Essayons de décrire la structure psychique d’un pervers-narcissique en pointant quelques traits de caractère typiques de sa personnalité
Le déni – Le déni est un mode de protection adopté par une personne refusant d’admettre une réalité insupportable. Une partie de cette réalité est alors niée, inconnue, ignorée. Un déni caractéristique des pervers est celui des origines. Ils prétendent ne descendre de personne! Ils sont à l’origine d’eux-mêmes et ne doivent rien à personne ! Ce déni est lié à d’autres : celui de la mort, du temps qui passe, des conflits internes, du deuil de la séparation d’avec leur mère,.. Or les dénis sont dévastateurs pour ces sujets parce qu’ils alimentent leur état d’angoisse permanente.
L’angoisse permanente – Les pervers subissent une détresse identitaire pouvant générer une forte sensation d’oppression. Leur système de défense consiste souvent en des passages à l’acte. Il leur faut s’agiter pour lutter contre la peur du vide, de la mort, du silence, des ruptures, des pertes et des frustrations qui les animent. Cette hyperactivité confine à l’addiction (sport, travail, voyage…). Cette fuite en avant tente d’occulter un autre deuil infaisable : celui de leur toute-puissance!
Le délire de grandeur, lié au délire d’invulnérabilité, un culte du moi démesuré, résultant dans l’accumulation de dénis évoqués ci-dessus. Cela se traduit par la certitude de la grandeur de leur personnalité et de leur forte capacité d’emprise sur les autres. Ils se sentent tout puissant et ne peuvent imaginer que le monde ne soit pas à leur service mais le monde, tel qu’ils le perçoivent et sur lequel ils croient régner en maître, n’est qu’une création illusoire de leur esprit.
La relation à l’autre – Les pervers n’ont pas fait le deuil de la relation avec leur mère, lien fusionnel qui préside aux premiers instants de la vie. Ils n’ont pas eu accès à cette étape fondatrice, à ce renoncement nécessaire qui les amène à la prise de conscience de la différenciation d’avec leur mère. Ils vont donc chercher à reproduire cette symbiose perdue, en se servant de quelqu’un d’autre comme instrument, ce qui va l’empêcher de le considérer comme un être humain. Alors, gare à l’abandon car ils ont gardé de cette tragédie non digérée deux sentiments contradictoires : la nostalgie et l’appréhension d’une dépendance à l’autre. L’autre ne peut donc être qu’un objet dénué de dignité, de qualités, d’existence propre, d’humanité. Mais le drame pour le pervers est que cet outil méprisable lui est pourtant indispensable car c’est un puissant antidépresseur. Il cherche vainement à se remplir de la substance de l’identité de l’autre, de sa joie de vivre, de ses désirs. Il s’agit d’une convoitise haineuse d’identité. Les pervers sont de véritables vampires! Le but est d’intégrer toutes les qualités qu’il leur manquent cruellement, tellement désirées qu’ils pressentent qu’elles leur feront toujours défaut. Ils essaient en vain de mettre en mouvement un cercle vicieux d’auto-satisfaction et d’auto-guérison. Le problème est que l’effet apaisant ne dure jamais, ce qui les conduit à reproduire inlassablement les mêmes comportements. On comprend mieux la chute vertigineuse que le pervers ressent par la rupture du lien fusionnel d’avec sa victime quand elle se libère. C’est ce qui explique les efforts qu’il déploie quand il sent sa proie lui échapper, pour séduire de nouveau ou pour apitoyer (« Je ne suis rien sans toi »), avec souvent un chantage au suicide, jamais mis en œuvre du fait de leur peur de la mort.
Le paraitre – La séduction est dans la nature des pervers. Ils s’exhibent avec une fausse gaîté, surgonflé de … vide! Ils font illusion par leur forte croyance en eux-mêmes mais en réalité ils sont désespérément seuls car ils ne croient pas plus en eux qu’aux autres… Etant incapables de montrer leur part d’ombre, ce qui risquerait de les démasquer, les pervers sont en perpétuelle représentation. Par ailleurs, ils vivent dans un déni permanent, incapables de faire preuve d’objectivité par rapport à eux-mêmes.
La prédominance de la perversion ou du narcissisme dans la structure du pervers-narcissique
La structure psychique du pervers-narcissique est rarement parfaitement équilibrée entre perversion et narcissisme. Aussi des différences apparaissent selon que la structure dominante est perverse ou narcissique. Les différences résident dans les motifs de leur jouissance et dans le sort qu’ils réservent à leur victime.
Ce qui prévaut selon que le sujet a pour dominance :
Le narcissisme : il jouit de sa propre survalorisation par une utilisation de l’autre : lorsque le partenaire est usé, il ne l’intéresse plus. Il l’abandonne en étant complètement indifférent à son sort. Il vit sa relation uniquement sur le mode fonctionnel. Tout est centré sur lui-même; sa libido est égocentrique, son corps même est surinvesti, pour repousser les outrages du temps (et tenter de mettre la mort à distance…), ce qui explique qu’il parait souvent plus jeune que son âge. Il cherche avant tout des personnes qui vont le mettre en valeur. Sa partenaire est utilisée comme un faire-valoir. Ses relations sont superficielles avec une phase d’idéalisation si l’objet remplit bien le rôle qui lui est assigné. La victime se sent aimée pour elle-même; le pervers, lui, contemple une image idéalisée qu’il projette sur sa victime… Il épuise son objet jusqu’à le rendre obsolète par une exploitation tyrannique et insatiable. S’ensuit une phase de rejet soudain, sans émotion aucune, sans état d’âme. Sa femme et ses enfants sont forcément beaux. Quel que soit leur physique, ils sont décrétés magnifiques. Ses supports de faire-valoir demeureront tant qu’ils lui seront utiles. Sa pathologie est un peu moins redoutable que celle du sujet à dominance perverse, puisqu’il ne se nourrit pas du malheur de l’autre.
La perversion : il espère jouir de la destruction psychologique de l’autre, même s’il est toujours déçu par l’intensité du plaisir qu’il en retire. L’objet n’est plus un faire-valoir; il faut le vider de sa substance pour s’en nourrir et le remplir de ses propres angoisses. L’objectif est de l’amener à un point de rupture psychologique en lui soumettant inlassablement des challenges malmenant ses valeurs. Le mal lancinant destiné à sa proie offre au pervers sa jouissance principale : l’angoisse provoquée chez l’autre. Il croit vainement qu’en faisant souffrir l’autre, il va se distraire de sa propre souffrance. Le pervers pense que cet acte de détestation pourrait le guérir de la haine de lui-même, qu’il pressent en voulant l’ignorer. L’existence de l’autre en tant qu’être humain est purement et simplement effacée.

