par Benoît Lemogne | 27/07/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur la façon de devenir acteur de sa vie en nous interrogeons aujourd’hui sur l’intelligence de l’action. Car si maîtriser sa vie ne peut se faire sans se mettre en action, une réflexion préalable à l’action va s’avérer nécessaire. Déjà le but de la philosophie antique était d’améliorer le quotidien à travers une multitude d’actes et de réflexions pratiques. C’est à travers ces aller-retours avec la vie que nous pouvons prétendre nous construire, nous connaître, nous développer et nous épanouir. Mise à l’écart des leçons de l’action, la réflexion et l’estime de soi se crispent et se fragilisent. L’action ouvre au monde, au lieu de seulement muscler l’ego.
Les règles de l’action sereine pour devenir acteur de sa vie
L’action est autant une chance qu’une menace; c’est pourquoi elle doit être pensée, préparée. Chance de découvrir et de s’accomplir; menace d’échouer et d’être jugé au travers cet échec. La manière dont chacun arbitre entre ses deux pôles en dit long sur l’estime de soi de chacun. De même que la manière dont l’action est précédée de ruminations, d’anticipation plus ou moins sereines et réalistes. L’action est nécessaire mais pas dans n’importe quel état d’esprit et pas à n’importe quel prix. Même si le pire est de faire des évitements à l’action une règle de vie et un moyen de protéger son estime de soi, un autre écueil doit cependant être évité : transformer l’action en douleur, tels que les font deux types de profils : les profils à basse estime de soi ou à haute estime de soi fragile. Voici comment ils procèdent pour rendre leur action douloureuse :
Avant l’action : se tourmenter (anxiété d’anticipation) au point de s’en rendre malade : profils des personnes pathologiquement angoissées qui réussissent socialement mais vivent leur performance avec un stress incroyable. Seule l’importance de leur gratification en retour (argent, prestige, notoriété…) permet à ces personnes de tenir. On constate un énorme écart entre le personnage public et la fragilité intime, dont la famille est souvent le témoin impuissant.
Pendant l’action : le sujet, dans l’action, subit un grand stress, obsédé par la peur de l’échec. D’où une surveillance inquiète des réactions et commentaires d’autrui. Au pire, cela peut altérer la performance. Au mieux, le plaisir provoqué par la réussite n’est pas à la hauteur du coût émotionnel généré par la crainte de l’échec.
Après l’action : Certes, le soulagement est présent quand le succès arrive mais il ne guérit jamais la peur de l’échec. Des angoisses relatives aux prochaines performances à réitérer arrivent rapidement. Dans les cas les plus graves, le sujet ne s’octroie pas la responsabilité du succès. C’est donc un coup de chance qu’il va être difficile de reproduire…
Pour éviter ces excès caractéristiques, nous verrons prochainement quelles règles doivent être adoptées pour avoir une action sereine et profitable.
par Benoît Lemogne | 13/07/2016 | Réflexions
Poursuivons aujourd’hui notre réflexion sur la mise en action pour devenir ACTEUR DE SA VIE. Nous allons voir aujourd’hui que les évitements sont à proscrire car ils sapent l’estime de soi et ne nous apprennent rien sur nous tandis que l’action nous permet de grandir en expérience en en humilité.
Les désagréments de l’évitement
Curieusement, ne pas agir nous rendrait même orgueilleux car la non action entretient l’illusion que, si nous nous étions donné la peine, nous aurions peut-être connu le succès. Mais ce n’est qu’une illusion dangereuse et mensongère. Elle explique certains discours étonnants de personnes en manque de confiance, en échec social mais vivant dans l’illusion de leurs grandes capacités : « Si seulement la vie était moins dure, les gens moins injustes, on saurait reconnaître leur vraie valeur… » Ce type de raisonnement ne pousse pas à l’action et vient creuser le décalage entre croyance en son excellence et constat de la médiocrité du quotidien. Jusqu’au moment où le gouffre est si grand qu’un lucide désespoir teinté d’amertume s’installe plus ou moins consciemment. L’évitement ne fait que nous renvoyer à nous-même, qu’à des choses que l’on sait déjà . Seule la confrontation à la réalité nous permet de nous instruite, parfois malheureusement dans la douleur… Seule l’action nous permet de nous confronter et de nous faire grandir, l’évitement nous entretenant dans l’illusion et/ou une certaine méconnaissance de nous-même.
