméléon vise à créer une illusion de connexion parfaite, rendant la victime vulnérable à l’emprise à venir.

Le manipulateur collecte soigneusement des informations sur sa cible : ses rêves, ses blessures passées, ses besoins affectifs. Ces données constitueront plus tard des armes redoutables lorsque la relation basculera dans la phase de dévalorisation.

Le basculement : de l’idéalisation à la dévalorisation

Une fois la victime émotionnellement investie et dépendante, le pervers narcissique révèle progressivement sa vraie nature. Susciter un sentiment de culpabilité chez sa victime devient une stratégie centrale, le manipulateur reportant systématiquement sa propre responsabilité sur l’autre. Les critiques commencent, d’abord subtiles puis de plus en plus acerbes. Chaque défaut, réel ou imaginé, devient prétexte à dénigrement.

La victime se retrouve déstabilisée : comment cette personne si parfaite au début peut-elle se montrer si cruelle ? Elle cherche désespérément à retrouver l’homme ou la femme dont elle est tombée amoureuse, sans comprendre que cette version n’a jamais vraiment existé. Elle multiplie les efforts, se remet en question, accepte l’inacceptable, pensant que si elle change suffisamment, l’harmonie initiale reviendra.

L’emprise : quand partir devient impossible

Le pervers narcissique s’épanouit dans le rapport de force et demeure dans le déni absolu de la responsabilité de ses actes. Cette incapacité à reconnaître sa propre toxicité rend toute évolution impossible. La victime se trouve piégée dans un cycle infernal de promesses de changement jamais tenues, alternant moments de violence psychologique et brèves accalmies qui maintiennent l’espoir.

Les tentatives de rupture échouent souvent : le manipulateur déploie alors tout son arsenal de séduction, fait des promesses émouvantes, se présente comme une victime incomprise. La personne sous emprise revient, espérant que « cette fois sera différente ». Mais le schéma reprend, généralement avec une intensité accrue, car le pervers narcissique perçoit ces tentatives de départ comme des défis à son contrôle.

Cette dynamique peut perdurer des années, détruisant progressivement l’estime de soi, l’identité et la santé mentale de la victime, qui finit par ne plus reconnaître la personne qu’elle était avant cette relation.


II. Aux racines de la manipulation : comprendre pour se protéger

Saisir les mécanismes psychologiques du pervers narcissique permet de dépersonnaliser la violence subie et de mieux s’en défendre.

Une construction identitaire défaillante

Dans l’enfance du pervers narcissique, l’amour était conditionnel plutôt qu’inconditionnel : il n’était pas aimé pour ce qu’il était mais pour ce qu’il faisait. Cette carence affective fondamentale crée un adulte incapable d’empathie authentique, qui n’a jamais développé un sentiment de sécurité intérieure. Son identité reste fragile, construite uniquement sur le regard des autres et la domination d’autrui.

Cette fragilité explique son besoin constant d’admiration et de contrôle. Le pervers narcissique ne peut exister psychologiquement que s’il se sent supérieur, ce qui nécessite d’abaisser systématiquement son entourage. Ses victimes deviennent des miroirs qui doivent refléter l’image grandiose qu’il veut avoir de lui-même, tout en servant d’exutoire à sa haine de soi inconsciente.

Le besoin d’emprise comme mode de survie psychique

Il existe une différence fondamentale entre la perversion narcissique comme structure de personnalité profonde et les comportements narcissiques ponctuels que tout individu peut manifester. Le pervers narcissique authentique ne peut simplement pas fonctionner autrement : la manipulation n’est pas un choix conscient mais un mécanisme de défense pathologique.

Son monde intérieur est vide, dépourvu de substance identitaire réelle. Il « vampirise » donc l’énergie, les qualités et la confiance de ses victimes pour combler ce vide existentiel. Chaque succès de sa manipulation lui procure une satisfaction narcissique temporaire, mais jamais durable, d’où le cycle sans fin de violence psychologique.

Pourquoi le changement est impossible

La grande tragédie de cette pathologie réside dans son caractère fondamentalement figé. Le pervers narcissique s’ignore lui-même en tant que tel et demeure dans le déni complet de ses propres comportements destructeurs. Sans reconnaissance du problème, aucune thérapie ne peut être efficace. Les promesses de changement répétées lors des tentatives de rupture ne sont que des stratégies de manipulation supplémentaires pour maintenir le contrôle.

