Poursuivons notre réflexion sur l’estime de soi dans le but d’améliorer notre personnalité en nous intéressant au jugement que l’on porte sur soi-même. Il est extrêmement difficile de se juger soi-même, et particulièrement dans des situations où l’estime de soi est en jeu. Le regard sur soi n’est pas neutre.
On ne peut s’observer sans se juger
L’estime de soi est par essence un jugement : on ne peut s’observer sans se juger. C’est même un double jugement : nous nous jugeons par rapport au jugement que nous prêtons, à tort ou à raison, aux autres sur nous-même, ce qui nous pousse à être trop sévère avec nous-même. Mais qu’est-ce-que juger ? C’est relier un fait à une valeur. Or les valeurs des personnes à estime de soi vulnérables sont toxiques car trop élevées et trop rigides : leur désir de perfection sert à apaiser leur désir de protection. Ces personnes sont victimes de leur tentation de se juger avant même de s’analyser et de chercher à se comprendre. Ce qui raté est de ma faute; ce qui est réussi est dû au hasard, s’expliquant par un « coup de chance » qui n’est pas du à mes qualités ou à mes compétences. Par ailleurs, ce qui est raté l’est complètement et durablement, ce qui est réussi l’est partiellement et temporairement.
Comment supportons-nous cela ?
Parce que nous pensons que c’est une forme de lucidité et d’exigence, une sorte de sévérité qui ne pourra que nous faire progresser. Le manque de bienveillance et de flexibilité nous fait commettre bien des erreurs : dramatiser, généraliser, tirer des conclusions hâtives, imposer des exigences irréalistes comme des évidences… Notre propension à nous juger nous fait passer pour de l’information ce qui est de l’auto-intoxication. Et sans tirer les leçons de l’échec des prédilections puisque quand ça marche, c’est grâce à un concours de circonstances favorables qui ne risque pas de se reproduire… Ca ne vas pas durer, inutile de se réjouir trop vite…
Notre petite voix intérieure nous sabre systématiquement toute confiance en nous en nous disant avant : « inutile d’essayer, tu ne peux pas y arriver », pendant : « Regarde comme tu t’y prends mal, tu vas encore tout faire rater », après « Tu t’es encore ridiculisé, tu es vraiment bon à rien ». Et le pire, c’est que cet ennemi, c’est nous-même! C’est nous qui lui donnons vie, l’hébergeons, le nourrissons et lui obéissons. Sans recul, nous finissons par prendre pour vérité ces délires mentaux. Notre jugement interne obéit à une logique de perfectionnisme pathologique et inefficace.
D’où vient cet ennemi intérieur ?
En général, de très loin. Nous n’y prêtons plus attention car il s’est installé depuis très longtemps. Il provient généralement d’un discours parental intériorisé : nos parents nous ont tenu un discours frustrant depuis toujours sur eux-mêmes ou sur nous-mêmes. « Pourquoi me suis-je mise dans cette situation? Je suis vraiment bête… », « Laisse je vais le faire, ça ira plus vite » ou pire « ça évitera une nouvelle catastrophe… » Ou encore des valeurs éducatives telles que « Ne jamais se satisfaire de ce qu’on a fait ou de ce que l’on est ». Plus tard, ce sont nos enseignants ou nos supérieurs hiérarchiques au travail ont pu prendre le relais. De sorte que ce discours limitant et inhibant est tellement généralisé qu’il s’est banalisé.
Nous poursuivons prochainement notre réflexion en apprenant à pratiquer une autocritique utile et constructive.
