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Le pervers narcissique peut-il se remettre en question ?

par Benoît Lemogne | 29/08/2025 | Pervers-narcissiques, Psychologique, Réflexions

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr après avoir vu ce petit texte sur quora.com :

Oui, il m’a hurlé dessus à la fin quand je lui faisais remarquer sa cruauté et son manque d’empathie envers moi : “Mais tu ne comprends pas que je l’ai BOUSILLÉ ma femme !!!!”. Je ne l’ai pas compris sur le moment mais après j’ai compris qu’il me prévenait… J’ai compris aussi qu’il avait bousillé une de ses filles et qu’il était en train de faire la même chose avec une des miennes. Il est retourné avec sa femme depuis…ça me fait froid dans le dos pour elle. Je me dis qu’après l’avoir bousillé (25 ans de vie commune) il est retourné sans doute l’achever…🤮"

Dans l'accompagnement des victimes de violences conjugales et psychologiques, une question revient fréquemment : le pervers narcissique (PN) est-il capable de prendre conscience de ses dysfonctionnements et de remettre en question ses comportements destructeurs ? Cette interrogation, loin d'être anodine, soulève des enjeux cruciaux pour les victimes qui espèrent parfois un changement de la part de leur agresseur, ainsi que pour les professionnels qui les accompagnent.

Description de la problématique

Les moments de lucidité apparente

Le témoignage présenté illustre parfaitement cette complexité : "Mais tu ne comprends pas que je l'ai BOUSILLÉ ma femme !!!!". Cette exclamation révèle une forme de reconnaissance de la destruction causée, mais s'accompagne-t-elle véritablement d'une remise en question profonde ?

Les pervers narcissiques oscillent "entre une lucidité partielle et une autojustification permanente". Ces éclairs de conscience ne constituent généralement pas une véritable prise de conscience transformatrice. Ces moments de lucidité sont "extrêmement rares" et correspondent souvent à des instants fugaces où le PN se retrouve "seul face à son vide".

La conscience sans responsabilisation

Le pervers narcissique peut parfaitement connaître l'impact dévastateur de ses actes tout en maintenant ses mécanismes de défense. Il "calcule ses actions pour manipuler et contrôler", ce qui démontre une conscience stratégique de ses comportements. Cependant, cette lucidité opérationnelle ne s'accompagne pas d'une authentique responsabilisation émotionnelle.

Dans le témoignage cité, l'homme reconnaît avoir "bousillé" sa première épouse, mais cette reconnaissance semble davantage servir d'avertissement ou de justification que de véritable repentir. Plus troublant encore, il reproduit le même schéma destructeur avec d'autres victimes, notamment les enfants.

Le paradoxe de la connaissance sans changement

Le pervers narcissique "ne se remet jamais en question (il en est incapable)" selon l'analyse psychanalytique. Cette incapacité structurelle explique pourquoi la reconnaissance ponctuelle de ses actes destructeurs ne débouche jamais sur une modification durable de ses comportements.

Causes de la problématique

Organisation psychique particulière

La structure psychique du pervers narcissique constitue le principal obstacle à toute remise en question authentique. Plusieurs mécanismes fondamentaux entrent en jeu :

Le clivage psychique : Le PN maintient une séparation étanche entre ses actes destructeurs et l'image idéalisée qu'il a de lui-même. Cette dissociation lui permet de préserver son narcissisme tout en exerçant sa violence.

L'absence d'empathie véritable : Contrairement à ce que peuvent laisser penser certains moments de "lucidité", le PN ne ressent pas authentiquement la souffrance qu'il inflige. Sa compréhension reste purement intellectuelle et instrumentale.

La toute-puissance narcissique : Pour le pervers narcissique, "l'autre n'existe pas, il n'est qu'un objet qu'il manipule et qu'il détruit ou élève à son gré". Cette vision objectifiante des relations humaines rend impossible toute véritable remise en question basée sur la reconnaissance de l'altérité.