Les différentes manifestations de l’évitement
Agir et tirer les leçons de son action représente ce que l’on peut faire de mieux en terme d’estime de soi. D’où l’intérêt de passer à l’action après la réflexion et de repasser encore à l’action en tenant compte des leçons tirées de ses expériences passées. Mais en quoi consistent exactement les stratégies d’évitement ? En fait, il existe deux types d’évitement :
- Ne pas agir : attitude typique des personnes en manque de confiance et des profils à haute estime de soi fragile. On ne peut ici tirer aucune leçon de l’action puisqu’il n’y a pas d’action. On ne peut donc que réfléchir sur ce qui se serait passé si…. Cela favorise les certitudes négatives et aboutit souvent aux réponses telles que : « J’ai bien fait de ne pas avoir tenté…, ça se serait certainement mal passé… »
- Agir sans en tirer les enseignements : Attitude courant chez les profils à haute estime de soi (instable) dont la défense classique contre les échecs consiste à ne pas s’en attribuer la responsabilité ou en minimiser la portée. En cas de réussite en revanche, c’est entièrement grâce à eux et sans aucune part de chance car devoir exprimer de la gratitude est perçu par ces profils comme une diminution de la part du succès personnel. Mais ne pas reconnaître la part des autres ou de la chance a précisément pour effet de rendre leur estime de soi encore plus fragile…
Nous poursuivons prochainement notre réflexion en nous intéressant à l’intelligence de l’action
par Benoît Lemogne | 28/06/2016 | Réflexions
Après une longue série d’articles consacrée à l’estime de soi, nous allons désormais porter notre réflexion sur l’action à mener pour devenir acteur de sa vie et se donner ainsi les moyens de trouver le bonheur nous permettant de nous épanouir réellement. L’estime de soi est un rapport à soi-même qui se nourrit de l’action par un mouvement de va-et-vient incessant entre réflexion et action. C’est la respiration même de l’estime de soi qui est en jeu. L’action est ainsi l’oxygène de l’estime de soi. L’immobilisme la fragilise, le mouvement la sauve, même si c’est souvent au prix de certaines douleurs car l’action expose à l’échec et au jugement.
L’estime de soi se construit souvent sur des rêves brisés!.. Alors comment agir sans trop souffrir? Pour remettre dans nos vies le mouvement de la vie lui-même, il y a des craintes à repousser, des habitudes à bousculer, des règles internes à transgresser : c’est le prix à payer ne plus avoir peur de l’échec, ne plus dépendre du succès, ne plus courir après la perfection… La série d’articles que nous entamons aujourd’hui va s’attacher à nous rendre la mise en action plus sereine et plus profitable.
SE METTRE EN ACTION POUR S’ESTIMER & DEVENIR ACTEUR DE SA VIE
L’estime de soi et l’action entretiennent des liens étroits dans trois dimensions principales :
- La véritable estime de soi ne se révèle que dans l’action et la confrontation à la réalité. Elle ne peut se dessiner qu’au travers la rencontre avec l’échec et le succès, l’approbation et le rejet… Sinon, cela risque de n’être que du « déclaratif ». L’existence ne se vit pas par procuration. Nous ne sommes pas ce que nous proclamons ou imaginons être. La qualité de l’estime de soi se révèle aussi sur le terrain de la vie quotidienne, pas seulement sur les hauteurs d’esprit : il s’agit de s’incarner.
- L’action est facilitée par l’estime de soi : un des symptômes de l’estime de soi fragile consiste précisément dans des rapports compliqués avec l’action. Chez les profils à basse estime de soi, on la redoute et on la repousse (c’est la procrastination) car on a peur de s’y révéler faible, d’y éprouver nos limites. Sinon, on la recherche comme moyen d’obtenir admiration et reconnaissance mais on ne la supporte que victorieuse, couronnée de succès.
