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Retrouvez ici informations et points de vue sur la séparation et le divorce sous les angles émotionnel, juridique et procédural.

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr

La violence psychologique au sein du couple constitue l’une des formes les plus insidieuses et destructrices de maltraitance. Contrairement aux violences physiques qui laissent des marques visibles, elle s’immisce silencieusement dans la relation, détruisant progressivement l’estime de soi et l’équilibre psychologique de la victime. Cette réalité, vécue par de nombreuses personnes, soulève des questions essentielles sur la reconnaissance, la compréhension et l’accompagnement des victimes.

Cet article explore cette problématique complexe en trois volets complémentaires : nous analyserons d’abord les manifestations et l’ampleur de la violence psychologique conjugale, puis nous examinerons les mécanismes psychologiques qui la sous-tendent, pour enfin présenter les stratégies de reconstruction et d’accompagnement juridique permettant aux victimes de retrouver leur liberté.

I./ Les manifestations silencieuses d’une violence invisible

1/ Une réalité statistique préoccupante

La violence psychologique dans le couple touche une proportion significative de la population française. En 2022, 373 000 femmes ont été victimes de violences physiques, sexuelles et/ou psychologiques commises par leur conjoint ou ex-conjoint. Plus spécifiquement, 31% des violences conjugales enregistrées par les services de sécurité sont des violences verbales ou psychologiques, révélant l’ampleur d’un phénomène longtemps minimisé.

Les données de l’Insee confirment cette tendance : 12,7% des femmes et 10,5% des hommes âgés de 18 à 75 ans déclarent avoir subi des atteintes psychologiques ou des agressions verbales de la part de leur conjoint. Ces chiffres, bien qu’alarmants, ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité, de nombreuses victimes n’osant pas s’exprimer ou ne reconnaissant pas la violence psychologique qu’elles subissent.

2/ Les multiples visages de la violence psychologique

La violence psychologique revêt de nombreuses formes, souvent subtiles et difficiles à identifier. Elle se caractérise par des comportements répétés visant à dévaloriser, contrôler et isoler la victime :

Le chantage affectif et la culpabilisation constituent des armes privilégiées du manipulateur. Celui-ci retourne constamment les situations à son avantage, transformant les expressions de souffrance de sa victime en reproches : « Tu dramatises toujours », « Tu inventes des problèmes », « Tu vois, tu me stresses ».

L’isolement progressif s’opère par la critique systématique de l’entourage de la victime, la restriction des sorties et la monopolisation du temps. La victime se retrouve progressivement coupée de ses proches, perdant ses repères et son réseau de soutien.

La dévalorisation constante passe par des remarques apparemment anodines mais répétées sur l’apparence, les capacités intellectuelles, les émotions ou les réactions de la victime. Cette stratégie d’érosion de l’estime de soi est particulièrement pernicieuse car elle s’installe dans la durée.

Le contrôle économique peut également s’exercer de manière subtile : gestion exclusive des finances du couple, limitation de l’accès aux comptes bancaires, ou encore dévalorisation des projets professionnels de la victime.

3/ L’impact psychologique dévastateur

Près de 60% des victimes de violence psychologique développent des troubles anxiodépressifs sévères, parfois irréversibles sans aide extérieure. Cette donnée souligne la gravité des conséquences sur la santé mentale des victimes.

Les symptômes les plus fréquemment observés incluent la perte de confiance en soi, l’anxiété chronique, les troubles du sommeil, la dépression, et dans certains cas, des troubles post-traumatiques. La victime développe souvent une dépendance émotionnelle à son bourreau, alternant entre espoir et désespoir selon les cycles de violence et de réconciliation.

La confusion mentale constitue l’un des effets les plus destructeurs : la victime finit par douter de ses propres perceptions, de la légitimité de ses émotions et de sa capacité à analyser les situations. Cette altération du jugement complique considérablement la prise de conscience et la sortie de la relation toxique.