Cette impossibilité de changement constitue l’une des raisons majeures pour lesquelles le « no contact » devient la seule option viable. Tant que la victime maintient un lien, même minimal, elle reste une source d’emprise potentielle et un objet de manipulation. L’espoir que la personne redevienne celle des premiers jours est une illusion destructrice qu’il faut abandonner pour pouvoir guérir.


III. La libération par la rupture totale : stratégies du no contact

Se protéger d’un pervers narcissique exige une rupture radicale et la mise en place de barrières protectrices solides.

Le principe du no contact : couper tous les liens

Le no contact est une pratique préventive qui vise à supprimer absolument tout contact, de quelque nature que ce soit, avec le manipulateur lors de la rupture. Cette stratégie ne constitue pas une simple recommandation mais représente souvent la seule protection efficace contre la poursuite de l’emprise.

Concrètement, le no contact implique :

  • Bloquer tous les moyens de communication (téléphone, messages, emails, réseaux sociaux)
  • Éviter tout lieu où l’on risque de croiser le manipulateur
  • Demander à l’entourage commun de ne transmettre aucune information ni dans un sens ni dans l’autre
  • Supprimer toute visibilité sur sa vie personnelle (profils privés, prudence avec les publications)
  • En cas d’enfants communs, limiter strictement les échanges au strict nécessaire concernant leur bien-être, idéalement par écrit et via des outils neutres

Cette stratégie permet de créer un espace sûr où la victime peut commencer à se reconstruire sans l’influence toxique permanente du manipulateur.

Anticiper et déjouer les tentatives de reprise de contact

Le pervers narcissique ne renonce jamais facilement à son emprise. Il va multiplier les tentatives pour tester les limites du no contact et trouver une faille dans les défenses de sa victime. Ces stratégies incluent :

Le hoovering (aspiration) : messages apparemment anodins pour « prendre des nouvelles », cadeaux inattendus, déclarations d’amour et promesses de changement radical. L’objectif est de réveiller l’espoir et les sentiments pour ramener la victime dans le cycle de manipulation.

La triangulation : le manipulateur utilise des amis communs, des membres de la famille ou sa nouvelle relation pour obtenir des informations ou transmettre des messages. Il peut aussi chercher à nuire à la réputation de sa victime auprès de l’entourage commun.

Les provocations juridiques ou administratives : dans un contexte de séparation, il peut multiplier les procédures, contester chaque décision, utiliser le système judiciaire comme moyen de maintenir le contact et le contrôle.

Face à ces tentatives, la technique du disque rayé s’avère efficace : répéter sa position et son refus aussi longtemps que nécessaire, sans faiblir, sans se justifier et sans argumenter. L’indifférence apparente déstabilise le manipulateur qui perd ainsi son principal levier de pouvoir.

Reconstruire son identité et sa sécurité

Le no contact ne constitue que la première étape de la guérison. La reconstruction psychologique nécessite un travail approfondi :

L’accompagnement thérapeutique : consulter un professionnel spécialisé dans les violences psychologiques permet de comprendre les mécanismes de l’emprise, de traiter les traumatismes et de reconstruire l’estime de soi. Cette démarche s’avère particulièrement précieuse pour déconstruire la culpabilité et la honte souvent ressenties.

La reconstitution du réseau social : maintenir un entourage social investi et impliqué constitue une véritable protection contre toute tentative d’emprise future. Le pervers narcissique isole généralement ses victimes ; retrouver des liens sociaux sains devient donc crucial.

La documentation pour se protéger juridiquement : dans un contexte de divorce ou de séparation, il est essentiel de documenter minutieusement les comportements abusifs et de recueillir des preuves tangibles pour se protéger juridiquement. Un avocat spécialisé dans les situations d’emprise peut élaborer une stratégie adaptée, particulièrement important lorsque des enfants sont impliqués ou que des procédures judiciaires sont en cours.

La reconstruction prend du temps. Accepter que la phase de « lune de miel » n’était qu’une manipulation, faire le deuil de la relation idéalisée et réapprendre à se faire confiance constituent des étapes nécessaires mais éprouvantes. Avec un soutien approprié et une détermination à maintenir le no contact, il est possible de retrouver son identité et de reconstruire une vie épanouie.

L’importance d’un accompagnement spécialisé dans les procédures de séparation

Lorsqu’une séparation ou un divorce implique un pervers narcissique, les enjeux dépassent largement le cadre juridique standard. Le manipulateur transforme la procédure judiciaire en terrain de guerre psychologique, multipliant les provocations et exploitant systématiquement les vulnérabilités de sa victime.

