par Benoît Lemogne | 29/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Nous nous rapprochons progressivement du terme de notre longue réflexion estivale sur les pervers narcissiques. Intéressons-nous au processus de relèvement de la victime, à qui l’on pourra conseiller un soutien médical, juridique et affectif lui permettant de se reprendre en main en entamant des démarches personnelles qui se révèleront salutaires.
Le soutien médical de la victime
Le corps et l’esprit sont les premiers à être affectés par la tragédie infligée à la victime. Une prise en charge médicale se révèle nécessaire pour permettre à la victime de reprendre le dessus. Les problématiques sont nombreuses : insomnie, perte de poids, arythmies cardiaques, angoisses (boule au ventre persistante), maux de tête, eczéma, tensions musculaires,… La somatisation est bien évidemment très importante. Puisque le corps est le premier affecté, c’est par lui qu’il faut commencer car lorsque le physique est en souffrance, le moral est en berne et les pensées brumeuses… Mais bien sûr, le psychique est également très ébranlé. Les victimes de pervers peuvent connaître un véritable effondrement au moment de leur libération se manifestant par des dépressions nerveuses et même des envies de passage à l’acte. Les dégâts psychologiques sont analogues à ceux que connaissent les victimes de sectes, avec ce même sentiment de décervelage. Le médecin sera secourir et rassurer la victime en lui démontrant que les répercussions qu’elle déplore sont normales face aux situations traumatiques qu’elle a subies.
Le soutien juridique de la victime
Le courage dont doit faire preuve la victime pour faire valoir ses droits ne doit pas être sous-estimé, le monde juridique fonctionnant d’avantage sur le mode des preuves que sur celui des paroles ou des désarrois. Un nouveau parcours du combattant peut ainsi s’imposer à la victime pour convaincre ces nouveaux interlocuteurs exigeants et suspicieux. Il est vrai qu’un dossier mal monté ferait prendre le risque d’un classement sans suite, ou pire à un dépôt de plainte du manipulateur pour accusation calomnieuse. N’oublions pas que le pervers est par nature paranoïaque, se sent vite persécuté (c’est un comble!) et n’a aucun scrupule à engager lui-même les procédures adéquates, persuadé d’être dans son bon droit!..
Quel est l’état du droit en matière de violences conjugales ? Une Loi du 9 Juillet 2010 a fait évoluer la législation. Le code pénal vient au secours de victimes de harcèlement moral conjugal, définissant les violences psychologiques comme des agissements répétés ayant pour conséquence une dégradation des conditions de vie se manifestant par une altération des facultés physiques ou mentales. La peine encourue va de 45.000 à 75.000 Euros d’amende et de 3 à 5 ans d’emprisonnement. L’article 515-9 du code civil quant à lui institue une mesure phare : l’ordonnance de protection en cas de mise en danger du conjoint (concubin ou partenaire) et/ou des enfants, avec une mesure d’éloignement de l’agresseur ou de relogement des personnes mises en danger hors de sa portée. Néanmoins, en dépit des évolutions législatives, la reconnaissance des violences psychologiques par les tribunaux reste difficile dans les faits, même s’il n’est pas rare que le pervers se « dégonfle » quand sa victime a recours à la justice, instance que le pervers méprise et redoute, ce qui peut l’amener à renoncer au procès ou à transiger. Mais lorsque la victime triomphe en justice, cela un effet psychologique très bénéfique pour elle dans le travail de reconstruction qu’elle doit effectuer, grâce à la reconnaissance de la culpabilité de l’agresseur et de son statut de victime.
Quoi qu’il en soit, les victimes de pervers-narcissiques ne sont pas des clients faciles à gérer pour les juristes (avocats, notaires, juges) non formés en psychologie. Ils peuvent avoir des réactions jugées inappropriées face au traumatisme subi par leur client. Une interface entre la sphère psychologique et la sphère juridique, comme celle qu’offre le Cabinet Divorce Consulting (http://www.cabinet-cdc.fr ) peut être d’un secours très utile à la victime de pervers pour lui permettre de préparer la phase judiciaire à venir et de bénéficier d’un accompagnement adapté pendant cette phase potentiellement longue et douloureuse. Etre propulsé brutalement dans le milieu judiciaire avec ses codes et son jargon… peut en effet rapidement se transformer en une épreuve supplémentaire pour la victime.
Le soutien affectif de la famille et/ou des amis de la victime
La victime doit absolument rompre l’isolement qui lui a été imposé par le pervers, son sentiment d’indignité et de culpabilité la poussant à se taire, dans la crainte que ses doléances ne soient accueillies par un jugement négatif. Elle est en exil dans son couple et dans son réseau social (amical ou professionnel) mais vit en réalité un autre exil qui redouble le premier, celui de l’effondrement psychique qui peut lui faire croire en sa folie.
La présence réconfortante d’un proche, ami ou parent, accompagnée d’une écoute objective et empathique, est donc nécessaire pour faire prendre conscience à la victime qu’elle a franchi une étape clé de sa reconstruction, par le retour du respect et de l’estime de soi, qui réalimente cette exigence de liberté qui l’a toujours habitée.
Les démarches personnelles indispensables au relèvement de la victime
La victime doit se prendre en main pour se changer les idées et déshabituer son esprit au climat angoissant dans lequel elle a été si longtemps plongée : méditation, marche, lecture en se reconnectant à ses propres besoins et à ses plaisirs secrets. Il faut s’occuper l’esprit par autre chose, de nouveau et de positif qui procure du contentement. L’écriture peu pour certain constituer un bon moyen d’expression et de mise à distance du traumatisme. En parallèle de ces moyens faciles à mettre en Å“uvre, la consultation d’un thérapeute s’avère souvent nécessaire et salutaire.
Nous achèverons par un dernier article cette étude consacrée aux pervers-narcissiques. Ce sera l’occasion d’aborder la guérison et le pardon.
par Benoît Lemogne | 28/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
La victime, après avoir été manipulée et abusée, peut reprendre la main et enfin vaincre le pervers. Nous allons aborder aujourd’hui …
Le redressement de la victime
Une fois libérée de l’emprise de son bourreau, la victime va pouvoir entamer son travail de reconstruction, retrouver sa dignité, tirer les leçons de cette épreuve destructrice. Pour y parvenir, elle va devoir quitter l’état de survie pour se réhabituer à l’état de vie « normal » en passant par un état intermédiaire proche de celui que connaissent les otages après leur libération. Il peut s’agir, selon les personnes, d’un désert reposant ou d’un abattement profond, un véritable effondrement après ces batailles internes et externes si coûteuses. Ce passage à vide est généralement succédé par un nouveau souffle de vie. Mais le recours à une personne étrangère est capital pour aider la victime à prendre du recul et s’élever au-dessus de la tragédie, pour dévier la fascination exercée par le pervers, sortir de la transe hypnotique dans laquelle elle a été plongée et enfin admettre la structure pathologique du pervers. Il s’agit de s’extraire de ce huit-clos funeste, de ce duo infernal.
La reconstruction s’opère en donnant du sens à l’insensé de l’épreuve traversée, en désapprenant ce qu’on croyait savoir de soi-même grâce à un travail thérapeutique nécessitant également de concevoir des transformations positives pour métaboliser la fracture psychique. Un des enjeux de la phase de reconstruction passe par le questionnement de la part de responsabilité de la victime dans ce qui s’est produit. Question dérangeante mais incontournable : la victime est-elle coupable ? C’est la même question qu’on pose à la jeune-fille violée, « qui l’a bien cherché avec sa mini-jupe… ». En fait, il ne s’agit pas de culpabiliser la victime mais de chercher à éclairer les interactions pathologiques. Si cet engrenage fatal n’est pas le fuit du hasard, la victime peut trouver une explication à ce qui semble ne pas en avoir, à son implication personnelle dans cette dynamique relationnelle particulière pour ne plus jamais la reproduire.
Comme nous l’avons analysé avec le profil de la victime, elle manque de confiance en elle, son estime de soi est fragile mais est animée par une belle flamme de vie, proie idéale du pervers. Mais elle n’est pas responsable dans le sens où elle n’a pas rendu son bourreau pervers; elle a seulement été une bonne occasion pour lui; elle était au mauvais endroit au mauvais moment… Le processus consiste donc à amener la victime à réfléchir sur l’absence de hasard dans le choix du pervers la concernant : comprendre son implication (involontaire) pour ne plus jamais le reproduire. Sur le plan psychologique, il y a donc une issue favorable pour la victime. Si elle devait considérer cette rencontre comme le seul fruit du hasard, elle se trouverait dans une impasse, son avenir serait obscurci par cette épée de Damoclès risquant de s’abattre de nouveau sur elle.
Nous parvenons progressivement au terme de notre réflexion estivale sur les pervers narcissiques. Nous consacrerons notre prochain article à la victime (en guise d’hommage) à qui l’on pourra conseiller un soutien médical, juridique et affectif lui permettant de se reprendre en main en entamant des démarches personnelles qui se révèleront salutaires.
par Benoît Lemogne | 27/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
La victime, après avoir été manipulée et abusée, peut reprendre la main et enfin vaincre le pervers. Nous allons aborder aujourd’hui l’effondrement du pervers avant de se demander s’il peut guérir.
L’effondrement du pervers
La victime, par sa révolte, par sa fuite ou par son opposition, surprend le pervers à tel point qu’elle le déstabilise littéralement. Il ne maîtrise plus sa proie et n’a plus d’emprise sur elle, ses stratagèmes sont inopérants. Il est alors confronté à une intolérable et insoupçonnée impuissance qui lui fait entrevoir un deuil impensable. Il va alors redoubler de perversité en jetant ses dernières forces dans la bataille. Ses ultimes impostures vont s’incarner en vain dans des figures de compassion (en inventant des maladies soudaines incurables), de sens du devoir, d’apitoiements, ou d’ultimes menaces et chantages (au suicide principalement) qu’il ne mettra jamais en Å“uvre.
Si la victime ne cède pas et maintient sa posture de rupture, le pervers va littéralement s’effondrer car il n’existe que par le mal qu’il fait subir à son souffre-douleur. Il va être rattrapé par ses démons : l’angoisse, la peur du vide, la dépression narcissique. Sans sa drogue, le sevrage brutal est insupportable. Le pervers s’effondre littéralement pendant un temps plus ou moins long mais la chute est vertigineuse… jusqu’à ce qu’il reprenne espoir en investissant une nouvelle proie. Seule la consultation d’un psychiatre pourrait l’en empêcher mais il est incapable de se remettre en cause : c’est un prédateur pathologique.
Pour les pervers narcissiques à structure dominante narcissique, ils peuvent se détacher de leur victime très rapidement, après un court moment de sidération. Dès qu’ils ont réalisé que la partie est finie pour eux, ils passent littéralement à autre chose, sans un seul regard en arrière, déjà avides d’une nouvelle drogue. Au fil des années, ces pervers vont devenir de moins en moins dangereux pour les autres mais vont retourner leur perversité contre eux-mêmes, devenant généralement hypocondriaques. Ils ne trouvent en effet plus que ce moyen détourné pour qu’on s’occupe d’eux, fatiguant les médecins avec des maladies imaginaires, les méprisant pour leur incapacité à les soigner…
La guérison du pervers ?
Le pronostic de guérison du pervers-narcissique à prédominance perverse demeure sombre car il ne s’agit pas de soigner un symptôme mais une organisation mentale : la structure psychique. Par ailleurs, le patient est imperméable à toute morale, à tout jugement et est incapable d’empathie. Seule compte son image. Qui plus est, sa personnalité est rigide, hermétique, archaïque et donc peu malléable. Enfin, pour guérir encore faut-il accepter le fait d’être malade, or le pervers se voit tout puissant et est incapable de s’abandonner sincèrement à autrui pour se remettre en question. Le pervers ne peut se plier à une discipline qu’il n’a pas lui-même instaurée. D’autre part, toute réflexion sur soi exige une curiosité, une appétence pour la vérité, une faculté d’introspection et d’humilité pour dénoncer sa souffrance, mettre en mot la conflictualité : tout un programme très peu accessible ! Le fonctionnement interne du pervers est en totale opposition avec une logique thérapeutique : la présence même d’un thérapeute à ses côté est déjà un affront !
Il arrive qu’il y ait un bref moment d’accessibilité à une thérapie : lorsque le pervers tombe en dépression à cause de la perte de sa proie, et à condition qu’il en fasse lui-même la demande. Il lui faudrait alors un psychiatre hors du commun pour ne pas se laisser embarquer dans le machiavélisme caractérisant le patient. Si le surgissement d’un sentiment d’angoisse le pousse à se livrer un peu, il reprend vite le dessus pour tenter de manipuler le thérapeute. Ce dernier serait vite poussé à un poste de voyeur ou bien bousculé pour inverser les rôles. Il devra alors redoubler de vigilance, confronté à un individu envahi de penchants pernicieux incontrôlés et savoir, avec humilité, prendre le risque de se confronter à ses propres limites.
Nous poursuivons prochainement la description des étapes menant la victime à la victoire en nous intéressant plus précisément au redressement de la victime.
par Benoît Lemogne | 26/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Achevons la description des moyens de libération de la victime en évoquant l’inertie, la fuite, la création et l’attaque.
L’inertie
Avant de mettre en place la séparation physique d’avec le bourreau, des obstacles doivent être surmontés. Les circonstances rendant le départ difficile ne manquent pas : de nature juridique, quand le pervers harceleur agit dans le milieu professionnel (le droit du travail impose un lien de subordination aux supérieurs hiérarchiques) ou personnel (le mariage implique une obligation de cohabitation). Difficulté de nature affective et psychologique également : le pervers a organisé votre dépendance. Le temps d’organiser sa fuite, il est urgent de se protéger en évitant les confrontations quitte à prétexter des obligations professionnelles (surcharge de travail) ou familiales (obligation de se rendre au chevet d’une tante malade),…
Lorsque la confrontation avec le pervers ne peut être évitée, des parades peuvent facilement être mises en place : rester calme, tenir un discours simple et s’y tenir sans tomber dans le piège de la discussion sans fin, de la justification ou de la provocation; au besoin faire le mort; résister à l’arme ultime du pervers qui sent sa victime lui échapper : l’apitoiement et le chantage (au suicide notamment, auquel on ne portera aucun crédit, le pervers étant tétanisé à l’idée de mourir est incapable de se donner la mort).
La fuite
La fuite est la seule alternative offerte à la victime pour s’extraire de ce processus macabre d’asservissement dans lequel le pervers l’a entraînée. C’est la seule solution pour faire cesser le calvaire qu’elle endure. Et contrairement à ce que l’on peut penser si l’on ignore ce par quoi passe la victime, la fuite n’est pas un acte de lâcheté, mais plutôt un acte de courage. Concrètement, cette dérobade n’est envisageable par la victime que lorsqu’elle arrive au stade salutaire de renoncement à décrypter son bourreau, après avoir tenté en vain des parades intelligentes pour tenter de rationaliser la situation : en réalité, ce que fait le pervers n’a pas de sens car sa pensée est inhumaine et pathologique, elle est inaccessible à la compréhension de son souffre-douleur. Par ailleurs, la mise en place de techniques de contre-manipulation, seule défense pour amoindrir les effets dévastateurs de l’entreprise funeste du pervers, ne fait qu’entraîner la victime dans une propre perversion inutile car sans effet sur celle du pervers. En revanche, plus tard, il sera salutaire pour la victime d’essayer de comprendre les raisons pour lesquelles elle s’est fait prendre au piège pour assumer sa part de responsabilité dans cette rencontre désastreuse.
Une fois la décision de fuir prise, le passage à l’acte est difficile pour la victime en raison de l’état d’inertie dans lequel elle a été plongée. Dans une situation de couple, les vies entremêlées ne rendent que la rupture plus lourde de conséquence, surtout si les protagonistes sont engagés dans les liens du mariage, d’où l’intérêt de consulter des spécialistes de la séparation de couple ayant une approche transverse de la question, comme le rédacteur de ses lignes par exemple. La victime, installée dans une situation d’isolement et de dépendance matérielle, a fort à faire pour organiser une vie sans son bourreau. A ce stade, il ne faut pas hésiter à faire comprendre sa détermination au pervers, qui, s’il voit que sa proie lui a échappé et que son emprise a cessé, s’effondrera et se montrera ainsi beaucoup moins menaçant. La fuite doit donc être organisée pour être définitive. La victime doit trouver un refuge le plus accueillant possible, un lieu rassurant, hors d’atteinte du manipulateur, emprunt de douceur et de réconfort : famille, ami(e), association spécialisée. La clé de la réussite : être devenu hermétique aux cirènes du bourreau.
La créativité
L’esprit créatif est d’une ressource très utile pour faire échec à une des armes préférées du pervers : la double contrainte. La parade est le recadrage par une appréciation de la situation à un autre niveau. Pour prendre de la hauteur, la créativité et l’humour sont d’un recours précieux. La métacommunication est un bon exemple de détournement de la conversation : elle consiste à communiquer, non plus sur le contenu de ce qui est dit mais sur la forme. Exemple avec une attitude contradictoire du pervers qui se plaint d’être triste en arborant un visage radieux : « Ce sont deux messages contradictoires, lequel dois-je prendre en compte ?; Es-tu conscient de l’incohérence chronique existant entre ton discours et ta gestuelle ou ton attitude comportementale ? ». Bien sûr, le pervers va comme d’habitude essayer de s’en sortir en renversant la situation par une pirouette dont il a le secret. Il faudra alors tenir bon en ressassant toujours le même argument ou en le battant avec une des propres armes : la fuite ou la diversion. Communiquer sur l’absurde de la situation est une façon de la dépasser en déstabilisant l’adversaire. Les avantages sont multiples : rendre le pervers responsable de l’incohérence de son attitude, rompre le cercle infernal de la justification, rendre un peu plus logique une situation saugrenue, et surtout permettre à la victime de reprendre la main.
L’attaque
Face à un pervers-narcissique à dominance perverse, la fuite ne suffit malheureusement pas. Son but étant de vous détruire, il va falloir se défendre et même contre-attaquer. Il faut bien évidemment s’entourer de personnes à même de vous épauler : associations spécialisées, avocats, coach en divorce (le rédacteur de ces lignes par exemple), médecin de famille ou du travail, policiers, délégués du personnel, autant de personnes à même de vous soutenir moralement et matériellement et de vous guider parmi les démarches à entreprendre. Si passer à la contre-attaque demande une énergie importante et du courage, cela permet à la victime de sortir de la léthargie et d’entreprendre une action salutaire qui va la mettre en confiance.
Avec l’effondrement du pervers, on se rend vite compte que la victoire totale est à porter de main. C’est la dernière étape de notre série sur le pervers, que nous entamerons très prochainement.
par Benoît Lemogne | 25/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons la description du processus de libération de la victime d’un pervers narcissique en décrivant l’effet « triple peine » subi par la victime, ainsi que la difficulté de trouver des témoins et de récolter des preuves.
L’effet « triple peine » subi par la victime du pervers
Dans le parcours du combattant qu’affronte la victime pour se libérer de l’emprise d’un pervers figure le sentiment d’une « triple peine » : souffrir d’une séparation amoureuse, devoir se reconstruire psychiquement et dans des conditions matérielles bien souvent moins confortables. Le bourreau ne pouvant se passer de sa proie, c’est à la victime de faire la démarche de rompre et ce faisant elle est trois fois « punie » : elle est effondrée par l’échec de son couple, avec les conséquences physiques et psychologiques dévastatrices qui s’en suivent; elle doit généralement quitter son domicile qu’elle a souvent été la seule à aménager (le pervers étant imperméable à toute idée de « nid douillet ») et changer ses habitudes quotidiennes pour faire ses courses, changer de médecin, de réseau de loisirs. Cerise sur le « gâteau » : les difficultés financières, le pervers s’étant généralement ingénié à la rendre financièrement dépendante de lui pour mieux l’asservir. Dans le milieu du travail, quitter le pervers signifie souvent ne plus avoir de travail, et donc de salaire, et être privé de ce lien social si important au moment où il serait justement si utile pour aider la victime à se re-socialiser.
La difficulté de trouver des témoins pour la victime du pervers
Le pervers étant habile pour ne pas se faire démasquer, il agit la plupart du temps très discrètement, de préférence quand il est seul avec sa proie, pour éviter tout risque de témoignage à son encontre. L’isolement fait de toute façon partie intégrante de la stratégie d’asservissement. Mais la recherche de témoignage est rendue d’autant plus difficile que le mécanisme dominant dans les relations de la victime est le déni. Dans le milieu du travail, l’acte de témoignage est également rendu difficile par l’effet de groupe évoqué précédemment. Pour certains, le rôle de la victime est de rester discret sur ce qu’elle endure pour ne pas remettre en question l’équilibre du groupe. Elle a donc le devoir de se taire. Ce qui n’est pas dit n’existe pas. Comment en effet demander à un collègue de risquer sa place? Regarder ailleurs les protège des agissements en réprimande du pervers et leur permet d’éviter de se confronter à leur conscience ; nier leur lâcheté est plus facile.
Pour les proches de la victime, il peut être préférable de lui dire qu’on compatit mais qu’on ne peut rien faire : c’est un moindre mal dans le sens où cette attitude n’est pas un déni de la souffrance et du bien-fondé des actions de la victime. Cet appel à témoins a donc plus de chance d’être fructueux auprès d’amis très proches ou, au contraire, de personnes plus éloignées du cercle rapproché mais qui auraient pu assister à des scènes démontrant sans équivoque les agissements pervers du manipulateur (une vendeuse dans une boutique par exemple). La recherche de témoins a une double vertu : permettre de démasquer l’imposteur et conforter la victime dans son mouvement de réaction de défense en la convaincant que des gens sensés la croient et peuvent l’aider efficacement en rendant public ce qu’elle a vécu.
La difficulté de récolter des preuves pour la victime du pervers
En famille, en couple ou au travail, le recueil de preuve de la maltraitance morale est primordiale, avec le double effet positif de nourrir une éventuelle procédure judiciaire et d’aider la victime à sortir de l’anesthésie dans laquelle elle a été plongée. En fait de preuve, tout y passe : enregistrements, écrits (lettres, mails, SMS, …), témoignages, messages téléphoniques. Cette étape de recherche d’éléments probants est également souvent l’occasion d’instaurer une nouvelle communication avec le pervers, en reformulant ce qui a été subi, en lui montrant qu’il a perdu son ascendant, que son avis ne compte plus, que ses manipulations ne fonctionnent plus, que la confiance n’est plus de mise…
Nous achèverons prochainement la description des moyens de libération de la victime en évoquant la fuite, l’inertie, la création et l’attaque.
par Benoît Lemogne | 24/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons la description du processus de libération de la victime d’un pervers narcissique en abordant la délicate question de la reprise des relations avec les tiers.
L’attitude à adopter par le tiers à qui la victime de pervers narcissique va confier le récit de sa mésaventure
S’extraire de la réclusion requiert le concours bienveillant d’un proche, sans jugement, non culpabilisant mais qui doit en aucun cas adopter une attitude neutre vis à vis de l’agresseur. Il est primordial que ce tiers prenne fait et cause pour la personne manipulée, afin de l’aider dans un premier temps à s’inscrire dans un statut de victime. Elle a en effet besoin d’être rassurée sur son état mental; il lui faut s’entendre dire qu’elle a été abusée par un manipulateur et qu’elle n’est pas folle. Ce tiers doit être en mesure d’apporter des solutions concrètes à court terme en gérant les faits et les souffrances par un discours rassurant et déculpabilisant et de faire entrevoir la possibilité d’un dépassement de la douleur et même la guérison à plus long terme. On aide la victime en lui démontrant deux choses : qu’elle a été abusée à son insu et qu’elle a la capacité de se soustraire de cette situation d’emprise en se mettant à l’abris des agissements de son tortionnaire.
Comprendre les réactions de son environnement
Sortir de l’isolement permet de reprendre contact avec d’anciennes connaissances plus ou moins lointaines. Il peut être difficile d’avoir à se justifier d’une mise à distance vis à vis de personnes qui se sont senties abandonnées ou qui avaient vu clair dans le jeu du pervers mais n’ont pas été entendues. La victime peut aussi être déstabilisée par la réaction consistant à ne pas vouloir s’impliquer dans une histoire de couple, renvoyant dos à dos les torts du pervers et de la victime qui s’est laissée manipuler. La personne abusée ayant besoin d’être reconnue dans son statut de victime, elle évitera de tomber dans le piège de la justification vis à vis de personnes incapables de s’impliquer et se retranchant derrière des « cela ne nous regarde pas; on est pas dans l’intimité du couple, ce n’est que ta version des choses,… », ce qui n’a pour effet que de rendre la victime encore plus penaude et confuse dans ses explications. Le plus simple est parfois de renouer des liens uniquement avec des personnes du passé n’étant pas elles-mêmes dans un ressentiment négatif vis à vis de la victime et capables d’avoir la réaction adéquate. Le tri à faire dans les relations sera vite effectué. Il est par ailleurs salutaire de tisser de nouveaux liens avec des inconnus, en participant à de nouvelles activités par exemple.
La réaction du voisinage, plus ou moins témoins et complices, est également intéressante à analyser. Le voisinage aurait ainsi une zone psychique incapable de concevoir l’accomplissement en acte de son fantasme refoulé. En d’autres termes, même si la stupeur et la répulsion sont spontanées, chacun est inconsciemment fasciné et paralysé par le pervers qui exécute les pulsions interdites, que la plupart des gens, « simplement  névrosés », rejettent avec embarras et vigueur. Qui n’a jamais imaginé pouvoir s’imposer physiquement ou psychiquement à une personne qui nous résiste en lui mettant des battons dans les roues (voisin, chef hiérarchique, représentants de l’ordre, huissier, juge, policier,…) ? Cette « tache aveugle » n’excuse pas amis et collègues devenus, par inertie ou par lâcheté, les complices du bourreau. Après coup, il peut être nécessaire de recouvrer la vue et la mémoire, sous peine de non assistance à personne en danger. Pas évident quand le pervers est le chef de service à qui on doit respect et obéissance…
Comprendre les réactions de groupe
L’adhésion à un groupe, quel qu’il soit, implique des alliances inconscientes entre ses membres, des liens collectifs non explicites, souvent indéchiffrables, dont la fonction principale est de défendre l’unité du cercle relationnel. Ces liens préviennent toute querelle ou opposition. Ce sont des règles non écrites dont le but est d’assurer la pérennité du groupe en évitant l’expression des éléments antagonistes. Dès l’annonce de son départ dans le but de fuir l’influence du pervers, sans le vouloir la victime met en danger l’harmonie du groupe; elle devient l’élément perturbateur. Inconsciemment, les autres membres du groupe vont faire corps, allant jusqu’à dénier toute perte du fait du départ de la victime afin d’éviter toute confrontation à la cause de son départ et au deuil qui en résulte. L’alliance doit perdurer à tout prix, grâce à son contrat tacite qui fonctionne sur le principe de solidarité de la majorité. Comme on dit, « les absents ont toujours tort ». Tout est bon pour légitimer l’existence du groupe, toute remise en cause est impossible. On préfère ne rien dire, ne rien voir et ne rien entendre plutôt que de prendre le risque de fragiliser le groupe et de se retrouver seul.