Mécanismes de défense rigides

Les mécanismes de défense du PN sont particulièrement rigides et résistants :

  • La projection : Systématiquement, la responsabilité des dysfonctionnements est attribuée à autrui
  • Le déni : Malgré les évidences, le PN minimise ou nie la portée de ses actes
  • La rationalisation : Chaque comportement destructeur trouve sa justification logique
  • L'identification projective : Le PN induit chez sa victime les émotions qu'il refuse de ressentir

Bénéfices secondaires

La perpétuation des comportements pervers procure au PN des bénéfices psychologiques essentiels à son équilibre précaire :

  • Maintien d'un sentiment de toute-puissance
  • Évitement de l'angoisse existentielle
  • Contrôle absolu sur l'environnement relationnel
  • Validation narcissique constante

Modalités de la remise en question : possibilités thérapeutiques

Les limites des approches traditionnelles

Lorsqu'un pervers narcissique consulte un thérapeute, "souvent ça ne durera pas longtemps et il vous dira que tout va bien, que c'est vous qui avez un problème". Cette résistance massive au processus thérapeutique constitue le premier écueil.

Les approches psychothérapeutiques classiques se heurtent à plusieurs obstacles majeurs :

  • La manipulation du cadre thérapeutique
  • L'impossibilité d'établir une alliance thérapeutique authentique
  • La transformation de la thérapie en nouveau terrain de manipulation
  • L'absence de motivation réelle au changement

Conditions exceptionnelles de changement

Bien que la transformation soit exceptionnelle, certaines conditions peuvent favoriser un début de remise en question :

La confrontation à des conséquences majeures : Perte définitive de contrôle sur les victimes, isolement social complet, conséquences judiciaires ou professionnelles graves peuvent parfois ébranler l'organisation défensive.

L'effondrement narcissique : Dans de rares cas, l'accumulation d'échecs peut provoquer une décompensation qui ouvre une fenêtre thérapeutique.

L'approche psychanalytique adaptée : La psychanalyse peut représenter un espoir, mais elle nécessite des aménagements spécifiques pour "libérer" de ces fonctionnements toxiques. Cependant, cette approche concerne davantage la guérison des victimes que celle des agresseurs.

Thérapies spécialisées

Certaines approches thérapeutiques montrent des résultats mitigés mais méritent d'être mentionnées :

Thérapie dialectique comportementale (TDC) : Focalisée sur la régulation émotionnelle et l'acceptation, elle peut dans certains cas aider à développer des stratégies moins destructrices.

Thérapie des schémas : Cette approche vise à identifier et modifier les schémas précoces inadaptés, particulièrement les schémas de domination et d'exploitation.

Groupes thérapeutiques spécialisés : Rares mais existants, ces groupes permettent parfois une confrontation entre pairs difficile à éviter.

Réalité statistique

Même si "guérir un pervers narcissique est souvent considéré comme quasi impossible", certains professionnels maintiennent qu'un accompagnement adapté peut conduire à des améliorations marginales. Il est théoriquement "possible pour les pervers narcissiques de guérir et de vivre une vie plus saine et plus équilibrée", mais cette possibilité reste statistiquement négligeable.

Implications pour les victimes et l'accompagnement

Ne pas nourrir de faux espoirs

La question de la remise en question du pervers narcissique ne doit jamais servir à maintenir les victimes dans des situations dangereuses. L'espoir d'un changement constitue souvent un facteur de maintien dans la relation toxique.

Priorité à la protection

L'accompagnement professionnel doit privilégier la sécurité et la guérison des victimes plutôt que l'hypothétique transformation de l'agresseur. Les "moments fugaces" où le PN redevient charmant participent du mécanisme d'emprise et ne doivent pas être interprétés comme des signes d'évolution.

Importance de la formation des professionnels

Les intervenants sociaux, juristes et thérapeutes doivent être formés à reconnaître les spécificités du fonctionnement pervers narcissique pour éviter les pièges de la manipulation et orienter correctement les victimes.

Conclusion

Si le pervers narcissique peut occasionnellement faire preuve d'une lucidité partielle sur ses comportements destructeurs, cette prise de conscience ne constitue généralement pas une véritable remise en question transformatrice. L'organisation psychique particulière du PN, ses mécanismes de défense rigides et l'absence d'empathie authentique rendent le changement profond extrêmement rare.