Dans ce contexte, s’entourer de professionnels qui comprennent spécifiquement ces dynamiques devient absolument essentiel. Un avocat spécialisé dans les affaires familiales avec une expérience des profils manipulateurs peut faire toute la différence dans la protection des droits de la victime. Au-delà de l’aspect juridique, un accompagnement personnalisé permet de :

  • Préparer psychologiquement aux stratégies de manipulation que déploiera le pervers narcissique pendant la procédure
  • Constituer un dossier solide avec les preuves appropriées des comportements toxiques
  • Protéger les enfants des tentatives d’instrumentalisation
  • Maintenir le cap du no contact malgré les sollicitations judiciaires
  • Naviguer sereinement dans la complexité administrative tout en préservant sa reconstruction personnelle

Ce type d’accompagnement global, alliant expertise juridique et compréhension des mécanismes psychologiques, permet d’aborder la séparation avec les meilleures chances de protéger ses intérêts et ceux de ses enfants, tout en préservant sa santé mentale durant ce processus éprouvant.

La particularité des séparations impliquant un pervers narcissique réside dans la nécessité d’une préparation stratégique minutieuse en amont de toute démarche juridique. Contrairement à un divorce standard, où les émotions peuvent être gérées parallèlement à la procédure, ces situations exigent une approche anticipative : comprendre les mécanismes de manipulation avant qu’ils ne se déploient dans l’arène judiciaire, sécuriser les preuves avant que le manipulateur ne les dissimule, renforcer psychologiquement la victime avant les confrontations inévitables.

Cette phase préparatoire, souvent négligée, s’avère déterminante dans l’issue de la séparation. Elle permet d’élaborer une stratégie adaptée au profil spécifique du conjoint manipulateur, d’identifier les vulnérabilités à protéger, et de transformer une position de faiblesse apparente en avantage tactique. Un accompagnement spécialisé offre cette vision globale indispensable, articulant trois dimensions complémentaires : la reconstruction psycho-affective pour retrouver sa lucidité et sa confiance, la maîtrise des enjeux juridiques et patrimoniaux pour sécuriser ses droits, et la coordination avec les professionnels du droit pour assurer une cohérence stratégique tout au long de la procédure.

Cette approche intégrée permet non seulement de gérer sereinement chaque étape de la séparation, mais aussi de reprendre le contrôle de sa vie en transformant une épreuve subie en démarche maîtrisée. Car au-delà des aspects juridiques et financiers, c’est bien de reconquête de soi qu’il s’agit : retrouver sa capacité de décision, redécouvrir ses forces intérieures, et s’autoriser enfin à construire un avenir libéré de l’emprise.


Conclusion

Ignorer un pervers narcissique par la stratégie du no contact ne relève pas de la froideur ou de la vengeance, mais constitue un acte de survie psychologique et de respect de soi. Comprendre que la manipulation fait partie intégrante du fonctionnement du pervers narcissique, que son incapacité à changer est structurelle et non circonstancielle, permet de dépersonnaliser la violence subie et de légitimer la rupture totale.

Cette rupture, bien que douloureuse à mettre en place, ouvre la voie vers une reconstruction authentique. Elle permet de sortir du brouillard de la manipulation, de retrouver progressivement son identité et de réapprendre à se faire confiance. Le chemin de la guérison nécessite du temps, du soutien et souvent un accompagnement professionnel, mais il conduit vers une liberté retrouvée et une vie libérée de l’emprise.

Dans un contexte de séparation ou de divorce, cette rupture devient d’autant plus cruciale qu’elle protège non seulement la victime mais aussi les enfants éventuels des répercussions de la toxicité parentale. S’entourer de professionnels compétents qui comprennent ces enjeux spécifiques permet de naviguer dans cette transition difficile avec les meilleures chances de succès et de sérénité retrouvée.