Mais allons plus loin dans l’analyse : Qu’est-ce qui légitime d’être aussi imperméable à la détresse d’une personne qu’on a côtoyée et appréciée aussi longtemps? L’appartenance au groupe est en fait aliénante, défensive et pathogène. La protection du groupe implique à titre individuel des trahisons singulières, une complicité immorale, une tolérance indigne. Certains vont même jusqu’à penser que les femmes sont des victimes culturellement légitimées, signifiant dans l’inconscient collectif que la souffrance d’exclusion d’une femme serait plus banale que celle de l’homme plus naturellement vu comme le détenteur du pouvoir. Ce type de raisonnement fait écho à la conception d’une société machiste et rétrograde dans laquelle le rôle de la femme serait d’endurer sans se plaindre les excès de l’homme en échange de sa protection : « Effectivement ton mari n’est pas toujours facile à vivre mais tu dois quand-même avoir ta part de responsabilité et comme il a le pouvoir et l’argent, comment feras-tu sans lui ? « . Heureusement que la prestation compensatoire a été inventée pour libérer la femme de l’emprise économique et mentale de l’homme !
Nous poursuivrons prochainement la description du parcours du combattant que doit endurer la victime pour se libérer.
par Benoît Lemogne | 21/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons l’analyse de la libération de la victime d’un pervers en étudiant les contre-techniques qu’elle peut mettre en place pour reprendre l’ascendant. La victime est enfin sortie de sa léthargie; elle sait que le couple n’a plus de chance d’être sauvé et que la seule chose à faire est de quitter son compagnon pour tenter de survivre à l’enfer dans lequel il l’a précipitée. Mais comment s’y prendre quand on est sonné par une anesthésie psychologique? Des contre-techniques existent pour reprendre l’ascendant sur la situation. Nous analyserons aujourd’hui comment dialoguer avec un pervers (ou plus exactement la façon de gérer un « dialogue de fou ») et comment sortir du ressentiment et de l’isolement.
Dialogue avec le pervers – narcissique : négociation impossible
La perversion qui caractérise le sujet pervers empêche tout tentative de dialogue sain et de négociation à l’amiable. Par définition, le but du pervers est de nuire à sa victime, surtout s’il comprend qu’il a été démasqué et que son « petit jeu » ne prend plus. Il y a un risque d’escalade, la victime devenant elle-même perverse pour se défendre des assauts du sadique. Un engrenage dangereux se met alors en place, ce qui fait jubiler le pervers qui se réjouit d’avoir atteint son but. La discussion est inutile, tenter de le raisonner ou de lui faire entendre raison est une entreprise vaine. Comme le terroriste, le pervers cherche à instiller un sentiment de peur dans le but de faire perdre ses moyens à sa proie. Dans ce combat, les dés sont pipés; celui qui lutte loyalement a perdu d’avance car pour son adversaire tous les coups sont permis.
Sortir du ressentiment contre le pervers
La proie du pervers peut parvenir à un sentiment d’enfermement psychique extrême car la relation vénéneuse qu’on lui inflige peut lui donner l’impression d’un court-circuit dans son cerveau. Les prises de conscience s’accompagnent nécessairement de ruminations psychologiques. La victime ressasse continuellement le fil de sa triste mésaventure, essayant de comprendre pourquoi ses mécanismes de défense naturelle n’ont pas fonctionné. Se mêlent alors les sentiments d’injustice, de haine et d’aigreur. Les remords envahissants, les désillusions enferment la victime dans un passé continuellement revisité. Ces émotions destructrices la maintiennent dans une spirale négative, auto-hypnotique, de mal-être constant qui empêche l’ouverture salutaire aux autres et la propension à réagir, occultant l’avenir à cour terme.
Sortir du ressentiment est un véritable challenge car paradoxalement il est sain de se révolter contre ce qu’on a subi injustement. Ce ressentiment est nécessaire pour permettre à la victime de se débarrasser définitivement de l’emprise psychique que le pervers exerce sur elle : l’idole autoproclamé tombe de son piédestal. Mais, même si cette étape est salutaire, car balayer d’un revers de main les rancÅ“urs risque de fragiliser la libération psychique de la victime, l’enjeu est de ne pas rester trop longtemps dans cette étape intermédiaire du processus de libération. Ainsi, est-il nécessaire de reconnaître que ce personnage maléfique est atteint d’une grave maladie, en acceptant son incapacité à lui venir en aide car le pervers bien souvent a lui-même également été victime d’un autre bourreau.
Sortir de l’isolement dans lequel le pervers a installé sa proie
L’étape intermédiaire du ressentiment permet à la victime de sortir de l’anesthésie dans laquelle l’a plongée le pervers. L’entourage des amis peut être d’un grand secours, par exemple pour resocialiser la victime ou lui éviter de tomber dans le piège de la haine qui est un sentiment néfaste de nature à continuer à l’abîmer la encore : on ne peut haïr un malade… On quitte progressivement le huit-clos qu’a mis en place le pervers pour isoler et mieux influencer encore sa victime, pour garder le contrôle sur elle et éviter qu’avec du recul ou une aide extérieure elle ne prenne conscience de la manipulation dont elle est l’objet; huit-clos d’autant mieux accepté par la victime qu’il symbolise la fusion tant désirée par elle. Demander de l’aide participe d’une démarche saine de la victime pour affronter la réalité en se donnant les moyens de ne pas se perdre dans l’irrationnel. Solliciter l’assistance d’une personne extérieure au couple maléfique est un premier acte initiatique de libération qui participe à cette prise de recul salutaire pour la victime qui s’est perdue dans les injonctions imposées par son compagnon en étant incapable d’identifier et d’exprimer ses propres besoins. Le rédacteur de ces lignes a de nombreux clients en couple qui viennent ainsi le consulter pour organiser la séparation délicate à mettre en Å“uvre.
Nous poursuivrons prochainement le processus de libération de la victime du pervers en abordant la délicate question de la reprise des relations avec les tiers.
par Benoît Lemogne | 20/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Achevons la description de cette étape salutaire de prise de conscience permettant à la victime de passer à l’action pour se libérer de l’emprise du pervers. La victime parvient à se libérer psychiquement, notamment en prenant conscience du décalage temporel qu’elle a avec le pervers et de l’importance qu’elle revêt dans la vie de ce dernier. Mais la clé de la libération reste le facteur déclenchant.
Prendre conscience du décalage temporel entre le pervers et la victime
La victime a sans cesse un coup de retard dans le jeu du pervers car sa propre notion de temps est complètement faussée. Mais sa lutte pour se libérer doit passer par cette autre prise de conscience. Les conséquences de ce décalage sont multiples : le manipulateur s’arrange pour ne pas être pris sur le fait afin de prendre plus facilement sa proie à revers (« C’est maintenant que tu réagis? »). Le but est de faire porter la discussion sur le décalage en faisant croire qu’on perd la notion du temps, afin d’éclipser une confrontation sur le fond. Le pervers sait mettre la pression sur sa proie pour lui faire prendre des décisions dans l’empressement, comme si l’enjeu était presque vital. Le délai de réaction s’amplifie avec l’effet de surprise, indispensable dans la stratégie de déstabilisation. Elle fragilise la victime, mettant à mal sa logique et l’empêchant d’avoir une réaction adéquate. Elle perd progressivement la notion du temps.
Aussi, une fois mis en place le processus de libération, la victime va être incapable d’évaluer le temps nécessaire à la phase de reconstruction. Le développement de mécanismes de survie pour résister aux sévices psychiques la maintient dans un espèce de monde parallèle flou, plus ou moins irréel. Elle croit à tort qu’il va lui falloir simplement le décider pour faire cesser ses tourments. Cette lenteur lui est d’ailleurs souvent reprochée car il arrive que ce couple morbide dure pendant des années. Dans les cas les plus graves, la victime est tellement abîmée psychiquement qu’elle croit ne plus avoir droit à la dignité, que son environnement est condamné à être plus ou moins hostile à son égard. Elle se sent démunie pour vivre sans l’emprise de son compagnon, ne sachant plus vivre autrement et étant persuadée que changer son compagnon est le seul pouvoir qui lui reste, même si elle pressent que ce n’est qu’un mirage.
Prendre conscience du fait que le pervers est en fait complètement dépendant de la victime
Le plus dépendant des deux n’est pas celui qu’on croit : le pervers ne peut pas vivre sans sa drogue qui est son souffre-douleur. Et ce même s’il s’est ingénié à faire croire qu’il est devenu indispensable! Un des petits « trucs » pour commencer à sortir de l’emprise du pervers est de se réinvestir dans un hobby qui nous tenait à cÅ“ur avant la rencontre fatidique et qu’on a dû abandonner pour être complètement disponible. En agissant de la sorte, on a tout à gagner : prendre de la distance avec son persécuteur et diminuer son emprise, se « resociabiliser » en se reconnectant à sa personnalité propre. Une victime a ainsi raconté qu’elle s’était réinscrite à un cour de salsa que son compagnon ne supportait pas (il est vrai que cette danse très sensuelle est peu compatible avec son besoin irrépréhensible de se sentir l’unique objet de désir de sa proie). A sa grande stupéfaction, il avait fini par assister à ce cours, ce qui avait permis à la victime de réaliser qu’il ne pouvait pas se passer d’elle.
Réaliser la dépendance du pervers permet à la victime d’inverser les rôles dominant/dominé. Cela l’aidera à se détacher du souvenir d’un bonheur parfait qui n’était qu’un stratagème pour l’asservir. Une autre victime racontait que son compagnon insomniaque lui avait avoué attendre qu’elle se réveille pour avoir le sentiment de revivre. Au début de la relation, la victime avait été touchée par la « candeur » de ce sentiment. En réalité, il est littéralement « accroc ». Il s’ensuit que les victimes se sentent souvent épiées, devant s’entretenir au téléphone pendant la journée de travail, le pervers n’ayant pas la patience d’attendre le soir pour avoir le récit de la journée de leur compagne.
Le facteur déclenchant le travail de libération de la victime
La victime est en général à l’initiative de la rupture. Le facteur déclenchant est différent à chaque situation, dépendant des personnalités en présence, du degré d’asservissement auquel le pervers est parvenu à mettre sa victime, du niveau de souffrance, de la durée du calvaire, de la sphère concernée (personnelle ou professionnelle), des dégâts collatéraux causés (rupture avec les collègues dans le travail, tensions ou éloignement avec la famille ou les enfants), de l’état physique et psychique au moment de la rencontre malheureuse. Quoi qu’il en soit, il n’est jamais trop tard, même si les dégâts ne doivent pas être sous-estimés.
Une étape cruciale est le renoncement à sauver son bourreau. Il faut commencer à faire le deuil de la relation idéalisée et accepter la maladie de l’autre. Si une procédure judiciaire est nécessaire, devant les prud’hommes ou le juge aux affaires familiales, le comportement destructeur du pervers aidera la victime à réaliser à qui elle avait à faire. La mise en place d’un accompagnement adapté par un professionnel spécialisé comme le rédacteur de ses lignes est d’un grand secours pour mettre les choses à distance. Il arrive que le facteur déclenchant ne soit pas très important, c’est juste la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une mise en garde néanmoins : si l’emprise dure trop longtemps, un phénomène de mimétisme peut se mettre en place : la victime devient encore plus vicieuse que son pervers, s’identifiant à son agresseur, elle tente de le surpasser en cruauté, se vengeant sur les autres de ses propres déconvenues.
Nous analyserons prochainement les contre-techniques que la victime peut mettre en place contre le pervers pour s’en libérer.
par Benoît Lemogne | 19/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons notre réflexion sur la libération de la victime d’un pervers narcissique en détaillant les différentes étapes de l’affranchissement psychologique : sortie du déni, nommer puis avouer sa souffrance, passer de la prise de conscience à l’action.
Sortir du déni
Même si les pervers ne vivent que par le déni, il ne faut pas sous-estimer ce que s’impose la victime pour parvenir à supporter l’enfer que lui fait vivre son persécuteur. Afin de justifier à leurs propres yeux cet attachement qui se révèle de plus en plus toxique, les agressées recourent également au déni mais selon un mode moins pathologique, oscillant d’avantage vers le refoulement : refus d’entrevoir la vérité, mise à l’écart des pensées négatives. Cet engrenage peut être facilité par les encouragements de certaines personnes de l’entourage qui n’y voient que du feu, louant la réussite grandiose d’un couple si réussi ! …
La victime essaie en vain de se raisonner, tentant de se persuader qu’elle est la responsable des tensions qui ternissent le quotidien du couple, qu’il lui faut faire des efforts pour ne plus contrarier son compagnon qui de son côté promet inlassablement le retour des jours idylliques du début de la relation. On veut voir dans cette volonté commune la solidité du couple, même s’il est un peu singulier. N’est-ce pas ce qui le rend encore si unique et précieux ? Et puis à certains moments, la victime a des flashs de lucidité auxquels elle n’ose pas apporter un véritable crédit, ne se sentant pas le courage de tout remettre en cause. Cette « communauté de dénis » et cette alliance destructrice inconsciente interviennent justement pour assurer la non séparation, pour entretenir un lien dont chacun refuse d’entrevoir l’issue fatale, l’impasse inéluctable, dans une complicité mutuelle de l’entretien de la duperie. Il se produit alors une espèce de fuite en avant, où l’on essaie de sauvegarder la relation coûte que coûte. Le pire est que l’analyse qui suit la rupture ne révèle pas forcément grand chose à la victime qui savait qu’elle s’obligeait à positiver en permanence pour fuir cette négativité envahissante, qu’elle se sacrifiait pour assouvir son instinct de sauveur. Pourtant, c’est le pervers qui scie la branche sur laquelle il est assis : c’est à cause de son comportement que la victime va finir par se détacher de cet idéal tant promis.
Nommer puis avouer sa souffrance
Nier sa souffrance est une façon de se protéger; mais cela doit rester une étape intermédiaire précédant la reconnaissance de la douleur. Psychiquement, l’affirmation d’un déplaisir est difficile car il est toujours précédé de la tentative de sa négation. Quand la victime ne refoule plus sa douleur, qu’elle l’accepte en osant l’entendre et en parler, le cheminement vers la guérison a commencé. Ce processus est toujours plus difficile à faire lorsque la douleur est la résultante d’un mauvais traitement prodigué par une personne qu’on a aimée; c’est presque aussi difficile d’endurer la douleur en tant que tel que de prendre conscience qu’elle est due à un comportement mené sciemment par une personne à qui on a tant donné, en vain… La mission du proche à qui la victime se confie consiste avant tout à accueillir ses confessions. Il convient de refuser la posture de neutralité face au viol psychique subi par la victime qui a justement besoin d’être reconnue comme telle. La posture adoptée par le proche doit être sans équivoque, un silence même bienveillant de sa part pouvant être interprété comme une négation de la souffrance évoquée et une complicité avec le manipulateur. Il ne faut pas hésiter à reformuler la situation avec des mots simples que la victime doit entendre : « tu as été victime d’un prédateur; cela relève de la psychiatrie pour lui et de la survie pour toi; tu n’avais pas d’autre alternative que de mettre un terme définitif à cette relation destructrice« .
La victime doit impérativement consulter pour être prise en charge. Le proche ne doit pas s’improviser thérapeute, même s’il a des prédispositions ou des compétences en la matière. Cela fausserait la relation amicale en faisant endosser à cet allié des responsabilités trop lourdes. Un ami, aussi sain soit-il peut être submergé par l’angoisse, contaminé par le malheur et ne plus être en mesure d’apporter le soutien réparateur attendu. Pour la victime, entendre nommer sa douleur et pouvoir ensuite la nommer soi-même, c’est être capable d’y faire face. S’apercevoir que cette angoisse est devenue quotidienne, continue, que le pervers soit physiquement présent ou non, est une constatation salutaire; elle permet de repasser à l’action pour entamer la phase de reconstruction.
Passer de la prise de conscience à l’action
C’est l’étape la plus longue et la plus délicate, qui explique la nécessité de se faire aider par un professionnel. C’est que pour agir, il faut des forces, or la victime en a été vidée et elle a du mal à réaliser. Elle a l’esprit inhibé, habitué à ne plus réfléchir qu’en fonction des sollicitations de son bourreau. Elle n’a plus l’habitude de penser par elle-même et pour elle-même. Elle peut même encore espérer un retour aux premiers temps enchanteurs et trouver des excuses à cet être impitoyable dont elle ne peut concevoir la noirceur. Elle se croit seule responsable du fiasco; elle préfère se sentir coupable qu’impuissante.
L’humiliation d’avoir savouré de façon exaltée les premiers instants de la relation lui fait supposer sournoisement une complicité indigne. Elle interrogera avec le thérapeute ce qui lui a fait faire ce choix de partenaire. Pourtant, elle n’est pas coupable, elle n’a pas commis de faute; elle est restée sincère jusqu’au bout. Pour sortir de la léthargie lucide dans laquelle le pervers l’a plongée, de cette résignation progressive vaguement consciente, un de ses premiers mouvements de révolte consistera souvent à s’adresser à un tiers, car toute seule, elle n’a plus aucun recul sur la situation.
Nous achèverons dans un prochain article de décrire cette étape salutaire de prise de conscience permettant à la victime de passer à l’action pour se libérer de l’emprise du pervers.
par Benoît Lemogne | 18/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Nous sommes arrivés au terme de la description des caractéristiques des personnalités en présence : pervers et victime. Nous allons maintenant pouvoir aborder les moyens que va pouvoir utiliser la victime contre son pervers pour s’affranchir de son emprise. La fin de la partie se rapproche, la victime peut l’emporter! Pour y parvenir, la victime doit prendre conscience de la duperie dont elle a fait l’objet. C’est bien souvent le corps qui va se révéler comme le fait déclencheur de la prise de conscience salutaire : la victime va se sentir de plus en plus mal, oppressée en présence de son bourreau ou par le simple fait de penser à lui. L’analyse de cette situation est le prélude d’une mise à distance progressive, puis à la mise en place de techniques de protection et de contre-attaque (affrontement courageux ou fuite radicale selon).
La prise de conscience salutaire de la victime contre le pervers
Le point de départ de la libération est la prise de conscience par la victime du caractère corrompu du lien qui la relie à son persécuteur. Tout le problème réside dans le fait de sortir de l’engluement à la grâce d’un moment « paranoïaque », temps de méfiance excessive proche d’un délire de persécution, à la différence près que la persécution est bien réelle… Le danger est perpétuel, mais sous-jacent, il réclame une vigilance permanente, épuisante. Pourtant, vu de l’extérieur, l’asservissement est évident, mais de l’intérieur, lorsque le climat suffoquant s’est installé progressivement, après une période de quasi béatitude, sortir de la torpeur et entrer dans le discernement relève de l’exploit; il faut concevoir l’impasse relationnelle puis le deuil à entreprendre. A ce moment, si l’on est à l’écoute de son corps, on peut ressentir à nouveau le frémissement d’une énorme envie de liberté recouvrée.
Essayons de comprendre comment la victime a pu se faire enfermer dans un tel piège. C’est que lorsqu’un changement négatif s’opère très lentement, il se dérobe à la conscience et ne suscite alors aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte. La situation serait toute autre si elle était confrontée à une situation subitement dangereuse. Elle défendrait alors sans aucun doute, bec et ongles, son identité, sa liberté, sa vie. Le paradoxe est que l’adaptation des victimes est au départ un signe de bonne santé psychologique. Les débuts ayant été idylliques, le pervers n’a qu’insidieusement infiltré le psychisme de sa proie, sans coup d’éclat. L’espoir tenaillé au corps, elle s’est laissée envahir par des déceptions, des frustrations, des humiliations. Mais le seuil critique, au delà duquel le retour à une situation maitrisée est compromise, a été dépassé et l’instinct de survie est réapparu.
Le syndrome de Stockholm : La victime vole au secours de son bourreau !
Ce syndrome précise l’empathie développé par les victimes envers leurs ravisseurs pour se protéger et espérer être épargné. La victime d’un pervers est en danger face à celui qui la convainc de détenir sur elle pouvoir de vie ou de mort. Se croyant alors sans défense, elle s’identifie à lui, développant un attachement paradoxal accru par un système de punitions-récompenses qui alimente le cercle vicieux de l’asservissement. Elle est prête à renoncer à sa propre identité par peur de l’autorité.
Isolée, affaiblie, elle est ralentie dans l’appréciation de sa situation par cette inévitable identification à son bourreau. La famille et les quelques proches qui restent encore fidèles, sont d’un grand secours pour réveiller, progressivement, la malheureuse qui s’obstine à défendre son persécuteur. En tous cas, ils ouvrent une petite brèche qui fera un jour céder le barrage.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en détaillant les différentes étapes de la libération : sortir du déni, nommer puis avouer sa souffrance, passer de la prise de conscience à l’action.
par Benoît Lemogne | 17/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Nous achevons aujourd’hui de passer en revue les principales techniques de manipulation du pervers en pointant : la culpabilité, l’utilisation de l’argent, la perversion de l’intimité, la victimisation et l’utilisation des tiers.
La culpabilité mise en place par le pervers
La culpabilité ressentie par la victime est d’autant plus oppressante qu’elle en ignore la cause réelle. Elle ne sait pas de quoi elle est accusée mais se trouve peu à peu envahie d’une souffrance qui n’est pas la sienne, qui ne la concerne pas et qui ne fait pas sens pour elle. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive, ignorant comment s’en défendre et démunie pour faire cesser l’étreinte en résultant. Elle ne sait pas d’avantage comment réparer sa faute, puisqu’elle n’est pas désignée. La victime s’épuise à trouver des solutions aux contraintes imposées par le pervers qui s’empresse de les rejeter en y prenant un malin plaisir. La culpabilité peut également être induite de cadeaux empoisonnés : « Je me faisais un plaisir d’être invité mais je ne vais pas pouvoir y aller, à cause de toi »; « j’étais crevé en sortant du travail mais j’ai quand-même pris le temps de …(faire quelque chose d’utile ou de plaisant pour la victime) », ou encore « Je suis rentré plus tôt alors que j’avais du travail pour que tu ne sois pas seule trop longtemps,… ».
L’utilisation de l’argent par le pervers
L’argent est un puissant levier d’asservissement utilisé par le pervers. Il va faire en sorte que sa victime soit dépendante de lui financièrement, en la persuadant d’arrêter de travailler si elle a une activité professionnelle. Il va ensuite faire preuve d’une pingrerie redoutable, et ce tout en revendiquant être d’une grande générosité! S’il lui arrive de devoir donner de l’argent à sa victime, cela ne passe pas inaperçu et elle a intérêt à lui manifester beaucoup de reconnaissance. Ce qu’il préfère est d’user de l’arme de la culpabilité en faisant croire qu’il se prive pour assouvir les désirs de l’autre.
L’argent a en effet une symbolique de puissance très forte. Il représente la force, le pouvoir, la sécurité, la protection, la puissance. Le pervers ne peut se passer de cet allier indispensable pour affaiblir, dominer, insécuriser, harceler, que ce soit dans la sphère familiale ou professionnelle. C’est un puissant faire-valoir narcissique qui lui permet d’imposer aux autres respect et admiration. Cela ne gène pas le pervers, de pousser sa victime à arrêter de travailler et de lui reprocher de dépendre de lui financièrement. Enfin, le rapport vicié du pervers avec l’argent le pousse dans des comportements extrêmes, que ce soit en faisant preuve d’une grande avarice ou au contraire d’une dilapidation indécente, de grandes tricheries, de gigantesques escroqueries, avec parfois un goût prononcé pour les jeux de hasard…
La perversion de l’intimité avec sa victime
L’intimité est le lieu idéal pour pervertir discrètement… Dans ce domaine, les sévices perpétrés sont généralement plutôt feutrés. Peu de victimes témoignent de la perversion dont elles ont fait l’objet dans ce domaine. Une femme a raconté que son compagnon refusant de la satisfaire préférant s’occuper de lui tout seul, l’a amené consulté un sexothérapeute. Rien n’y a fait de sorte que l’épouse a fini par faire chambre à part, ce qui s’est révélé le déclencheur de sa libération…
La sexualité de ces prédateurs peut être réduite à une fonction biologique, au même titre que dormir, boire, manger…, ce qui peut être une façon pratique de montrer à l’autre qu’il ne compte pas. Il se peut également que ce moment d’intimité soit mis à profit pour pervertir le lien amoureux du couple en suscitant le désir du partenaire pour se soustraire ensuite à ses invitations et accroître ainsi sa frustration, en l’humiliant sous couvert de tenter de nouvelles expériences…, en l’accusant d’être trop ou pas assez en demande, en s’excusant avec malignité pour sa maladresse ou une « panne » inopinée…, en reprochant à l’autre de ne pas avoir anticipé ses désirs, en faisant subir à l’autre un geste qu’il n’apprécie pas faignant de ne pas le savoir, en tenant des propos obscènes à l’égard de son partenaire,… Dans ce domaine également, le puissant moteur de dégradation est la haine qui se traduit par la transformation de l’autre en fétiche, la partenaire devenant un objet utilitaire, au sens propre du terme, un sex toy méprisé.
