Aujourd’hui, améliorons notre personnalité en apprenant à lutter contre nos complexes, ces doutes qui se transforment en douleur. Il est normal de douter de soi et de ne pas être totalement satisfait de l’ensemble de ses caractéristiques. Mais le complexe dépasse largement le stade de l’insatisfaction occasionnelle. C’est la focalisation douloureuse et obsédante, quasi constante, de ses pensées sur une partie de son corps, jugée disgracieuse, ou une dimension de sa personnalité, jugée insuffisante ou inadéquate, et qui va perturber notre bien-être moral et notre comportement social. C’est toute l’estime de soi qui est en souffrance, mais le mal-être se concentre sur le complexe.
L’objet du complexe de personnalité : un spectre bien trop large
Les complexes sont si variés : culture (70% des personnes interrogées), capacité à s’exprimer correctement (69%), capacités intellectuelles (67%), aspect physique (54%). On se focalise sur ce qui ne va pas et tout y passe : les « trop de » (graisse, poils), « pas assez de » (cheveux, muscles), « pas comme il faut » (peau, nez, seins, fesses) et les pires : « je ne sais pas quoi exactement mais ça va pas (complexe globale d’infériorité, prestance, charisme, démarche, allure générale : « Je ressemble à rien »).
L’insatisfaction liée au corps déstabilise beaucoup l’estime de soi. Elle peut se déclencher même quand on est pas dans le point de mire du regard ou du jugement des autres. Par exemple, simplement quand on se met à admirer les qualités d’une personne qu’on estime supérieure à soi car à l’aise en toutes circonstances alors qu’on est une personne timide et peu sure d’elle. C’est le meilleur moyen de faire arriver des pensées négatives sur soi : on ne se contente pas d’admirer mais on se compare défavorablement en se reprochant de ne pas être à la hauteur dans la dimension comparée. Ces complexes d’infériorité sont un terrain infini de souffrances. Moins spectaculaires que les complexes physiques, ils sont parfois plus pernicieux, témoignant d’une certitude obscure et douloureuse d’une insuffisance de soi.
Le travail de thérapie de groupe permet de prendre conscience que ses sentiments d’infériorité sont aussi absurdes qu’inutiles. Les complexes sont dus à un déficit global d’estime de soi. Plus qu’à la réalité éventuelle du défaut (réel ou imaginaire), c’est la conviction que les autres ne voient que lui et qu’il va avoir des conséquences négatives : à physique égal, certains se mettront en maillot de bains, d’autres non; à culture égale, certains oseront parler dans les diners, d’autres non…
Ce qu’il faut éviter
Les complexes, quelle que soit leur cause, sont aggravés par les attitudes de soumission et de démission qu’ils engendrent. Tout ce qui va dans le sens du complexe est donc à combattre :
– Obéir au complexe. Renoncer à s’exposer au regard et au jugement des autres, en fuyant les occasions de révéler son supposé défaut : ne plus parler pour masquer son manque de culture, ne plus se mettre en maillot de bains…
– Ne s’exposer qu’une fois le complexe « compensé » et sous contrôle : ne prendre la parole que sur des sujets que l’on maitrise très bien; ne sortir que maquillée; porter des talonnettes ou des perruques, teindre ses cheveux…
– Sacrifier sa liberté ou sa dignité pour se faire accepter. Beaucoup de destins de souffre-douleurs, par crainte d’être rejeté, sont alors prêts à tout pour être accepté, même à subir brimades et humiliations.
Ce qui marche
Il n’y a pas de solution « miracle » pour combattre les complexes mais des petits « trucs », un ensemble d’efforts qui mis bout à bout vont permettre de faire reculer le complexe, ou du moins ses excès :
– Comprendre d’où vient son complexe. Ambiance éducative dévalorisante, messages humiliants des parents, complexes des parents eux-mêmes, carences affectives, certains événements de la vie, expériences de rejet en montrant l’objet du complexe (mais est-ce transposable aujourd’hui avec les personnes que je côtoie maintenant ?)…
– Observer les autres personnes ayant les mêmes défauts. Comment font-ils pour vivre librement avec, sans essayer de les cacher ? Cette liberté prise avec leurs limites n’est pas seulement une chance mais le résultat d’attitudes mentales et comportementales adaptées.
– Parler avec les autres : les complexes se nourrissent de la honte et de l’isolement. Le fait de parler de ses complexes à des proches ne les guérit pas mais les amoindrit. Et si les autres avouaient également leurs complexes? Echanger avec eux sur la question. Ne pas se replier sur soi (« ils ne peuvent pas comprendre, moi mes complexes me bouffent la vie et me paralysent ». ET même? A quoi sert de vous agacer et de vous replier?
– Ecouter plus attentivement l’avis des autres, lorsqu’ils vous disent que vous n’avez pas raison de douter à ce point. Même si on est persuadé que les autres ne peuvent pas comprendre, faire l’effort d’écouter les discours nous permettant de relativiser notre complexe est bénéfique.
– Lutter contre la « paranoïa » du complexe. Tous nos échecs ne viennent pas des défauts qui nous complexent. Les regards braqués sur soi ne fixent pas forcément nos défauts ou nos points faibles.
– Faire l’expérience de se confronter. C’est le meilleur moyen d’éroder peu à peu nos complexes. En se mettant durablement en situation d’avoir honte, progressivement, sans se violenter. Des mécanismes d’atténuation progressive de la réponse émotionnelle nous permettent de mettre à distance les pensées déclenchant le mal-être dû au complexe.
– Elargir le regard sur soi. Ne pas se résumer à ses défauts. Ne pas se cacher tout entier pour dissimuler une toute petite partie de soi. Se voir comme une personne globale. Mettre en évidence ses qualités et ses forces. S’intéresser aux parties harmonieuses de son corps.
La question du recours à la chirurgie esthétique
Il est difficile de voir si elle améliore de façon notable et pérenne le bien-être psychologique et l’estime de soi qu’elle est sensée procurer. En fait, le succès de la chirurgie esthétique viendrait beaucoup du fait que débarrassé de son défaut qui l’empêchait de vivre, le sujet connaisse un épanouissement important. C’est la personne elle-même qui modifie son comportement social, beaucoup plus fluide et naturel. Du coup, elle connait beaucoup plus de succès sociaux, étant plus appréciée. Ces bénéfices sont dus d’avantage à leur comportement qu’à leur apparence.
Passer des complexes maladifs aux doutes bénins
L’objectif n’est pas le zéro défaut mais le zéro complexe. Il vaut mieux s’attacher à restaurer une liberté de mouvements plutôt que de se laisser enliser par ses complexes. L’idéal est d’avoir le choix ou non de montrer ses défauts. Les complexes n’offrent pas ce choix, ils nous forcent à nous cacher. Le plus dur finalement avec les complexes, c’est de sortir du bois, en assumant de se mettre en « risque » est le prix pour recouvrer la liberté et ses immenses avantages. Mais aussi d’hériter de quelques uns de ses inconvénients. Plus on a été doué dans l’art de donner le change, plus on sera exposé au piège de ses complexes, comme un menteur à celui de ses mensonges… C’est souvent sur ce point précis, le plus délicat, qu’un thérapeute peut apporter une aide précieuse.
Nous verrons prochainement comment se protéger des influences toxiques, publicités et pressions sociales.

