Poursuivons notre réflexion sur la confiance en autrui en nous intéressant aujourd’hui au jugement qu’on porte sur autrui et plus précisément aux bénéfices à ne plus juger autrui à priori. Mieux accepter les autres, c’est d’abord le meilleur moyen de mieux s’accepter soi-même! L’acceptation nous rend plus fort, nous permettant de nous percevoir comme le jouet possible des autres et de redevenir acteur de ses relations sociales.
Gérer la tentation de juger autrui
La tentation de porter un jugement sur ce que sont ou sur ce que font les gens n’existe qu’à partir de notre propre expérience car nous ne pouvons voir chez les autres que ce que nous connaissons, bien souvent de nous-même! Notre égoïsme nous rend plus sensible à l’égoïsme des autres… C’est le mécanisme classique de la projection qui nous fait attribuer à autrui des sentiments ou des intentions qui nous appartiennent.
Cette tendance à voir le monde au travers de nos difficultés personnelles dépend en partie de l’importance que notre ego prend dans notre fonctionnement psychique. L’obsession douloureuse de soi, caractéristique des profils à estime de soi fragile, les expose beaucoup à ce risque. Cette vision autocentrée conduit à un appauvrissement de leur vision du monde, et donc d’eux-mêmes.
La tendance à juger est inhérente à celle de fermeture à l’expérience. On remplit le monde de soi-même au lieu de se laisser remplir par le monde, ce qui génère une difficulté à nous intéresser à autrui et à ce qui est extérieur à nos centres d’intérêt. Le monde parait alors figé, les gens nous apparaissent toujours semblables. En fait, c’est notre façon de les appréhender et de les percevoir qui est toujours la même…
Comment faire si je me sens toujours déçu par autrui ?
Les autres ne sont jamais aussi admirables, ni même aussi « minables », qu’on le pense à priori. Si je suis déçu par autrui, c’est peut-être que j’en en attends trop… Alors existe-t-il un bon usage d’autrui qui me mettrait à l’abris des déceptions, sans pour autant me retirer des échanges sociaux ? L’effet d’étiquetage est bien connu : une fois qu’on s’est fait une idée sur une personne ou sur un groupe social, difficile de s’en défaire car tout est analysé sous le prisme de cet à priori. Nous avons tendance à mémoriser ce qui conforte notre idée première et à refouler ce qui ne la corrobore pas.
De la même façon, on choisit de préférence les informations qui confirment nos idées ou nos valeurs. C’est révélateur dans le choix des magazines ou des journaux auxquels on peut être abonné (Minute, Le Figaro, Libération, l’Humanité…) et cela explique qu’on vive l’actualité à travers le prisme de nos convictions. Ainsi, les racistes seront plus sensibles aux agressions commises par les étrangers, les anarchistes aux bavures policières… D’où la persistance importante dans la société des stéréotypes de tous genres.
Un petit exercice d’acceptation peut consister à se forcer à lire régulièrement des journaux dont la ligne éditoriale ne correspond pas à nos convictions afin de nous mettre en contact avec les raisonnements ou des arguments différents. Le plus simple pour lutter contre ses à priori consiste à adopter le réflexe de ne pas juger d’emblée, trop vite. A défaut, nous risquons d’être victime d’un effet de priorité : la première croyance à s’implanter restera la plus difficile à déloger.
Nous revoilà aux principes de base de l’acceptation : doucement et régulièrement, il convient de s’habituer à observer et à accepter ce que nous voyons, avant de juger, puis réfléchir. Et si nous décidons de porter un jugement, le faire de façon précise, justifiée et provisoire. Enfin, agir pour changer ce qui doit l’être. Accepter par exemple l’injustice et la trahison puisqu’elles existent. Accepter que l’on m’ait menti ou trahi, que l’on ait abusé de mes faiblesses, de mes vulnérabilités ou de ma confiance. Si cela a eu lieu, ne pas l’accepter revient à me punir une seconde fois. Il convient d’apprendre à le dépasser pour éviter que la souffrance nous entraine sur un terrain de stagnation, voire de régression.
C’est ainsi que nous poursuivrons prochainement notre réflexion en travaillant l’acceptation par des exercices d’empathie et de cheminement vers le pardon.