La victimisation du pervers
Se faire passer pour une victime est une des astuces utilisées par le pervers pour retomber sur ses pattes lorsqu’il est dans une situation inconfortable. Le cocktail qu’il met en place de mauvaise foi, de mensonges et son art de la comédie l’aident à provoquer un sentiment de compassion à son égard par l’entourage. Tout est ainsi monté en épingle : accident, maladie, risque de maladie, licenciement, procès,… Dans un divorce, c’est forcément la victime incomprise d’un conjoint indélicat, voire profiteur. Il est tellement convaincant qu’il ne manque pas de rallier à sa cause toute personne susceptible de le servir dans le cadre de la procédure. Pour peu qu’il occupe un poste de pouvoir, il n’aura aucun mal à susciter des témoignages allant dans son sens ou de nature à discréditer la partie adverse. En présence d’enfants, la victimisation du prédateur peut avoir des conséquences dramatiques, les enfants étant allègrement utilisés pour nuire à l’autre et faire souffrir. Les nefants fragilisés par la situation de rupture des parents sont d’autant plus facilement manipulables.
L’utilisation des tiers par le pervers
Le pervers a le chic de faire intervenir un tiers pour faire tourner la situation à son avantage, sans que la présence du tiers soit d’ailleurs forcément requise… Les dégâts sont impressionnants que ce soit dans la sphère conjugale ou professionnelle. L’arrivée d’un pervers dans un groupe, quel qu’il soit, est toujours préjudiciable à l’harmonie qui y régnait. Rapidement, un malaise s’installe et des tensions surviennent. Il excelle dans l’art de monter les uns contre les autres, de faire et défaire les alliances, de provoquer des rivalités, d’attiser des jalousies,…   L’idéal étant d’utiliser une personne pour en détruire une autre et de se délecter du spectacle… Diviser pour mieux régner, telle est sa devise. Il sait utiliser les autres pour faire réaliser ses basses besognes. Pourtant sa singularité fait qu’en son absence, il est souvent le centre des discussions. Son ombre plane comme une menace…
Nous sommes arrivés au terme de la description des caractéristiques des personnalités en présence. Nous allons maintenant pouvoir aborder les moyens que va pouvoir utiliser la victime pour s’affranchir de l’ emprise qu’exerce sur elle le pervers.
par Benoît Lemogne | 14/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivrons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant aujourd’hui à d’autres moyens mis en Å“uvre par le pervers pour asservir sa proie :
Le pervers s’ingénue à susciter des envies pour mieux les frustrer
Le pervers ne se sert pas de son dom de perception des manques de sa victime uniquement dans la phase préliminaire de séduction. Il va ensuite s’ingénier à mobiliser certains souhaits inconscients qu’il repère facilement, les transformer en une envie certaine (faire monter le désir…) pour ensuite ne surtout pas y répondre afin de générer de la frustration. Toujours la même logique : exciter et asphyxier. Le but de la persécution est de fortement perturber le désir de l’autre, cette pulsion de vie dont il est si douloureusement privé. C’est pourquoi le quotidien devient infernal à vivre, semé d’embûches manigancées par le pervers. Les pièges peuvent être partout, surgir à n’importe quel moment. Tout fait anodin, exaltant en apparence, peut en fait cacher une bombe à retardement. La victime commence à vivre dans l’angoisse permanente d’être piégée et croit devenir paranoïaque. Le but est bien de la rendre folle… C’est un jeu pervers : allumer et éteindre, passer du feu à la glace.
Le pervers nie les envies exprimées ou les dégoûts connus
La victime met souvent les oublis de son compagnon sur le compte de la maladresse ou de l’étourderie. Mais en réalité, il s’ingénie à oublier dans le quotidien ce qui fait plaisir à l’autre ou à le confronter régulièrement à ce qui le contrarie. La victime a beau le rappeler, la même scène se répète inlassablement. Il oublie tous les détails, souvent futiles, qui font la singularité d’une personne. C’est l’exact contraire de ce qui se passait dans la période de séduction où il semblait y avoir une harmonie si naturelle car les moindres désirs étaient jusqu’à anticipés pour donner l’impression d’une complète symbiose. En fait le pervers utilise toujours cette faculté de perception et d’anticipation, mais dans un but tout autre : torturer psychiquement son souffre-douleur. Oublier est en effet pire que refuser : c’est comme si vous ne laissiez aucune trace. Vous ne comptez pas, ni vue ni entendue, vous n’existez pas !…
Le pervers chosifie sa proie : il la transforme en objet
La victime est utilisée comme un outil au service de la satisfaction tyrannique de son bourreau. Elle essaie en vain de satisfaire le moindre de ses désirs dans le but d’éviter ses remontrances et de mériter ses faveurs. Progressivement, l’asservissement psychique se met en place; la victime s’oublie complètement; elle n’agit plus qu’en fonction de son compagnon, dont elle devient la marionnette. Pour y parvenir, il est vital qu’elle soit dépersonnalisée. Il est insupportable qu’elle puisse avoir une existence propre et indépendante. Elle ne doit plus avoir de désir personnel car le désir angoisse le pervers, distrayant sa proie de son asservissement.
Mais le grand drame du pervers est qu’il est lié à sa victime pas la peur de la perdre. Déprécier l’autre crée un mécanisme qui se renforce automatiquement car traiter sa proie comme un objet prive le pervers de tout retour affectif humanisant. Sans ressentir ni tendresse ni sentiment amoureux, comment avoir envie d’une relation humaine? Le cercle vertueux de la séduction est mis en place pour amadouer la victime, succédant au cercle vicieux et infernal de la frustration. D’où le chaud et le froid permanant, le chaud pour garder sa proie auprès de soi, le froid pour jouir du mal-être qu’il provoque.
Autre tactique du pervers : semer le doute
Le pervers creuse un boulevard de doute, s’ingéniant à provoquer un sentiment angoissant d’insécurité et d’infériorité pour générer la perte des repères et le manque de confiance. Il sait appuyer là où ça fait mal. Il connait mieux que sa proie elle-même ses zones de fragilité. On se met à douter de ses convictions, de ces certitudes, de ses compétences. S’ensuit un grand sentiment de confusion. Exemples : jouer les martyrs en renversant les rôles, minimiser les réussites ou s’en attribuer le mérite, faire du chantage affectif, … sous fonds de doubles contraintes, de bouffées de chaleur d’effroi ou de douches froides, l’emploi d’un ton badin pour traiter de sujets austères ou grave pour des sujets légers, une intonation joyeuse pour annoncer une mort, un air pénétré pour énoncer des futilités. Cerise sur le gâteau : il distille des soupçons dans l’entourage de la victime sur son équilibre psychologique, sur son honnêteté, ses compétences, sa probités, ses atouts, de préférence sur tous les domaines où la victime se sent forte ou en terrain connu et maitrisé.
Nous achèverons bientôt de passer en revue les principales techniques de manipulation du pervers en pointant : la culpabilité, l’utilisation de l’argent, la perversion de l’intimité, la victimisation et l’utilisation des tiers
par Benoît Lemogne | 12/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant aujourd’hui Ã
La disqualification des faits par le pervers-narcissique
La victime d’un pervers rédacteur en chef d’un journal jouait aves ses collègues à un drôle de jeu en partant du postulat suivant : quand elle suggérait un article, il était systématiquement rejeté. Quelques temps après, si le même article était suggéré par un collègue, le pervers l’acceptait! Quand ses collègues voulaient à tout prix ne pas couvrir un sujet, ils savaient ce qu’il leur rester à faire : il suffisait de le faire proposer par la victime au pervers! Cela marchait à tous les coups! Cela montre que le pervers est dans une certaine mesure prévisible. A propos de son souffre-douleur, le pervers n’hésitait pas à dire qu’elle était « une mauvaise plume » et qu’il la gardait par charité. Disqualifier sa victime en lui retirant toutes ses qualités, est l’un des outils favoris du harceleur. Il insiste sournoisement sur sa nullité, son inutilité; ce travail de sape finit d’avoir raison de la confiance en elle de la victime qui finit pas douter d’elle-même et par se dénigrer elle-même.
Un autre jeu que nous avons déjà abordé : la calomnie. Le pervers souffle le vent de la rumeur avec des jugements définitifs, suffisamment flous pour qu’aucun rachat ne soit possible. Après sa rupture, la victime mettra du temps avant de se reconstruire une image valorisante d’elle-même, s’en voulant de s’être laissé autant salir et dévaloriser.
Le détournement des circonstances par le pervers-narcissique
Le pervers organise une mise en scène machiavélique pour faire craquer sa victime. Il croit pouvoir ainsi justifier ses propres actes malhonnêtes et dévaloriser celle qui se débat pour rétablir la vérité. Il va ainsi chercher à se faire passer lui-même pour la victime d’une femme autoritaire et castratrice. Le pervers est capable de dévoyer les objectifs d’une réunion de travail, d’un regroupement de membres de la famille ou d’amis de la victime en vue d’une « mise au point », ou encore d’un rendez-vous amoureux en vue de nourrir ses propres projets ou de se dérober d’une confrontation désagréable. Longtemps la victime va se penser bête, ne comprenant pas les propos de son compagnon, jusqu’au jour où elle va justement se rendre compte que les propos n’ont tout simplement aucun sens! Le pervers se complait à mettre en place une rhétorique bizarre, le plus éloigné possible du sens commun.
L’art du pervers-narcissique pour manier la rhétorique
Le pervers va user et abuser d’un art consommé de la rhétorique, dont il manie instinctivement les artifices. Les figures de styles sont utilisées sans vergogne, contribuant à l’opacité de ses propos ou lui assurant un effet de séduction assumé. Cette grandiloquence et cette virtuosité orale sont mises au service de la sidération légitime de l’auditoire. Le pervers va ainsi utiliser indistinctement : l’antiphrase (« Quelle forme superbe! »), l’amphigouri (propos incompréhensibles), l’apostrophe ridicule (« Ô beauté fatale » adressée à la compagne éreintée), le néologisme (le pervers adore inventer de nouveaux mots et leur donner le sens qui l’arrange), la circonlocution (assortir ses propos d’un verbiage lourd et inutile), l’hyperbole (« tu es magnifiquement et délicieusement belle »), la métaphore (« ma pauvre fille, à toi toute seule tu portes toute la misère du monde »), la métonymie (« je te couvre de lauriers que tu transformes en fumier! »), la synecdoque (extension ou restriction du sens des mots : « Mon amie, je vais tenter de faire abstraction de ton postérieur généreux »), l’oxymore (expression verbale identique à une double contrainte avec des mots de sens opposés : « magnifique crétine »), le pléonasme (pour insister : « je ne veux pas que nous communiquions ensemble »), le prolepse (prévoir une objection et la réfuter à l’avance : « tu dois me croire car il serait trop long de te le démontrer et tu ne comprendrais certainement pas »), la prosopopée (faire parler les objets ou les animaux : « même ta chaise hurle de douleur quand tu t’assois! »), la réticence (effet d’insistance par le silence, le blanc qui dure indéfiniment s’il sent l’angoisse s’emparer de sa victime car en temps normal il déteste le silence), la prétérition (parler d’une chose en prétendant qu’on ne veut pas l’évoquer : « Et encore je ne parle pas de la façon dont tu tiens la maison! »).
Nous poursuivrons prochainement notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant au jargon, à l’induction et à la captation d’intérêt.
par Benoît Lemogne | 10/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivrons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant à son comportement non verbal, à l’isolement qu’il impose à sa victime et à l’emprise qu’il exerce sur elle.
Le comportement non verbal du pervers-narcissique avec sa victime
Le langage non verbal représente 80% de la communication : mimiques, haussements d’épaules, soupirs excédés, silences méprisants,… L’écoute active employée lors de la phase de séduction laisse la place à l’écoute aversive : le pervers regarde ailleurs quand on lui parle ou fait autre chose. Il feint de ne pas entendre, presque de ne pas être là tellement il est indifférent à vous. Il prend un air absorbé par ce qu’il fait ou par ce à quoi il pense. Il s’agit de laisser libre cours à son mépris muet, à sa volonté de faire réaliser à l’autre qu’il est inintéressant, inconséquent, inutile, inexistant. Ses yeux peuvent paraître vides, inexpressifs et traverser son interlocuteur sans le voir.
Contrôler l’autre avec les yeux, lui donner des ordres, le fusiller du regard, chercher à le perturber sont autant d’attitudes courantes chez un pervers. L’expression de son visage appuie ces divers regards, parfois agrémentés de moues plus ou moins flatteuses. Ses attitudes corporelles, fréquemment désynchronisées, laissent l’interlocuteur dubitatif. Des paroles aimables peuvent être assorties de sourires narquois et de froncements de sourcils inquiétants. Ainsi, un chef de service pervers convoque son souffre-douleur dans son bureau puis fait comme s’il était seul, ignorant sa présence, téléphonant, écrivant sur son ordinateur. La personne finit par partir et s’entend dire à voix très basse, par exemple : « Elle va bien finir par ce casser cette conne ».
Ce que recherche à éviter à tout prix le manipulateur est de se dévoiler ou de donner la moindre occasion d’emprise à son interlocuteur. L’agresseur peut rester muet et fuyant devant les reproches et les demandes d’explication. Au mieux, il va lever les yeux au ciel, maigre consolation pour l’interlocuteur qui, à défaut de réponse, s’évertuera à y voir un signe de réception de son message (il se réjouira déjà de ne pas avoir été ignoré!).
L’isolement que le pervers-narcissique impose à sa victime : diviser pour mieux régner !
Isoler sa victime est une stratégie mise en place par le pervers pour renforcer son emprise dans le but de la déstabiliser pour mieux la soumettre et à terme parvenir à sa maîtrise complète. Ces isolements renforcent la difficulté à penser et à réagir, d’autant que l’entourage a tendance à ne pas vouloir intervenir et à se voiler la face pour ne pas déranger un ordre établi : personne n’aime le messager porteur de mal-être et de mauvaises nouvelles. Par ailleurs, le pervers met en place parallèlement un cloisonnement de ses propres relations également, afin d’éviter qu’une personne ne recoupe ses mensonges ou ne se ligue contre lui. Sa hantise est qu’on partage dans son dos des ressentis négatifs à son encontre, ou pire qu’on décide de le dénoncer. Enfin, la victime a tendance à s’isoler elle-même, dans un silence coupable. Sa destruction sournoise engendre une perte de repère, un mélange de sentiments et d’émotions qui l’emprisonne. Sa complainte la confronterait au jugement négatif de son entourage. La suite ne lui donnera d’ailleurs pas forcément tord lorsqu’elle en viendra à solliciter des témoignages, pour se défendre en justice par exemple. La rupture avec l’entourage s’explique donc de différentes façons. Le pervers, adulte capricieux, revendique de toute façon d’être l’unique centre d’intérêt.
Cet état de fait a une double conséquence : la victime espère en recevoir des gratifications et cela lui permet d’éviter les regards externes désapprobateurs sur sa difficulté à gérer ce lien démentiel et d’être confronté à un dilemme impossible. L’isolement est également la conséquence de l’acharnement du pervers à détruire tout lien, dont l’idée même le révulse. Personne ne résiste : relations familiales, amicales, professionnelles, sociales même (médecin, prêtre, …). En fait sont écartées toutes les personnes connaissant la victime, susceptibles de se rendre compte des changements opérés et de vouloir lui venir en aide en provoquant une prise de conscience.
L’emprise que le pervers-narcissique exerce sur sa victime
Sans scrupule aucun, le pervers va accuser son souffre-douleur de tous les maux, même de fautes imaginaires. C’est une véritable entreprise d’asservissement qui ne fait que se renforcer dès que la victime tente d’y échapper car cela ne va que décupler encore l’acharnement du prédateur qui devient obstiné et redoutable. La victime se sent prise au piège dans un engrenage fatal. On peut distinguer trois actions spécifiques mises en place : l’appropriation par dépossession de l’autre, la domination de l’autre en le maintenant dans un état de soumission et de dépendance et enfin l’emprunte psychique sur l’autre laissant dans son esprit une trace indélébile de l’emprise. Par ces trois démarches cumulées, le pervers parvient à prendre toutes les forces de l’autre, à se l’accaparer complètement. Cela répond au besoin vital du prédateur d’externaliser le mal qui le ronge. Mais paradoxalement l’acharnement du pervers peut mettre son entreprise macabre en péril car la victime étant consciente qu’elle ne parvient plus à raisonner normalement, à trouver les répartis aux délires du pervers, va penser qu’elle vit un dérèglement mental ou psychique qui va l’amener à consulter un thérapeute.
Nous poursuivrons prochainement l’étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers en nous intéressant à d’autres techniques mises en Å“uvre comme chosifier la victime ou susciter chez elle des envies, tout en niant les envies ou les dégoûts exprimés par elle.
par Benoît Lemogne | 7/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant aujourd’hui aux techniques suivantes :  jargon, induction, captation d’intérêt et d’idée.
Le jargon utilisé par le pervers pour impressionner sa victime
Le jargon crypté dévalorise le non-initié. Il est utilisé comme un langage confus, étranger. C’est une arme blanche pour dévaloriser son interlocuteur. L’utilisation de théories complexes, de mots savants et techniques tend à vouloir impressionner en imposant un ascendant. Elle s’apparente en fait à une véritable imposture. Les connaissances sont confisquées pour servir les intentions du pervers. Les domaines investis sont divers : littérature, histoire, philosophie, cinéma, musique, opéra : rien ne résiste à  ses détournements au profit de démonstrations improbables et … imparables.
L’induction utilisée par le pervers pour manipuler sa victime
Le pervers prend un grand soin à ne pas montrer ses réelles émotions, qu’il maitrise mal et dont il craint qu’elles le trahissent. Il tient autrui à l’écart de son image réelle et du terrible vide qui le caractérise et qu’il tente de dissimuler. Lorsqu’il a une idée précise, il pratique l’induction en suggérant des idées et en provoquant des sentiments, des réactions, des attitudes ou des inhibitions. Ces suggestions fonctionnent facilement sur des victimes perméables car sous le charme. Il énonce ainsi des informations présentées comme universellement connues : »untel (particulièrement apprécié par la victime) est un abruti, tout le monde le sait ». C’est sans appel, définitif, non discutable : « Comment peux-tu estimer Gérard, toi si intelligente? »  La victime en vient à protéger ceux qu’elle aime en ne parlant pas positivement d’eux et en les voyant en cachette.
Une des techniques utilisées par le pervers consiste également à  utiliser des intermédiaires pour donner du crédit à ses affirmations, sans donner la possibilité à son interlocuteur la possibilité de vérifier l’information auprès du tiers en question :  » Je sais que tu me trompes, tu étais dans un café avec un homme, un ami t’a vu. Je ne peux pas te dire de qui il s’agit car je lui ai promis de ne pas le dévoiler ». C’est donc invérifiable! L’appel à une autre personne est un excellent moyen pour installer le doute et favoriser l’émergence d’un état hypnotique qui facilitera encore le conditionnement de la victime pour la faire douter d’elle-même. Le pervers va également bien entendu prêcher le faux pour savoir le vrai…
La captation d’intérêt que le pervers fait subir à sa victime
Le pervers doit être la star, le centre d’intérêt. Il sait retenir l’attention en jouant sur l’intonation de sa voix, son volume fréquemment inadapté, son timbre modulé, tantôt aigu, métallique ou strident pour envahir le récepteur d’un malaise. Un pervers tenant une réunion peut ainsi passer inopinément de paroles chuchotées à peine audibles à un mutisme méprisant ou encore à des aboiements continus…
La captation des idées de la victime par le pervers
Afin de combler la terrifiante vacuité qui le caractérise, le pervers use et abuse de manÅ“uvres pour capter les idées des autres, et de sa victime en premier lieu. Le pervers est une éponge sèche, prête à absorber tout ce qui peut le remplir. Combien de collaborateurs se sont plaints de leur supérieur hiérarchique qui s’était approprié un projet intéressant? Le pervers utilise des conversations qu’il a eues avec sa victime, à propos de lecture par exemple, pour se les réapproprier au moment voulu afin de briller en société. La victime se sent sucée de sa substance, comme vampirisée. Le pervers peut également s’approprier les actions des autres, et leurs résultats positifs. Ce comportement se remarque d’avantage dans le monde du travail.
En revanche, quand des problèmes apparaissent de son fait, il cherche à se décharger sur les autres de la responsabilité de ses échecs. Cette attitude est facilitée par le fait qu’il prend peu de décision, préférant rester en retrait et se montrer laconique et flou, se débrouillant avec subtilité pour pousser quelqu’un à trancher à sa place. Il lui sera alors aisé de rejeter la faute sur ce courageux. S’il se retrouve coincé, il trouvera une pirouette pour fuir ses engagements et nier ses implications.
Proche de la captation d’idée, il utilise également un procédé consistant à nommer les intentions de l’autre ou ses opinions cachées : le pervers vous fait croire qu’il sait mieux que vous ce que vous pensez! Il pourra ainsi prédire les futurs actes de sa victime, dont il prétend connaître l’intention avant elle ! Bien sûr, de préférence, ces prévisions annonceront des agissements immoraux, illégaux, violents et honteux.
Nous poursuivrons prochainement l’étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant à son comportement non verbal, à l’isolement qu’il impose à sa victime et à l’emprise qu’il exerce sur elle.
par Benoît Lemogne | 5/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant plus précisément aujourd’hui aux techniques d’information et de désinformation.
L’information tronquée donnée par le pervers narcissique à sa victime : info ou intox ?
Pour le pervers, aucune parole n’a de valeur, seule la fin justifie les moyens. En argumentation, il n’a aucun scrupule. Il lui faut gagner à tout prix, ses mots sont là pour ça. Mots utilisés à contre-emploi ou vides de sens. S’il est confronté à un argument imparable, il trouve toujours une pirouette pour garder la face; il est redoutable de répartie. L’information donnée par le pervers lui sert à étaler ses certitudes dont il ne doute pas, ses connaissances, son savoir, ses dons, sa grandeur! Cependant, à y regarder de plus prêt, on s’aperçoit vite que l’accent est mis d’avantage sur le style que sur le contenu à proprement parler. La profondeur et la véracité des propos n’importent pas.
Désengagements, paroles floues, imprécises, informations contradictoires distillées avec une prodigieuse désinvolture ou une grande impertinence. Ce qui compte, c’est d’exister auprès d’un public sous le charme grâce à une éloquence théâtralisée. Le manipulateur peut, ainsi sur un sujet doctrinal tranché, adopter à deux jours d’intervalles des positions diamétralement opposées. L’important n’est pas de convaincre de sa position mais de tester son pouvoir de persuasion sur les autres, afin de se rassurer en testant sa toute-puissance. Son ascendance doit être telle qu’il doit pouvoir jouir d’une complète immunité, quelque soit l’extravagance de ses propos. Il utilise ainsi avec une facilité déconcertante la désinvolture, l’absence de crainte du châtiment, la facilité à retourner les faits à son avantage. Il faut savoir renverser une situation intenable. Ce désengagement est autant valable pour ses actes que pour ses mots : c’est une anguille! Il se veut saisisseur mais insaisissable! Les faits dépendent entièrement du pouvoir de qui les fabrique.
La désinformation du pervers-narcissique pour déstabiliser sa victime : suggérer et laisser croire…
Le manipulateur s’amuse à déformer les informations avec autant d’acharnement pour les choses subtiles que pour les sujets d’importance. Il se délecte des investigations répétées de sa victime pour mettre en évidence les incohérences de son discours ou de son comportement. La parole est l’arme majeure du pervers. Maître en matière de communication, il sait détourner à son avantage les techniques enseignées dans les formations en communication. Le pervers ne communique pas à proprement parler car le mot communication contient le mot « cum » qui signifie en latin avec; or le pervers n’est « avec » personne, il vit avec lui-même!
La phase de séduction terminée, il profère sans vergogne, surtout s’il se sent menacé, des mensonges, des soupçons, des insinuations, des allusions, des déclarations péremptoires. Il manie le dénigrement, le chantage, l’humiliation, l’ironie, la mauvaise foi, le tout agrémenté de non-dits ou de mutismes soudains. Comme on dit : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Le pervers fait preuve d’un toupet invraisemblable : « Plus c’est gros, mieux ça passe », car il le fait avec un tel aplomb qu’il en devient crédible. Dans les discussions sans fin, la charge de la preuve incombe toujours à la victime. Souvent, le pervers ne finit pas ses phrases, utilise des mots à double sens, se montre évasif, passe du coq à l’âne, fait des demandes détournées dans un climat instable marqué par des changements d’humeur aléatoires et imprévisibles pour la victime. Les simples discutions du quotidien sont des occasions de rabaissement car le pervers prend un malin plaisir à ne pas être précis dans ses demandes pour faire se tromper la victime ou la faire solliciter des précisions la faisant ainsi passer pour une personne peu intuitive, voire même peu intelligente.
Le pervers persifle constamment, alors que lui-même ne supporte aucun jugement négatif à son égard, sa susceptibilité étant exacerbée. Gare à qui ose formuler le moindre commentaire… Sa propension à critiquer fonctionne en entonoir : il commence à vilipender le monde entier, puis les proches de sa victime et enfin la victime elle-même, sur laquelle il va s’acharner. Tout est bon pour salir et projeter sa propre angoisse, déshumaniser l’autre. Aucune sympathie ou empathie ne viennent perturber le processus implacable, programmé avec froideur. Il s’agit de bloquer les actes, les raisonnements, de rendre confuses les émotions pour les rendre angoissantes.
Nous poursuivons prochainement notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant plus précisément à la disqualification, au détournement des circonstances et à l’art de la rhétorique.
par Benoît Lemogne | 3/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons l’inventaire des moyens mis en Å“uvre par le pervers pour asservir sa victime. Aujourd’hui : l’hypnose et la dissimulation.
L’hypnose imposée par le pervers-narcissique à sa victime
La victime se sait prise au piège; elle a envie de s’échapper mais cela lui est totalement impossible, moralement, physiquement, psychiquement car elle est subjuguée, anesthésiée, paralysée. La fascination et les doubles contraintes ajoutés aux discours confusionnants sont les socles de la mise sous hypnose. Pourtant, l’hypnose est un phénomène courant de la vie quotidienne : n’est-il pas banal d’être absorbé par la lecture d’un livre passionnant, ou par un film captivant, de faire des rêves éveillés nous faisant rentrer dans un état de conscience modifié? L’hypnose est pour le pervers une arme naturelle et redoutable d’efficacité en raison de son effet d’engrenage. « Crois en moi, fais-moi confiance,… » C’est une approche ensorceleuse qui complète ruse et manipulation.
