Poursuivons notre parcours sur le chemin de l’acceptation de soi pour équilibrer notre personnalité. L’acceptation de soi n’empêche pas les pensées intrusives générées par l’échec mais permet de diminuer leur impact émotionnel. Il convient donc de reconnaître tout de suite l’échec plutôt que d’essayer de le nier ou de le minimiser, afin d’éviter le déclenchement de ruminations négatives. L’acceptation de soi est également utilisée dans le traitement des douleurs physiques chroniques, que la révolte (compréhensive) ne fait qu’aggraver. Elle permet ainsi, non de diminuer la souffrance mais d’éviter son extension à toute la personne. Il en est de même avec l’estime de soi : afin d’éviter qu’une petite blessure d’amour propre ne devienne un désamour global, il vaut mieux l’accepter.
Comment accepter les « vrais » problèmes ?
L’acceptation concerne également les sources des douleurs de l’estime de soi. Par exemple, ne pas correspondre aux normes sociales comme avoir un travail, ne pas être en couple, ne pas avoir d’enfant… Avoir un métier dévalorisant ou être au chômage peut générer des sentiments de honte de soi ou de dévalorisation. Et les occasions ne manquent pas dans la vie sociale : la première question quand on rencontre une nouvelle personne est de lui demander ce qu’elle fait dans la vie. La réaction préconisée est l’acceptation de ne pas avoir de travail, d’enfant, d’amis, ou encore d’exercer tel métier… pour le moment.
Accepter que l’autre ait le droit de me poser cette question anodine pour lui, douloureuse pour moi. Comment ? En s’y prenant de manière flexible. Une bonne technique est de mettre en place un jeu de rôles, où l’on met au point des façons possibles de parler de soi : « Ce que je fais dans la vie ? Justement c’est mon problème, je galère drôlement en ce moment avec mon travail (ou pour trouver un travail). Ce n’est pas un sujet facile pour moi mais je m’efforce d’en parler car il est bon de savoir faire preuve d’humilité et sait-on jamais, le fait d’en parler vous permettra peut-être de me mettre sur une piste intéressante ». Le fait de pouvoir en parler diminue le stress émotionnel lié à la difficulté de la situation.
Quels sont les risques de l’acceptation de soi ?
Si l’acceptation de soi nous est si difficile, c’est qu’on la relie plus ou moins consciemment à de nombreuses craintes :
– Crainte de devenir complaisant avec soi-même, et à terme de se résigner. Mais en fait, ce n’est pas de s’accepter qui pose problème mais de s’accepter médiocre. Or, on se trompe, car le fait d’avoir un (ou des) comportement(s) médiocre(s) ne fait pas de nous des gens médiocres. De surcroit, le fait d’être en mesure de reconnaître sa médiocrité à certains moments sans s’en satisfaire, c’est déjà l’être beaucoup moins, médiocre. La plupart des personnes célèbres ont commis des choses dont elles ne sont pas fières, cela ne nous empêche pas de les admirer : l’acceptation, loin de générer de l’inaction, nous permet au contraire d’agir avec beaucoup plus d’efficacité.
– Crainte de devenir terne, sans saveur. Cette réticence est souvent présente chez les personnes à haute estime de soi fragile, qui préfèrent analyser leurs colères et leurs excès comme des preuves de leur personnalité. Mais en réalité, le gain de sérénité apportée par l’acceptation de soi ne se fait pas aux dépens de la personnalité; elle débarrasse juste la personne de certaines émotions pathologiques.
Le discernement dans l’acceptation de soi
La plupart des craintes à l’acceptation de soi se révèlent plus théoriques que fondées. Elles dépendent des croyances implicites inculquées par notre famille ou notre société : être dur avec soi-même permet de progresser ; si c’est pour mal faire, autant ne pas faire ; il faut toujours viser la performance. Ces croyances sont toxiques si nous les appliquons sans recul ni flexibilité. L’acceptation ne nous pousse pas à renoncer à des valeurs importantes pour nous, mais à ne pas en devenir esclave ou victime. Les psychothérapies ne modifient pas profondément la personnalité des personnes qui s’y livrent mais les aident à faire face autrement à leurs traits de personnalité et à leurs exigences internes excessives.
L’acceptation de soi ne se fait pas à la place de … (vivre, agir, se réjouir, ressentir des émotions) mais nous permet de canaliser ces actes et ces ressentis. Elle nous permet de conduire nos changements avec calme et bienveillance afin qu’ils restent plaisir et ne deviennent pas violence ou contrainte. Nous poursuivrons prochainement notre réflexion sur l’estime de soi dans le but d’améliorer notre personnalité en nous intéressant au jugement que l’on porte sur soi-même.