Le témoignage présenté illustre parfaitement cette réalité : la reconnaissance de la destruction causée ("je l'ai bousillé ma femme") s'accompagne d'une reproduction immédiate du même schéma avec d'autres victimes. Cette répétition souligne l'importance de ne pas confondre lucidité ponctuelle et capacité de transformation.

Pour les professionnels de l'accompagnement, il convient de rester réalistes quant aux possibilités d'évolution des pervers narcissiques tout en concentrant les efforts sur la protection et la guérison des victimes. La véritable priorité demeure la sortie de l'emprise et la reconstruction de ceux qui ont subi ces violences psychologiques.


Sources et références

  1. Marie-France Hirigoyen (1998). Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien. Paris : Syros.
  2. Jean-Charles Bouchoux (2011). Les pervers narcissiques : qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, comment leur échapper ?. Paris : Eyrolles.
  3. Paul-Claude Racamier (1992). Le Génie des origines : Psychanalyse et psychoses. Paris : Payot.
  4. Maurice Hurni & Giovanna Stoll (2003). "Perversion narcissique dans les couples". Revue française de psychanalyse, 67, 873-893.
  5. Pascal Couderc & Pascale Chapaux-Morelli (2005). La manipulation affective dans le couple : Faire face à un pervers narcissique. Paris : ESF.
  6. André Sirota (2017). Pervers narcissiques : comprendre, déjouer, surmonter. Éditions Le Manuscrit.
  7. Ressources en ligne consultées : pervers-narcissique.com, la-clinique-e-sante.com, psychologue.net (sites consultés en août 2025).

Note importante : Cet article s'appuie sur des données cliniques et des témoignages recueillis dans le cadre de l'accompagnement de victimes de violences psychologiques. Il ne constitue pas un diagnostic médical et ne remplace pas une consultation auprès d'un professionnel de santé mentale qualifié.

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr, cabinet expert en stratégie de séparation face à un conjoint pervers narcissique

« Elle, au moins, elle savait faire les choses. » « Avec mon ex, ce n'était pas comme ça. » Ces phrases, glissées entre deux silences ou deux reproches, des milliers de victimes de pervers narcissiques les ont entendues — parfois dès les premières semaines de la relation. Et pourtant, le même homme ou la même femme qui érige son ex en modèle inatteignable est souvent celui ou celle qui, quelques mois plus tôt, la décrivait comme folle, manipulatrice, ou incapable d'aimer. Ce grand écart n'est pas une incohérence : c'est un mécanisme. Cet article explore ce paradoxe sous trois angles complémentaires : nous décrirons d'abord le fantôme omniprésent — la manière dont cette idéalisation se manifeste concrètement dans le couple ; nous plongerons ensuite sous le vernis pour comprendre ses racines psychologiques et neurobiologiques ; nous proposerons enfin des clés pour reprendre la main et cesser de se mesurer à une image qui n'a jamais vraiment existé.


Partie 1 — Le Fantôme Omniprésent : Anatomie d'une Idéalisation Paradoxale

1.1 Quand le mépris cache une fascination

Il y a quelque chose de troublant dans la façon dont le pervers narcissique parle de ses ex. Officiellement, le discours est souvent négatif : elle était instable, il était toxique, elle exagérait tout. Mais derrière les mots, quelque chose d'autre transparaît — une intensité, une charge émotionnelle qui ne colle pas avec un simple souvenir désagréable. Beaucoup de victimes racontent avoir eu l'impression, en écoutant leur partenaire dénigrer un ex, qu'il ou elle en parlait presque avec nostalgie, comme si la dévalorisation verbale servait à masquer un attachement qui n'avait jamais été résolu.

Ce n'est pas un hasard. Le pervers narcissique ne vit pas les fins de relation comme un deuil ordinaire, où l'attachement se dénoue progressivement. Il vit la rupture — surtout lorsqu'elle n'est pas de son fait — comme une blessure narcissique, une preuve d'échec insupportable pour un ego qui ne tolère pas la perte de contrôle. L'ex-partenaire reste alors figé dans une position particulière : ni tout à fait un souvenir, ni tout à fait une personne réelle, mais une image de référence à laquelle le pervers narcissique continue, inconsciemment, de se mesurer.