- L’action nourrit, façonne, construit l’estime de soi. Elle est, avec le lien social, l’une de ses deux grandes nourritures. Tout le reste n’est qu’autosuggestion, pour le meilleur et pour le pire…
Un besoin fondamental : le sentiment d’efficacité
Chacun a besoin de sentir et d’observer que ses actes ont une influence réelle sur son environnement et sur lui-même. C’est un besoin tellement vital pour notre psychisme qu’il est , en dehors même de problèmes psychologiques, l’objet d’illusions positives et de petits comportement étonnants : par exemple, lorsque nous devons faire un 5 ou un 6 à une partie de dés, nous le lançons beaucoup plus fort que pour faire un 1 ou un 2 !.. Cette dimension du sentiment de contrôle exerce une influence fondamentale sur le bien-être et sur l’estime de soi.
Les différences sont importantes entre les personnes selon le niveau auquel se situe leur sentiment de contrôle. On considère en général que plus il est élevé (ou « interne » car considéré comme dépendant de soi et non du hasard), plus cela comporte d’avantages, notamment en matière d’estime de soi. Une dimension facile à mesurer dans la vie quotidienne réside dans les capacités d’autocontrôle, l’aptitude à s’engager dans la poursuite d’un objectif sans en être immédiatement récompensé.
Exercer un contrôle sur des détails de la vie quotidienne (loisirs, taches ménagères…) est favorable aux sentiments de bien-être et à l’estime de soi. Voilà pourquoi il est important quand on commence à douter de soi, de ne pas renoncer à faire ses taches quotidiennes car renoncer à ces gestes de contrôle sur notre environnement familier est l’erreur que commettent, sous l’effet de leur maladie, les personnes dépressives. Tout ce qui va miner notre rapport à l’action est potentiellement toxique. Or les problèmes d’estime de soi incitent souvent à des évitements ou à des dérobades.
Nous poursuivons prochainement notre réflexion sur la mise en action en analysant comment les évitements sapent l’estime de soi pour ensuite évoquer l’intelligence de l’action.
par Benoît Lemogne | 14/06/2016 | Réflexions
Poursuivons aujourd’hui notre quête d’harmonie avec les autres en nous ouvrant à une estime de soi non centrée sur nous-même mais élargie aux autres. Nous allons voir qu’en pensant « nous », on renforce l’estime de soi. Percevoir son identité comme étant en partie définie par le lien modifie en profondeur le rapport à soi-même. Et tendrait même à l’enrichir car on sait que se concentrer sur sa personne n’est pas le meilleur moyen d’apprendre à se connaître. L’évolution de nos sociétés se fait manifestement vers des rapports de type plus égalitaires, moins hiérarchiques et plus fraternels (cf. l’apparition du concept d’entreprise « libérée »). Cette évolution va avoir un effet sur l’estime de soi qui devrait être moins influencée par les rapports de dominance (pouvoirs, possessions) mais d’avantage par un intérêt pour les liens et l’appartenance.
L’estime de soi élargie : s’attacher simplement à trouver sa place parmi les autres
Les femmes sont sans doute pionnières dans cette évolution. Leur attachement à leur bien-être est à la fois corrélé à leur niveau d’estime de soi et à la qualité des liens sociaux qu’elles aiment nouer, alors que celui des hommes dépend plus du seul niveau d’estime de soi. Elles sont d’avantage tournées vers les échanges sociaux et leur santé semble bénéficier bien mieux que celle des hommes des comportements altruistes qu’elles adoptent plus volontiers.
L’intelligence relationnelle et émotionnelle dont elles font preuve aboutit à un cercle vertueux : elle favorise l’estime de soi qui facilite l’adaptation à de nouvelles rencontres car elles portent sur les personnes qu’elles rencontrent le même à regard positif que sur elles. Et cette adaptation nourrit à son tour l’estime de soi. La notion de « capital social » est fondamentale pour la force de l’estime de soi : notre plus grande richesse, ce sont nos relations. Néanmoins, pas question pour autant de se fondre dans la masse ! Ne pas chérir son individualité ne signifie pas y renoncer. Le secret est dans l’équilibre à trouver entre affirmation de soi et affiliation.
