Poursuivons notre réflexion sur le vivre avec les autres en bonne harmonie en nous intéressant aujourd’hui à la peur du ridicule et au combat contre la honte et les blessures d’amour-propre, si caractéristiques des personnes ne maitrisant pas leur estime de soi. En fait, ce sont bien souvent des blessures déplacées, qui auraient pu être évitées, ou même ne pas exister du tout. Plus souvent liées à l’hypersensibilité de la personne qu’à la gravité ou la réalité des « attaques » dont elle a pu faire l’objet, elles peuvent souvent être domestiquées par des exercices adéquats.
Les émotions de l’estime de soi en souffrance
L’origine des émotions qui nous font souffrir ne se situe pas seulement en dehors de nous (les situations qui les déclenchent) mais aussi en dedans (notre propre sensibilité). De toutes les émotions, celles qui nous préoccupent ici sont d’ailleurs les plus secrètes, ne se manifestant pas par une expression du visage, et les plus indépendantes de déclencheurs externes : à la différence des sources de la peur ou de la colère qui sont universelles, les sources de la honte ou de la gène sont culturelles et bien souvent personnelles. Ces émotions se caractérisent également par le fait qu’elles sont très liées à la présence des autres. Ne dit-on pas que l’amour-propre est l’amour de soi sous le regard des autres? On verra que ce n’est pas tant la situation qui compte que l’interprétation qu’on en fait.
A un degré minime, ces émotions se manifestent pas l’embarras ou la gêne. A ce stade, on ne peut pas encore parler de manifestation d’une évaluation négative de soi. La gêne d’un timide peut être causée par une mise en valeur devant un grand auditoire, par une erreur ou une inadéquation de son comportement (commettre une maladresse, dire une bêtise…). Le sentiment du ridicule se situe un cran au-dessus, étant associé à la conviction d’avoir abîmé son image sociale, ou suscité des regards moqueurs ou ironiques. Beaucoup de personnes à l’estime de soi fragile ont du mal à rire d’elles-mêmes, même dans des situations où le rire n’est pas offensant.
Beaucoup plus problématique est le sentiment de honte. Proche du sentiment de culpabilité, ce sentiment d’inconfort lié à la conviction intime d’avoir commis une faute, la honte est un sentiment plus ravageur encore lié à la personne et non pas seulement au comportement. On se culpabilise de ce qu’on a fait tandis qu’on a honte de ce qu’on est. La honte est activée par le sentiment de jugement public sur nos actes. Dépendant de convictions personnelles, elle peut être responsable de nombreux dérapages chez les personnes soucieuses de ne pas décevoir ou de toujours se présenter sous leur meilleur jour (ne jamais sortir non maquillée…). Elle est destructrice sur la durée, alimentant des ruminations délétères qui vont progressivement augmenter la vulnérabilité et justifier des évitements ultérieurs (ne plus oser danser, s’exprimer, sortir…), sans compter qu’elle peut également susciter des phénomènes de vengeance et d’agression envers autrui.
Quelques exercices pour combattre la honte vis à vis des autres
La honte nous sert à ne pas oublier que, pour avoir sa place au sein d’un groupe social, il y a des codes à respecter. Si la peur me rend plus prudent en me faisant anticiper les dangers, la honte me rend plus conscient en me faisant anticiper les rejets. Des exercices existent pour combattre la honte, consistant à nous habituer à ressentir graduellement gêne, embarras, ridicule sans se laisser impressionner. Généralement, on se rend compte qu’on est bien plus mal à l’aise avant l’exercice qu’après car l’idée d’être ridicule est souvent bien plus intense que le fait de l’être réellement. Cela démontre le grand gâchis provoqué par les phénomènes d’évitement. Ensuite, on réalise que les personnes prêtent bien peu d’attention à nous, et à ce qui nous semblait attirer immanquablement leur attention. Enfin, plus on répète l’exercice, plus le sentiment d’inconfort s’estompe.
Quelques exemples de bonnes pratiques à adopter selon les circonstances :
- Devant la honte : ne jamais rester seul car la solitude est le moteur de la honte. Or le mouvement réflexe de la honte est justement le repli sur soi… En parler à autrui permet de défocaliser, de ne pas se noyer, de ne pas surévaluer le jugement négatif des autres. Il est même conseillé d’aller parler de la honte à la personne qui l’a causée ou qui en a été témoin.
- Devant l’intolérance au silence (« un ange passe ») : apprendre à accepter le silence : en souriant, en respirant, en observant autour de soi.
- Pour les personnes timides peu sûres d’elles en société : mieux vaut apprendre à s’accepter imparfait plutôt que de faire semblant d’être un autre que soi.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant au réflexe des comparaisons et en apprenant à nous protéger des compétitions inutiles.