L'Essentiel : Le dénigrement verbal d'un ex par un pervers narcissique ne signe pas toujours un désintérêt réel. Il peut au contraire masquer un attachement irrésolu, la relation n'ayant jamais été traitée comme un deuil normal mais comme un échec narcissique à effacer.

1.2 L'arme de la comparaison permanente

Pour la victime actuelle, cette idéalisation prend une forme très concrète : la comparaison. « Elle ne m'aurait jamais parlé comme ça. » « Il ne se plaignait jamais, lui. » Ces remarques, distillées au fil des mois, ont une double fonction. La première est de maintenir la victime dans une insécurité permanente, dans une compétition qu'elle ne peut jamais gagner puisque l'adversaire est une image idéalisée, sans défaut, figée dans le souvenir sélectif du pervers narcissique. La seconde est de faire porter à la victime la responsabilité de tous les manques de la relation : si les choses vont mal, ce n'est jamais à cause du comportement du pervers narcissique, c'est parce que la victime actuelle « n'est pas comme » celle d'avant.

Certains iront jusqu'à recréer littéralement des éléments de la relation précédente avec leur nouveau ou nouvelle partenaire — mêmes lieux, mêmes rituels, mêmes surnoms parfois — dans une tentative de reproduire une intensité qu'ils associent, à tort, à un amour parfait plutôt qu'à un cycle de manipulation qu'ils ont eux-mêmes provoqué.

L'Essentiel : La comparaison avec un ex idéalisé est un outil de contrôle, pas une opinion sincère. Elle installe la victime dans une compétition impossible à gagner et détourne la responsabilité des tensions du couple.

1.3 Se sentir la doublure d'un premier rôle

Pour la personne qui vit cette dynamique au quotidien, l'effet est corrosif. Elle finit par se percevoir non comme une partenaire à part entière, mais comme une remplaçante, une doublure qui ne sera jamais à la hauteur d'un rôle déjà distribué. Ce sentiment s'accompagne souvent d'une quête épuisante : essayer de ressembler à cette image fantôme, de deviner ce qui « fonctionnait » avec l'ex pour l'imiter, sans jamais parvenir à combler un vide qui, en réalité, n'a rien à voir avec elle.

C'est là que réside la cruauté du mécanisme : la victime se bat contre un souvenir déformé, embelli par le temps et par les besoins narcissiques de son partenaire, un standard qui n'a probablement jamais existé sous cette forme dans la réalité vécue par l'ex elle-même.

L'Essentiel : Se sentir « en concurrence » avec un ex idéalisé n'est pas un signe de jalousie déplacée mais la conséquence logique d'une stratégie de dévalorisation. Le standard auquel on vous compare est une construction, pas un fait.


Partie 2 — Sous le Vernis : les Racines Psychologiques et Neurobiologiques de la Fixation

2.1 Le clivage : quand l'autre est soit un dieu, soit un déchet

Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir à l'un des mécanismes de défense les plus centraux de la perversion narcissique : le clivage. Décrit notamment par les travaux de Paul-Claude Racamier sur la perversion narcissique et par Otto Kernberg sur les organisations limites de la personnalité, le clivage consiste à séparer radicalement les représentations d'une personne en deux catégories incompatibles : « tout bon » ou « tout mauvais », sans zone grise possible.

Or, une relation qui vient de se terminer se trouve, au moment de la rupture, dans une position intermédiaire ambiguë. Le pervers narcissique va alors soit basculer l'ex-partenaire dans la catégorie « tout mauvais » — d'où le dénigrement — soit, paradoxalement, la figer dans une image « tout bon », d'autant plus facilement idéalisable qu'elle appartient désormais au passé et ne peut plus le décevoir ni lui résister au présent. Une personne qui n'est plus là pour contredire l'image qu'on projette sur elle devient, par définition, un support idéal de projection.