En matière d’accomplissement de soi, il peut être utile de ne pas se chercher soi mais de chercher sa place parmi les autres, c’est à dire le lieu, l’activité, les liens qui nous permettent de nous réaliser naturellement. Ne plus seulement chercher une identité mais des interactions avec son environnement, matériel ou humain. Ne plus se focaliser sur soi, sur son niveau de fortune ou sur le contrôle de son environnement. Etre dans le mouvement dans une attitude d’ouverture et de bienveillance vis à vis d’autrui.
Trouver sa place, c’est trouver des lieux pour se ressourcer (activité religieuse, communion avec la nature…), des actes pour se retrouver (aider, consoler, comprendre, éduquer…), des liens pour être ensemble (amour, amitié, humanité). Lorsqu’on trouve sa place, on est en harmonie avec soi et en position d’accueil vis à vis des autres. Nos angoisses s’apaisent, on est imprégné d’un sentiment d’évidence et de cohérence (« je suis là où je dois être »). On ne se pose plus de questions existentielles ou identitaires.
La façon de trouver sa place est très caractéristique de notre estime de soi. Il est rare que notre place nous soit indiquée ou réservée. Il nous faut souvent la trouver par nous-même. Au lieu de chercher et de faire sa place, les sujets à basse estime de soi tendent à la rêver et à l’attendre; tandis que les sujets à haute estime de soi cherchent à la bâtir, quite à s’imposer, plutôt que de s’y installer tranquillement. Nous le voyons, trouver sa place nécessite d’être dans l’action. Mais comment bien agir ? C’est ce que nous allons voir à travers une nouvelle série d’articles.
par Benoît Lemogne | 31/05/2016 | Réflexions
Poursuivons aujourd’hui notre réflexion en réfléchissant sur la place de l’ego comme moyen d’améliorer notre estime de soi vis à vis des autres. Nombre de nos problèmes d’estime de soi ne viendraient-ils pas en fait de notre difficulté à maîtriser notre égo? La culture occidentale, déformée par les excès de l’individualisme, nous pousse d’avantage à exister par différenciation que par appartenance : ce qui compte, c’est d’être différent pour être unique car ce qui est rare est cher alors que ce qui est commun n’est pas mis en valeur. Ainsi donc, dans notre société contemporaine, l’ego a pris une place sur-dimensionnée. Alors pourquoi pas essayer de cultiver son estime de soi en renforçant la recherche d’appartenance plutôt que celle de la différence?
Le renforcement de l’estime de soi par la recherche du sentiment d’appartenance
Différentes études ont montré les bénéfices du partage des événements de vie positifs : lorsque quelque chose de favorable arrive à quelqu’un, on peut en amplifier de manière importante les effets bénéfiques en le partageant avec autrui et même les prolonger dans le temps. N’est-ce pas le rôle des réseaux sociaux? Il semble en effet que l’espèce humaine soit particulièrement apte à une transmission naturelle des émotions entre les êtres, sur le mode d’une contagion intuitive.
Nous avons ainsi en nous tout ce qu’il faut pour nous réjouir du bonheur des autres. Pourquoi est-ce dans la réalité si peu souvent le cas, ou seulement vis à vis de personnes qui nous sont chères? Sans doute parce que nous sommes prisonniers de mauvais réflexes de l’estime de soi dégradé par l’esprit de compétition qui anime nos sociétés. La propagation des émotions négatives s’en voit plus facilité que celle des émotions positives.
Pourtant, il est très probable qu’apprendre à se réjouir de ce qui arrive aux autres, à tous les autres en tant que représentants du genre humain, représente non seulement une bonne chose pour les sociétés mais aussi pour l’estime de soi de la personne qui procède ainsi. La recherche d’harmonie est meilleure pour nous que celle de suprématie. La compétition sociale peut même se révéler toxique pour l’estime de soi. Mais il est difficile d’y résister car elle est entretenue par l’organisation pyramidale et élitiste de nos sociétés.
Pourtant le rôle bénéfique d’une vision étendue de l’estime de soi n’est plus à démontrer. Lorsqu’on augmente le sentiment de proximité de personnes volontaires, on s’aperçoit que leur niveau d’estime de soi souffre moins du succès des autres que si on a amené ces volontaires à se percevoir surtout comme des personnes autonomes. Cela se vérifie également dans les relations sociales au sens large. Lorsque nous étendons l’estime de soi à l’estime des autres, nous la rendons plus robuste.