Voyons concrètement comment le pervers peut s’y prendre pour mettre en place ce phénomène d’hypnose : en adoptant une voix particulièrement monocorde qui endort naturellement la vigilance, en fixant la conscience de sa victime sur un objet particulier, en utilisant la technique du saupoudrage (en soulignant discrètement certains mots dans une phrase). On comprend que mettre sa victime en état de conscience modifiée est chose aisée pour qui manie avec autant de facilité la capacité à combler, à fasciner et à paralyser. Perfidement, la technique de l’hypnose est ainsi utilisée dans un but sinistre, et notamment pour jouer avec la morale de l’autre par exemple.
Ces différents procédés que sont la fascination, la paralysie et l’hypnose permettent de mieux cerner les moyens utilisés par les pervers pour asservir leur proie. Même si les procédés utilisés sont souvent plus ou moins les mêmes, les combinaisons adoptées sont variables quasi à l’infini. Entrons encore d’avantage dans le détail du mode opérationnel du pervers. Acte et parole n’ont qu’un seul but : la destruction de l’autre en étouffant en lui de façon insidieuse toute forme de vitalité. Les différentes techniques utilisées par le pervers le sont soit isolément, soit alternativement, soit concomitamment, selon l’instinct du pervers, afin que sa cible entre dans un cycle infernal et constamment répété de séduction, de frustration, de rejet et surtout qu’elle ne s’enfuit pas.
La dissimulation utilisée par le pervers-narcissique
Les pervers est le champion de la double vie et de la double personnalité. Il agit dans l’ombre, attend patiemment le moment opportun pour surgir, soudainement afin de surprendre, souvent à l’abris des regards. Les assauts de maltraitance psychologique sont rarement visibles, étant perpétrés en secret. Dans l’intimité, le pervers ne peut retenir ses pulsions. Les sévices physiques sont rares car le pervers tient bien trop à sa réputation. Par ailleurs, il est conscient qu’une blessure physique peut déclencher la prise de conscience qui sonnera la fin se son emprise. Il va donc d’avantage bousculer, harceler, impressionner, menacer, s’approcher sous le nez de sa victime pour l’effrayer, donner des coups de point dans une porte, un mur… Il s’ingéniera plus à faire planer la menace d’une hypothétique agression physique, ce qui est plus subtil.
Le viol conjugal est lui plus fréquent car il est très difficile à déceler en raison de l’installation persistante dans les pensées du « devoir conjugal », qui permet au pervers d’abuser de sa victime en toute impunité, en utilisant une fausse croyance légale à son avantage. L’emprise est telle que la victime peut aller jusqu’à regretter ne pas avoir reçu de coups (qui lui auraient permis de prouver ce qu’elle subit)! Plus rarement, les sévices verbaux sont commis au vu et au su de tous, mais avec une telle adresse que seules les personnes visées sont blessées. Le pervers va ainsi procéder par petites touches déstabilisantes à un moment où la victime ne peut réagir (à l’occasion d’une prise de parole en public par exemple).
La manipulation opérée par le pervers-narcissique
La séduction va être employée pour servir la manipulation comme la manipulation va elle-même servir la séduction… Avant d’imposer son rapport de force, le pervers doit apprivoiser l’objet de sa convoitise. Il se présente sous des abords sympathiques, n’hésitant pas à user et à abuser de flatteries plus ou moins discrètes, exagérées ou plus subtiles, se montrant attentif, aimable, prévenant, dévoué, admiratif, à l’écoute des moindres désirs de sa proie. Cette première étape a un but précis : le décervelage (il « retourne le cerveau » de sa victime), adapté au point de faiblesse spécifique de sa proie. Le rusé-pervers va donc vous encenser avec excès, jurer son attachement inconditionnel, tout vous promettre, vous ensorceler.
C’est sa technique pour abaisser votre vigilance naturelle qui vous prémunit instinctivement contre « les beaux parleurs » et qui filtre les émotions excessives pour prévenir un débordement de vos sens. En vous amadouant, le pervers arrive à faire effraction dans ce domaine de défense naturel, à vous faire perdre le « sens commun ». Comme vous êtes désarmée, vous « tombez dans le panneau ». Le mimétisme est pour cela une technique infaillible : imiter les attitudes de son interlocuteur, reformuler ses paroles, résumer ses propos, le questionner avec une généreuse sollicitude apparente, se synchroniser sur l’autre : toutes ces astuces pour donner l’apparence d’une symbiose parfaite.
Nous poursuivons prochainement notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant plus précisément aux techniques d’information et de désinformation.
par Benoît Lemogne | 31/07/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Dans la continuité de la phase de séduction, l’organisation tentaculaire de l’entreprise d’asservissement mise en place par le pervers narcissique va alors montrer sa redoutable efficacité. Tel un coucou (oiseau), le pervers va s’imposer dans la vie de sa proie, qui va connaître successivement la fascination et la paralysie.
La fascination exercée par le pervers-narcissique
Etymologiquement, fasciner vient du latin fascinare qui signifie enchanter, jeter un sort… La victime est fascinée par la capacité de transgression du pervers. Une personne « normale » (équilibrée psychiquement) s’interdit les pulsions défendues et les refoule. Le pervers, bien au contraire, ne peut résister à la tentation de les réaliser, et en priorité celles que sa proie réprime, qui, sans pouvoir analyser pourquoi, va être conquise par une telle audace. Des actes insignifiants de la vie courante à des positions extravagantes adoptées par le pervers, la victime est sous le charme; tout la sidère, l’attire et la séduit.
Devant sa victime subjuguée, le pervers ajoute aux jeux de l’amour parfois sadiques, des jeux avec le contrat social, qui organise notre vivre-ensemble, qu’il a besoin de malmener pour assouvir sa soif de pouvoir. Ce qui l’intéresse n’est pas de bousculer l’ordre établi mais d’établir un non-ordre malléable à son gré. Il s’agit d’un jeu immature qui s’en prend aux repères de la société. Le pervers instaure sa propre loi, fluctuante, adaptable aux circonstances, enfreignant ou ridiculisant la loi commune.
Le pervers n’a aucun intérêt à être juste; il aime être injuste. Cela le conforte dans son fantasme de toute-puissance. Il prend un malin plaisir à tourmenter la victime respectueuse de la loi. Il se joue de son intégrité : Osera ? Osera pas? Il jouit de pouvoir pousser sa proie dans ses retranchements pour tester son intégrité. Jusqu’où peut-elle tenir ? Comment l’inciter à repousser les limites, à franchir la ligne rouge? La victime est envoûtée par le talent de transgression de son compagnon d’infortune. Elle s’imagine avec envie et frustration qu’agissant ainsi le pervers jouit d’une liberté enivrante. Ignorant qu’il est bien incapable de jouir d’autre chose que … de son embarras à elle, cette jouissance étant moins effective qu’il n’y parait, s’agissant en fait d’avantage d’une volonté de jouir que d’une jouissance à proprement parler. Le but réel est de générer après-coup chez la victime des angoisses de remords et une culpabilité morale intenable.
Dans la continuité de la phase de séduction, le pervers va s’imposer dans la vie de sa proie, par…
… La paralysie imposée par le pervers-narcissique à sa victime
Le pervers est le champion toute catégorie de la double contrainte, éprouvant un malin plaisir à enfermer sa victime dans des injonctions contradictoires. Cela se traduit concrètement par deux consignes qui s’opposent mutuellement, dans le but de mettre la victime dans une situation inextricable. Le problème est tout simplement insoluble! A ne pas confondre avec un dilemme qui présente une solution difficile ou problématique mais possible. Cela permet de ressentir ce chaud et ce froid soufflés parfois au même moment, cette pénible inhibition obtenue par des techniques de disqualification qui provoquent au pervers une grande jouissance. Cette double contrainte imposée inlassablement est imprévisible et inexplicable. Ce technique de harcèlement est d’autant plus vicieuse qu’elle est difficile à détecter sur le moment. La gêne qu’elle suscite est envahissante, elle paralyse la victime.
Ces paradoxes intentionnels, réitérés par le pervers, sont rapidement amplifiés par les doubles contraintes qu’ils génèrent chez la victime : adoration de cet amoureux qui a nourri sa conquête au delà du possible et haine de l’homme qui lui retire soudainement tout ce qui lui a fait tant de bien, hottant sa drogue douce pour le remplacer par du fiel. Autre contrainte paradoxale : la loyauté envers son partenaire (qui réclame qu’on se sacrifie pour lui) et la loyauté envers soi-même (que l’on trahit en succombant). Ces ressentis antinomiques finissent d’installer une paralysie physique, mentale, affective, la perception de la réalité étant bloquée dans un inconfort complet. Notons que le pervers vit également une double contrainte : affirmation de soi et déni de soi. Mais son absence d’identité et d’affect le préservent de la paralysie.
Nous poursuivrons prochainement l’étude des moyens par lesquels le pervers parvient à asservir sa victime.
par Benoît Lemogne | 29/07/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Après avoir procédé à la description des traits de personnalité du pervers et de la victime, nous poursuivons notre étude sur le pervers-narcissique en analysant les mécanismes utilisés par lui pour séduire et asservir sa proie. Décortiquer la stratégie utilisée permet d’en dégager les subtilités, de distinguer les étapes de l’asservissement. Le mot perversion vient du mot latin pervertere qui signifie retourner, renverser mais également abattre, ruiner, anéantir.
Première étape du processus : le repérage minutieux précédant la séduction opérée par le pervers
Préalablement à la phase initiale de séduction, le pervers va identifier avec une précision démoniaque la façon dont il va pouvoir procéder en jouant sur la nostalgie du paradis perdu, l’archétype de l’âge d’or, ce que nous laissons en quittant la petite enfance, ce dont nous gardons le regret sans pouvoir le définir précisément, cet objet manquant à jamais qui était sensé nous compléter, nous combler. Or si la victime ne peut se douter de l’existence en elle de ce vide à combler, car trop vague bien que puissant, le pervers va s’ingénier à le repérer pour mettre en Å“uvre son entreprise funeste d’asservissement.
Mais de quel désir s’agit-il précisément? Il diffère de l’envie et du besoin. Le désir dont il est ici question désigne la chose à laquelle on aspire avec une ferveur sacrée, mais dont on ignore le contenu exacte, cet « obscur objet du désir », contrairement à l’envie et au besoin qui définissent des aspirations à posséder quelque chose de connu, précis et concret. Cet objet introuvable car indéfinissable, hors de notre conscience, n’est donc pas un objet réel.
Pour parvenir à « ferrer » sa victime, le pervers va mettre en place une tactique minutieuse. Il ne choisit pas sa victime par hasard. Il l’observe longtemps et la teste. C’est pour lui une période de repérage stratégique, d’observation discrète avant le passage à l’action. Lorsque le profil lui parait approprié, lorsqu’il a circonscrit la brèche qui espère être colmatée, les blessures cachées qui aspirent à être cicatrisées, les désirs inconscients qui désirent être comblés; bref lorsqu’il a détecté les attentes inassouvies, il met en place son plan de séduction. Sa phase d’observation ne laisse place à aucune émotion, son analyse est froide, machinale et très patiente.
Les victimes se laissent séduire car le pervers va réveiller le souvenir de ce moment de béatitude quasi parfait qu’elles ont enfoui quelque part au plus profonds d’elles-mêmes et qu’elles vont vouloir retrouver. Pendant cette phase de séduction, la cible va vivre une réelle parenthèse enchantée, un temps suspendu féérique, un rêve éveillé, un état de plénitude intégrale. L’âme exulte, le pervers est vite adopté car il devient vital. C’est la phase de l’amour passion pendant laquelle la victime vit un véritable compte de fée.
Cette période de bonheur intense ne va pas durer car la victime va se voir imposer rapidement un petit jeu sadique mêlant promesse et parjure, présence et absence pour mieux lui faire expérimenter le mal du manque et son corolaire : la dépendance toxique. Enfin ferrée car comblée puis frustrée, la victime va progressivement passer du paradis à l ‘enfer. Mais alors pourquoi la victime ne fuit-elle pas?
L’emprise va s’accroître au fur et à mesure que la victime réagit aux comportements paradoxaux du pervers. L’organisation tentaculaire de l’entreprise d’asservissement va alors montrer sa redoutable efficacité. Tel un coucou (oiseau), le pervers va s’imposer dans la vie de sa proie, qui va connaître successivement la fascination, la paralysie et l’hypnose. Nous analyserons prochainement ces différentes étapes aboutissant à une emprise totale.
par Benoît Lemogne | 27/07/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Continuons à analyser le profil des victimes de pervers narcissique en explorant deux nouvelles caractéristiques de leur profil : une enfance particulière et un phénomène curieux de participation involontaire à leur emprise.
Une enfance singulière : L’enfant a perdu sa mère très jeune ou ne se sent pas (ou pas suffisamment) désiré par sa mère car, par exemple, d’un sexe identique au sien (en présence d’un frère qui sera pressenti à juste titre ou non comme le préféré). Pourtant, dans la réalité, la mère va continuer à garder un Å“il sur sa fille, mais à condition qu’elle se plie à ses requêtes. La scolarité et les loisirs de la petite fille vont être polarisés sur sa réussite. L’enfant déplore ses liens purement « fonctionnels ». Elle est dévolue à la seule volonté de ses parents. Ses particularités propres, sa singularité, son moi profond ont été étouffés par un trop grand souci éducatif.
La sensation de sous-existence la fera se jeter avec ferveur dans la gueule du loup pervers qui lui fait miroiter une sur-existence. Elle en conclut à tort qu’elle n’est pas aimée suffisamment. Elle va s’évertuer à conquérir ce désir et cet amour dont elle a le sentiment d’avoir été privée. Dans ce cadre défini, l’enfant ne se sent pas autorisé à remanier ses limites, à échapper à ce système parental, et reste prisonnier de ses parents dominateurs, de qui il cherche désespérément à être aimé. De là à rechercher, une fois adulte, un modèle identique, il n’y a qu’un pas que la rencontre du pervers va lui permettre de franchir.
Une participation involontaire à l’emprise : la phase de séduction parfaite et le comblement des attentes par le pervers vont faciliter la mise sous emprise de la victime qui seule explique l’acceptation des abus psychologiques qu’elle va subir. La victime, prise au piège, va se montrer docile avec son bourreau, redoutant les querelles et arrondissant les angles pour retrouver les faveurs qu’on ne cesse de lui promettre et qu’on lui redonne par petites brides pour mieux les lui retirer à nouveau. Mais le comportement de la victime ne fait qu’intensifier la mainmise. Paradoxalement, ce sont les règles morales auxquelles elle tient qui vont la mener à la perte car elles l’empêchent de mettre en place les moyens de protection adéquates, ce qui permet au persécuteur de renforcer son ascendance. Convaincue qu’elle provoque les assauts, elle s’interdit de riposter et se met en quatre pour ne plus provoquer son bourreau. Sa réaction consiste à se renier plutôt que de remettre en question les agissements de son compagnon.
Son penchant pour la transparence renforce également de plus en plus l’engrenage de cette mainmise. Sa naïveté, sa crédulité, son honnêteté la poussent à se justifier, et ce faisant à se dévoiler plus encore, à s’imputer une part de responsabilité, autant de clés fournies au manipulateur pour mieux l’abîmer encore. La victime entretient cette involontaire complicité avec le pervers dans l’objectif de le sauver. Elle perçoit ses souffrances et nourrit l’espoir secret de le guérir et d’être la seule élue à pouvoir le faire, pendant que lui continue inlassablement à la rendre folle. Elle se sacrifie à cette mission qu’elle s’est fixée par altruisme et droiture. Elle est convaincue que son goût du bonheur et de la vie aura raison des démons hantant son compagnon. Elle vit ce sauvetage comme un défi à relever. Enfin, la victime laisse apparaître un attachement irréfléchi à un sentiment contradictoire : elle, qui a cru ses rêves de beauté et de pureté exhaussés à jamais, se voit confrontée à cette emprise perverse la souillant. Valse hésitation entre répulsion et attirance, entre dégoût de soi et nostalgie de la lune de miel.
Nous sommes arrivés au terme de la description des traits de personnalité du pervers et de la victime. Nous poursuivrons prochainement notre étude sur le pervers-narcissique en analysant les mécanismes utilisés par le pervers pour séduire et asservir sa proie.
par Benoît Lemogne | 24/07/2015 | Pervers-narcissiques
Poursuivons notre étude des pervers-narcissiques en nous intéressant aux profils des victimes de pervers-narcissiques :
Des personnes de valeur : Dotées de fortes valeurs humaines et morales, les victimes de pervers sont chaleureuses, spontanées et aimables, des personnes belles, vives, extraverties, avenantes et pétillantes. Ainsi, la sÅ“ur d’un frère handicapé va vite prendre le rôle de protectrice, de réparatrice, et s’ingénier à être le rayon de soleil de la famille : droite, généreuse, attentive. Le pervers perçoit ces qualités qu’il convoite, cet appétit de vivre qui lui fait si cruellement défaut. Il rêve d’une proie qui a du répondant, la briser représentera un challenge bien plus jouissif à relever.
Le moyen de l’emprise : la faille de la victime. Pétries de qualités, les victimes n’en sont pas moins vulnérables en raison d’une faille de leur personnalité, porte d’entrée au travail d’asservissement du pervers. Ainsi, la sÅ“ur d’un frère pervers, confronté au lien fusionnel de son frère avec sa mère, va douter de sa capacité à être aimée, de l’intérêt que sa famille porte réellement à elle, son père ne compensant pas l’éloignement de sa mère. Pour attirer l’attention et cacher cette crainte, elle va travailler très bien en classe et s’évertuer en vain à être un enfant idéal pour être aimé de ses parents. Parmi ces belles personnes, le pervers choisira celles qu’il peut instrumentaliser, qui doutent d’elles mêmes, éprouvant un grand besoin de reconnaissance, d’admiration, souffrant d’un certain manque de confiance. Leur sens des responsabilités, leur propension à se culpabiliser et leur goût pour le sauvetage accroissent leur vulnérabilité.
Leur fragilité les empêche de poser des limites. C’est ce qui constitue la clé d’entrée du pervers dans la phase idyllique du départ. Il va utiliser le goût de ces victimes pour des relations fusionnelles en réparation à une relation frustrante avec un père idéalisé, ce qui explique qu’il y a souvent un écart d’âge important entre la victime et le pervers. Au début, la victime est impressionnée par son bourreau, par son aisance, son charisme, sa position sociale,… et va se sentir flattée d’avoir été choisie par un être si remarquable et estimé. La fêlure de la victime n’est pas forcément structurelle; elle peut être conjoncturelle, résultant d’une fragilité passagère causée par un deuil récent ou un stress lié à la prise de nouvelles fonctions à responsabilité entraînant un temps d’incertitude et de fragilité, voire de défaillance passagère qui va transformer quiconque en proie idéale. Le pervers est doté d’un grand sens de l’observation et de l’analyse afin de repérer les points de faiblesse dans lesquels il va pouvoir s’engouffrer.
Des profils équilibrés et altruistes : Enfant, la future-victime est naturellement tournée vers les autres, programmée pour déceler et satisfaire les désirs des personnes de son entourage. Elle finira par prendre la place du dominé dans les relations humaines et par suivre les chemins tracés par les autres, ce qui lui paraîtra plus confortable. Adulte, la victime a une personnalité en quête d’amour; elle cherche à se situer dans le désir de l’autre, dans son discours, dans son jugement, au détriment d’elle-même. Une façon d’attendre de son partenaire, qui n’est pourtant en rien concerné, une réponse à ses propres questions fondamentales, avec le secret espoir d’un retour symbolique à un lien fusionnel infantile. Dans cette quête, il n’y pas de place pour le moi, le pervers peut prendre toute la place : l’équation est la suivante : Je (moi, victime) + toi (bourreau) = toi (pervers).
La victime rêve de cette fusion réparatrice dans l’autre à cause de la présence dans sa personnalité d’un point douloureux un peu mélancolique masqué par une vitalité prononcée. On conçoit aisément comment cela fait d’elle une proie idéale. La rencontre avec le pervers va apparaître miraculeuse : un bonheur en demie teinte va soudainement céder la place, dans un premier temps, à une joie et une satisfaction immenses, un véritable nirvana ! Le pervers va offrir cet enveloppement maternant, cette quête tant attendue, cette possibilité de s’abandonner en lui. Il va alors donner l’illusion d’être la personne qu’on attend depuis toujours, celle qu’on n’osait plus espérer, celle qui va apporter un épanouissement intégral, étant capable de combler au delà des espérances, de résoudre tous les problèmes, et même de les faire disparaître. La proie idéale va d’autant plus facilement croire en l’authenticité des belles déclarations du pervers qu’elle y voit comme la négation de ses faiblesses. Aussi, elle va rapidement prendre goût à ce bonheur intense, mais le pervers va progressivement le lui retirer. Il propose, puis impose la fusion tant espérée et régénératrice… avant de l’en priver puis de la lui donner à nouveau … mais à certaines conditions seulement. Il va falloir désormais la mériter!… L’engrenage se met en place. Au début, il exige des choses anodines, puis assez vite ses désirs sont de plus en plus difficiles à satisfaire. Vont alors se succéder à un rythme infernal des périodes où l’on revit le bonheur intense puis des temps de frustration de plus en plus douloureux. Deux éléments vous renforcer le basculement dans l’état d’asservissement désiré par le pervers : le désir de revivre cette plénitude absolue à laquelle la victime a pris goût, comme une drogue, et le souhait de ne pas contrarier le pervers pour mériter à nouveau ses faveurs. La victime est devenue une marionnette!
Nous continuerons prochainement à explorer le profil de la victime de pervers narcissique en explicitant deux nouvelles caractéristiques de ce profil : une enfance particulière et un phénomène curieux qui mène la victime à sa perte : sa participation involontaire à son emprise.
par Benoît Lemogne | 22/07/2015 | Pervers-narcissiques
Achevons notre étude sur la personnalité des pervers narcissiques en décrivant les derniers profils type de leur personnalité :
L’immaturité des pervers : Les pervers sont figés à un stade infantile. L’émotion est fuie car ressentie comme dangereuse en raison du fait qu’elle est ingérable d’un point de vue psychique. L’égocentrique est tout simplement indifférent aux besoins et aux demandes de l’autre, ou uniquement dans un but de manipulation. Seul lui importe son bon plaisir et la satisfaction de ses désirs; que d’autres en souffrent ou non lui est indifférent. Il n’a aucune bienveillance pour les êtres vivant plus faibles envers qui il peut même faire preuve de cruauté. Il exige d’être satisfait sans délai mais tout ce qu’on peut faire pour lui n’est jamais assez bien, il n’est jamais rassasié. Il se sent tout puissant, ayant la conviction qu’il suffit d’affirmer avec force un message pour qu’il devienne réalité. Par ailleurs, il n’hésite pas à demander à sa compagne de se comporter comme une mère à son service, censée combler le moindre de ses désirs, et idéalement avant qu’il n’ait même besoin de les exprimer. Le pervers est tyrannique : il veut tout, tout le temps et tout de suite. Comme un enfant gâté et capricieux, il n’est régi que par le principe de plaisir, ignorant le principe de réalité. Le train-train du quotidien l’insupporte, source d’ennui, de déplaisir et d’angoisse. Sa vie se doit d’être extraordinaire sinon elle est insupportable. C’est tout le contraire d’un être équilibré pour qui le principe de réalité régule la réalisation ou non des pulsions en fonction de ce qui est autorisé ou possible. Il nous fait ainsi entré dans l’altérité, dans une vie sociale respectueuse des personnes et des lois. Ainsi, on ne fait pas à autrui ce qu’on n’aimerait pas qu’autrui nous fasse. Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre… Ces principes sont ignorés par le pervers qui ne parvient que très difficilement à intégrer le concept même de l’existence de l’autre.
L’ identification projective opérée par les pervers : Procédé utilisé par le pervers pour se projeter dans l’autre en lui prêtant ses propres aberrations. Envahi par des pulsions morbides (angoisses de la mort, détestation de soi,…), le pervers est incapable de les contrôler. Il lui faut les évacuer en les projetant sur son souffre-douleur qui devient l’hôte de sa malignité. Le pervers éprouve un soulagement morbide de faire endosser ses propres peurs à autrui, mais sans qu’il en soit pour autant lui-même libéré! Le plus stupéfiant est que le persécuteur garde un calme olympien en déversant son venin sur l’autre.
Les difficultés identitaires des pervers : Le pervers n’a pu trouver chez ses parents une image de lui suffisamment valorisante pour se construire. Il ne se pense aimable que de lui-même et cela lui rend la vie insupportable. Aussi, afin de garder une bonne conscience de lui, il doit se couper en deux, se cliver, se dissocier mais chaque partie est dans le déni total de l’existence de l’autre. D’un côté, il a l’illusion d’être parfait et tout-puissant. De l’autre côté, il est submergé par ses démons et s’engage dans une quête effrénée d’un bouc-émissaire pour se décharger sur lui en lui attribuant la responsabilité de ses malheurs. Ainsi, face à un même événement, le pervers peut avoir une réaction complètement différente sans qu’il soit possible d’expliquer ce qui a motivé une réaction plutôt que l’autre. Cela génère des incohérences dans son comportement, qu’il est d’ailleurs impossible de lui faire admettre.
La culture des  pervers-narcissiques : Le savoir du pervers est tristement borné. Sa culture est relativement pauvre et méprisante pour qui n’y connaît rien dans son domaine restreint de prédilection. Il étale sa petite science avec arrogance. Pour éviter les questions dans les innombrables autres domaines, il se montre vite agacé et impatient. Il reste plus souvent évasif, pour masquer son ignorance mais sait faire preuve d’un aplomb déconcertant. S’il ment ou s’il se trompe, on ose difficilement lui en faire la remarque, sous peine de représailles terribles, immédiates ou différées. Monomaniaque intellectuellement, il ne crée rien, il exploite. C’est une belle coquille terriblement … vide !