II./ Les racines psychologiques de la violence conjugale

1/ Le profil du manipulateur pervers narcissique

Les Pervers Narcissiques Manipulateurs représentent entre 2 et 5% de la population selon les spécialistes, mais leur impact sur leurs victimes est disproportionné. Ces individus présentent des caractéristiques psychologiques spécifiques qui alimentent leurs comportements destructeurs.

Le manipulateur pervers narcissique se distingue par son absence d’empathie réelle, sa soif de contrôle et son besoin constant de valorisation. Il présente souvent une façade charmante en société, ce qui rend difficile la détection de ses comportements toxiques par l’entourage. Cette dualité entre l’image publique et le comportement privé constitue l’un des pièges les plus redoutables pour les victimes.

La stratégie de déstabilisation s’organise autour de cycles prévisibles : phase de tension, explosion (verbale), réconciliation apparente, puis lune de miel avant que le cycle ne recommence. Cette alternance maintient la victime dans l’espoir d’un changement et crée une dépendance psychologique similaire à celle observée dans les addictions.

2/ Les mécanismes de l’emprise psychologique

L’emprise psychologique ne s’installe pas du jour au lendemain. Elle résulte d’un processus graduel et méthodique de sape des défenses psychologiques de la victime :

La phase de séduction initiale permet au manipulateur d’identifier les failles et les besoins affectifs de sa future victime. Il se présente alors comme la réponse parfaite à ces besoins, créant une relation fusionnelle et exclusive.

L’escalade progressive voit l’apparition des premiers comportements toxiques, généralement minimisés ou justifiés par des circonstances extérieures. La victime, déjà émotionnellement investie, tend à excuser ces comportements et à s’adapter.

L’installation de la dépendance se caractérise par l’isolement de la victime, la déstabilisation de ses repères et l’alternance entre punitions et récompenses affectives. La victime développe alors un attachement traumatique à son bourreau.

3: Les facteurs de vulnérabilité

Certains profils présentent une vulnérabilité accrue face aux manipulateurs pervers narcissiques. Les personnes ayant vécu des traumatismes dans l’enfance, celles présentant une faible estime de soi ou des carences affectives, ainsi que les individus particulièrement empathiques ou en situation de fragilité temporaire constituent des cibles privilégiées.

Il est crucial de souligner que cette vulnérabilité ne constitue en aucun cas une responsabilité de la victime dans la violence qu’elle subit. Elle explique simplement pourquoi certaines personnes sont plus facilement ciblées par les manipulateurs.

III./ Vers la reconstruction : stratégies de libération et accompagnement

1. La prise de conscience : première étape de la libération

La sortie d’une relation de violence psychologique débute invariablement par une prise de conscience. Cette étape, souvent longue et douloureuse, nécessite généralement l’intervention d’éléments déclencheurs : témoignage d’une proche, lecture d’un article, consultation d’un professionnel de santé.

L’identification des signaux d’alarme constitue un préalable indispensable. Reconnaître que l’amour véritable ne diminue pas, ne contrôle pas et ne détruit pas permet aux victimes de remettre en question leur relation. La prise de conscience que « un homme qui t’aime ne te fait pas douter de ta valeur » marque souvent le début du processus de libération.

La validation des émotions représente une étape cruciale. Après des mois ou des années de remises en question systématiques, la victime doit réapprendre à faire confiance à ses perceptions et à la légitimité de ses ressentis.

2. L’accompagnement psychologique et social

La reconstruction après une relation de violence psychologique nécessite un accompagnement professionnel adapté. Plusieurs types de soutien peuvent être mobilisés :

Le soutien psychologique permet de traiter les traumatismes subis, de reconstruire l’estime de soi et de développer de nouveaux mécanismes de défense. Les thérapies cognitivo-comportementales et l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) montrent une efficacité particulière dans le traitement des troubles post-traumatiques.

L’accompagnement social aide à reconstruire un réseau de soutien et à retrouver une autonomie sociale. Les associations spécialisées proposent des groupes de parole, des activités de resocialisation et un soutien pratique dans les démarches administratives.

Le soutien économique peut s’avérer nécessaire pour les victimes ayant subi un contrôle financier. L’aide à la recherche d’emploi, la formation professionnelle ou l’accompagnement dans la gestion budgétaire favorisent le recouvrement de l’indépendance économique.