Sources documentaires

  1. Cabinet Sanquer – Pervers narcissiques / manipulateurs. (2024). Traitement et thérapies face à la perversion narcissique. https://www.cabinetsanquer.com/pervers-narcissique-manipulateur/
  2. RTBF. (2022). Le pervers narcissique, ce manipulateur qui peut vous détruire. Comment le reconnaître, comment en sortir ? https://www.rtbf.be/article/le-pervers-narcissique-cette-personne-qui-peut-vous-detruire-10267736
  3. Focus Swiss. (2025). Comprendre le fonctionnement des pervers et perverses narcissiques. https://focus.swiss/lifestyle/sante/pervers-et-perverses-narcissiques/
  4. La Clinique E-Santé. (2024). Déstabiliser un pervers narcissique : Comment faire ? https://www.la-clinique-e-sante.com/blog/relations-toxiques/destabiliser-pervers-narcissique
  5. Pervers-narcissique.com. (2024). No Contact : Pourquoi couper les ponts avec un pervers narcissique. https://www.pervers-narcissique.com/faut-il-utiliser-le-non-contact-pour-rompre/
  6. Yogi Times. (2024). 3 choses que fait un narcissique quand vous coupez contact. https://www.yogitimes.com/fr/3-choses-que-fait-un-narcissique-quand-vous-coupez-contact
  7. Pervers-narcissique.com. (2024). Divorcer d’un Manipulateur Narcissique – Mode d’Emploi. https://www.pervers-narcissique.com/gagner-en-justice-face-a-un-pn/
  8. Le Blog du Divorce. (2023). Divorcer d’un pervers narcissique : conseils et solutions. https://leblogdudivorce.fr/2023/04/28/comment-divorcer-dun-pervers-narcissique/
  9. Avocat Lexvox. (2024). Préjudice moral stress et divorce avec un pervers narcissique. https://www.avocat-lexvox.com/prejudice-moral-stress-et-divorce-avec-un-pervers-narcissique_ad2227.html
  10. Isabelle Nazare-Aga. Les 30 Caractéristiques du manipulateur. http://isabellenazare-aga.com/les-30-caracteristiques-du-manipulateur/

Pourquoi et comment ignorer un pervers narcissique : la stratégie du no contact

par | 2/10/2025 | Pervers-narcissiques, Psychologique

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr, cabinet expert en stratégie de séparation face à un conjoint pervers narcissique.

  • « Jamais un petit attaché à ses parents hurlera à l’idée d’aller les voir. C’est un indice de haute gravité. »

    Pédopsychiatres auditionnés devant la commission d’enquête parlementaire sur l’inceste, 2 avril 2026

     

    Il existe, dans notre système judiciaire et dans la conscience collective, un axiome qui n’est presque jamais questionné : le maintien du lien entre un enfant et ses deux parents est, en toutes circonstances, une nécessité absolue pour son développement. Un enfant a besoin de ses deux parents. Le contact, même sous forme de visite médiatisée, même arraché par ordonnance judiciaire, serait toujours préférable à l’absence.

    Cette conviction — profondément humaniste dans son intention initiale — est devenue, dans de trop nombreux cas de violences intrafamiliales, un instrument de continuation des sévices. Elle fige les magistrats dans une présomption impossible à renverser. Elle retourne contre les parents protecteurs l’arme de la non-représentation d’enfant. Elle réduit au silence les médecins qui signalent. Et elle enferme les enfants — littéralement — dans un lien institutionnellement validé avec leur agresseur.

    Le 2 avril 2026, des pédopsychiatres de premier plan ont osé nommer ce que des années de pratique clinique leur avaient appris : dans certaines situations de maltraitance avérée ou de suspicion sérieuse, le maintien du lien n’est pas une nécessité. Le qualifier autrement relève, selon eux, de l’hérésie.

    Cet article, rédigé dans la continuité des travaux de Divorce Consulting sur la protection des victimes de violence intrafamiliale, s’articule en trois parties :

  • I — Le constat : l’étendue des dégâts d’un dogme non questionné ;

  • II — Les mécanismes : pourquoi le système perpétue cette erreur ;

  • III — Les solutions : comment se protéger et protéger ses enfants dès maintenant.

     

    I. Le constat : un dogme qui protège les agresseurs

    Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut d’abord mettre des chiffres sur ce que les témoignages décrivent depuis des décennies. Ce n’est pas une impression : c’est une réalité statistique documentée par les institutions elles-mêmes.

    1.1 — Des chiffres qui donnent le vertige

    La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a rendu ses conclusions en novembre 2023 après avoir recueilli des milliers de témoignages. Son diagnostic est sans ambiguïté : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, dont 77 % au sein de la famille. Les agresseurs sont dans 95 % des cas des hommes — pères, beaux-pères, oncles, grands-pères.