Les métiers des  pervers : Le pervers s’épanouit dans les structures sociales fortes hiérarchisées, celles de l’Eglise, de l’Armée, de l’Administration, de la Magistrature, de la Politique,… Il en aime les rites, le cérémonial, dans lesquels il se coule avec grande aisance. Il gravit tout aussi aisément les échelons de la hiérarchie mais il ne fait pas sienne les règles du milieu ; il s’emploie à les maîtriser pour mieux les contourner et les détourner. Il joue de la faiblesse ou de la lâcheté de ses collègues, sachant les compromettre s’il ne peut les séduire. C’est une recrue de choix pour les services secrets, domaine où le fascinent l’intrigue, la manipulation et le secret du pouvoir. Les métiers les plus fréquents des pervers sont ceux où la mainmise est la plus facile : chefs d’entreprise, professeurs, figures médiatiques et politiques, banquiers, policiers, commerciaux, journalistes, financiers, avec une grande préférence pour les thérapeutes (les victimes leur sont offertes sur un plateau!).
Nous poursuivons prochainement notre étude en nous intéressant aux profils des victimes de pervers-narcissiques
par Benoît Lemogne | 20/07/2015 | Pervers-narcissiques
Poursuivons notre étude des pervers-narcissiques en nous intéressant aux profils de leur personnalité : Séducteurs : ils veulent vous plaire pour vous attirer dans leurs filets ; Vampires : ils vous vident de votre vigueur pour s’en nourrir ; Victimes : ils se font passer pour des êtres incompris ; Bourreaux : ils ne cessent de vous épier, de vous harceler, de vous torturer ; Fantômes : ils ont une identité floue et inconsistante ; Comédiens : ils sont capables de feindre toutes les émotions ; Sauveurs : ils paraissent héroïques, dotés de pouvoirs hors du commun ; Harceleurs : ils vous soumettent à des sollicitations incessantes ; vous ne pensez et n’agissez plus qu’en fonction d’eux ; Sadiques : ils prennent plaisir à vous faire souffrir. Comment en sont-ils arrivés à créer ces jeux de masque incessants? Pourquoi vouloir briser quelqu’un dont on a tant besoin ? Leur structure malade découle de leur enfance traumatique.
La structure du pervers narcissique :
Rappelons que la structure psychique du pervers se situe dans la zone frontière entre structure névrotique (normale) et structure psychotique (pathologique). Pour ne pas tomber dans la psychose, le sujet externalise ses tumultes en les faisant porter par les autres. C’est un réflexe de défense contre l’angoisse maladive qui le poursuit. Cela exclut la possibilité d’une relation sincère à autrui et explique la nécessité vitale de trouver une proie pour l’asservir. Cette pathologie est la résultante d’un imbroglio de dénis, d’effrois, de faiblesses et de pulsions destructrices. Angoises d’impuissance; faiblesse du moi et de l’identité; défaillance du refoulement et de la capacité à gérer ses désirs malsains. Confusion entre soi et les autres avec une logique d’incorporation de l’autre (passions amoureuses). Tensions ravageuses nourries par une pulsion de mort envahissante. Absence de sentiments (anesthésie affective); fantasme de toute puissance provoquée par une figure maternelle qui a donné l’illusion au pervers-enfant de le satisfaire comme un adulte, en l’absence de figure paternelle régulatrice.
Deux circonstances particulières de l’enfance expliquent l’apparition de la perversion narcissique :
– la relation fusionnelle et destructrice imposée par la mère qui empêche l’enfant de se percevoir comme un individu séparé.
Le syndrome de Jocaste, mère puis épouse de son fils Å’dipe dans la mythologie grecque, donne un aperçu exacerbé du phénomène, syndrome qui symbolise cet attachement pathologique au fils, ce désastre primitif qui pervertit l’enfant. La mère installe dans la relation avec son fils un climat de dépendance affective par des abus éducatifs, des violations d’intimité, un climat incestuel (sans passage à l’acte) nourris de soins érotisés, sans limite précise, se faisant dévoreuse et le faisant culpabiliser sur fond de sacrifice. Ingérante, imprévisible, négligeante, elle met en Å“uvre une séduction narcissique, chaotique, inachevée. Avec son maternage à la fois excessif et insuffisant, elle reste enfouie dans l’inconscient de l’enfant comme un lien initial, à la fois inquiétant et excitant, porteur d’une toute puissance qui déclenchera chez le futur pervers des rêves d’assauts sadiques à travers toutes ses autres rencontres. Il gardera en mémoire, dans son corps et dans son âme, la marque sourde d’une affection malsaine et d’une haine de soi. La question se situe au niveau de l’être ou du non être, entêtante, lancinante et toujours sans réponse. Enfant-objet, idéal fétichisé, perverti par une mère toxique.
Sans arriver à ses extrémités, une mère égocentrique, immature et en manque d’affection peut déjà provoquer de graves troubles à  son enfant. La mère d’un pervers, bien souvent, est indifférent au sort de son fils, pouvant même aller jusqu’à se réjouir de son malheur, si elle est elle-même perverse. Or c’est de la relation qu’on a avec sa mère que découle la nature de tous nos autres attachements. Si, de ce lien confusant inaugural le pervers retient que toute relation à l’autre sera nécessairement source de conflits internes, de craintes, de désarrois, de risque de disparition, il ne pourra se protéger que par le recours à la manipulation et à l’agressivité.
– l’absence d’une figure paternelle régulatrice. Le père, s’il n’est pas absent, est nié dans son rôle éducatif de l’enfant.
Face à cette femme dominatrice et castratrice, il va préférer sacrifier son fils. Le père n’est alors pas absent à proprement parler mais il est disqualifié par la mère et cautionne ses manÅ“uvres séductrices et destructrices. L’enfant se construit sans l’image du père ou pire avec le fantasme d’avoir évincé et remplacé le père. Le fameux complexe d’Å’dipe n’est pas dépassé; l’enfant n’a pas assimilé l’interdit. Il n’est pas confronté à cette Loi fondatrice par son père. Il n’intègre aucune censure. La conséquence est un déni de castration : je ne suis pas coupé de ma toute-puissance; aucun obstacle n’a entravé ma conviction que je suis le maître absolu. L’absence du père qui est censé représenté la Loi, c’est à dire le fait qu’il est nécessaire de composer avec autre chose que sa propre volonté, aboutit à la construction par le futur pervers de sa propre loi morale. Cette absence fantasmée par l’enfant de distinction entre lui, sa mère et son père entraîne le déni des générations (j’ai le même âge que papa et maman), le déni de la différence des sexes et des limites (le territoire des autres est sans frontière). Le non n’existe pas pour l’enfant. Le petit garçon, emprisonné dans son cocon égocentrique, vit un délire de grandeur et d’invulnérabilité. Le problème est que cette illusion de toute-puissance n’est pas issue de l’accumulation de pouvoirs mais de dénis. Pour l’enfant moi + toi (objet) = moi-je. Le « trois » est absent de sa construction psychique.
L’enfant n’est jamais confronté à un moindre sentiment de frustration indispensable à la construction d’une structure psychique équilibrée et à la compréhension du monde réel. Cette hyper-stimulation traduit un climat oppressant et anormal qu’il est trop jeune pour gérer mentalement. Les traumatismes résultent d’une éducation ayant abouti à  fragiliser le caractère, la volonté, la vitalité et la confiance en lui de l’enfant. Assorti d’un fort sentiment de solitude, il en résulte une angoisse plus ou moins massive d’abandon, qui peut être encore accrue par une fêlure narcissique due par l’absence de reflet valorisant dans le regard de ses parents. Cette faille oblige l’enfant à se donner une image démesurée de lui-même pour survivre. Mais la conviction profonde de son défaut de valeur le condamne à rejeter toute relation positive, immédiatement jugée suspecte. Dénigrer l’autre aide à croire que sa perte serait sans conséquence. L’enfant mal accueilli, non investi avec respect, mal aimé va développer des pulsions destructrices qui deviendront incontrôlables à  l’âge adulte.
Nous poursuivons prochainement l’étude des caractéristiques de la personnalité du pervers-narcissique.
par Benoît Lemogne | 17/07/2015 | Pervers-narcissiques
Essayons de décrire la structure psychique d’un pervers-narcissique en pointant quelques traits de caractère typiques de sa personnalité
Le déni – Le déni est un mode de protection adopté par une personne refusant d’admettre une réalité insupportable. Une partie de cette réalité est alors niée, inconnue, ignorée. Un déni caractéristique des pervers est celui des origines. Ils prétendent ne descendre de personne! Ils sont à l’origine d’eux-mêmes et ne doivent rien à personne ! Ce déni est lié à d’autres : celui de la mort, du temps qui passe, des conflits internes, du deuil de la séparation d’avec leur mère,.. Or les dénis sont dévastateurs pour ces sujets parce qu’ils alimentent leur état d’angoisse permanente.
L’angoisse permanente – Les pervers subissent une détresse identitaire pouvant générer une forte sensation d’oppression. Leur système de défense consiste souvent en des passages à l’acte. Il leur faut s’agiter pour lutter contre la peur du vide, de la mort, du silence, des ruptures, des pertes et des frustrations qui les animent. Cette hyperactivité confine à l’addiction (sport, travail, voyage…). Cette fuite en avant tente d’occulter un autre deuil infaisable : celui de leur toute-puissance!
Le délire de grandeur, lié au délire d’invulnérabilité, un culte du moi démesuré, résultant dans l’accumulation de dénis évoqués ci-dessus. Cela se traduit par la certitude de la grandeur de leur personnalité et de leur forte capacité d’emprise sur les autres. Ils se sentent tout puissant et ne peuvent imaginer que le monde ne soit pas à leur service mais le monde, tel qu’ils le perçoivent et sur lequel ils croient régner en maître, n’est qu’une création illusoire de leur esprit.
La relation à l’autre – Les pervers n’ont pas fait le deuil de la relation avec leur mère, lien fusionnel qui préside aux premiers instants de la vie. Ils n’ont pas eu accès à cette étape fondatrice, à ce renoncement nécessaire qui les amène à la prise de conscience de la différenciation d’avec leur mère. Ils vont donc chercher à reproduire cette symbiose perdue, en se servant de quelqu’un d’autre comme instrument, ce qui va l’empêcher de le considérer comme un être humain. Alors, gare à l’abandon car ils ont gardé de cette tragédie non digérée deux sentiments contradictoires : la nostalgie et l’appréhension d’une dépendance à l’autre. L’autre ne peut donc être qu’un objet dénué de dignité, de qualités, d’existence propre, d’humanité. Mais le drame pour le pervers est que cet outil méprisable lui est pourtant indispensable car c’est un puissant antidépresseur. Il cherche vainement à se remplir de la substance de l’identité de l’autre, de sa joie de vivre, de ses désirs. Il s’agit d’une convoitise haineuse d’identité. Les pervers sont de véritables vampires! Le but est d’intégrer toutes les qualités qu’il leur manquent cruellement, tellement désirées qu’ils pressentent qu’elles leur feront toujours défaut. Ils essaient en vain de mettre en mouvement un cercle vicieux d’auto-satisfaction et d’auto-guérison. Le problème est que l’effet apaisant ne dure jamais, ce qui les conduit à reproduire inlassablement les mêmes comportements. On comprend mieux la chute vertigineuse que le pervers ressent par la rupture du lien fusionnel d’avec sa victime quand elle se libère. C’est ce qui explique les efforts qu’il déploie quand il sent sa proie lui échapper, pour séduire de nouveau ou pour apitoyer (« Je ne suis rien sans toi »), avec souvent un chantage au suicide, jamais mis en Å“uvre du fait de leur peur de la mort.
Le paraitre – La séduction est dans la nature des pervers. Ils s’exhibent avec une fausse gaîté, surgonflé de … vide! Ils font illusion par leur forte croyance en eux-mêmes mais en réalité ils sont désespérément seuls car ils ne croient pas plus en eux qu’aux autres… Etant incapables de montrer leur part d’ombre, ce qui risquerait de les démasquer, les pervers sont en perpétuelle représentation. Par ailleurs, ils vivent dans un déni permanent, incapables de faire preuve d’objectivité par rapport à eux-mêmes.
La prédominance de la perversion ou du narcissisme dans la structure du pervers-narcissique
La structure psychique du pervers-narcissique est rarement parfaitement équilibrée entre perversion et narcissisme. Aussi des différences apparaissent selon que la structure dominante est perverse ou narcissique. Les différences résident dans les motifs de leur jouissance et dans le sort qu’ils réservent à leur victime.
Ce qui prévaut selon que le sujet a pour dominance :
Le narcissisme : il jouit de sa propre survalorisation par une utilisation de l’autre : lorsque le partenaire est usé, il ne l’intéresse plus. Il l’abandonne en étant complètement indifférent à son sort. Il vit sa relation uniquement sur le mode fonctionnel. Tout est centré sur lui-même; sa libido est égocentrique, son corps même est surinvesti, pour repousser les outrages du temps (et tenter de mettre la mort à distance…), ce qui explique qu’il parait souvent plus jeune que son âge. Il cherche avant tout des personnes qui vont le mettre en valeur. Sa partenaire est utilisée comme un faire-valoir. Ses relations sont superficielles avec une phase d’idéalisation si l’objet remplit bien le rôle qui lui est assigné. La victime se sent aimée pour elle-même; le pervers, lui, contemple une image idéalisée qu’il projette sur sa victime… Il épuise son objet jusqu’à le rendre obsolète par une exploitation tyrannique et insatiable. S’ensuit une phase de rejet soudain, sans émotion aucune, sans état d’âme. Sa femme et ses enfants sont forcément beaux. Quel que soit leur physique, ils sont décrétés magnifiques. Ses supports de faire-valoir demeureront tant qu’ils lui seront utiles. Sa pathologie est un peu moins redoutable que celle du sujet à dominance perverse, puisqu’il ne se nourrit pas du malheur de l’autre.
La perversion : il espère jouir de la destruction psychologique de l’autre, même s’il est toujours déçu par l’intensité du plaisir qu’il en retire. L’objet n’est plus un faire-valoir; il faut le vider de sa substance pour s’en nourrir et le remplir de ses propres angoisses. L’objectif est de l’amener à un point de rupture psychologique en lui soumettant inlassablement des challenges malmenant ses valeurs. Le mal lancinant destiné à sa proie offre au pervers sa jouissance principale : l’angoisse provoquée chez l’autre. Il croit vainement qu’en faisant souffrir l’autre, il va se distraire de sa propre souffrance. Le pervers pense que cet acte de détestation pourrait le guérir de la haine de lui-même, qu’il pressent en voulant l’ignorer. L’existence de l’autre en tant qu’être humain est purement et simplement effacée.
par Benoît Lemogne | 15/07/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Poursuivons notre série d’articles consacrée à la douloureuse question de la libération de l’emprise d’un pervers narcissique. Avant d’envisager les moyens de se défaire d’un pervers, commençons aujourd’hui par analyser les caractéristiques de la personnalité du pervers-narcissique en nous penchant sur la structure psychique le caractérisant : entre structure névrotique et structure psychotique.
Le fonctionnement d’une structure névrotique
Contrairement à ce que l’on croit couramment, une personne présentant une structure névrotique est en fait tout à fait équilibrée, avec un bon fonctionnement interne et externe. Elle parvient à maintenir un équilibre entre ses désirs et la réalité, entre ses pulsions et ses interdits, entre ses amours et ses haines. C’est un individu qui a vécu une construction « normale » de son identité, de l’idée qu’il se fait de lui-même. La première grande étape de construction de la personnalité s’opère avec la gestion de la séparation originelle d’avec sa mère : séparation physique puis psychique : on ne forme plus un seul être avec sa mère. La conscience de cette perte et de cette coupure est à la base de notre unicité, de l’individualisation de notre être. Cela nous fonde et nous prépare à nos futurs deuils.
La personne « normale » a donc intégré l’existence d’interdits et de règles sociales. C’est la mère qui laisse le père incarner cette « loi » en imposant la toute première des lois selon Freud : l’interdit de l’inceste : « Ta mère m’appartient et tu ne peux la posséder ». La limite posée par le père, en imposant à l’enfant la séparation d’avec la mère, permet à l’enfant de se structurer et de s’individualiser de sa mère. La relation à trois est née : père, mère, enfant. Par la même, on admet que l’autre existe et que de ce fait, ses propres désirs ne peuvent être tous assouvis. Face à ses pulsions censurées, pour gérer sa frustration, on peut avoir recours à différents mécanismes de défense qui aident à structurer la personnalité : le refoulement, la rationalisation, la projection et la compensation.
Il existe deux structures névrotiques : la structure hystérique (généralement féminine) et la structure obsessionnelle (généralement masculine). Le mot hystérie a pour origine hyster qui désigne la matrice, l’utérus. La structure obsessionnelle repose le plus souvent sur une haine inconsciente envers le rival (le père), amoureux lui aussi de la mère. Cette pulsion de haine oblige le sujet à se dominer grâce à un censeur efficace : son « sur-moi ». Cette répartition des deux structures entre le masculin et le féminin explique en partie pourquoi la plupart des victimes de pervers sont des femmes. A priori, ces deux structures névrotiques ne sont pas pathologiques; elles sont saines. Mais nous pouvons basculer dans la névrose si nous ne parvenons pas à gérer un conflit interne entre nos désirs et nos interdits, ce qui va engendrer des troubles de l’affectivité et de l’émotivité. Néanmoins, le sujet, bien que débordé, garde ses fonctions mentales intactes. Il demeure conscient de sa souffrance psychique et physique et reste dans la réalité : il est accessible à une thérapie.
En revanche est pathologique la névrose hystérique : des douleurs sans aucune origine organique, comme des migraines par exemple, sont la transposition dans le corps d’un problème affectif inconscient. Cela peut engendrer des phobies où l’angoisse interne est déplacée sur un sujet externe (la peur panique des araignées) ou une névrose obsessionnelle : des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) qui regroupent des pensées obsédantes entraînant des rituels irrationnels, répétitifs, envahissants et précis (cf se laver les mains toute la journée).
Le fonctionnement d’une structure psychotique
Une personne à structure psychotique a l’apparence d’un sujet à structure névrotique tant qu’il ne bascule pas dans un état pathologique. Les psychoses les plus connues sont la schizophrénie et la paranoïa. Elles sont de mieux en mieux gérées. Le patient ne fait plus complètement la distinction entre lui et l’autre. Enfant, l’étape du « stade du miroir » n’a pas été vécue correctement. Il s’agit d’une période progressive pendant laquelle le bébé d’environ 7 mois découvre dans la glace, en présence d’un adulte, qu’il est distinct de l’autre et que son corps lui est propre. Sans ce passage, le sujet, en grandissant, a le sentiment que l’autre détient une partie de lui, ce qui engendre des frayeurs de morcellement, de dissociation ou d’abandon. Le sujet éprouve des difficultés comportementales et relationnelles. Il perd le contact avec le réel et avec lui-même. Une prise en charge est indispensable.
L’état limite, zone frontalière entre structures névrotique et psychotique
C’est un état intermédiaire entre l’état normal et l’état pathologique. Le sujet dit « border-line » est en apparence socialement intégré mais ses relations affectives sont altérées, instables et conflictuelles. Il doit lutter en permanence afin de ne pas tomber dans un état dépressif lattant en maintenant un narcissisme démesuré : il lui faut se convaincre constamment qu’il est un être exceptionnel pour masquer la vacuité terrifiante de son être. Cela est du à une angoisse d’abandon et se manifeste par une insécurité interne permanente. La personnalité est fragile, mal construite, avec une confiance en elle insuffisante se manifestant par une peur de ses propres réactions et de celles des autres. Une des façons de gérer ses peurs se traduit par le passage à l’acte, sorte de fuite en avant se caractérisant par des actes d’agressivité envers autrui. La relation émotionnelle entre le monde externe et son monde interne est altérée; elle lui paraît ennuyeuse. La personne se replie sur elle-même; elle s’isole même en présence des autres qui lui paraissent étranges et étrangers. Ces personnes peuvent néanmoins donner l’illusion de la normalité, semblant juste manquer d’authenticité.
Nous poursuivrons prochainement l’étude des caractéristiques majeures de la personnalité d’un pervers narcissique.
par Benoît Lemogne | 11/07/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Dans la continuité d’une première série d’articles publiés l’été dernier, nous allons approfondir notre réflexion sur les pervers narcissiques dans le but de mieux cerner leur personnalité et d’aider leurs victimes à se défaire de leur emprise. Même si le projet de se libérer d’un pervers narcissique peut sembler utopique, nous allons voir que la victoire peut être totale. Elle se traduit par l’effondrement du bourreau au fur et mesure que sa proie se libère car tous les témoignages le disent : ils ne peuvent vivre sans leur victime, dont ils sont complètement dépendants dans le sens où ils ne vivent qu’à travers la jouissance qu’ils tirent de la manipulation et de l’humiliation.
Arrêtons-nous un moment sur le profil des victimes pour leur rendre hommage. L’entreprise de dévalorisation dont elle font l’objet est parfois telle que certaines d’entre elles vont même jusqu’à douter d’elles-mêmes, se persuadant qu’elles l’ont bien cherché et qu’elles y ont même tiré un certain plaisir, … malsain. La mise à distance nécessaire est lourde de remise en cause : si elles ont attiré un pervers, n’est-ce-pas parce qu’elles portent en elles une part obscure? Leur crédulité ne révèle-t-elle pas leur manque d’intelligence? En fait, les pervers ont un tel mal être intérieur qu’ils ne choisissent pas des gens « ordinaires » mais au contraire des personnes pétillantes, pétries de qualités humaines, au goût prononcé pour la vie et douées pour le bonheur, des personnes qui les valorisent et dont ils vont pouvoir se nourrir. Mais elles ont le malheur d’avoir une faille que le pervers va s’employer à utiliser pour mettre en Å“uvre son entreprise d’asservissement. Une petite consolation : le fait que les victimes ont de grandes qualités et une nature saine explique qu’elles sortent souvent grandies de leur mésaventure, une fois la période de reconstruction achevée.
D’un point de vue statistique, la plupart des pervers sont des hommes (jusqu’à 90%); et corolairement, la majorité des victimes des femmes. Le chemin vers la libération est souvent long et difficile. Il commence par une prise de conscience qui ne vient malheureusement qu’à l’issue d’une longue descente aux enfers. En effet, si les victimes restent un long temps dans le déni de leur emprisonnement psychique, leur corps lui va s’exprimer en premier, manifestant un mal-être croissant par des pathologies de plus en plus graves. Pour l’entourage, être attentif aux symptômes physiques est donc crucial pour détecter ce que subit la victime. Mais comment arriver à cette étape initiale vers la guérison, après la phase idyllique mise en scène par le pervers car il s’agit de se libérer de la nostalgie d’un paradis à jamais perdu, et pourtant sans cesse repromis ? Les violences que font subir les pervers ne sont pas d’ordre physique car ils sont trop malins pour laisser des traces visibles de leurs méfaits. Leur travail de démolition ne se fait pas frontalement, mais de façon fourbe et sournoise. C’est une violence immaculée, une tentative de  « crime psychique ».
Le profil du pervers narcissique
Pour lui, manipulation, harcèlement et persécution ne sont pas seulement les moyens qu’il utilise pour asservir; ils constituent un but en soi dont il tire un plaisir malsain. Il ne peut stopper ses agissements continus et répétitifs car ils sont réflexes et irrépressibles. C’est d’ailleurs ce qui permet à l’entourage des victimes de les repérer. En revanche, ceux qui ont un profil de pervers en sont le plus souvent eux-mêmes inconscients, ce qui les empêche d’aller consulter et rend leur nocivité constante et incurable. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent guérir et que la seule façon de s’en sortir pour la victime est de les fuir. Décrire ces individus malfaisants comme malade permet à leur victime une prise de recul objective salutaire, amorce d’un travail de reconstruction pour donner du sens à l’absurdité de tout ce qu’ils ont vécu.
Ce qui distingue le pervers d’une personne « normale »
Qu’est une personne « normale » ? C’est quelqu’un qui possède un bon fonctionnement interne (lui permettant de faire face à ses propres conflits intérieurs) et externe (capacité à gérer ses relations aux autres et à s’insérer dans la société). Il s’agit donc d’une personne qui se gère correctement elle-même et qui se comporte normalement avec les autres. D’un point de vue analytique, on a distingué deux structures mentales stables en classant les personnes selon le fonctionnement de leur esprit, de leur intelligence et de leur affectivité : la structure névrotique et la structure psychotique. Le pervers narcissique se trouve dans une zone frontière entre ces deux structures. On appelle structure l’organisation interne de notre personnalité, l’agencement des différents éléments qui constituent notre construction mentale, notre « ADN » psychique qui conditionne la manière dont nous fonctionnons de façon consciente ou inconsciente dans notre vie affective, intellectuelle et sociale.
Nous nous attarderons dans un prochain article à comprendre le fonctionnement de ces différentes structures psychiques.
par Benoît Lemogne | 9/07/2015 | Juridique
Les comptes qui sont occasionnés par la rupture du couple dépendent essentiellement des termes de la convention fondatrice de leurs rapports patrimoniaux : le contrat de mariage ou la convention de PACS. Après avoir analysé l’instauration d’une société d’acquêts au sein du contrat de mariage des époux séparés de biens, nous nous attacherons aujourd’hui à l’aménagement patrimonial de la convention de PACS.
L’aménagement des comptes de séparation des couples PACSés
Si le régime des biens dans le PACS est, à défaut de mention contraire dans la convention, la séparation de biens, les partenaires peuvent opter pour un régime d’association patrimoniale : le régime de l’indivision d’acquêts. Cette faculté est prévue par l’article 515-5-1 du Code civil, qui précise que les « biens sont alors réputés indivis par moitié, sans recours de l’un des partenaires contre l’autre au titre d’une contribution inégale ». Il s’agit d’un mode d’acquisition conjointe de la propriété qui opère de la même manière qu’un acquêt de communauté (pour les personnes mariées sous le régime de la communauté de bien réduite aux acquêts). L’indivision d’acquêts entre partenaires d’un PACS est à l’indivision ce que la société d’acquêts entre époux est au régime de séparation de biens. Ainsi, le transfert opéré d’un partenaire à l’autre en cas de surcontribution ne révèle ni une libéralité (susceptible de réduction) ni une créance (susceptible de remboursement).