3. L’accompagnement juridique spécialisé : l’expertise de Divorce Consulting

Dans le contexte de violences psychologiques conjugales, la séparation revêt souvent une complexité particulière. Une femme séparée a une probabilité de subir des violences conjugales 30 fois plus élevée qu’une femme mariée, et une femme divorcée 9 fois plus élevée. Cette donnée souligne l’importance cruciale d’un accompagnement juridique spécialisé et sensibilisé aux enjeux de la violence psychologique.

L’anticipation des stratégies de manipulation dans le cadre juridique constitue un enjeu majeur. Le manipulateur pervers narcissique ne disparaît pas avec la procédure de divorce ; il adapte ses stratégies au contexte judiciaire, tentant de retourner la situation à son avantage et de maintenir son emprise par d’autres moyens.

La constitution du dossier en cas de violence psychologique présente des défis spécifiques, ces violences ne laissant pas de traces physiques. L’expertise juridique permet d’identifier et de rassembler les preuves pertinentes : témoignages, correspondances, certificats médicaux attestant des troubles psychologiques, consultations psychologiques.

La protection des enfants représente souvent un enjeu central. Le parent manipulateur peut utiliser les enfants comme moyens de pression ou de maintien du lien avec sa victime. L’accompagnement juridique spécialisé permet de mettre en place des mesures de protection adaptées : modalités de garde sécurisées, expertise psychologique, accompagnement des droits de visite.

La sécurisation du processus de séparation nécessite une approche particulière. Le cabinet Divorce Consulting, par son expertise dans l’accompagnement des victimes de violences conjugales, propose un accompagnement global prenant en compte les dimensions psychologiques, pratiques et juridiques de la séparation.

L’accompagnement se caractérise par une approche empathique et non-culpabilisante, une écoute active des besoins spécifiques de chaque victime, et la mise en place de stratégies personnalisées pour sécuriser la procédure de divorce tout en préservant les intérêts de la victime et de ses enfants.

Conclusion

La violence psychologique conjugale constitue un fléau silencieux mais dévastateur qui touche des centaines de milliers de personnes en France. Sa reconnaissance, longtemps entravée par son caractère invisible, progresse grâce à une meilleure compréhension des mécanismes psychologiques en jeu et à la parole libérée des victimes.

La sortie d’une relation de violence psychologique nécessite un accompagnement multidisciplinaire combinant soutien psychologique, social et juridique. Dans ce processus complexe, l’expertise juridique spécialisée joue un rôle déterminant pour sécuriser la séparation et protéger les victimes des stratégies de manipulation qui persistent souvent au-delà de la rupture.

Il est essentiel de rappeler que personne ne mérite de vivre dans la peur, le doute ou la dévalorisation constante. Reconnaître la violence psychologique et chercher de l’aide constituent des actes de courage qui ouvrent la voie vers une reconstruction possible et une vie épanouie.


Sources

  1. Ministère de l’Intérieur. (2024). Les violences conjugales enregistrées par les services de sécurité en 2023.
  2. Arrêtons les violences. (2024). Les chiffres de référence sur les violences faites aux femmes.
  3. Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). (2016). Atteintes psychologiques et agressions verbales entre conjoints.
  4. Goehrs & Debelleix, Avocats. (2020). Femmes victimes de Pervers Narcissiques Manipulateurs.
  5. Blog psychologie Versailles. Comment savoir si mon partenaire est un pervers narcissique ?
  6. Cairn.info. (2011). Les violences conjugales post-séparation et le devenir des femmes et des enfants.
  7. Fondation des Femmes. (2023). Une femme sur 10 victime de violences conjugales au cours de sa vie.
  8. AlloDocteurs. (2024). Pervers narcissiques : quand la violence est psychologique.

Violence Psychologique dans le Couple : Comprendre, Identifier et Agir

par | 26/09/2025 | Juridique, Pervers-narcissiques, Psychologique

Article rédigé pour le blog de divorce-consulting.fr, cabinet expert en stratégie de séparation face à un conjoint pervers narcissique.