    Face à cette réalité massive, la réponse pénale est dérisoire : moins de 3 % des faits signalés aboutissent à une condamnation pénale. En 2020, seules 1 697 personnes ont été poursuivies pour viol incestueux ou agression sexuelle sur mineur. 760 condamnations seulement en 2018. La CIIVISE formule ce que chacun pressent : « le nombre de pères poursuivis est très inférieur au nombre de victimes. »

    Parmi les 22 000 enfants victimes de leur père chaque année, une fraction seulement voit son père éloigné. Les autres continuent de le voir, par obligation légale, parfois sous la surveillance fragile d’un point de rencontre médiatisé. Parfois à son domicile. Sous le regard d’une institution qui, faute de condamnation pénale, continue de valider l’accès du présumé agresseur à sa victime.

    1.2 — La commission parlementaire brise le tabou

    Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a créé à l’unanimité une commission d’enquête « sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices ». Transpartisane, soutenue par tous les groupes politiques, cette décision marque un tournant dans la prise de conscience institutionnelle de l’ampleur des défaillances.

    Le jeudi 2 avril 2026, lors de ses auditions, la commission a entendu une table ronde de pédopsychiatres d’expérience : le Dr Françoise Fericelli, ancienne experte judiciaire et cofondatrice du collectif Médecins Stop Violences ; le Dr Myriam Pierson, psychiatre spécialisée en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, ancienne experte auprès des tribunaux ; et le Dr Maurice Berger, pédopsychiatre, responsable du diplôme universitaire d’expertise légale en pédopsychiatrie à l’Université de Paris.

    Leur position commune, articulée devant les représentants du peuple français, peut être résumée ainsi : le maintien du lien entre un enfant et un parent violent ou incestueux n’est pas une nécessité pour le développement psychique de l’enfant. Dans certains cas, c’est l’inverse : c’est le lien contraint qui détruit. Qualifier ce maintien de nécessité absolue, c’est une hérésie clinique.

    1.3 — Le refus de l’enfant : la preuve que l’institution ignore

    Il est un signe que tout clinicien formé reconnaîtrait immédiatement comme un marqueur d’alarme sévère, et que la justice transforme trop souvent en preuve à charge contre le parent gardien : le refus catégorique et répété d’un enfant de se rendre chez l’un de ses parents.

    Un enfant qui aime ses deux parents — même dans un contexte de séparation conflictuelle, même après des mois d’absence — n’hurle pas de terreur à l’idée d’un droit de visite. La résistance physique, les larmes inconsolables, la régression comportementale, les cauchemars récurrents avant chaque visite : autant de manifestations que la psychologie clinique de l’enfant interprète comme ce qu’elles sont — des signaux de détresse, des appels au secours.

    Ces signaux existent. Ils sont observés. Ils sont souvent consignés dans des dossiers médicaux, rapportés par des enseignants, décrits par des psychologues. Et ils sont, de manière systémique, mal lus ou ignorés par un système judiciaire qui les réinterprète à travers le prisme d’un autre concept : le syndrome d’aliénation parentale.

     

    II. Les mécanismes : pourquoi le système perpétue cette erreur

    Comprendre comment une institution censée protéger les plus vulnérables peut, en practice, les mettre en danger, exige d’identifier les rouages précis de cette défaillance. Il ne s’agit pas de chercher des coupables individuels, mais de nommer des structures, des présupposés et des outils conceptuels qui, additionnés, produisent des effets catastrophiques.

    2.1 — Le syndrome d’aliénation parentale : un outil sans fondement scientifique au cœur du système

    Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) a été théorisé dans les années 1980 par Richard Gardner, psychiatre américain. Son postulat : lors de séparations conflictuelles, le parent gardien — le plus souvent la mère — « lave le cerveau » de l’enfant pour qu’il rejette l’autre parent. Le refus de l’enfant ne serait donc pas le signe d’un danger réel, mais la preuve d’une manipulation maternelle.

    Ce concept est rejeté par la communauté scientifique internationale, par l’Organisation mondiale de la santé, par l’American Psychological Association, par le Parlement européen (résolution du 6 octobre 2021 exhortant les États à ne pas le reconnaître dans leurs pratiques judiciaires), et par la CIIVISE, qui le qualifie de « pseudo syndrome d’aliénation parentale ». Son inventeur lui-même, Richard Gardner, s’est publiquement exprimé en faveur de la dépénalisation de la pédophilie et de l’inceste — un fait qui aurait dû, à lui seul, disqualifier définitivement sa construction théorique.