L'Essentiel : Le clivage psychique explique pourquoi un ex peut être à la fois critiqué et idéalisé : une fois la relation terminée, la personne réelle disparaît au profit d'une image que le pervers narcissique façonne selon ses propres besoins, sans plus aucun contact avec la réalité de qui elle était vraiment.

2.2 Le circuit de la récompense : ce que la neuroscience suggère

Au-delà de la psychanalyse, les travaux en neurosciences sur l'attachement et l'addiction éclairent également ce phénomène. Les relations marquées par l'alternance de phases intenses — la survalorisation du début, suivie de la dévalorisation — activent de façon erratique les circuits dopaminergiques de la récompense. Ce mode de renforcement, que les psychologues comportementaux appellent le renforcement intermittent, est documenté comme l'un des plus puissants mécanismes de conditionnement : une récompense imprévisible crée un attachement plus fort et plus difficile à éteindre qu'une récompense stable et prévisible.

Ce mécanisme ne concerne d'ailleurs pas seulement la victime : le pervers narcissique lui-même reste conditionné par l'intensité émotionnelle de la phase d'idéalisation initiale de chacune de ses relations, un point de référence chimique et émotionnel vers lequel une partie de lui continue, inconsciemment, à vouloir revenir — non pas par amour de la personne, mais par attachement à la sensation que cette phase produisait. L'ex-partenaire idéalisé n'est donc pas regretté pour ce qu'il ou elle était réellement, mais pour l'intensité neurochimique associée aux tout premiers temps de la relation.

L'Essentiel : L'idéalisation d'un ex peut s'expliquer en partie par un conditionnement neurobiologique lié à l'intensité des débuts de relation. Ce n'est pas la personne qui manque, mais la sensation associée à la phase de love bombing.

2.3 Une histoire jamais terminée : la peur de la perte de contrôle

Enfin, il existe une dimension plus stratégique et moins visible : pour le pervers narcissique, une relation ne se termine jamais vraiment tant qu'il n'a pas repris la main sur son issue. Une rupture décidée par l'autre, ou vécue comme un échec, laisse une blessure narcissique ouverte. Maintenir en mémoire une image idéalisée de l'ex permet, symboliquement, de ne jamais reconnaître cette perte de contrôle : « je ne l'ai pas perdue, je l'ai laissée partir » ou « elle était parfaite, mais ce n'est pas moi le problème ».

C'est aussi pour cette raison que certains pervers narcissiques maintiennent un contact résiduel avec d'anciens partenaires — messages occasionnels, réapparitions sur les réseaux sociaux, comparaisons entretenues des années après la séparation — non par attachement affectif réel, mais pour vérifier que le lien, même ténu, n'est jamais totalement rompu. Le besoin de contrôle prime sur l'attachement lui-même.

L'Essentiel : L'idéalisation persistante d'un ex sert souvent une fonction de contrôle : elle permet au pervers narcissique d'éviter de faire le deuil d'une relation vécue comme un échec narcissique, plutôt que d'exprimer un amour réel pour la personne.


Partie 3 — Reprendre la Main : Stratégies de Protection et de Reconquête de Soi

3.1 Cesser la compétition avec un fantôme

La première étape, souvent la plus libératrice, consiste à comprendre que vous ne pouvez pas gagner une compétition contre une image. L'ex idéalisé n'est pas un adversaire réel : c'est une construction mentale, façonnée par le besoin de votre partenaire de ne jamais admettre ses propres torts. Cesser d'essayer de « faire mieux » que ce fantôme, cesser de vous remettre en question à chaque comparaison, c'est déjà refuser les règles d'un jeu truqué depuis le départ.

Concrètement, cela implique de ne plus répondre aux comparaisons par de la justification ou de la compétition, mais par un recul factuel : « Je ne suis pas elle, je suis moi » suffit, sans avoir besoin d'argumenter davantage. Toute tentative de prouver votre valeur face à un souvenir déformé est une énergie investie dans une bataille perdue d'avance.

L'Essentiel : Refusez d'entrer en compétition avec une image que vous ne pouvez pas contredire. Votre valeur ne se mesure pas à l'aune d'un souvenir que votre partenaire a lui-même reconstruit à son avantage.

