Poursuivons notre réflexion sur l’estime de soi comme moyen d’améliorer sa personnalité pour grandir en sagesse et en liberté. Ce travail sur l’estime de soi commence par l’acceptation. S’accepter soi-même, avec ses défauts; accepter les autres, avec leurs défauts; accepter les petits et les gros tracas de la vie quotidienne. Mais quid de ce qui nous révolte ?
Faut-il tout accepter pour renforcer sa personnalité ?
Non : l’acceptation ne consiste pas forcément à tolérer ou à approuver. Il n’est pas question de cautionner le mal, par exemple. La question est autre : quel état d’esprit adopter pour le combattre ? Quelle attitude sera la plus efficace ? On changera mieux le monde en acceptant d’abord la façon dont il est. Accepter qu’il existe des assassins et des voleurs permet de rendre la justice, et non d’appliquer la loi du talion. Accepter que des enfants soient des enfants nous évite de les frapper ou d’être violent avec eux mais ne fait pas renoncer à les éduquer, parfois en les punissant. Quoi que nous pensions de la violence ou de l’injustice, elles existent. Ce n’est pas un prétexte pour ne pas agir, mais une invitation à le faire lucidement : en évitant par exemple d’en vouloir aux personnes violentes, alors que ce sont les comportements violents, le problème. Accepter ce qui est n’est qu’une étape préalable pour le changer. Le but de l’acceptation n’est pas de se substituer à l’action mais d’éviter la gesticulation. L’acceptation permet en fait de se donner plus de force et de lucidité pour changer. C’est l’anti-chambre de l’action efficace, bien plus que la simple indignation émotionnelle suivie de … rien !
L’ invitation à l’acceptation prise au premier degré peut déstabiliser : « M’accepter ? Mais je ne fais que cela depuis l’enfance : accepter, ne rien dire, me soumettre, la boucler, avaler des couleuvres! La notion d’acceptation en matière d’estime de soi est difficile car elle aborde des domaines très intimes et douloureux liés à l’image de soi : qui a envie de s’accepter inférieur ? Mais c’est tant mieux finalement car en fait, on n’est pas inférieur. Enfin, pas autant qu’on ne le craint, ou dans autant de domaines qu’on ne le redoute. Car on est toujours inférieur ou imparfait en quelque chose … Et alors ? Prenons un exemple : dans une soirée, la plupart des convives connaissent très bien un sujet particulier et en parlent avec passion. Or, vous n’y connaissez rien. Si vous l’acceptez, vous allez passer un moment intéressant en apprenant des choses et en posant des questions. Ce sera facile si vous acceptez de ne pas savoir et si vous l’assumez. C’est exactement ce que permet une bonne estime de soi : s’accepter limité à certains moments et dans certains domaines. En revanche, si vous n’acceptez pas votre ignorance, vous risquez de passer une très mauvaise soirée, en faisant semblant de savoir et en tremblant à l’idée qu’on vous demande votre avis. Vous serez agacé contre ces convives qui étalent leurs savoirs. Et vous allez rentrer chez vous irrité et épuisé. C’est le signe d’une mauvaise estime de soi : ne pas accepter ses limites, et ne pas voir qu’elles ne nous rendent en rien moins estimable aux yeux des autres. En fait, moins on accepte ses limites, plus on en est prisonnier.
Une acceptation de soi nuancée et flexible est donc beaucoup plus confortable à vivre que l’adoption d’une attitude rigide et stéréotypée constituée par un savant mélange de triste résignation et de crispation ridicule, qui caractérise la non-acceptation des mauvaises estimes de soi. Une part importante des problèmes d’estime de soi est liée à la non-acceptation de ce que nous sommes, avec nos faiblesses, nos limites et nos résistances au changement : on s’agace, on se désespère de ne pas progresser, de ne pas faire de sa vie ce qu’on voudrait en faire, de ne pas réussir à devenir la personne qu’on souhaiterait être. L’attitude d’acceptation repose d’une part sur le respect de soi (être convaincu que ces imperfections n’amoindrissent pas la qualité de notre personne qui ne se résume pas à nos faiblesses) et d’autre part sur le pragmatisme : de toute manière, à quoi servent la colère et la tristesse à propos de ce qui ne va pas chez moi ? A part à me faire plus de mal ence, à me figer dans la plainte pathétique ou pire dans la réactivité épidermique. Mieux vaut accepter d’abord ce qui cause ma colère ou ma tristesse et garder mon énergie pour des actions plus importantes destinées à les corriger ou à les accepter.
Les bénéfices de l’acceptation de soi
Ils sont doubles : améliorer le bien-être émotionnel et faciliter le changement personnel. On se sent le cœur plus léger, plus libre et serein pour profiter de l’existence et la vivre pleinement. Quel soulagement de s’être débarrassé de ses luttes stupides et stériles à la recherche toxique d’une perfection illusoire (cf rester jeune et beau!). En plus, on change mieux en s’acceptant. Contrairement au dogme répandu selon lequel l’insatisfaction serait le plus grand moteur du changement, voire de toute forme d’action. Si l’on part du principe que le changement psychologique relève d’avantage des lois de l’apprentissage (s’entraîner à pratiquer de nouveaux styles de comportement et de pensées) que celle de la découverte de la cause de nos souffrances, alors la tension et l’insatisfaction deviennent toxiques et non mobilisatrices, perturbant les apprentissages. On apprend en effet mieux dans une ambiance sereine et bienveillante.
Pour faire progresser un élève, un maître digne de ce nom ne va pas avoir besoin de le stresser ou de l’inférioriser en lui rappelant ses défauts et ses insuffisances. En agissant de la sorte, il va écœurer l’écolier. En revanche, les progrès de la majorité des élèves reposeront sur l’acceptation de leurs limites, de la part d’un maître qui maintient une pression bienveillante sur la nécessité de changer. On change plus facilement dans une ambiance de calme émotionnel et de respect de soi, tout en gardant à l’esprit l’objectif de mieux-être.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion sur l’apprentissage de l’acceptation de soi.