Une moindre faculté d’aménagement dans le régime du PACS
S’il loisible aux partenaires d’organiser un système de mutualisation pérenne de l’enrichissement de leur couple, force est de constater que la marge de manÅ“uvre est beaucoup plus étroite pour les partenaires que pour les époux. En effet, par l’adjonction d’une société d’acquêts dans leur contrat de mariage de sépatation de biens, les époux peuvent faire varier le périmètre de leur association patrimoniale de façon importante de manière à faire du quasi sur-mesure, alors que l’association patrimoniale offerte aux partenaires pacsés dans le cadre de l’indivision d’acquêt est figée. Si l’on fait un comparatif, les époux peuvent organiser un système équilibré entre la communauté et la séparation de leur patrimoine alors que les partenaires d’un PACS n’ont le choix qu’entre les deux types de système sans possibilité de « panachage ». Cet écart de régime juridique s’explique par le fait qu’il parait plus légitime de conférer une souplesse patrimoniale aux époux dont le mode de conjugalité est fondé sur le principe de l’engagement personnel, plutôt qu’aux partenaires pacsés, dont l’union reste caractérisée par la précarité.
par Benoît Lemogne | 5/07/2015 | Juridique
Les comptes de séparation des époux dépendent essentiellement des termes de la convention fondatrice de leurs rapports patrimoniaux : le contrat de mariage ou la convention de PACS. Pour les personnes mariées, quand il y a un écart important de revenus entre les époux, le régime de la communauté peut sembler déséquilibré au détriment de l’époux le plus argenté qui n’ayant droit qu’à la moitié de la communauté n’est pas dispensé pour autant de l’obligation de s’acquitter en sus de la prestation compensatoire, ce qui représente souvent une « double peine ». C’est la raison pour laquelle nous nous attacherons à évoquer l’aménagement idéal d’un régime de séparation de biens, régime matrimonial choisi par un nombre croissant des candidats au mariage depuis dix ans.
L’aménagement des comptes de séparation du couple marié sous le régime de séparation de biens
« Adoucir » le régime de séparation de biens par des mécanismes permettant d’associer les deux époux à l’enrichissement patrimonial du couple est une demande récurrente auprès des notaires de la part des candidats au mariage. Juridiquement, il s’agit de mettre en place une société d’acquêts et de déterminer avec précision son périmètre. Généralement, le régime de la communauté est écartée en raison du fait qu’il engendre une fusion des actifs induisant le partage des dettes, ce qui est de nature à fragiliser le patrimoine commun des époux en présence d’un patrimoine professionnel. La protection du logement de la famille contre les velléités des créanciers professionnels incite le chef d’entreprise à écarter le régime de la communauté. S’impose alors le régime de la séparation de bien dans lequel chaque époux est seul responsable de ces dettes, avec néanmoins l’inconvénient majeur que corolairement, chaque époux profite seul de son enrichissement. L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre ces deux logiques opposées afin de tempérer les conséquences radicales du régime de séparation de biens pure et simple.
L’objectif de l’insertion dans le contrat de mariage de séparation de biens d’une société d’acquêt permet précisément d’aménager un ilot de communauté afin de créer un mécanisme d’association patrimoniale entre les époux. La société d’acquêts s’avère un outil utile dans la recherche de compromis entre indépendance et autonomie propres à la séparation de biens d’une part et collaboration et association, caractéristiques de la communauté d’autre part. Juridiquement, l’avantage résulte dans le fait que le transfert patrimonial qu’il opère d’un époux au profit de l’autre en cas de contribution inégale (niveau de revenu différent entre les époux) ne constitue ni une libéralité, ni une créance. L’époux qui en profite ne court donc aucun risque de remise en cause de son avantage. Les biens soumis au statut de la société d’acquêts seront répartis, au moment du partage, par moitié entre chaque époux, quelle que soit leur part contributive respective. C’est donc une façon efficace de régler la question récurrente de l’abondant contentieux entre époux en cas de financement inégalitaire des biens immobiliers assurant le logement de la famille, ainsi que du mobilier le garnissant, autant pour la résidence principale que secondaire. Il conviendra par ailleurs de prévoir dans le contrat de mariage une clause de dispense de récompense lorsque des deniers personnels d’un époux seront employés au financement de l’achat, de l’entretien ou de l’amélioration d’un bien soumis à la société d’acquêts.
L’instauration d’une société d’acquêts dans un régime de séparation de biens permet donc de maintenir une logique séparatiste pour les actifs et les dettes professionnels tout en mutualisant l’actif privé destiné au logement de la famille. Nous analyserons dans un prochain article, les aménagements envisageables pour les personnes choisissant de soumettre leur couple au régime du PACS.
par Benoît Lemogne | 30/06/2015 | Juridique
Les comptes à l’occasion de la séparation du couple sont l’occasion de donner après coup une qualification juridique aux mouvements financiers intervenus pendant la vie du couple. Le droit offre de multitudes qualifications possibles, au nombre desquelles figure les donations, que nous avons évoquées dans un récent article, et …
La contribution aux charges du ménage
Les faits sont courants : un conjoint réclame à l’autre une créance pour avoir payé une chose pour son compte (par exemple en finançant sa part dans l’achat d’un bien immobilier destiné à devenir le domicile conjugal ou la résidence secondaire du couple); un conjoint occupe le bien de l’autre à titre gratuit (sans lui verser d’indemnité d’occupation); un époux paie des dettes personnelles à l’autre mais en rapport avec la vie du ménage (charges de copropriété, impôts locaux,…). La parade consiste à invoquer la contribution aux charges du ménage qui incombait à celui qui a payé. Le raisonnement consiste à prétendre qu’en payant ces sommes, l’époux n’a fait que contribuer aux charges du ménage, de sorte que rien ne lui est dû. Cette notion concerne autant les époux que les partenaires d’un PACS.
Entre époux, l’obligation de contribuer aux charges du mariage résulte de l’article 214 du code civil. Chaque époux, sauf convention contraire, est censé participer aux charges du mariage à proportion de ses facultés. La notion, subjective, est appréciée en fonction du train de vie du couple. S’il est aisé, la contribution peut s’entendre du remboursement d’un prêt immobilier dont l’objet est le financement de l’acquisition de la résidence secondaire. Le recours à cette notion a lieu essentiellement pour les époux soumis au régime de la séparation de biens dont le contrat de mariage prévoit généralement que chacun des époux sera réputé avoir rempli au jour le jour son obligation de contribution, de sorte qu’aucun compte ne sera fait entre eux au moment de la liquidation du régime. Mais cette présomption revient à vider de son sens la portée de l’article 214 du code civil car à quoi bon prévoir que chaque époux supportera les charges au prorata de ses capacités si tout recours entre eux de ce chef est interdit? Plus encore, cette présomption semble peu cohérente avec l’esprit du régime matrimonial adopté par les époux car avec l’extension du recours à la notion de contribution aux charges du ménage pour faire écher aux comptes entre époux, la Cour de cassation instaure, à l’insu des époux, une sorte de société d’acquêts dans leur contrat de mariage de séparation de biens, dont la philosophie consiste précisément à écarter autant que faire se peut toute notion de communauté…
Entre partenaires de PACS, la question est traitée à l’article 515-4 du code civil relatif à l’aide matérielle réciproque des partenaires qui doit être proportionnelle à leurs facultés respectives. Il est ainsi instauré une solidarité pour les dettes contractées pour les besoins de la vie courante. Concrètement, pour aboutir à ses fins, celui qui conteste devoir payer la dette devra démontrer que son partenaire ne contribuait pas aux charges du ménage, ou plus exactement en deçà de ses capacités. L’article 515-7 prévoit même que les créances entre partenaires peuvent être compensées avec cette obligation à contribution, facilitant ainsi la compensation puisqu’elle est expressément prévue par la Loi. C’est même une facilité à laquelle n’ont pas (encore?) droit les personnes mariées, qui ne peuvent que s’appuyer sur des décisions de jurisprudence en la matière.
Il est évident que le recours de plus en plus fréquent à la notion de contribution aux charges du ménage est une façon détournée d’instaurer de l’équité entre les conjoints au moment de leur séparation et d’harmoniser leurs droits quel que soit leur régime matrimonial et leur mode de conjugalité. Ce rapprochement ne peut toutefois concerner les concubins pour qui la loi n’instaure pas de régime analogue. Il n’en demeure pas moins que le traitement par les juges de la question des comptes au moment de la séparation des couples, si elle est emprunte d’équité, n’est pas dénuée d’incertitude et donc d’insécurité juridique.
L’intérêt de sécuriser « le toit du couple » au moment de sa séparation mériterait une harmonisation des régimes applicables par le biais d’une loi. En attendant, il est préférable de régler la question en aménageant des clauses spécifiques aux termes des conventions fondatrices des rapports patrimoniaux des époux que sont le contrat de mariage ou la convention de PACS. Nous tenterons ainsi, à l’occasion des prochains articles, d’aller à la recherche de la convention idéale.
par Benoît Lemogne | 18/06/2015 | Juridique
Les comptes lors de la séparation du couple sont l’occasion de donner après coup une qualification juridique aux mouvements financiers intervenus pendant la vie du couple. Nous verrons que le droit offre de multitudes qualifications possibles, au nombre desquelles figure en première ligne les donations.
La donation comme qualification de flux financier au moment de la séparation du couple
La qualification de donation permet, dans certaines situations, de neutraliser la demande de l’époux qui fait valoir un droit à créance à l’encontre de la personne de laquelle il se sépare. Parmi les donations, il convient de distinguer la libéralité rémunératoire de la donation déguisée ou indirecte, que nous évoquerons successivement.
La libéralité rémunératoire est la contrepartie d’un service rendu. C’est une situation assez courante : un conjoint avance de l’argent à l’autre, soit dans le but d’acquérir un bien, soit de lui permettre de solder une dette personnelle. Le débiteur, pour échapper au remboursement, va revendiquer le bénéfice d’une libéralité rémunératoire : la libéralité est en fait la contrepartie d’un service rendu. Les conditions essentielles sont l’absence de rémunération antérieure et la corrélation entre le service rendu et la rémunération. En outre, la rémunération doit être proportionnelle au service rendu. L’hypothèse classique est la participation à l’entreprise du conjoint sans rémunération.
Le recours à la qualification de donation déguisée utilise un autre procédé : la simulation. En effet, derrière un acte apparent à titre onéreux se cache un acte gratuit. Il s’agit par exemple d’une vente entre conjoint dont le prix n’est pas payé, ou largement sous-évalué, ou encore d’une reconnaissance de dette sans cause, ou même encore d’un prêt qui ne sera jamais remboursé. La donation indirecte quant à elle est plus subtile encore : elle prend la forme d’un acte neutre (comme un paiement) ou d’un acte à titre onéreux (comme une vente). Celui qui tente de s’en prévaloir devra démontrer qu’il y a eu un avantage matériel à son bénéfice au détriment du patrimoine de son conjoint et que celui qui s’est véritablement appauvri n’a en réalité jamais eu l’intention de se faire rembourser.
Les conséquences de la requalification de l’acte en donation sont multiples. Le premier intérêt de la notion, déjà évoqué dans ce blog, a tout pour séduire : le caractère irrévocable de la libéralité et son corolaire : l’absence d’obligation au remboursement. Comme dit le dicton populaire : « Donner, c’est donner; reprendre, c’est voler »! Une exception cependant à l’irrévocabilité des donations : l’ingratitude! A bon entendeur… Cependant, les autres aspects de la notion peuvent apparaître moins séduisants à celui qui la revendique. Citons la soumission de la disposition aux règles des libéralités quant au traitement successoral, et notamment la contrainte du rapport et de la réduction : attention aux époux trop généreux car les conjoints allotis au détriment des droits des héritiers réservataires (les enfants) devront les dédommager! Un autre effet est fiscal celui là : les droits de mutation à titre gratuit sont exigibles. Même s’ils sont raisonnables pour les conjoints, c’est souvent rédhibitoire pour les concubins (60% de droits!).
En raison de ces inconvénients, il est fait recours à d’autre(s) notion(s), et notamment à celle de contribution aux charges du ménage, que nous évoquerons dans un prochain article.
par Benoît Lemogne | 9/06/2015 | Juridique
Les comptes lors de la séparation du couple sont le reflet de sentiments mêlés. Il en découle une difficulté de qualification des mouvements d’argent effectués par le couple quand tout « allait bien » car, une fois le temps de la discorde arrivé, grande est alors la tentation de trouver une qualification plus « arrangeante » à ces flux financiers. Néanmoins, d’un point de vue strictement juridique, il s’agit bien souvent d’un simple rapport d’obligation dans lequel on s’est exonéré des précautions élémentaires qu’il est d’usage de prendre à l’égard d’un débiteur, quand on met son argent à la disposition d’un tiers.
Les sentiments que l’on nourrit alors à l’égard de ce tiers un peu spécial avec qui on vit, empêchent de prendre toute disposition permettant d’éclairer la nature exacte de notre intention. D’autant plus qu’on l’ignore généralement soi-même! La réelle qualification dépend en fait du devenir du couple : on considère que si tout va bien par la suite, ce sera un dom; si les choses se gâtent, ce sera un prêt dont on pourra toujours demander le remboursement… Comment alors s’étonner du contentieux si nourri pour palier à  l’insécurité juridique résultant d’une telle ambiguïté sur la nature même de l’acte?
Indépendamment du fait que la plupart des gens ne prêtent pas attention aux conséquences juridiques à terme des mouvements d’argent opérés sur leur(s) compte(s) bancaire(s), même si on a généralement conscience de se « déposséder », on y consent d’autant volontiers que le couple perdure… La tentation est alors facile, au moment de la séparation, de revendiquer à postériori une qualification avantageuse. Mais la plupart des gens n’ayant pas pris la précaution de garder par devers eux les preuves matérielles du flux financier, pour être en mesure de faire valoir leurs droits au moment opportun, la question nourrit un contentieux abondant. Nous allons passer en revue les différentes qualifications que peuvent prendre ces flux financiers, une fois la question confiée à la sagacité des professionnels du droit…
Les différentes façons de qualifier les flux financiers au moment de la séparation du couple
La vie commune, quelque soit le mode de conjugalité dans lequel on a placé son couple (concubinage, PACS, mariage), engendre nécessairement des mouvements d’argent : paiement du loyer ou remboursement du prêt immobilier, de la voiture, participation aux travaux dans le logement dont le conjoint est seul propriétaire, charges de la vie courante… La qualification du flux financier est d’autant plus délicate que bien souvent aucun écrit n’a été constitué : quand on aime, on se fait confiance… On va souvent ainsi prétendre avoir consenti un prêt à son conjoint : l’argent qu’on lui a transféré n’était en fait … qu’une avance! Elle avait un caractère provisoire (qui implique le remboursement) et non définitif (qui sous-entend une intention libérale).
Là encore, celui qui revendique une créance va être confronté à la difficulté de la preuve car, bien entendu le prêt n’aura fait l’objet d’aucune convention. Les seuls éléments probatoires sont des flux financiers entre divers comptes bancaires, souvent hasardeux à démêler. La difficulté à faire valoir ses droits va être accrue du fait de l’attitude de celui qui a profité des fonds, dont les propos ne vont généralement pas corroborer les prétentions du demandeur. Bien au contraire, le prétendu débiteur va s’employer, soit à  manier la mauvaise foi en niant tout apport financier (si les éléments probatoires en la matière ne sont pas concordants), soit à contester toute dette, en considérant qu’il s’agissait alors d’une libéralité qui revêt un caractère juridique bien « confortable » : celui de l’irrévocabilité!
Nous verrons dans un prochain article que les protagonistes de la séparation (ou leur(s) conseil(s)…) ne manquent pas d’idée pour qualifier, après coup, la nature des flux financiers en cause : libéralité rémunératoire de l’industrie des époux, donation déguisée ou indirecte, contribution aux charges du ménage,…
par Benoît Lemogne | 28/05/2015 | Juridique
Nous poursuivons notre série d’articles consacrée aux comptes à l’occasion de la séparation des couples. Après avoir abordé le régime des comptes pour les personnes mariées, sous différents régimes matrimoniaux, communauté d’acquêts, séparation de biens et participation aux acquêts, intéressons-nous aujourd’hui au régime des comptes lors de la séparation des personnes non mariées, soit « partenaires » pour reprendre le terme employé par le législateur pour désigner les personnes liés par un pacte civil de solidarité, plus connu sous le sigle de « PACS », soit « concubins » ou vivant en « union libre », soumis de fait au régime de l’indivision.
Les comptes de séparation des partenaires (PACS)
La question des comptes sous le régime du PACS est régie par l’article 515-7 du code civil qui renvoie à l’article 1469 dans son ensemble. Ce sont donc toutes les règles applicables aux récompenses des personnes mariées sous le régime de la communauté qui vont s’appliquer aux créances entre partenaires d’un PACS. Mais sous l’impulsion d’une appréciation extensive par les juges de la notion de nécessité, qui ne va plus seulement s’appliquer aux dépenses de conservation d’un bien, mais va progressivement concerner plus généralement les dépenses liées à la vie du couple, le montant des créances entre les partenaires sera généralement égal à la plus forte des deux sommes entre la dépense faite (montant nominal) et le profit subsistant (revalorisation de la dette en fonction de la valeur prise par le bien au moment du partage).
Mais la difficulté en matière de PACS vient plus généralement du fait que les partenaires sont très loins de se douter de la proximité de leur régime avec celui des personnes mariées, en raison du fait qu’ils ne se sont précisément pas engagés dans les liens du mariage! En effet, le régime dit « de l’indivision des acquêts » résultant de l’article 515-1 du code civil va jusqu’à prévoir que les biens acquis par les partenaires sont réputés leur appartenir à parts égales, sans possibilité de recours d’un partenaire contre l’autre pour faire valoir une créance au titre d’une éventuelle sur-contribution. C’est tout simplement le même raisonnement que celui applicable aux époux mariés sous le régime de la communauté d’acquêts. En d’autres termes, il ne peut y avoir de créance entre partenaire en raison du financement par l’un de tout ou partie de la part de l’autre. Par ailleurs, il faut noter que le domaine de cette indivision automatique par moitié est relativement large et ne se limite pas au seul logement du couple.
Le problème est que, contrairement au contrat de mariage qui est impérativement reçu par un notaire, dont le rôle est de rédiger le contrat en fonction de la situation concrète des futurs époux et de leur expliquer le régime juridique en découlant, le contrat de PACS n’est pas obligatoirement notarié puisque les partenaires peuvent faire enregistrer au greffe du Tribunal d’Instance une convention de PACS qu’ils auront captée sur internet sans personne pour leur expliquer les tenants et les aboutissants. Il est en effet très courant que les personnes s’engageant dans un PACS se méprennent sur la portée juridique de l’acte qu’ils signent. Ils le considèrent bien souvent comme un simple avantage fiscal et social, minimisant ou ignorant complètement les aspects plus civils de la convention. Cela leur réserve certaines déconvenues devant les conséquences juridiques du régime de l’indivision des acquêts, alors qu’ils ne savaient même pas pour certains avoir choisi ce régime optionnel! Une phrase copiée sur internet dans leur convention a pu les soumettre à leur insu à ce régime d’indivision sans qu’ils en prennent conscience et sans que cela ne corresponde à leurs souhaits.
Les comptes de séparation des « concubins » (indivision) :
Les créances entre simples concubins sont tout simplement traitées comme des créances entre personnes étrangères (au sens juridique du terme, c’est à dire sans lien de droit particulier contrairement aux mariés et aux partenaires d’un PACS par exemple). Le droit ignore cette situation de vie commune, tout comme ceux qui s’y livrent qui on fait le choix de ne pas soumettre leur couple à un régime doté d’un statut juridique organisé. Juridiquement, le régime des créances entre concubins est donc celui du droit commun des contrats et quasi-contrats. En pratique, elles vont être soumises au droit de la preuve (exigence d’un écrit). La seule alternative est le recours à la notion juridique d’enrichissement sans cause avec la contrainte de devoir démontrer non seulement l’appauvrissement et l’enrichissement corolaire de l’autre, mais également l’absence de cause.
Pour finir, intéressons-nous au moment auquel le droit de créance peut être pris en compte. Selon l’article 815-13 du code civil, l’indivisaire qui a avancé des dépenses d’amélioration ou de conservation sera remboursé lors des opérations de partage. Une fois le montant de sa créance établi, il sera payé sur la masse des biens indivis en étant crédité d’une part augmentée du montant de sa créance. Nous poursuivrons prochainement notre série d’article en nous intéressant aux différentes qualifications juridiques qui peuvent être données au moment de la séparation aux flux financiers opérés pendant la vie du couple.
par Benoît Lemogne | 19/05/2015 | Juridique
Poursuivons notre série d’articles consacrés aux comptes de séparation à l’occasion de la rupture du couple. Cette question étant traitée différemment selon le mode de conjugalité (mariage, PACS, concubinage), nous nous sommes intéressés dans un premier article aux comptes de créance et de récompense des personnes soumis au régime du mariage (communauté de biens et séparation de biens), en laissant de côté le régime spécial de la participation aux acquêts, objet de notre réflexion du jour.
Les comptes de séparation sous le régime de la participation aux acquêts
Le régime de la participation aux acquêts a pour ambition d’être un compromis « idéal » entre le régime de la communauté d’acquêts et le régime de la séparation de biens. Il se définit par un mode de fonctionnement séparatiste pendant le mariage, intégrant au moment de la liquidation un partage de l’enrichissement des époux en créditant celui qui s’est le moins enrichi d’une créance de participation à l’égard du conjoint plus « chanceux » égale à la moitié du différentiel d’enrichissement. Concrètement, si un époux A s’est enrichi de 50 et un époux B de 100, B versera 25 à A au titre de la créance de participation. Au final, A et B se retrouveront avec un patrimoine identique (75).
La question de la revalorisation des créances entre époux soumis au régime de la participation aux acquêts est passée à la trappe lors de la réforme législative de 1985 qui ne s’est concentrée que sur les deux principaux types de régime : la communauté d’acquêts et la séparation de biens (que nous avons traités dans notre premier article). Dans le silence de la Loi, la majorité des auteurs considèrent que ce régime s’apparente au moment de la liquidation à une communauté en valeur.
Ainsi, par sa nature hybride entre séparation des biens et communauté d’acquêts, on appliquerait les règles communes à ces deux régimes : pour les dépenses d’amélioration ou d’acquisition, la plus-value figurant dans les acquêts de l’époux débiteur de la créance de participation, son conjoint profiterait automatiquement de la plus-value prise par les biens de ce dernier au titre de sa créance de participation. Une revalorisation spécifique ne serait donc pas nécessaire, le régime matrimonial opérant automatiquement par son système liquidatif propre à la revalorisation.
Néanmoins, étant donné l’absence de règle légale précise sur le sujet, la prudence consisterait à veiller à ce que le notaire traite bien de la question par une clause spécifique du contrat de mariage par lequel les époux adoptent le régime de la participation aux acquêts. A défaut, en cas d’iniquité flagrante, l’article 1579 du code civil permet un ultime recours consistant à solliciter le juge afin qu’il corrige les conséquences liquidatives injustes d’un régime de participation aux acquêts. Mais ce recours in extremis aura un résultat beaucoup plus aléatoire que l’application d’une clause spécifique intégrée dans le corps du contrat de mariage. Nous nous intéresserons prochainement aux créances des partenaires liés par un pacte civil de solidarité (PACS).
par Benoît Lemogne | 6/05/2015 | Juridique
Les comptes lors de la séparation sont souvent un vrai casse-tête et un sujet sur lequel existe sans nul doute un décalage important entre l’idée qu’on se fait de ses droits et les droits que la loi nous accorde en réalité. Cette question est d’autant plus difficile à appréhender pour le néophyte que la réponse varie notamment en fonction du mode de conjugalité (concubinage, PACS et mariage). On va ainsi constater une diversité de régime juridique applicable à ces créances, ce qui est source de complexité et d’incertitude, sans compter le mélange de ces règles au sein d’un même couple qui du statut de concubin, passe à celui de partenaire au sein d’un PACS puis d’époux… Nous allons tenter de débrousailler la question en passant en revue les différents cas de figure envisageables. Commençons par les règles applicables aux mariés.
Les comptes lors de la séparation des mariés
Pour les gens mariés, les règles vont d’abord varier en fonction du régime matrimonial applicable. Si l’union des époux n’est pas précédée de la signature d’un contrat de mariage chez le notaire, la loi indique que le régime matrimonial applicable est la communauté réduite aux acquêts : seuls sont communs les biens acquis pendant le mariage; les biens détenus avant le mariage ou recueillis par donation ou succession restant propres à chaque époux.
La liquidation du régime de la communauté a pour but de faire cesser la confusion patrimoniale que les époux ne manquent pas d’engendrer, souvent à leur insu, au cours de leur union. L’exercice est ainsi l’occasion de mettre en Å“uvre des règles de droit relatives à la qualification des biens. Chaque époux va ainsi faire la reprise de ses biens propres et les biens communs vont être partagés par moitié (articles 1467 et 1475 du code civil). L’exercice consiste donc à déterminer quels sont les biens propres de chaque époux et quels sont les biens communs. Lorsqu’il est impossible de déterminer la nature des biens leur appartenant, l’article 1402 du même code édicte une présomption de communauté.
Par ailleurs, en cours de mariage les dettes contractées par l’un ou l’autre des époux ont pu être réglées indifféremment avec des sommes provenant de l’une des trois masses de biens. Or, d’un point de vue contributif, ces dettes peuvent être à la charge définitive des époux ou de celle de la communauté. Bref, on constate, dans les rapports entre époux, que des dettes attachées à une masse de biens ont été assumées par une autre masse, ce qui a causé un déséquilibre. Au jour de la liquidation, il faudra rééquilibrer les comptes soit par le jeu des récompenses (articles 1468 à 1475 du code civil) pour ce qui est des rapports entre les époux et la communauté, soit par le jeu des créances entre époux pour ce qui concerne les rapports entre époux (articles 1478 et 1479 du code civil).
Le mode de calcul des récompenses est réglementé par l’article 1469 alinéa 1 du code civil qui prévoit que la récompense est, en général, égale à la plus faible des deux sommes que représentent la dépense faite (montant nominal) et le profit subsistant (revalorisation de la dette en fonction de la valeur prise par le bien au moment du partage). Précision étant cependant faite que s’agissant d’une dépense d’acquisition, l’article 1469 alinéas 3 du Code civil prévoit que la récompense ne peut être inférieure au profit subsistant.