3.2 Documenter, distancier, décider

Sur le plan stratégique, il est essentiel de commencer à documenter les schémas répétitifs : les comparaisons, les dévalorisations, les changements de discours sur les ex successifs. Cette objectivation permet de sortir de la confusion subjective et d'installer des repères stables, particulièrement utiles si une séparation judiciaire devient nécessaire.

Sur le plan relationnel, la technique du « grey rock » — devenir aussi peu intéressant et réactif que possible face aux provocations — s'applique aussi aux comparaisons : ne pas nourrir le sujet, ne pas discuter des mérites comparés, ne pas se laisser entraîner dans un débat qui n'a d'autre but que de vous déstabiliser. Cette distance progressive prépare également le terrain, pour celles et ceux qui envisagent une séparation, à une sortie plus sereine et mieux préparée.

L'Essentiel : Documentez les schémas de comparaison et de dévalorisation, et adoptez une posture de retrait émotionnel face aux provocations. Ces deux leviers protègent votre stabilité et, le cas échéant, sécurisent une future procédure de séparation.

3.3 Se reconstruire hors du miroir de l'autre

Enfin, la sortie durable de ce schéma passe par un travail de reconstruction personnelle qui ne dépend plus du regard du pervers narcissique — ni de celui, fantasmé, de son ex. Il s'agit de réinvestir des espaces de vie propres, souvent érodés par la relation : projets personnels, cercle amical, activités qui nourrissent une estime de soi qui ne se construit plus en miroir, ni en comparaison.

Un accompagnement spécialisé, qu'il soit thérapeutique ou stratégique, permet d'accélérer ce processus en travaillant à la fois sur les blessures d'attachement qui ont pu rendre cette dynamique de comparaison si déstabilisante, et sur les leviers concrets — psychologiques, comportementaux, juridiques et stratégiques — pour préparer une séparation dans les meilleures conditions, si tel est votre choix.

L'Essentiel : Se libérer de l'idéalisation d'un ex par votre partenaire suppose de reconstruire une estime de soi indépendante de son regard. Un accompagnement structuré permet de transformer cette prise de conscience en stratégie concrète de protection et, si vous le souhaitez, de séparation.


À propos de l'auteur

Benoît Lemogne, Fondateur de Divorce Consulting, Diplômé Notaire fort de 15 ans d'expérience dans le notariat, Ancien Expert Judiciaire formé en psychologie et en Intelligence Émotionnelle & Intuitive, expert en stratégie de séparation complexe.


Sources et références

Sources cliniques et théoriques

  • Racamier, P.-C. — travaux sur la perversion narcissique comme pathologie relationnelle fondée sur la destruction progressive de l'identité d'autrui
  • Kernberg, O. — travaux sur le clivage et les organisations limites de la personnalité
  • Hirigoyen, M.-F. — travaux sur le harcèlement moral et la manipulation perverse dans le couple
  • Documentation sur le renforcement intermittent et le conditionnement neurochimique dans les relations d'emprise (dopamine, ocytocine, cortisol)
  • Documentation sur le trauma bonding (lien traumatique) et ses conditions de formation (déséquilibre de pouvoir, alternance cyclique de maltraitance et de gentillesse)

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Benoît Lemogne

Divorce Consulting Benoit LEMOGNE

Dirigeant-fondateur de Divorce Consulting,
double formation, juridique et psycho-affective.

  • Diplôme de Notaire (Diplôme Supérieur du Notariat, Université Paris V)
  • 17 ans d’expérience dans le notariat (Droit de la Famille, divorce, PACS, mariage, partage, licitation…)
  • Expert en Liquidation des régimes matrimoniaux & des prestations compensatoires (partage amiable et judiciaire)
  • Ancien Professionnel qualifié en matière de procédure judiciaire (Article 255-9 du Code Civil)
  • Formé à une approche émotionnelle & psycho-affective de la séparation de couple
  • Formation en psychologie, ainsi qu’en intelligence émotionnelle & intuitive (Coaching systémique / Constellations familiales)
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