  • « Jamais un petit attaché à ses parents hurlera à l’idée d’aller les voir. C’est un indice de haute gravité. »

    Pédopsychiatres auditionnés devant la commission d’enquête parlementaire sur l’inceste, 2 avril 2026

     

    Il existe, dans notre système judiciaire et dans la conscience collective, un axiome qui n’est presque jamais questionné : le maintien du lien entre un enfant et ses deux parents est, en toutes circonstances, une nécessité absolue pour son développement. Un enfant a besoin de ses deux parents. Le contact, même sous forme de visite médiatisée, même arraché par ordonnance judiciaire, serait toujours préférable à l’absence.

    Cette conviction — profondément humaniste dans son intention initiale — est devenue, dans de trop nombreux cas de violences intrafamiliales, un instrument de continuation des sévices. Elle fige les magistrats dans une présomption impossible à renverser. Elle retourne contre les parents protecteurs l’arme de la non-représentation d’enfant. Elle réduit au silence les médecins qui signalent. Et elle enferme les enfants — littéralement — dans un lien institutionnellement validé avec leur agresseur.

    Le 2 avril 2026, des pédopsychiatres de premier plan ont osé nommer ce que des années de pratique clinique leur avaient appris : dans certaines situations de maltraitance avérée ou de suspicion sérieuse, le maintien du lien n’est pas une nécessité. Le qualifier autrement relève, selon eux, de l’hérésie.

    Cet article, rédigé dans la continuité des travaux de Divorce Consulting sur la protection des victimes de violence intrafamiliale, s’articule en trois parties :

  • I — Le constat : l’étendue des dégâts d’un dogme non questionné ;

  • II — Les mécanismes : pourquoi le système perpétue cette erreur ;

  • III — Les solutions : comment se protéger et protéger ses enfants dès maintenant.

     

    I. Le constat : un dogme qui protège les agresseurs

    Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut d’abord mettre des chiffres sur ce que les témoignages décrivent depuis des décennies. Ce n’est pas une impression : c’est une réalité statistique documentée par les institutions elles-mêmes.

    1.1 — Des chiffres qui donnent le vertige

    La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a rendu ses conclusions en novembre 2023 après avoir recueilli des milliers de témoignages. Son diagnostic est sans ambiguïté : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, dont 77 % au sein de la famille. Les agresseurs sont dans 95 % des cas des hommes — pères, beaux-pères, oncles, grands-pères.

    Face à cette réalité massive, la réponse pénale est dérisoire : moins de 3 % des faits signalés aboutissent à une condamnation pénale. En 2020, seules 1 697 personnes ont été poursuivies pour viol incestueux ou agression sexuelle sur mineur. 760 condamnations seulement en 2018. La CIIVISE formule ce que chacun pressent : « le nombre de pères poursuivis est très inférieur au nombre de victimes. »

    Parmi les 22 000 enfants victimes de leur père chaque année, une fraction seulement voit son père éloigné. Les autres continuent de le voir, par obligation légale, parfois sous la surveillance fragile d’un point de rencontre médiatisé. Parfois à son domicile. Sous le regard d’une institution qui, faute de condamnation pénale, continue de valider l’accès du présumé agresseur à sa victime.

    1.2 — La commission parlementaire brise le tabou

    Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a créé à l’unanimité une commission d’enquête « sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices ». Transpartisane, soutenue par tous les groupes politiques, cette décision marque un tournant dans la prise de conscience institutionnelle de l’ampleur des défaillances.

    Le jeudi 2 avril 2026, lors de ses auditions, la commission a entendu une table ronde de pédopsychiatres d’expérience : le Dr Françoise Fericelli, ancienne experte judiciaire et cofondatrice du collectif Médecins Stop Violences ; le Dr Myriam Pierson, psychiatre spécialisée en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, ancienne experte auprès des tribunaux ; et le Dr Maurice Berger, pédopsychiatre, responsable du diplôme universitaire d’expertise légale en pédopsychiatrie à l’Université de Paris.