Concernant le calcul des créances entre époux applicable entre époux soumis au régime de séparation de biens ou aux époux communs en bien pour ce qui concerne les mouvements de valeur entre leur patrimoine propre respectif, leur mode de calcul est déterminé par l’article 1479 du code civil. En résumé, le montant des créances entre les époux est alors égal à la plus forte des deux sommes entre la dépense faite et le profit subsistant.
Nous analyserons dans un prochain article le cas particulier des personnes mariées sous le régime de la participation aux acquêts.
par Benoît Lemogne | 24/04/2015 | Juridique
Après avoir passé en revue, à travers une première série d’articles, les critères d’attribution de la prestation compensatoire visés par l’article 271 du Code Civil, nous nous intéressons désormais aux événements pouvant constituer un obstacle à l’attribution d’une telle prestation, ainsi que le prévoit le deuxième alinéa de l’article 270 du Code Civil aux termes duquel : « Le juge peut refuser d’accorder une telle prestation si l’équité le commande lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui demande le bénéfice de cette prestation, au regard des circonstances particulières de la rupture ». Après avoir évoqué l’équité, ainsi que l’importance du patrimoine de l’époux demandeur et certaines circonstances particulières comme les violences conjugales, les condamnations pénales et l’adultère, abordons aujourd’hui :
Les influences sur la prestation compensatoire du manquement au devoir d’assistance et de communauté de vie.
Un mari s’est ainsi vu refuser le bénéfice d’une prestation compensatoire malgré la disparité dans les conditions de vie respectives des époux dans la mesure où il ne justifiait pas d’effort entrepris pour la recherche d’emploi malgré sa qualification, la femme assurant seule pendant dix ans la charge du foyer et de l’enfant commun (Cour d’Appel de Paris du 5 Juin 2014, n° 12/21390 : JurisData n° 2014-12985). Il en est allé de même pour une épouse qui, en plus de se rendre coupable de faits de violence sur son conjoint, avait laissé les enfants à la charge de ce dernier (Cour d’Appel de Paris du 10 Avril 2014, n° 12/15298 : JurisData n° 2014-007366 ) ou pour le mari qui ne s’était jamais investi dans la vie familiale et qui ne pouvait donc justifier son attitude par son placement en invalidité (Cour d’Appel de Toulouse du 12 Novembre 2013, n° 12/04112 : JurisData n° 2013-028414).
L’existence d’un enfant constitue également un élément important d’appréciation pour le juge. Si l’abandon du conjoint ou l’absence de participation aux charges du foyer peut justifier le prononcé du divorce, le délaissement d’un enfant constituera souvent la circonstance aggravante qui justifiera le recours par le juge à la règle posée par l’article 270 alinéa 3. Ainsi jugé une mère qui abandonne sa fille de 13 ans pour aller vivre avec son amant (Cour d’Appel de Saint Denis de la réunion du 21 Août 2013, n° 12/01934 : JurisData n° 2013-022423) ou un père qui a quitté la France pour s’installer au Brésil, mettant ainsi une grande distance entre lui et l’enfant (Cour d’Appel de Colmar du 17 Février 2014, n° 12/02147 : JurisData n° 2014-03117).
La fragilité du conjoint a conduit la Cour d’Appel de Toulouse le 20 mai 2014 (n° 13/01012 : JurisData n° 2014-014026) à rejeter la demande de prestation compensatoire de la femme faisant fi de son devoir de secours en abandonnant son mari dont la pathologie cardiaque avait été réactivée et la Cour d’Appel de Paris le 3 Avril 2014 (n° 12/019276 : JurisData n° 2014-06743) celle de la femme qui a délaissé son mari beaucoup plus âgé qu’elle alors que ce dernier avait été victime d’un carcinome, au risque de provoquer une rechute.
L’alcoolisme ou la dépendance à la drogue
Ces addictions peuvent être prises en compte si elles portent atteinte au devoir de communauté de vie. Le mari alcoolique qui a rendu impossible la poursuite de la vie commune par ses débordements répétés que l’épouse n’était plus en mesure de supporter, faute pour lui de ne pas avoir pris tous les moyens qui étaient à sa disposition pour traiter au plan médical l’origine ou au moins les symptômes de son mal, est par conséquent privé de son droit à prestation compensatoire même s’il parvient à démontrer l’existence d’une disparité dans les conditions de vie respectives des époux à son détriment (Cour d’Appel de Rennes du 17 Juin 2014, n° 13/02668 : JurisData n° 2014-05857).
En conclusion, il résulte de l’analyse de la jurisprudence que la notion de prestation compensatoire demeure relativement aléatoire, et quoi qu’il en soit largement soumise à la libre appréciation du juge aux affaires familiales.
par Benoît Lemogne | 14/04/2015 | Juridique
Après avoir passé en revue, à travers une première série d’articles, les critères d’attribution de la prestation compensatoire visés par l’article 271 du Code Civil, nous nous intéressons désormais aux événements pouvant constituer un obstacle à l’attribution d’une telle prestation, ainsi que le prévoit le deuxième alinéa de l’article 270 du Code Civil aux termes duquel : « Le juge peut refuser d’accorder une telle prestation si l’équité le commande lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui demande le bénéfice de cette prestation, au regard des circonstances particulières de la rupture ». Après avoir évoqué l’équité et l’importance du patrimoine de l’époux demandeur, abordons aujourd’hui :
Les influences sur la prestation compensatoire de circonstances particulières de la rupture
Il est de jurisprudence constante que les violences conjugales constituent en elles seules des conditions particulières justifiant le refus d’allocation d’une prestation compensatoire (Cour d’Appel de Pau du 4 Novembre 2013, n° 12/04292 : JurisData n° 2013-030863 ; Cour d’Appel de Paris du 30 Octobre 2014, n° 13/06674 : JurisData n° 2014-026621).
Dans les autres cas, la situation doit être effectivement spécifique pour justifier le refus de prestation. S’agissant du devoir de fidélité tout d’abord, constitue un exemple de circonstance exceptionnelle le fait pour le mari d’avoir une liaison avec une employée de maison qui vivait au foyer familial et avec laquelle il a eu un enfant (Cour d’Appel de Paris du 11 Mars 2014, n° 12/17333 : JurisData n° 2014-04551), ou pour la femme de dissimuler la véritable filiation de l’enfant qui s’est révélé être celui d’un autre (Cour d’Appel de Bourges du 13 février 2014, n° 13/00083 : JurisData n° 2014-03322) ; ou encore en cas d’adultère assorti de conditions vexatoires, lorsque l’épouse, personnalité connue dans sa ville et participant à de nombreuses activités sociales et associatives, est partie vivre avec son amant vivant dans la même rue en affichant cette liaison aux yeux de tous, faisant usage avec une rare indélicatesse du double nom du mari et de l’amant (Cour d’Appel de Versailles du 27 Mars 2014, n° 13/01234 : JurisData n° 2014-006133).
La répétition des infidélités et l’anormalité du comportement constitue également une circonstance particulière comme en témoigne un arrêt rendu par la Cour d’Appel de Colmar le 17 février 2014 (n° 12/02147 : JurisData n° 2014-003117) qui a rejeté la demande formée par le mari qui s’est révélé avoir une activité sexuelle débridée, impliquant notamment la pratique de l’échangisme.
La condamnation pénale peut également être prise en compte si elle a des conséquences pour le conjoint. Au-delà de l’exemple évident des violences conjugales exercées sur ce dernier, la mise en danger de la situation financière du foyer par un comportement frauduleux peut ainsi conduire à exclure l’attribution d’une prestation compensatoire à l’époux demandeur. C’est le cas de l’épouse qui a contracté de multiples crédits à la consommation ayant conduit à la vente et à la multiplication des poursuites par les créanciers et qui a été condamnée à 12 mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir imité la signature de l’époux et utilisé ses pièces d’identité (Cour d’Appel de Rennes du 24 Juin 2014, n° 13/03367 : JurisData n° 2014-015854).
Nous finirons, à l’occasion d’un prochain article, de passer en revue les circonstances particulières pouvant justifier le refus par le juge de l’octroi d’une prestation compensatoire.
par Benoît Lemogne | 3/04/2015 | Juridique
Après avoir passé en revue, à travers une première série d’articles, les critères d’attribution de la prestation compensatoire visés par l’article 271 du Code Civil, nous nous intéressons désormais aux événements pouvant constituer un obstacle à l’attribution d’une telle prestation, ainsi que le prévoit le deuxième alinéa de l’article 270 du Code Civil aux termes duquel : « Le juge peut refuser d’accorder une telle prestation si l’équité le commande lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui demande le bénéfice de cette prestation, au regard des circonstances particulières de la rupture ». Après avoir évoqué l’équité, abordons aujourd’hui :
L’importance du patrimoine personnel de l’époux demandeur
Il faut d’abord avoir bien présent à l’esprit que la prestation n’a pas pour objet d’assurer une parité des fortunes (Jurisprudence constante : Notamment Cass. 1ère Civ. 12 janvier 2011, n° 09-72.248 : JurisData n° 2011-000221 ; Cour d’Appel de Rennes, 2 Septembre 2014, n° 13/03712 : JurisData n° 2014-020339). Il convient par conséquent de faire la distinction entre la fortune acquise pendant le mariage par le débiteur (sous-entendu avec l’aide directe ou indirecte de l’autre), qui sera prise en compte pour apprécier la diversité de patrimoine entre les époux, et la fortune d’origine familiale qui lui a été transmise, qui ne sera pas prise en compte. Ainsi, la Cour de cassation rappelle régulièrement, depuis le 21 septembre 2005, que la vocation successorale ne constitue pas un droit prévisible à prendre en considération par le magistrat (Civ. 1re, 21 sept. 2005, n° 04-13.977, AJ fam. 2005. 449, observations de Stéphane David).
La disparité du patrimoine des époux en raison de leur régime matrimonial
Par ailleurs, la prestation n’a pas pour objet de gommer le régime matrimonial librement choisi. Il va de soi que la situation patrimoniale des époux à l’issue du divorce est directement impactée par le régime matrimonial auquel ils sont soumis. La jurisprudence rappelle régulièrement que la prestation compensatoire n’a pas pour objet d’atténuer les résultats de l’application du régime matrimonial des époux au moment des opérations de liquidation-partage de leur régime (Cour d’Appel d’Aix en Provence, 10 Juin 2014, n° 13/15358 : JurisData n° 2014-015060).
Si la disparité entre les patrimoines des époux était préexistante à leur union et a été maintenue du fait de l’adoption du régime de la séparation de biens, elle ne peut ainsi être considérée comme étant la conséquence de la rupture du mariage, ce qui exclut le versement d’une prestation au bénéfice de l’épouse, qui a continué à exercer son activité professionnelle et qui a conservé ses revenus propres : ainsi jugé par la Cour d’Appel de Douai le 3 Juillet 2014 (n° 13/05222 : JurisData n° 2014-016611). Un tel choix peut même dans certains cas être perçu comme un indice d’indépendance des époux susceptible de dissuader d’avantage encore le magistrat d’allouer une prestation. Ainsi, plus les époux sont personnellement, professionnellement ou financièrement indépendants, moins il y a de chance qu’une prestation compensatoire leur soit accordée, comme l’a précisé la Cour d’Appel de Paris le 6 Mars 2014 à propos de deux époux qui avaient mené des vies parallèles et géré librement leurs activités professionnelles (n° 13/01977 : JurisData n° 2014-004105).
Nous aborderons à l’occasion d’un prochain article des exemples concrets de circonstances particulières pouvant justifier le refus d’octroi d’une prestation compensatoire en vertu de l’article 270 alinéa 2 du Code civil.
par Benoît Lemogne | 24/03/2015 | Juridique
Après avoir passé en revue les critères de la prestation compensatoire visés par l’article 271 du Code Civil, intéressons-nous maintenant à travers une seconde série d’articles aux circonstances dans lesquelles le juge est amené à refuser l’octroi d’une telle prestation, ainsi que le prévoit le deuxième alinéa de l’article 270 du Code Civil aux termes duquel : « Le juge peut refuser d’accorder une telle prestation si l’équité le commande (…) lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui demande le bénéfice de cette prestation, au regard des circonstances particulières de la rupture »
Voyons comment le concept d’équité est appréhendé par les juges
La Cour de cassation en donne un bon exemple à travers sa décision du 8 juillet 2010 (Civ. 1re, 8 juill. 2010, n° 09-66.186, D. 2010. Jur. 2952), dans les termes suivants : « en relevant que la charge des quatre enfants communs était entièrement assumée par l’ex-mari puisque la mère ne versait aucune contribution pour leur entretien et ne leur rendait que de rares visites, que l’ex-épouse n’avait que trente-trois ans lorsqu’elle a cessé d’avoir la charge des enfants et ne justifiait pas des efforts entrepris pour suivre une formation ou exercer un emploi, la cour d’appel, qui s’est déterminée au regard des critères posés par l’article 271 du code civil relatifs à l’âge de l’épouse, sa situation au regard de l’emploi, aux choix professionnels faits par les époux et aux charges engendrées par l’entretien et l’éducation des enfants, s’est fondée sur des considérations d’équité pour refuser d’allouer à l’épouse une prestation compensatoire et a ainsi légalement justifié sa décision ».
La cour d’appel de Dijon apporte un autre exemple d’utilisation du critère de l’équité pour justifier le refus d’attribution d’une prestation compensatoire à cause du comportement fautif de l’épouse, qui a justifié le prononcé du divorce à ses torts exclusifs, et son départ précipité et définitif du domicile conjugal après vingt-quatre ans de vie conjugale harmonieuse, permettant de caractériser les circonstances particulières de la rupture » qui justifient en équité de débouter l’épouse de sa demande de prestation compensatoire (Dijon, 30 sept. 2010, RG n° 10/00065, AJ fam. 2010. 541, obs. S. David ).
La cour d’appel de Montpellier a estimé quant à elle qu’il en est de même pour l’épouse qui a rejeté « son mari, ses enfants et sa famille pour se consacrer désormais à une vie exclusivement spirituelle, sous l’emprise d’un « guide » » (Montpellier, 5 févr. 2008, RG n° 07/02030, AJ fam. 2009. 394, obs. S. David).
Nous nous intéresserons dans un prochain article à un autre obstacle à l’attribution de la prestation compensatoire : l’importance du patrimoine de l’époux demandeur.
par Benoît Lemogne | 17/03/2015 | Juridique
Poursuivons notre série consacrée à une importante source de conflit entre les époux au sujet des modalités patrimoniales de leur rupture : la prestation compensatoire pour nous intéresser plus particulièrement aujourd’hui au sixième critère visé à l’article 271 du code civil :
La prestation compensatoire et les droits respectifs des époux en matière de prestation de retraite
Le départ à la retraite implique en effet une diminution des revenus et une impossibilité de voir la situation de l’époux s’améliorer d’un point de vue financier. Il s’agit ici d’un indice fort susceptible de caractériser une importante disparité dans les conditions de vie respectives des époux à l’avenir. La Loi visant les droits existants et prévisibles des revenus des époux, une baisse de revenus à venir peut donc également conditionner l’octroi d’une prestation compensatoire. Ainsi, la perspective de départ à la retraite d’un mari qui a la charge des 3 enfants communs a conduit la cour d’Appel Toulouse le 18 Février 2014 (n° 12/02672 : JurisData n° 2014-003383), à refuser l’octroi d’une prestation à l’épouse.
Il s’agit ici de s’intéresser à la situation postérieure au mariage. Ainsi, si les époux étaient déjà retraités au moment de la célébration du mariage, et que leur situation n’a pas évolué depuis lors, la cour peut être amenée à refuser la prestation à l’époux demandeur (Cour d’Appel de Rennes, 11 mars 2014, n° 13/02430 : JurisData n° 2014-005097). Idem pour la femme grabataire dont le mode de vie restera le même que celui qu’elle avait avant le divorce (Cour d’Appel d’Aix en Provence, 18 Septembre 2014, n° 13/19758 : JurisData n° 2014-021485). Il ne s’agit en effet pas, à travers cette indemnisation de maintenir indéfiniment à un époux un niveau de vie qui était le sien pendant le mariage (Cour d’Appel de Paris, 11 Mars 2014, n° 13/02712 : JurisData n° 2014-004547), la prestation compensatoire n’ayant pas pour but de niveler les revenus des époux (Cour d’Appel de Nîmes, 13 Novembre 2013, n° 13/03199 : JurisData n° 2013-033036).
Nous poursuivrons notre étude sur la notion de prestation compensatoire par une prochaine série d’articles consacrés aux circonstances particulières pouvant légitimer le refus d’octroi par le juge d’une prestation compensatoire.
par Benoît Lemogne | 10/03/2015 | Juridique
Poursuivons notre série consacrée à une importante source de conflit entre époux au sujet des modalités patrimoniales de leur rupture et intéressons-nous plus particulièrement au cinquième critère visé l’article 271 du code civil :
La prestation compensatoire et le patrimoine estimé ou prévisible des époux, tant en capital qu’en revenu, après la liquidation du régime matrimonial :
À ce stade, il s’agit notamment de savoir si la disparité constatée au moment du divorce est appelée à perdurer, à s’accentuer ou à s’amoindrir ; ce qui permettra d’ajuster à la hausse ou à la baisse le montant de la prestation. Par exemple, si l’époux créancier a cinquante-cinq ans, n’a pas de revenu et n’a pas de qualification, alors que l’époux débiteur est en pleine constitution de patrimoine, on peut légitimement penser que la disparité va s’accentuer dans l’avenir.
Le critère des aspects patrimoniaux est ainsi essentiel pour caractériser l’existence d’une éventuelle disparité. Le refus de prestation compensatoire impliquera ainsi le plus souvent une différence de revenus peu importante, voire inexistante. L’absence de disparité peut également résulter, non plus des revenus ou des charges, mais du patrimoine. La demande de prestation compensatoire formulée par l’épouse d’un agent de sécurité qui ne bénéficiait d’aucun salaire contrairement à son mari et qui ne vivait que d’une allocation adulte handicapé, a ainsi été rejetée par la Cour d’Appel de Paris le 28 Janvier 2014 (n° 13/01277 : JurisData n° 2014-001258), dans la mesure où celle-ci avait acquis un bien immobilier pendant le mariage.
Un époux, dont les revenus sont plus faibles que ceux de son conjoint, voire qui ne bénéficie d’aucun revenu, peut toutefois se voir refuser une prestation compensatoire s’il n’est pas dans un état de besoin en raison de l’importance de son patrimoine. Le fait que les époux soient propriétaires de six biens immobiliers qui seront partagées lors des opérations de liquidation de la communauté justifie ainsi, selon la Cour d’Appel d’Aix en Provence le 14 Octobre 2014 (n° 13/21453 : JurisData n° 2014-004233), le refus de prestation pour une femme dont les revenus sont plus modestes que ceux de son mari à rapprocher d’un arrêt ayant rejeté la demande de prestation d’une femme ayant touché plus d’un million et demi d’Euros lors de la liquidation de la communauté (Cour de St Denis de la Réunion, 5 Août 2014, n° 13/21453 : JurisData n° 2014-024233).
Nous poursuivrons notre étude sur la notion de prestation compensatoire par un prochain article consacré au dernier critère de déclenchement de la prestation compensatoire visé par l’article 271 du code civil : les droits respectifs des époux en matière de prestation de retraite.
par Benoît Lemogne | 3/03/2015 | Juridique
Poursuivons notre série consacrée à une source importante de conflit entre les époux au sujet des modalités patrimoniales de leur rupture : la prestation compensatoire, et plus particulièrement au quatrième critère de déclenchement de l’article 271 du code civil :
La prestation compensatoire et les conséquences des choix professionnels des époux pendant le mariage :
Au travers de ce critère, il s’agit ici d’appréhender le sacrifice éventuellement réalisé par un époux pendant le mariage pour favoriser l’éducation des enfants et/ou la carrière professionnelle du conjoint. Ce qui doit être compensé par le jeu de la prestation compensatoire, est le fait par exemple pour l’épouse d’avoir sacrifié sa carrière, d’avoir des revenus plus faibles, d’avoir renoncé à ses propres ambitions professionnelles pour être d’avantage présente au foyer auprès de ses enfants, alors que l’époux se consacrait à son travail et continuait à évoluer sur le plan social. Ces choix doivent impliquer un sacrifice de la part de l’époux demandeur. Le choix commun est ainsi favorisé au contraire du choix individuel. Pour donner droit à prestation compensatoire, le « sacrifie » allégué par l’époux demandeur doit avoir été consenti d’un commun accord avec le conjoint et dans l’intérêt de la famille ou de l’épanouissement professionnel du conjoint. Ce ne sera pas le cas d’un choix personnel qui se révèle être une décision de confort ou d’un sacrifice non nécessaire et librement consenti.
Tel est le cas de l’épouse qui a quitté volontairement un emploi bien rémunéré pour travailler à mi-temps (Cour d’Appel de Paris, 13 Mars 2014, n° 12/12957 : JurisData n° 2014-00506), ou d’une femme qui s’est occupée de l’enfant commun, qui avait été déjà précédemment mariée et divorcée et qui avait déjà cessé par le passé toute activité professionnelle pour prendre en charge l’éducation de ses enfants nés d’un précédent lit (Cour d’Appel d’Amiens, 26 juin 2014, n° 13/04151 : JurisData n° 2014-015173).
Parmi les choix individuels, on peut citer le fait, pour un époux, de quitter son pays d’origine, pour rejoindre le conjoint. L’effort est alors important puisqu’il s’agit de quitter ses racines, s’éloigner de sa famille et de ses amis, s’installer dans un pays où on ne parle pas forcément la langue, et devoir même compromettre sa carrière ou en recommencer une nouvelle à zéro. Néanmoins, ce seul fait s’avère insuffisant en tant que tel pour obtenir une prestation compensatoire, le juge tenant compte de la liberté de choix de l’époux concerné. La cour d’appel de Nîmes a ainsi rejeté la demande de prestation d’une femme péruvienne, qui par libre choix avait décidé de changer de vie et d’abandonner une situation professionnelle confortable dans son pays d’origine pour demeurer en France (Cour d’Appel de Nîmes, 12 Mars 2014, n° 13/01227 : JurisData n° 2014-014887).
Ainsi jugé également le refus d’allocation d’une prestation à un mari privé de tout revenu alors même que son épouse bénéficiait d’une bonne situation professionnelle dans la mesure où celle-ci a établi que cette situation résultait d’un choix purement personnel de l’époux qui avait souhaité se consacrer à ses propres intérêts (Cour d’Appel d’Aix en Provence, 18 février 2014, n° 12/02682 : JurisData n° 2014-03099). Dans le même ordre d’idée (choix personnel), il est de jurisprudence constante qu’un conjoint resté délibérément oisif contre l’avis de son conjoint ne peut en principe pas prétendre à l’allocation d’une prestation compensatoire (Cour d’Aix en Provence du 18 février 2014, n° 13/02682 : JurisData n° 2014-003099; Cour d’Appel de Montpellier du 22 Octobre 2014, n° 13/08599 : JurisData n° 2014-026355; Cour d’Appel de Paris du 30 Octobre 2014, n° 13/06674 : JurisData n° 2014-026621…).
Nous poursuivrons notre étude sur la notion de prestation compensatoire par un prochain article consacré à l’avant-dernier critère de déclenchement de la prestation compensatoire visé par l’article 271 du code civil : le patrimoine estimé ou prévisible des époux, tant en capital qu’en revenu, après la liquidation du régime matrimonial.
par Benoît Lemogne | 27/02/2015 | Juridique
Poursuivons notre série consacrée à une source importante de conflit entre les époux au sujet des modalités patrimoniales de leur rupture : la prestation compensatoire, et plus particulièrement aux critères de déclenchement de la prestation visés l’article 271 du code civil pour nous intéresser aujourd’hui au troisième critère :
La prestation compensatoire face à la qualification et à la situation professionnelle des époux :
Au travers de ce critère, il s’agit ici d’appréhender la capacité de « rebondir » des époux, y compris de l’époux demandeur en prenant en compte l’évolution prévisible de la situation professionnelle respective des époux, leur capacité d’évolution dans un avenir prévisible, de façon à déterminer si la disparité constatée est amenée à s’aggraver ou au contraire à diminuer. La qualification et la situation professionnelles des époux permettent d’apprécier leurs perspectives d’avenir. Le fait par exemple que les époux bénéficient de la même expérience et de la même qualification a ainsi conduit au rejet de l’allocation d’une prestation compensatoire par la Cour d’Appel de Rennes le 9 Septembre 2014 (n° 13/05276 : JurisData n° 2014-00624).
Dans le même ordre d’idée, une épouse titulaire d’un DEA d’Anglais qui bénéficie d’une expérience de comédienne, de mannequin et d’animatrice a de ce fait la possibilité de se convertir ou de poursuivre une carrière qu’elle ne peut valablement pas présenter comme terminée du fait de son âge, alors qu’elle ne justifie pas de ce que ses recherches d’emploi ont été infructueuses, ainsi jugé par la Cour d’Appel de Paris le 13 Février 2014 (n° 11/18087 : JurisData n° 2014-002434). Ou encore : une femme avec une qualification d’aide-soignante et une expérience de préparatrice en pharmacie devrait pouvoir compléter utilement une carrière qui ne parait pas avoir été compromise par suite des obligations du mariage : Décision de la Cour d’Aix en Provence le 4 février 2014 (n° 13/02944 : JurisData n° 2014-001830). Egalement jugé par la Cour d’Appel de Paris le 19 Septembre 2014 (n° 12/08552 : JurisData n° 2014-020013) que le jeune âge de la femme lui permettra de trouver une formation puis un emploi. On citera également le cas d’une épouse expatriée, qui même si elle a dû suivre son mari dans ses différentes affectations, ne doit pas minimiser son potentiel, eu égard à son activité de directrice de trading à Singapour, ainsi que son niveau d’étude et son expérience au sein de la Banque Mondiale (Cour d’Appel de Paris le 10 Octobre 2013, n° 11/23112 : JurisData n° 2013-022266).