    Pourtant, ce concept continue d’infiltrer les expertises judiciaires en France. Des magistrats y font référence. Des experts nommés par les tribunaux l’appliquent. Des pères mis en cause pour inceste l’invoquent pour retourner l’accusation contre la mère protectrice. Et des enfants dont les signaux de détresse sont criants se voient confier, par ordonnance judiciaire, à celui dont ils hurlent à l’idée d’approcher.

    La CIIVISE pointe le mécanisme avec une clarté douloureuse : le SAP opère un « raisonnement circulaire » — le fait de dénoncer des abus est traité comme un indice du syndrome, qui lui-même sert de preuve de la fausseté de l’accusation. L’enfant qui crie au danger produit, contre lui-même, la preuve qu’il a été manipulé.

    2.2 — La mère protectrice retournée en accusée

    Le paradoxe institutionnel est absolu. Une mère qui refuse de remettre son enfant à un père présumé agresseur peut être condamnée pénalement pour non-représentation d’enfant, assortie d’astreintes, d’amendes, voire d’une peine d’emprisonnement. La CIIVISE, dans son premier avis d’octobre 2021, avait explicitement préconisé de suspendre ces poursuites lorsqu’une enquête est en cours pour violences sexuelles incestueuses contre le père. La loi du 18 mars 2024 a partiellement intégré cette recommandation en prévoyant une vérification préalable des allégations de violences avant toute poursuite pour non-représentation.

    Mais cette avancée reste fragile et partielle. Des familles continuent de témoigner de décisions judiciaires contradictoires : maintien de droits de visite alors qu’une enquête pénale est ouverte, non-prise en compte de la parole de l’enfant, interprétation du refus de l’enfant comme une preuve d’aliénation. Plus de 600 témoignages recueillis par le collectif Incesticide France décrivent des pratiques judiciaires qui mettent en danger les enfants tout en sanctionnant les mères qui cherchent à les protéger.

    Le Comité contre la torture des Nations Unies, dans ses observations de mai 2025, a officiellement alerté la France sur ces défaillances systémiques, condamnant l’absence de protection effective des enfants victimes et la persécution judiciaire de certains parents protecteurs. Ce n’est plus seulement une critique militante : c’est une mise en cause formelle de la France devant les instances internationales.

    2.3 — La silenciation des professionnels de santé

    Un autre mécanisme aggrave la situation : la neutralisation active des professionnels de santé qui tentent de signaler. Le Dr Françoise Fericelli, pédopsychiatre cofondatrice du collectif Médecins Stop Violences, en est l’exemple le plus documenté. Sanctionnée par l’Ordre des médecins pour avoir signalé des suspicions de maltraitances sur des enfants qu’elle suivait — avant d’être blanchie après condamnation pénale ultérieure de l’auteur — elle résume la situation ainsi : signaler un inceste sans s’immiscer dans les affaires de famille est, littéralement, un exercice impossible.

    L’Ordre des médecins applique en effet l’article 51 de son code de déontologie, qui interdit l’immixtion du médecin dans les affaires de famille, au détriment de l’article 43, qui lui impose d’être le défenseur de l’enfant. La Haute Autorité de Santé confirme la conséquence : seuls 5 % des signalements de maltraitances sur enfants proviennent des médecins, alors qu’ils sont, par leur position clinique, parmi les mieux placés pour les détecter.

    Ces médecins sont condamnés. Ces psychologues sont discrédités. Ces enseignants sont ignorés. La chaîne de signalement est systématiquement brisée, au bénéfice d’une logique institutionnelle qui, au nom de la neutralité, laisse les enfants exposés à leur agresseur.

    Le Dr Maurice Berger, dans ses travaux publiés notamment dans la revue Enfances & Psy (Cairn.info), formule le diagnostic avec une clarté implacable : il existe en France une « idéologie du lien familial coûte que coûte » qui « oblitère l’évaluation de l’enfant lui-même ». L’objectif déclaré de protection de l’enfant est détourné au profit d’une idéologie familialiste dont les enfants maltraités paient le prix.

     

    III. Les solutions : se protéger et protéger ses enfants dès maintenant

    Il serait tentant, face à l’ampleur de ces défaillances, de sombrer dans l’impuissance. Tentant, mais dangereux. Car pendant que le système se réforme lentement — et il se réforme, sous la pression des commissions parlementaires, des organisations internationales et des mobilisations de victimes — des enfants vivent, aujourd’hui, des situations qui n’attendent pas.

    La bonne nouvelle, c’est que des outils existent. Ils sont imparfaits, ils exigent d’être activés au bon moment et dans le bon ordre, mais ils existent. Les connaître est déjà une forme de protection.