    Leur position commune, articulée devant les représentants du peuple français, peut être résumée ainsi : le maintien du lien entre un enfant et un parent violent ou incestueux n’est pas une nécessité pour le développement psychique de l’enfant. Dans certains cas, c’est l’inverse : c’est le lien contraint qui détruit. Qualifier ce maintien de nécessité absolue, c’est une hérésie clinique.

    1.3 — Le refus de l’enfant : la preuve que l’institution ignore

    Il est un signe que tout clinicien formé reconnaîtrait immédiatement comme un marqueur d’alarme sévère, et que la justice transforme trop souvent en preuve à charge contre le parent gardien : le refus catégorique et répété d’un enfant de se rendre chez l’un de ses parents.

    Un enfant qui aime ses deux parents — même dans un contexte de séparation conflictuelle, même après des mois d’absence — n’hurle pas de terreur à l’idée d’un droit de visite. La résistance physique, les larmes inconsolables, la régression comportementale, les cauchemars récurrents avant chaque visite : autant de manifestations que la psychologie clinique de l’enfant interprète comme ce qu’elles sont — des signaux de détresse, des appels au secours.

    Ces signaux existent. Ils sont observés. Ils sont souvent consignés dans des dossiers médicaux, rapportés par des enseignants, décrits par des psychologues. Et ils sont, de manière systémique, mal lus ou ignorés par un système judiciaire qui les réinterprète à travers le prisme d’un autre concept : le syndrome d’aliénation parentale.

     

    II. Les mécanismes : pourquoi le système perpétue cette erreur

    Comprendre comment une institution censée protéger les plus vulnérables peut, en practice, les mettre en danger, exige d’identifier les rouages précis de cette défaillance. Il ne s’agit pas de chercher des coupables individuels, mais de nommer des structures, des présupposés et des outils conceptuels qui, additionnés, produisent des effets catastrophiques.

    2.1 — Le syndrome d’aliénation parentale : un outil sans fondement scientifique au cœur du système

    Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) a été théorisé dans les années 1980 par Richard Gardner, psychiatre américain. Son postulat : lors de séparations conflictuelles, le parent gardien — le plus souvent la mère — « lave le cerveau » de l’enfant pour qu’il rejette l’autre parent. Le refus de l’enfant ne serait donc pas le signe d’un danger réel, mais la preuve d’une manipulation maternelle.

    Ce concept est rejeté par la communauté scientifique internationale, par l’Organisation mondiale de la santé, par l’American Psychological Association, par le Parlement européen (résolution du 6 octobre 2021 exhortant les États à ne pas le reconnaître dans leurs pratiques judiciaires), et par la CIIVISE, qui le qualifie de « pseudo syndrome d’aliénation parentale ». Son inventeur lui-même, Richard Gardner, s’est publiquement exprimé en faveur de la dépénalisation de la pédophilie et de l’inceste — un fait qui aurait dû, à lui seul, disqualifier définitivement sa construction théorique.

    Pourtant, ce concept continue d’infiltrer les expertises judiciaires en France. Des magistrats y font référence. Des experts nommés par les tribunaux l’appliquent. Des pères mis en cause pour inceste l’invoquent pour retourner l’accusation contre la mère protectrice. Et des enfants dont les signaux de détresse sont criants se voient confier, par ordonnance judiciaire, à celui dont ils hurlent à l’idée d’approcher.

    La CIIVISE pointe le mécanisme avec une clarté douloureuse : le SAP opère un « raisonnement circulaire » — le fait de dénoncer des abus est traité comme un indice du syndrome, qui lui-même sert de preuve de la fausseté de l’accusation. L’enfant qui crie au danger produit, contre lui-même, la preuve qu’il a été manipulé.

    2.2 — La mère protectrice retournée en accusée

    Le paradoxe institutionnel est absolu. Une mère qui refuse de remettre son enfant à un père présumé agresseur peut être condamnée pénalement pour non-représentation d’enfant, assortie d’astreintes, d’amendes, voire d’une peine d’emprisonnement. La CIIVISE, dans son premier avis d’octobre 2021, avait explicitement préconisé de suspendre ces poursuites lorsqu’une enquête est en cours pour violences sexuelles incestueuses contre le père. La loi du 18 mars 2024 a partiellement intégré cette recommandation en prévoyant une vérification préalable des allégations de violences avant toute poursuite pour non-représentation.