Nous poursuivrons notre étude sur la notion de prestation compensatoire par un prochain article consacré au cinquième critère de déclenchement de la prestation compensatoire visé par l’article 271 du code civil : les conséquences des choix professionnels des époux pendant le mariage.
par Benoît Lemogne | 24/02/2015 | Juridique
Poursuivons notre série consacrée à une source  importante de conflit entre époux concernant les modalités patrimoniales de leur rupture : la prestation compensatoire, et plus particulièrement aux critères de déclenchement de la prestation visés l’article 271 du code civil pour nous intéresser aujourd’hui à l’âge et à l’état de santé des époux.
La prestation compensatoire et l’âge des époux :
L’âge des époux fournit un indice important quant à la capacité de l’époux demandeur à faire évoluer sa situation dans un sens favorable après la dissolution du mariage. La corrélation est facile à établir : plus le conjoint est jeune, moins il a de chance d’obtenir une prestation compensatoire (Cf Arrêt de la Cour d’Appel de Versailles rendu le 27 Mars 2014 n° 13/01234 : JurisData n° 2014-006133). La disparité de revenus ou de patrimoine peut ainsi être « absorbée », pour reprendre la formule employée par la Cour de Toulouse aux termes d’un arrêt rendu le 18 février 2014 (n° 12/02672 : JurisData n° 2014-003383), par le jeune âge de l’un des conjoints.
La prestation compensatoire et l’état de santé des époux :
L’état de santé, au même titre que l’âge des époux, fournit également un indice important quant à la capacité de l’époux demandeur à faire évoluer sa situation dans un sens favorable après la dissolution du mariage. Ainsi, un époux gravement malade aura bien évidemment plus de difficulté à reconstruire sa vie qu’un époux bien portant et aura donc plus de chances d’obtenir une prestation compensatoire.Ainsi jugé que le fait que l’époux se voie reconnaître un état d’invalidité réduisant sa capacité de travail peut ainsi conduire le magistrat à refuser une prestation compensatoire à une épouse qui s’est pourtant consacrée pendant plusieurs années à l’éducation de ses enfants, et dont les droits à la retraite seront donc réduits, dans la mesure où son absence de perspectives professionnelles comparées à l’âge, aux démarches de formation et d’insertion professionnelle entreprises par la femme, comble la disparité des choix professionnels effectués pendant le mariage : ainsi jugé aux termes d’une décision rendue par la Cour d’Appel de Douai le 10 Juillet 2014 (n° 13/05337 : JurisData n° 2014-0018923).
Nous poursuivrons notre étude sur la notion de prestation compensatoire par un prochain article consacré au troisième critère de déclenchement de la prestation compensatoire visé par l’article 271 du code civil : la qualification et la situation professionnelle des époux.
par Benoît Lemogne | 18/02/2015 | Juridique
Poursuivons notre série consacrée à une importante source de conflit entre époux concernant les modalités patrimoniales de leur rupture : la prestation compensatoire. Commençons par le premier critère de déclenchement de la prestation visé par l’article 271 du code civil :
La durée du mariage
L’élément de durée est primordial en matière de prestation compensatoire. Ainsi, plus la durée du mariage est courte, moins il y a de chance qu’une prestation compensatoire soit allouée. Ainsi jugé un refus de prestation pour un mariage qui n’avait duré que 4 ans et qui n’avait pas donné lieu à la naissance d’un enfant : décision rendue par la Cour d’Appel de Riom le 15 Avril 2014 (n° 13/00452 : JurisData n° 2014-010020). Néanmoins, au-delà de la durée du mariage, il faut être attentif à la durée de la vie commune. Ainsi, la Cour d’Appel de Versailles a refusé le 27 Mars 2014 (n° 13/01234 : JurisData n° 2014-006133) l’allocation d’une prestation compensatoire pour un mariage ayant duré 9 années avec seulement 16 mois de vie commune.
La faible durée de vie commune justifie ainsi le refus de toute prestation compensatoire sans qu’il y ait lieu de tenir compte de la durée de la vie commune avant le mariage : ainsi jugé par la Cour d’Appel de Paris le 6 Mars 2014 (n° 13/01977 : JurisData n° 2014-004105). Par ailleurs, l’existence d’un concubinage antérieur est indifférente : ainsi jugé par la Cour d’Appel de Pau le 23 Juillet 2013 (n° 12/02890 : JurisData n° 2013-0016845). Le juge ne prend en considération que la période postérieure à la célébration du mariage : Cour d’Appel de Metz le 18 Février 2014 (n° 12/01645 : JurisData n° 2014-004005).
À ce titre, le juge n’a pas à tenir compte du concubinage anténuptial : ainsi jugé aux termes d’un arrêt rendu par la première chambre civile de la cour de cassation le 1er juillet 2009 (n° 08-18.147, AJ fam. 2009, 491, obs. Stéphane David). De plus, le juge peut ne tenir compte que de la durée de la vie commune postérieure au mariage : arrêt rendu par la première chambre civile de la cour de cassation le 16 avril 2008 (n° 07-17.652, AJ fam. 2008. 295, obs. Stéphane David). De façon générale, on constate qu’il est fréquent que l’allocation d’une prestation compensatoire soit refusée lorsque la vie commune a duré moins de 5 ans.
Nous poursuivrons notre étude sur la notion de prestation compensatoire par un prochain article consacré au second critère de déclenchement de la prestation compensatoire visé par l’article 271 du code civil : l’âge et l’état de santé des époux.
par Benoît Lemogne | 10/02/2015 | Juridique
La prestation compensatoire est l’une des principales sources de conflits entre les époux concernant les modalités financières et patrimoniales de leur séparation. Il faut dire qu’il s’agit d’un enjeu d’importance tant pour le bénéficiaire que pour le débiteur qui souhaitent tous deux maintenir leur niveau de vie.
Nous allons consacrer une longue série d’articles à cette épineuse question qui ne concerne la séparation que des personnes mariées. Nous débuterons aujourd’hui l’analyse de cette notion en partant des textes de loi la régissant, ce qui nous permettra de commencer à cerner le concept en question.
Les articles de la loi réglementant la prestation compensatoire
La prestation compensatoire est régie par les articles 270 et suivants du code civil.
L’Article 270 du code civil dispose : « Le divorce met fin au devoir de secours entre époux. L’un des époux peut être amené à verser à l’autre une prestation destinée à compenser autant qu’il est possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives. Cette prestation a un caractère forfaitaire. Elle prend la forme d’un capital dont le montant est fixé par le juge.
Toutefois, le juge peut refuser de verser une telle prestation si l’équité le commande lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusif de l’époux qui la demande, au regard des circonstances particulières de la rupture. »
L’Article 271 : » La prestation compensatoire est fixée selon les besoins de l’époux à qui elle est versée et les ressources de l’autre en tenant compte de la situation au moment du divorce et de l’évolution de celle-ci dans un avenir prévisible.
« A cet effet, le juge prend en considération, notamment :
- La durée du mariage ;

- L’âge et l’état de santé des époux ;
- Leur qualification et leur situation professionnelles ;
- Les conséquences des choix professionnels faits par l’un des époux pendant la vie commune pour l’éducation des enfants ou pour favoriser la carrière de son conjoint au détriment de la sienne ;
- Le patrimoine estimé ou prévisible des époux, tant en capital qu’en revenu, après la liquidation du régime matrimonial ;
- Leurs droits respectifs en matière de prestation de retraite. »
Le concept de prestation compensatoire
La prestation compensatoire apparaît comme un prolongement, au-delà du mariage, du partage des richesses créées par les époux pendant le mariage. Elle a vocation à rapprocher les niveaux de vie des ex-époux malgré leur séparation. Ce rapprochement, sans aller jusqu’à assurer la parité des fortunes, sera d’autant plus important que le mariage aura duré.
Certaines limites peuvent aider à circonscrire le concept de prestation compensatoire :
– la prestation n’a pas pour vocation d’assurer une parité des fortunes : une fortune constituée pendant le mariage sera prise en compte, à la différence de celle d’origine familiale qui aura été transmise (par donation ou succession) ;
– la prestation compensatoire n’a pas pour objet de gommer les résultats de la liquidation d’un régime matrimonial (communauté, séparation de biens,… ) librement choisi par les époux au moment de leur mariage ;
– un conjoint resté délibérément oisif contre l’avis de son conjoint ne peut prétendre à une prestation.
Nous analyserons la notion de prestation compensatoire à travers deux séries d’articles. La première sera consacrée aux critères de déclenchement de la prestation tels que définis à l’article 271 du code civil; la seconde aux circonstances particulières de la rupture énoncées au troisième alinéa de l’article 270 conduisant le juge à refuser l’octroi d’une telle prestation.
par Benoît Lemogne | 6/02/2015 | Juridique
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Nous arrivons au terme de notre étude sur le lieu de vie des enfants, et particulièrement sur la résidence alternée des enfants suite à la rupture du couple de leurs parents. Au terme de notre étude, il nous apparaît clairement que la résidence alternée ne doit pas être imposée par le juge mais proposée aux parents qui sont ouverts à la question en fonction de leur situation et de celles des enfants. Les vertus de ce mode de résidence instauré par la loi sur la coparentalité de 2002 ne doivent pas être occultées pour autant et les familles doivent être incitées et non contraintes à l’adopter. Pour y parvenir et lever les réticences, le Conseil économique, social et environnemental a, aux termes d’un rapport du 10 avril 2014, proposé que la chancellerie incite les juges aux affaires familiales à la mettre en place plus abondamment. Rappelons en effet que ce mode est, encore aujourd’hui, adopté par moins de 20% des couples en rupture.
Les pistes d’amélioration de la mise en Å“uvre de la résidence alternée
Au lieu que la Loi impose ce mode comme une règle, à laquelle il serait difficile et exceptionnel de déroger, il nous paraitrait préférable que cela soit laissé à l’appréciation des couples en rupture. Au plus, le juge ne pourrait l’imposer que pour une période d’essai seulement et non à long terme contre l’avis d’une des deux parents. Par ailleurs, et pour reprendre une mesure qui a le vent en poupe, il pourrait être envisagé de l’évoquer par le biais d’une mesure de médiation, pour permettre aux parents de dialoguer et mesurer avec l’aide du médiateur les avantages et inconvénients du mode de résidence envisagé. Ils pourraient par ce biais l’envisager en toute connaissance de cause, et sans obligation de faire perdurer la mesure à long terme si elle ne convient pas à tout le monde. L’instauration d’une médiation permettrait également aux pères de s’exprimer plus largement sur leur volonté de s’impliquer dans la vie quotidienne de l’enfant, facilitant la compréhension par les mères de leurs revendications en la matière.
Une autre piste allant dans le sens de la coparentalité consiste à envisager le principe de la double domiciliation de l’enfant dans le code civil, et ce quel que soit le mode de résidence adopté. Cela permettrait de supprimer les notions de droit de visite et d’hébergement qui donnent souvent l’impression aux père de n’être juridiquement pas sur le même pied d’égalité que les mères. Pour l’enfant, cela aurait l’avantage de lui signifier qu’il est bien chez lui dans les lieux de vie de ses deux parents. Cette piste de la double domiciliation est la disposition phare d’une proposition de Loi déposée le 1er avril 2014 dont l’objectif serait même de mettre fin « au choix binaire devant être opéré entre la résidence alternée et la résidence au domicile d’un de ses parents ». Au lieu de résider ici ou là , l’enfant serait officiellement domicilié chez ses deux parents cumulativement. Dans les faits, cette double domiciliation fairait partie des modalités mises en place par le juge aux affaires familiales, soit avec l’accord des parents, soit contre leur gré. C’est un petit pas supplémentaire dans la lutte des pères pour avoir les mêmes droits que les mères, permettant à l’enfant de conserver des liens tant dans la lignée maternelle que paternelle.
Quoi qu’il en soit, la résidence alternée ou le partage des temps de présence des enfants au domicile de leurs parents doivent demeurer une possibilité proposée, et non imposée, aux parents, les juges conservant leur libre pouvoir d’appréciation de la situation, toujours dans le sens de l’intérêt de l’enfant.
par Benoît Lemogne | 3/02/2015 | Juridique
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Continuons notre série d’article relative au lieu de vie des enfants après la séparation de leurs parents, et plus précisément à un nouveau mode de résidence mise en avant par la dernière réforme de la matière en 2002 : la résidence alternée. Après avoir vu l’évolution historique de la matière et évoqué le contexte dans lequel ce mode était envisageable, ainsi que les conséquences notamment financières, que cette modalité implique dans le mode de vie des protagonistes, abordons aujourd’hui les aspects plus controversés de ce mode d’hébergement des enfants.
Les aspects controversés de la résidence alternée
Au vu des atouts supposés de la résidence alternée, certains envisagent d’en faire la norme, que l’on ne pourrait écarter qu’exceptionnellement, au cas par cas. Contrairement au système actuel, cela amènerait à lister les éléments devant conduire à préférer une résidence exclusive avec droit de visite et d’hébergement de l’autre parent. Parmi les père et mère, ce qui voudraient écarter la résidence alternée risqueraient d’être jugés comme démissionnaires ou inaptes à exécrer leurs obligations parentales, alors que c’est simplement l’alternance qui leur semblerait trop difficile à organiser au quotidien, par exemple. Rappelons que de nombreux pères ne souhaitent pas partager la vie quotidienne de leur enfant. Dans le cadre de familles recomposées, il n’est pas forcément évident pour un père d' »imposer » son enfant à sa nouvelle compagne ou aux enfants de cette dernière… Ne serait-ce qu’au niveau « intendance », pas facile d’offrir à ses enfants une chambre supplémentaire dans le nouveau lieu de vie du père, sans compter que cela appelle des doublons dans les affaires de l’enfant. En outre, que faire quand le père n’est pas en mesure d’accueillir son enfant, et ce pour des raisons multiples et variées (déplacements professionnels fréquents, handicap, séjours à répétition dans des établissements spécialisés, graves difficultés financières)? Le père doit se justifier, tout en ayant le sentiment d’être stigmatisé comme un parent non coopératif, voire culpabilisé comme manifestant de la désaffection pour son enfant.
Systématiser la résidence alternée laisse aussi planer l’idée du mythe du couple parental, fort et uni pour le bien des enfants, indépendamment des dissensions passées. Certes, c’est bien en référence à ce couple qu’est construit le droit actuel de la coparentalité. Néanmoins, il est utopique de penser que ce couple puisse survivre après la séparation. Par ailleurs, poser la résidence alternée en quasi-obligation s’accorde mal avec la prise en compte de l’intérêt de l’enfant car il est question ni de son âge, ni de sa scolarité, ni de son environnement. Cette solution, si elle a ses avantages, ne doit pas, selon nous, être imposée car elle a aussi ses inconvénients. Il faut, dans cette matière peut-être encore plus que dans d’autres, apprécier la situation in concreto et ne pas imposer un mode de résidence sans avoir analysé très concrètement la situation des enfants et des parents. Ainsi, la résidence alternée est-elle dénoncée fréquemment par le corps médical, lorsque les enfants subissent la séparation de leurs parents dans de grandes souffrances ou quand ils n’ont pas encore atteint l’âge d’être séparé de leur mère. L’alternance ne doit pas être envisagée à tout prix, comme un moyen de faire entendre le droit de pères désespérés, qui revendiquent en haut des grues ou des tours. Elle ne doit pas être brandie comme un diktat que des pères asséneraient aux mères de leurs enfants, parfois relayés par des associations fonctionnant comme des lobbys. Ces débordements ont tendances à montrer qu’on ne privilégie pas forcément l’intérêt de l’enfant mais du père qui s’estime spolié par le partage du temps de présence de l’enfant auprès de ses parents imposé par le juge.
Imposer autoritairement l’alternance des résidences des enfants par un texte de loi ne change pas les modes de vie des parents. Si elle est inadaptée, elle provoquera de nouvelles saisines du juge qui aboutiront à revenir plus tard à une résidence chez un seul parent, ce qui sera encore source d’instabilité l’enfant. Si la résidence alternée ne doit pas être imposée par le législateur, ses vertus ne doivent pas être occultées pour autant lorsqu’elle est souhaitable. Nous aborderons dans un ultime article de la série consacrée au lieu de vie des enfants après la séparation de leurs parents, les améliorations souhaitables à apporter au système actuel.
par Benoît Lemogne | 30/01/2015 | Juridique
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Continuons notre série d’article relative au lieu de vie des enfants après la séparation de leurs parents, et plus précisément à un nouveau mode de résidence mise en avant par la dernière réforme de la matière en 2002 : la résidence alternée. Après avoir vu l’évolution historique de la matière et évoqué le contexte dans lequel ce mode était envisageable, ainsi que les conséquences notamment financières, que cette modalité implique dans le mode de vie des protagonistes, commençons à nous intéresser aujourd’hui aux aspects plus controversés de ce mode d’hébergement des enfants. Certaines dispositions de la loi permettent en effet au juge de l’imposer contre l’avis des parents.
La résidence alternée des enfants imposée aux parents 
L’article 373-2-9 du code civil donne au juge la possibilité d’ordonner une résidence alternée à titre provisoire, pour une durée déterminée malgré le désaccord des parents. Face à de vives réticences de la famille, il peut même opter pour cette alternance sans proposer d’abord une période d’essai. Cette situation oblige les parents à un minimum de concertation. Le juge agit ainsi quand il estime que cette mesure est dans l’intérêt de l’enfant, et quand il n’y a aucun risque de danger, de violence ou de perturbation de l’enfant. Le juge agit ainsi en vertu de son pouvoir d’appréciation, et fixe librement la durée de la période d’essai de la résidence alternée, aucune durée maximum n’étant prévue par la loi. En outre, la résidence alternée doit être encadrée : le juge doit ainsi fixer, outre la durée, les jour et heure de l’audience à laquelle il sera statué à nouveau sur la résidence, à l’issue de la période d’essai. Le but est d’éviter toute inertie des parents qui conduirait à une indétermination de la résidence à l’issue de la période d’essai. Et gare au parent qui refusant cette décision de résidence alternée imposée par le juge rend la mesure inapplicable par son attitude ou son mauvais esprit car il court le risque de se faire sanctionner! La résidence de l’enfant pourrait en effet être fixée chez l’autre parent.
Mais est-il opportun de rendre la résidence alternée obligatoire? L’alternance des résidence des enfants est souvent présentée comme un moyen efficace de lutter contre la précarisation des fonctions éducatives parentales, et principalement paternelles. Elle permettrait une prise en charge plus égalitaire de l’enfant par ses deux parents, ainsi qu’un maintien de ses liens avec ces derniers, loin du simple droit de visite et d’hébergement accordé au parent chez lequel l’enfant ne vit pas. Dans la réalité, elle ne peut remplir cette fonction que si le système repose sur un accord parental et une vie quotidienne équilibrée. Cela va dans le sens d’un rééquilibrage des responsabilités au sein du couple parental, pour qu’elles soient moins systématiquement à la charge des femmes. La loi relative à l’égalité hommes/femmes du 23 Juillet 2014 va dans ce sens, donnant d’avantage encore aux familles les moyens de rendre effective la coparentalité instaurée en 2002, le but étant que l’enfant conserve des relations équilibrées et régulières avec chacun de ses deux parents. Il est vrai qu’il peut être bénéfique pour l’enfant de ne pas le soumettre continuellement à l’emprise et l’influence d’un seul parent, ce qui peut contribuer à contrebalancer une éducation trop rigide et éviter des propos tendancieux d’un parent contre l’autre.
Devant le succès rencontré auprès de familles ayant tenté l’expérience, on va même jusqu’à l’envisager comme un nouveau modèle qui deviendrait la règle. Des arguments pour et contre s’affrontent sur le sujet. Une certaine confusion règne également dans des propositions de loi ou amendements concernant des projets de réforme en cours. Ainsi un amendement a-t-il même été déposé relatif au projet de loi sur l’égalité entre les hommes et les femmes, consistant à systématiser la résidence alternée après le divorce ou la séparation des parents, le juge ne pouvant y déroger que dans certaines circonstances dûment motivées. Cet amendement n’a pas abouti. Nous aborderons dans les deux derniers articles consacrés à la série relative au lieu de vie des enfants après la séparation de leurs parents, les aspects plus controversés de la résidence alternée, puis enfin les améliorations souhaitables en la matière.
par Benoît Lemogne | 27/01/2015 | Juridique
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Continuons notre série d’article relative au lieu de vie des enfants après la séparation de leurs parents, et plus précisément à un nouveau mode de résidence mise en avant par la dernière réforme de la matière en 2002 : la résidence alternée. Après avoir vu l’évolution historique de la matière avant l’instauration de ce nouveau mode de résidence en 2002, et évoqué le contexte dans lequel ce mode était envisageable, ainsi que les conséquences que cette modalité implique dans le mode de vie des protagonistes, intéressons-nous aujourd’hui aux aspects financiers.
Les aspects financiers de la résidence alternée des enfants
S’agissant tout d’abord du versement éventuel d’une pension alimentaire, dans la mesure où les parents assument l’un et l’autre les charges liées à l’enfant lorsqu’il vit sous son toit, il est rare qu’une pension alimentaire traductrice du devoir d’entretien soit prévue. En effet, en raison du partage des temps de présence et des charges liées à l’hébergement, il semble peu approprié que l’un des parents soit créancier d’une pension alimentaire que l’autre verserait pour l’enfant. En réalité, même si chacun des parents entretient l’enfant en nature en supportant directement certains frais, il se peut qu’une pension alimentaire soit prévue en cas de disparité importante dans les revenus des deux époux, au titre d’une contribution à l’entretien (qui dépasse rarement 200 Euros par mois). Fiscalement, lorsqu’elle est prévue, rappelons que la pension alimentaire est imposable pour le parent qui la perçoit et déductible pour celui qui la verse.
Concernant les allocations familiales, l’enfant peut bénéficier de la qualité d’ayant droit à l’égard de chacun de ses parents lorsque tous les deux sont assurés sociaux, l’enfant pouvant alors être doublement rattaché à la sécurité sociale. La loi, en cas de résidence alternée, permet aux parents de désigner l’allocataire. Les allocations familiales sont généralement partagées entre les parents, sauf si le jugement de divorce en dispose autrement. Ils peuvent toutefois choisir une autre modalité et opter pour un allocataire unique. Néanmoins, en cas de désaccord entre les parents pour désigner celui qui percevra les allocations, le partage est la règle en matière de résidence alternée. Enfin, pour tenir compte de la situation la plus en plus répandue de familles recomposées, le code de sécurité sociale prévoit que la prestation due au père ou à la mère est établie en tenant compte de l’ensemble des enfants à charge, même issus d’unions différentes!
Fiscalement, le bénéfice de la majoration du quotient familial est généralement partagé entre les deux parents dans le cas de résidence alternée. Les enfants sont en effet considérés comme à charge égale des parents, ce qui rejaillit sur les parts supplémentaires de quotient familial, la réduction d’impôt liée aux frais de garde des enfants, les frais de scolarisation,… De même, en ce qui concerne la taxe d’habitation, les taux et majorations de taux de l’abattement obligatoire pour charge de famille sont divisés par deux.
Ainsi, ce mode de résidence alternée a parfois été considéré comme la panacée, au point que certains pensent qu’il devrait représenter la règle devant la résidence exclusive chez un parent avec droit de visite et d’hébergement de l’autre. C’est toutefois faire preuve de démesure et occulter certains inconvénients de ce mode mis en évidence à travers la réalité de la vie de nombre de familles, principalement recomposées. C’est ce que nous verrons dans un prochain article.
par Benoît Lemogne | 20/01/2015 | Juridique
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Poursuivons notre série d’article relative au lieu de vie des enfants après la séparation de leur parents, et plus précisément à un nouveau mode de résidence mis en avant par la dernière réforme de la matière en 2002 : la résidence alternée. Après avoir vu l’évolution historique du droit en la matière, et évoqué le contexte dans lequel ce mode était envisageable, intéressons-nous aujourd’hui aux conséquences que cette modalité implique dans le mode de vie des protagonistes.
Les implications de la résidence alternée dans le mode de vie au quotidien
Le législateur confie au juge le soin d’organiser les modalités de l’hébergement des enfants, tout en préconisant l’homologation des accords parentaux en la matière. Des précisions doivent toutefois être apportées aux parents pour que chacun sache exactement à quoi s’attendre, notamment dans le partage des charges matérielles une fois la mesure entrée en vigueur. Juridiquement, l’un comme l’autre conserve ses droits et obligations en tant que titulaire de l’autorité parentale sur l’enfant. Même s’ils peuvent faire seul les actes usuels, ils doivent agir de concert pour les actes graves (changement d’orientation scolaire, intervention chirurgicale, vente d’un bien appartenant à l’enfant, action en justice,…).
Le partage du temps de présence
Le temps de présence étant nécessairement partagé, il n’y a pas lieu d’aborder les questions de droit de visite ou d’hébergement, ni de mesurer précisément les périodes accordées à l’un ou l’autre parent. En effet, la loi n’exige pas un partage égalitaire du temps de présence de l’enfant. Il laisse le rythme de la résidence alternée à l’appréciation du juge, encouragé à obtenir des parents un consensus sur la question. Le plus souvent, l’alternance va jouer sur une semaine, mais elle peut également jouer sur une quinzaine ou même un mois.
La responsabilité juridique des parents du fait de leur enfant mineur
Il reste qu’en vertu de l’article 1384 alinéa 4 du code civil, les parents sont responsables des faits commis par leur enfant mineur. Même s’ils ne sont plus gardiens de leurs enfants depuis 2002, ils en sont néanmoins juridiquement responsables tant qu’ils co-habitent avec eux. La question est de savoir comment combiner cette règle juridique avec la résidence alternée. En d’autres termes, la responsabilité des parents est-elle liée à l’hébergement? Seul le parent qui co-habite durant « sa » semaine avec l’enfant voit-il sa responsabilisé engagée ou les deux le voient-ils en permanence? Il semble difficile d’exiger que l’on procède à une analyse concrète des conditions de vie du mineur pour faire jouer la responsabilité parentale. Une partie des auteurs considèrent les parents solidairement responsables en cas d’alternance de la résidence des enfants. La Cour de Cassation n’ayant pas encore pris position sur la question, le plus judicieux consiste à souscrire une assurance couvrant les dommages causés par l’enfant dont on est juridiquement responsable, quel que soit le mode de résidence de l’enfant adopté. Nous aborderons dans un prochain article les questions d’ordre financière générées par ce mode particulier de résidence.