    3.1 — Documenter le refus de l’enfant avec rigueur

    Le refus de l’enfant est un signal clinique. Pour qu’il soit entendu comme tel par la justice, il doit être documenté de manière méthodique, datée et plurisourcée.

    • Consulter un pédopsychiatre ou un psychologue pour enfants indépendant (non désigné par le tribunal) afin de faire évaluer l’état psychique de l’enfant et d’obtenir un rapport clinique daté. Ce document peut être produit devant le juge aux affaires familiales.
    • Tenir un journal précis et daté des manifestations : pleurs, résistance physique, troubles du sommeil, régression comportementale, paroles spontanées de l’enfant avant ou après les visites. Ces notes, même manuscrites, constituent un élément de preuve de la répétition et de la continuité.
    • Signaler au médecin traitant de l’enfant, en demandant expressément que les observations soient consignées dans le dossier médical. Demander, si possible, un certificat médical descriptif sans qualification juridique.
    • Informer l’école : l’enseignant et le directeur d’établissement sont des témoins indirects précieux. Leurs observations sur le comportement de l’enfant, consignées dans un rapport, peuvent appuyer une procédure.
    • Ne jamais empêcher le droit de visite sans décision judiciaire préalable sauf danger immédiat — au risque de se retrouver poursuivi pour non-représentation. En cas de danger immédiat avéré, contacter les services de police et un avocat dans les heures qui suivent.

    3.2 — Utiliser les outils juridiques disponibles

    La suspension de l’autorité parentale et des droits de visite

    La loi du 18 mars 2024 a introduit un article 378-2 du code civil prévoyant la suspension automatique de l’exercice de l’autorité parentale et des droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour crime commis sur l’autre parent ou sur son enfant, ou pour agression sexuelle incestueuse sur son enfant — et ce jusqu’à la décision du juge aux affaires familiales ou de la juridiction pénale. C’est une avancée majeure. Elle suppose néanmoins qu’une poursuite pénale soit déjà engagée.

    L’ordonnance de protection

    Elle peut être demandée au juge aux affaires familiales en urgence, sans attendre l’issue de la procédure pénale. Elle peut imposer l’éloignement du parent présumé dangereux, l’interdiction de contact, et des mesures provisoires sur la garde. Le juge l’accorde dès lors qu’il existe des raisons sérieuses de considérer les violences comme vraisemblables.

    La plainte pénale avec constitution de partie civile

    En cas de classement sans suite d’une première plainte, la constitution de partie civile permet de saisir directement un juge d’instruction et d’ouvrir une information judiciaire. C’est la voie la plus adaptée aux situations d’inceste où les preuves sont difficiles à rassembler sans l’aide de l’appareil judiciaire.

    Le signalement au Procureur de la République

    Tout particulier, tout professionnel, peut signaler directement au procureur une situation de danger pour un mineur. Ce signalement déclenche une obligation de vérification des faits. Il peut être appuyé par un rapport médical, psychologique ou social.

    3.3 — S’appuyer sur un accompagnement stratégique global

    La dimension judiciaire n’est qu’une des facettes d’une situation de violence intrafamiliale impliquant des enfants. Les enjeux sont simultanément psychologiques (sortir de la sidération, comprendre les mécanismes de l’emprise), stratégiques (anticiper les manœuvres de l’autre parent), probatoires (rassembler et organiser les preuves) et humains (protéger les enfants sans les re-traumatiser par la procédure elle-même).

    L’expérience des familles qui s’en sortent est constante sur un point : celles qui avaient commencé à se préparer avant d’agir ont eu de meilleurs résultats que celles qui ont agi dans l’urgence, sous le choc émotionnel, sans stratégie construite. Le système est imparfait. Mais il n’est pas imperméable à une approche préparée, documentée, cohérente.

    La réforme législative avance. La commission d’enquête parlementaire créée en janvier 2026 va produire des recommandations. Le Comité des Nations Unies contre la torture a mis la France sous pression internationale. La proposition de loi Bergé, qui renforce la lutte contre les violences sexuelles et intègre le contrôle coercitif dans le code pénal, représente une évolution majeure. Le vent tourne.

    Mais les enfants en danger n’ont pas le luxe d’attendre les prochaines réformes législatives. Leur protection se joue maintenant, dans les dossiers qui sont construits aujourd’hui, dans les signalements qui sont faits cette semaine, dans les décisions qui sont prises ce mois-ci. C’est pourquoi le moment d’agir, c’est maintenant.