    Mais cette avancée reste fragile et partielle. Des familles continuent de témoigner de décisions judiciaires contradictoires : maintien de droits de visite alors qu’une enquête pénale est ouverte, non-prise en compte de la parole de l’enfant, interprétation du refus de l’enfant comme une preuve d’aliénation. Plus de 600 témoignages recueillis par le collectif Incesticide France décrivent des pratiques judiciaires qui mettent en danger les enfants tout en sanctionnant les mères qui cherchent à les protéger.

    Le Comité contre la torture des Nations Unies, dans ses observations de mai 2025, a officiellement alerté la France sur ces défaillances systémiques, condamnant l’absence de protection effective des enfants victimes et la persécution judiciaire de certains parents protecteurs. Ce n’est plus seulement une critique militante : c’est une mise en cause formelle de la France devant les instances internationales.

    2.3 — La silenciation des professionnels de santé

    Un autre mécanisme aggrave la situation : la neutralisation active des professionnels de santé qui tentent de signaler. Le Dr Françoise Fericelli, pédopsychiatre cofondatrice du collectif Médecins Stop Violences, en est l’exemple le plus documenté. Sanctionnée par l’Ordre des médecins pour avoir signalé des suspicions de maltraitances sur des enfants qu’elle suivait — avant d’être blanchie après condamnation pénale ultérieure de l’auteur — elle résume la situation ainsi : signaler un inceste sans s’immiscer dans les affaires de famille est, littéralement, un exercice impossible.

    L’Ordre des médecins applique en effet l’article 51 de son code de déontologie, qui interdit l’immixtion du médecin dans les affaires de famille, au détriment de l’article 43, qui lui impose d’être le défenseur de l’enfant. La Haute Autorité de Santé confirme la conséquence : seuls 5 % des signalements de maltraitances sur enfants proviennent des médecins, alors qu’ils sont, par leur position clinique, parmi les mieux placés pour les détecter.

    Ces médecins sont condamnés. Ces psychologues sont discrédités. Ces enseignants sont ignorés. La chaîne de signalement est systématiquement brisée, au bénéfice d’une logique institutionnelle qui, au nom de la neutralité, laisse les enfants exposés à leur agresseur.

    Le Dr Maurice Berger, dans ses travaux publiés notamment dans la revue Enfances & Psy (Cairn.info), formule le diagnostic avec une clarté implacable : il existe en France une « idéologie du lien familial coûte que coûte » qui « oblitère l’évaluation de l’enfant lui-même ». L’objectif déclaré de protection de l’enfant est détourné au profit d’une idéologie familialiste dont les enfants maltraités paient le prix.

     

    III. Les solutions : se protéger et protéger ses enfants dès maintenant

    Il serait tentant, face à l’ampleur de ces défaillances, de sombrer dans l’impuissance. Tentant, mais dangereux. Car pendant que le système se réforme lentement — et il se réforme, sous la pression des commissions parlementaires, des organisations internationales et des mobilisations de victimes — des enfants vivent, aujourd’hui, des situations qui n’attendent pas.

    La bonne nouvelle, c’est que des outils existent. Ils sont imparfaits, ils exigent d’être activés au bon moment et dans le bon ordre, mais ils existent. Les connaître est déjà une forme de protection.

    3.1 — Documenter le refus de l’enfant avec rigueur

    Le refus de l’enfant est un signal clinique. Pour qu’il soit entendu comme tel par la justice, il doit être documenté de manière méthodique, datée et plurisourcée.

