Approfondissons notre réflexion sur la quête de l’équilibre de notre personnalité en nous intéressant à la cause de l’impermanence de notre personnalité : la fragilité de notre estime de soi
Les oscillations de l’estime de soi sont normales tant qu’elles restent occasionnelles. Elles ne sont problématiques que si elles deviennent fréquentes, constantes ou disproportionnées par rapport à ce qui les a déclenchées. Elles témoignent alors du dysfonctionnement du mécanisme de régulation naturelle de l’estime de soi. Beaucoup d’entre nous souffrent d’un sentiment de vulnérabilité, le simple déroulement de la vie quotidienne aves ses vicissitudes inéluctables pouvant représenter une menace : se tromper, échouer, avoir tort, se retrouver confronté à une situation déstabilisante ou humiliante.
Ce sentiment de fragilité nous incite à commettre de nombreuses erreurs. La première consiste justement à focaliser son esprit sur l’image qu’on donne à voir. La seconde consiste à tomber dans le piège de défendre son estime de soi coûte que coûte, en ayant recours inconsciemmment à une attitude offensive (pour promouvoir notre estime) ou au contraire défensive (pour la protéger). Ces deux stratégies, bien que semblant s’opposer, s’expliquent toutes les deux par un même sentiment de vulnérabilité.
Ces deux profils sont en réalité si proches qu’il arrive fréquemment qu’une même personne passe de l’un à l’autre selon les périodes de sa vie. Ainsi un adolescent timide et effacé peut se révéler un adulte hautain et méprisant (pour lutter contre sa timidité naturelle et tenter de se rassurer). Mieux encore les deux profils peuvent coexister au même moment selon les domaines concernés : une mère de famille chef de service pourra être un tyran à son travail et une épouse soumise et docile au sein de sa famille.
Profil à basse estime de soi : comment sous-positionner sa personnalité ou l’art de la dérobade…
Dans ce profil, la personne est définitivement convaincue d’être moins bien que les autres, à tel point que le moindre compliment est susceptible de déclencher un malaise, une envie du fuir ou de pleurer. Si on s’intéresse à elle, elle pense que c’est par erreur. L’effet de surprise laisse rapidement place à une grande angoisse : « Vais-je être à la hauteur ? Combien de temps va-il se passer avant qu’ils ne se rendent compte de leur méprise ? Quand vais-je pouvoir retomber dans l’anonymat et l’indifférence si confortable que je suscite généralement ? »
La personne à basse estime de soi est imperméable à tout ce qui en elle est digne d’estime. Elle n’a pourtant pas plus de tarres que les autres, mais est incapable de les relativiser ou de les mettre à distance. Il lui est ainsi impossible de vivre avec insouciance et légèreté. La comparaison avec les autres ne la rassure pas car elle ne voit chez eux que ce qui est mieux de sorte que la comparaison n’est pas motivante mais douloureuse. En se comparant vers le bas, elle tente de se rassurer sur le moment (« Il y a pire que moi ») mais va rapidement déclencher une nouvelle inquiétude (« Et si je finissais comme ça? »).
Ces personnes passsent donc leur vie à éviter tout risque de fragilisation de leur petit capital d’estime de soi. La recherche éventuelle de reconnaissance va s’opérer avec prudence, en évitant tout risque d’échec. Idem pour les actions entreprises : on n’agit seulement quand il n’y a aucun risque de mise en danger. Dans les rapports avec les autres, la priorité est de se faire accepter, en étant consensuel et en évitant les initiatives et les conduites à risque comme donner son avis ou demander une chose qui pourrait déranger.
On ne relâche pas la pression tant qu’on est pas intégré. Ce faisant, on dépend beaucoup du bon vouloir des autres, dont on est à l’affût des besoins et des plaisirs. Mais à force de se fixer sur ce que peuvent penser les autres de nous, on s’oublie soi-même. Pas étonnant alors d’être gagné par un sentiment vide et d’ennui, avec le risque à terme de tomber dans l’amertume, à force de voir les autres, pas forcément meilleurs, réussir en affichant et en savourant leurs succès…
Nous poursuivrons notre reflexion sur les moyens d’améliorer notre personnalité par la description du profil des personnes à haute estime de soi fragile et du phénomène d’oscillation entre les deux profils.

