L’estime de soi commence par l’acceptation de soi. Mais alors comment vivre normalement et avoir une personnalité épanouie si on est mis en échec ou à l’écart, complexé par son physique ou mal à l’aise avec les autres ? Comment alors ne pas se détester, continuer à s’estimer et à aller vers autrui ?
Renforcer sa personnalité : s’accepter pour s’estimer
Comment font les personnes à bonne estime de soi? Ils ont bien entendu des défauts et connaissent des échecs; ils peuvent ressentir des doutes et des sentiments de fragilité. Simplement, ils les acceptent. Les échecs les affectent mais ils savent qu’ils sont inévitables, si l’on a le choix de l’action. Les critiques les touchent, surtout si elles sont justifiées, mais ils parviennent à reconnaître leur torts sans se sentir obligé de se justifier ou de crier à l’injustice. Leurs fragilités les incitent à apprendre et à progresser, au lieu de s’imposer ou de s’inhiber. Ils sont capables de tolérer et d’accepter leurs imperfections, car ils ont construit et intégré une bonne image globale d’eux-mêmes.
Par ailleurs, ils supposent que leurs interlocuteurs, dont ils croient dans l’honnêteté et la bienveillance, seront également plus sensibles à cette image « globale » qu’au fait précis qui leur est incriminé. Ils savent d’ailleurs se défendre contre les attaques des esprits malveillants et ont appris qu’il est inutile de fonder leur vie et leur comportement sur eux : ils suivront de toute façon leurs opinions, leurs intérêts et leurs travers quoi qu’on fasse pour les convaincre. Leur sagesse leur a fait comprendre qu’on ne prend jamais de risque face aux gens qui nous apprécient mais qu’aucun triomphe ne sera jamais suffisant face à ceux qui ne nous apprécient pas. Ce serait vouloir remplir le tonneau des Danaïdes, et de fait user et ruiner son estime de soi !
Renforcer sa personnalité : s’accepter pour changer
Faire preuve de sagesse, c’est reconnaître que pour le moment les choses sont ce qu’elles sont et non comme je voudrais qu’elles soient. Inutile de tomber dans le déni pour ne pas voir ce qui existe ni de nier son appréhension si on a peur. Accepter, ce n’est pas refuser d’agir pour transformer ce qui nous dérange, c’est regarder le problème en face. On parvient mieux à se changer en s’acceptant. Pour se soigner, il faut se reconnaître malade. Si on n’accepte pas la maladie, on ne fait qu’ajouter de nouveaux symptômes. Pour évoluer, il faut d’abord s’accepter comme on est : se reconnaître imparfait. Inutile de suivre les dictats de la société qui nous incite à nous faire paraître plus beau, plus jeune, plus intelligent, plus fort, plus performant que nous ne sommes en réalité.
Accepter, c’est lâcher prise : on découvre alors que toute une partie du problème disparaît comme par magie ! Et ce qui reste paraît donc déjà plus simple à gérer. L’acceptation est en fait une philosophie de vie. Ne figure-t-elle pas au cœur des sagesses orientales, comme de la philosophie antique ? Exercer ses capacités d’acceptation au quotidien est le prélude à l’action à mettre en œuvre afin d’opérer le changement salutaire de notre personnalité. Ainsi, modifier notre regard sur le monde nous aidera à modifier notre regard sur nous-même. De même qu’accepter le monde nous aidera à nous accepter et à progresser en sagesse. Le concept d’acceptation est difficile à appréhender pour les occidentaux habitués à se battre contre la réalité et avoir le réflexe immédiat de la changer si elle ne nous convient pas, et à être amère et triste si nous n’y parvenons pas. Nous nous méfions de tout ce qui représente à nos yeux de la passivité : il faut absolument être dans l’action. Pourtant, acceptation ne rime pas soumission, démission ou renoncement.
Prenons un exemple : vous êtes confronté au risque de rater votre avion parce que vous êtes dans les embouteillages. La réaction immédiate est le stress car vous n’acceptez pas de rater votre avion, étant obnubilé par toutes les conséquences que cela peut engendrer en terme de perturbation de vos projets. Vous êtes donc submergé par les émotions et les pensées négatives. L’inconvénient de cette attitude de non-acceptation est le stress qui pourtant non seulement ne vous aidera en rien à résoudre votre problème mais va même être la cause de l’aggravation de la situation en empêchant votre esprit de réfléchir sereinement à une solution et en vous mettant en risque de provoquer d’autres désagréments (un accident de la route en voulant « rattraper » le temps perdu par exemple, une querelle avec une personne que vous aurez bousculée ou qui vous aura retardé dans le hall de l’aéroport). L’attitude d’acceptation consiste à se dire : « Bon je vais rater l’avion mais c’est comme ça, je ne peux rien y faire, inutile de me mettre dans tous mes états. C’est très ennuyeux mais je ne vais pas en mourir et je ne suis pas le premier à qui ça arrive. Inutile de s’infliger une punition supplémentaire. Le but de l’acceptation n’est pas de renoncer mais au contraire de nous mettre dans des dispositions nous permettant d’agir plus efficacement.
Autre exemple : vous entreprenez une discussion politique avec une personne qui a des opinions opposées aux vôtres. La discussion tourne vite au dialogue de sourds car chacun pense que les opinions de l’autre sont idiotes et inapropriées. L’attitude de non-acceptation pousse chacun à penser que l’autre a tort. Si l’on admet le fait que l’autre a le droit de penser comme il veut avec les conséquences y attachées à l’occasion des élections, cela va augmenter l’état émotionnel des protagonistes et réduire corrélativement leur intelligence. L’attitude d’acceptation consiste à essayer d’admettre le fait que l’autre ait le droit de penser différemment, et d’essayer de comprendre pourquoi il pense de cette façon. Le piège consiste à tenter de convaincre l’autre qu’on a raison (et qu’il a tort). Au contraire, l’attitude d’acceptation ne ferme pas le dialogue mais l’ouvre.
Nous continuerons prochainement notre réflexion sur l’acceptation.