    • Consulter un pédopsychiatre ou un psychologue pour enfants indépendant (non désigné par le tribunal) afin de faire évaluer l’état psychique de l’enfant et d’obtenir un rapport clinique daté. Ce document peut être produit devant le juge aux affaires familiales.
    • Tenir un journal précis et daté des manifestations : pleurs, résistance physique, troubles du sommeil, régression comportementale, paroles spontanées de l’enfant avant ou après les visites. Ces notes, même manuscrites, constituent un élément de preuve de la répétition et de la continuité.
    • Signaler au médecin traitant de l’enfant, en demandant expressément que les observations soient consignées dans le dossier médical. Demander, si possible, un certificat médical descriptif sans qualification juridique.
    • Informer l’école : l’enseignant et le directeur d’établissement sont des témoins indirects précieux. Leurs observations sur le comportement de l’enfant, consignées dans un rapport, peuvent appuyer une procédure.
    • Ne jamais empêcher le droit de visite sans décision judiciaire préalable sauf danger immédiat — au risque de se retrouver poursuivi pour non-représentation. En cas de danger immédiat avéré, contacter les services de police et un avocat dans les heures qui suivent.

    3.2 — Utiliser les outils juridiques disponibles

    La suspension de l’autorité parentale et des droits de visite

    La loi du 18 mars 2024 a introduit un article 378-2 du code civil prévoyant la suspension automatique de l’exercice de l’autorité parentale et des droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour crime commis sur l’autre parent ou sur son enfant, ou pour agression sexuelle incestueuse sur son enfant — et ce jusqu’à la décision du juge aux affaires familiales ou de la juridiction pénale. C’est une avancée majeure. Elle suppose néanmoins qu’une poursuite pénale soit déjà engagée.

    L’ordonnance de protection

    Elle peut être demandée au juge aux affaires familiales en urgence, sans attendre l’issue de la procédure pénale. Elle peut imposer l’éloignement du parent présumé dangereux, l’interdiction de contact, et des mesures provisoires sur la garde. Le juge l’accorde dès lors qu’il existe des raisons sérieuses de considérer les violences comme vraisemblables.

    La plainte pénale avec constitution de partie civile

    En cas de classement sans suite d’une première plainte, la constitution de partie civile permet de saisir directement un juge d’instruction et d’ouvrir une information judiciaire. C’est la voie la plus adaptée aux situations d’inceste où les preuves sont difficiles à rassembler sans l’aide de l’appareil judiciaire.

    Le signalement au Procureur de la République

    Tout particulier, tout professionnel, peut signaler directement au procureur une situation de danger pour un mineur. Ce signalement déclenche une obligation de vérification des faits. Il peut être appuyé par un rapport médical, psychologique ou social.

    3.3 — S’appuyer sur un accompagnement stratégique global

    La dimension judiciaire n’est qu’une des facettes d’une situation de violence intrafamiliale impliquant des enfants. Les enjeux sont simultanément psychologiques (sortir de la sidération, comprendre les mécanismes de l’emprise), stratégiques (anticiper les manœuvres de l’autre parent), probatoires (rassembler et organiser les preuves) et humains (protéger les enfants sans les re-traumatiser par la procédure elle-même).

    L’expérience des familles qui s’en sortent est constante sur un point : celles qui avaient commencé à se préparer avant d’agir ont eu de meilleurs résultats que celles qui ont agi dans l’urgence, sous le choc émotionnel, sans stratégie construite. Le système est imparfait. Mais il n’est pas imperméable à une approche préparée, documentée, cohérente.

    La réforme législative avance. La commission d’enquête parlementaire créée en janvier 2026 va produire des recommandations. Le Comité des Nations Unies contre la torture a mis la France sous pression internationale. La proposition de loi Bergé, qui renforce la lutte contre les violences sexuelles et intègre le contrôle coercitif dans le code pénal, représente une évolution majeure. Le vent tourne.

    Mais les enfants en danger n’ont pas le luxe d’attendre les prochaines réformes législatives. Leur protection se joue maintenant, dans les dossiers qui sont construits aujourd’hui, dans les signalements qui sont faits cette semaine, dans les décisions qui sont prises ce mois-ci. C’est pourquoi le moment d’agir, c’est maintenant.

     

    Chez Divorce Consulting, nous vous accompagnons avec bienveillance et clairvoyance dans votre processus de libération.