     

    Chez Divorce Consulting, nous vous accompagnons avec bienveillance et clairvoyance dans votre processus de libération.

    Parce que votre bien-être et celui de vos enfants n’ont pas de prix.

    Aujourd’hui peut être le premier jour de votre nouvelle vie.

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    Pour aller plus loin — Articles du blog Divorce Consulting

    Ces articles forment un corpus cohérent qui vous permet de comprendre les mécanismes psychologiques du pervers narcissique, identifier les signes d’une relation toxique, vous protéger efficacement, préparer votre sortie si c’est votre choix, et vous reconstruire après la séparation.

    • La violence du système : le traitement des violences intrafamiliales en France — www.divorce-consulting.fr/le-blog
    • Au-delà des coups : le contrôle coercitif, cette prison invisible au cœur des violences conjugales (02/02/2026)
    • L’Espionnage du Pervers Narcissique : Surveillance, Emprise et Stratégies de Libération (02/04/2026)
    • L’Effondrement du Pervers Narcissique : Comprendre, Reconnaître et Reprendre l’Avantage (08/03/2026)
    • Le Pervers Narcissique dans le Couple : Comprendre, Identifier et Reprendre le Contrôle (04/04/2026)
    • La femme perverse narcissique : Décrire, Comprendre, Agir (21/03/2026)
    • Opérations de partage : le sort des stock-options et des actions gratuites dans le divorce avec un conjoint manipulateur (04/03/2026)
    • Les Juristes du Droit de la Famille à l’aune de l’Intelligence Artificielle (02/04/2026)
    • L’influence de la Jurisprudence récente sur la pratique notariale du divorce (26/03/2026)
    • Le pervers narcissique borderline : Décrire, Comprendre, Gérer (10/03/2026)

    Retrouvez l’intégralité de nos articles sur : www.divorce-consulting.fr/le-blog

     

    Sources et références

    • Assemblée nationale, Commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales (créée le 28 janvier 2026). Auditions du 2 avril 2026 : Dr Françoise Fericelli, Dr Myriam Pierson, Dr Maurice Berger — https://www.assemblee-nationale.fr
    • CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), Premier avis sur la protection des enfants victimes d’inceste parental, 27 octobre 2021 — https://www.ciivise.fr
    • CIIVISE, Rapport final, novembre 2023 — https://www.ciivise.fr
    • LCP Assemblée nationale, « Inceste parental : les députés valident la création d’une commission d’enquête », 28 janvier 2026 — https://lcp.fr
    • LCP Assemblée nationale, « Vers la création d’une commission d’enquête transpartisane sur l’inceste parental », 16 décembre 2025 — https://lcp.fr
    • Exposé des motifs, Proposition de résolution créant la commission d’enquête, Assemblée nationale, octobre 2025 — https://www.assemblee-nationale.fr
    • Maurice Berger, Françoise Fericelli, Marie Gilloots, « La silenciation des médecins », Enfances & Psy n°96, Cairn.info, 2023
    • Maurice Berger, analyses publiées sur Cairn.info / Carnet Psy (L’échec de la protection de l’enfance)
    • Françoise Fericelli, interview Politis : « Poursuivre un médecin est intolérable quand il s’agit de protéger les enfants », septembre 2023
    • Parlement européen, Résolution du 6 octobre 2021 sur les conséquences des violences conjugales et des droits de garde sur les femmes et les enfants — exhortant les États à ne pas reconnaître le SAP
    • Comité contre la torture des Nations Unies, Observations sur la France, 2 mai 2025
    • France Info, « La CIIVISE propose la suspension des droits de visite du parent poursuivi pour viol », 27 octobre 2021
    • Enfance & Jeunesse Infos, « Syndrome d’aliénation parentale : la mise au point du ministère de la Justice », juillet 2024
    • Sénat, Question de la sénatrice Evelyne Corbière Naminzo sur la non-application de la directive européenne sur le SAP, 2024
    • Loi n°2024-233 du 18 mars 2024 visant à mieux protéger et accompagner les enfants victimes et co-victimes de violences intrafamiliales (article 378-2 du Code civil)
    • Loi n°2020-936 du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales
    • Divorce Consulting, « Au-delà des coups : le contrôle coercitif, cette prison invisible » (LexisNexis Droit de la famille n°6, juin 2025) — https://www.divorce-consulting.fr

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