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    Pour aller plus loin — Articles du blog Divorce Consulting

    Ces articles forment un corpus cohérent qui vous permet de comprendre les mécanismes psychologiques du pervers narcissique, identifier les signes d’une relation toxique, vous protéger efficacement, préparer votre sortie si c’est votre choix, et vous reconstruire après la séparation.

    • La violence du système : le traitement des violences intrafamiliales en France — www.divorce-consulting.fr/le-blog
    • Au-delà des coups : le contrôle coercitif, cette prison invisible au cœur des violences conjugales (02/02/2026)
    • L’Espionnage du Pervers Narcissique : Surveillance, Emprise et Stratégies de Libération (02/04/2026)
    • L’Effondrement du Pervers Narcissique : Comprendre, Reconnaître et Reprendre l’Avantage (08/03/2026)
    • Le Pervers Narcissique dans le Couple : Comprendre, Identifier et Reprendre le Contrôle (04/04/2026)
    • La femme perverse narcissique : Décrire, Comprendre, Agir (21/03/2026)
    • Opérations de partage : le sort des stock-options et des actions gratuites dans le divorce avec un conjoint manipulateur (04/03/2026)
    • Les Juristes du Droit de la Famille à l’aune de l’Intelligence Artificielle (02/04/2026)
    • L’influence de la Jurisprudence récente sur la pratique notariale du divorce (26/03/2026)
    • Le pervers narcissique borderline : Décrire, Comprendre, Gérer (10/03/2026)

    Retrouvez l’intégralité de nos articles sur : www.divorce-consulting.fr/le-blog

     

    Sources et références

    • Assemblée nationale, Commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales (créée le 28 janvier 2026). Auditions du 2 avril 2026 : Dr Françoise Fericelli, Dr Myriam Pierson, Dr Maurice Berger — https://www.assemblee-nationale.fr
    • CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), Premier avis sur la protection des enfants victimes d’inceste parental, 27 octobre 2021 — https://www.ciivise.fr
    • CIIVISE, Rapport final, novembre 2023 — https://www.ciivise.fr
    • LCP Assemblée nationale, « Inceste parental : les députés valident la création d’une commission d’enquête », 28 janvier 2026 — https://lcp.fr
    • LCP Assemblée nationale, « Vers la création d’une commission d’enquête transpartisane sur l’inceste parental », 16 décembre 2025 — https://lcp.fr
    • Exposé des motifs, Proposition de résolution créant la commission d’enquête, Assemblée nationale, octobre 2025 — https://www.assemblee-nationale.fr
    • Maurice Berger, Françoise Fericelli, Marie Gilloots, « La silenciation des médecins », Enfances & Psy n°96, Cairn.info, 2023
    • Maurice Berger, analyses publiées sur Cairn.info / Carnet Psy (L’échec de la protection de l’enfance)
    • Françoise Fericelli, interview Politis : « Poursuivre un médecin est intolérable quand il s’agit de protéger les enfants », septembre 2023
    • Parlement européen, Résolution du 6 octobre 2021 sur les conséquences des violences conjugales et des droits de garde sur les femmes et les enfants — exhortant les États à ne pas reconnaître le SAP
    • Comité contre la torture des Nations Unies, Observations sur la France, 2 mai 2025
    • France Info, « La CIIVISE propose la suspension des droits de visite du parent poursuivi pour viol », 27 octobre 2021
    • Enfance & Jeunesse Infos, « Syndrome d’aliénation parentale : la mise au point du ministère de la Justice », juillet 2024
    • Sénat, Question de la sénatrice Evelyne Corbière Naminzo sur la non-application de la directive européenne sur le SAP, 2024
    • Loi n°2024-233 du 18 mars 2024 visant à mieux protéger et accompagner les enfants victimes et co-victimes de violences intrafamiliales (article 378-2 du Code civil)
    • Loi n°2020-936 du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales
    • Divorce Consulting, « Au-delà des coups : le contrôle coercitif, cette prison invisible » (LexisNexis Droit de la famille n°6, juin 2025) — https://www.divorce-consulting.fr

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