Autre exercice : travailler à la circulation de l’estime de soi : valoriser autrui, l’encourager, reconnaître sa valeur, c’est bien le meilleur service que l’être humain puisse rendre à l’humanité. D’où l’intérêt de ne pas limiter cette appartenance à des cercles trop restreints. C’est sans doute ce que cherche à refléter l’expression « citoyens du monde ». Nous poursuivrons prochainement notre quête de l’estime de soi élargie.
par Benoît Lemogne | 25/05/2016 | Réflexions
Nous vous informons de la mise en ligne d’un nouveau site consacré au couple 2.0 : www.asv-stp.fr
Un article de Florian Delhomme sur CDC y a été publié : lien : http://asv-stp.fr/mag/p/benoit-lemogne
par Benoît Lemogne | 20/05/2016 | Autres
Poursuivons notre propos en entamant aujourd’hui une réflexion sur une question centrale : Comment trouver sa place au milieu des autres ? Il est impossible de s’apprécier si on est pas en règle avec sa conscience vis à vis de ses semblables, si l’on a pas mis en place un mode de relation aussi harmonieux que possible avec les personnes de son entourage. Chez les profils à estime de soi instable, par fragilité ou par anxiété, l’égoïsme amène parfois au sacrifice des idéaux relationnels, à la faveur de la défense de leurs propres intérêts. Jules Renard parlait ainsi de « la fréquente petite lâcheté à se mettre avec les autres contre un ami »: aucune tranquillité d’esprit durable ne peut découler de telles positions…
L’humain est un animal social : pas de bonne estime de soi sans bon lien avec autrui
La bonne estime de soi nécessite un rapport franc avec autrui, ni contre les autres, ni sur le dos des autres… On ne peut pas durablement aller bien seul ou retiré, en combat avec le monde entier ou en conflit ou en trahison avec des personnes qui comptent dans notre histoire personnelle, ou encore dans l’exploitation ou la manipulation. Mais alors quid de l’estime de soi des salauds, des pervers, des sales types ? Ils vivent en permanence dans ce bain et semblent pourtant s’en accommoder parfaitement. En fait, ils ne parviennent à une position confortable avec eux-mêmes qu’à cause du déni qui les empêche de se voir tels qu’ils sont. Or, bien souvent le déni mis en place inconsciemment n’est qu’une bombe à retardement…
Pour une personne équilibrée en revanche, elle sentira toujours au plus profond d’elle-même que faire souffrir autrui, le mépriser, l’agresser au delà de ce qui est nécessaire, est une violation de nos lois morales intimes. Inutile de repousser cette pensée gênante, elle reviendra inlassablement. La douleur des conflits en est une illustration éclairante : lorsqu’on est fâché avec nos proches,  il est difficile de se sentir bien avec soi-même.
Une personne qui avait vécu son enfance dans un climat familial de conflit permanent témoignait qu’en arrivant à l’âge adulte, elle commença à rechercher plus de tranquillité et d’harmonie dans ses rapports avec les autres. Et elle constata qu’elle se mit à aller mieux, et étonnamment à supporter de moins en moins les situations de conflit de telle sorte qu’elle chercha même à apaiser les rapports avec les personnes avec qui le mode conflictuel s’était installé depuis longtemps en découvrant les bienfaits de la réconciliation, qu’elle refusait préalablement parce qu’elle avait le sentiment de s’abaisser.
Elle entretenait en fait à son insu une confusion entre estime de soi, fierté et orgueil. Elle comprit que le lien aux autres est en fait ce qui nous construit et nous nourrit tout au long de la vie. C’est en fait ce que nous avons de plus précieux. On s’épanouit infiniment plus en s’occupant des autres qu’en restant focalisé sur sa « petite » personne. Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en réfléchissant sur la place de l’ego comme moyen d’améliorer notre estime de soi et notre rapport à autrui.
par Benoît Lemogne | 10/05/2016 | Réflexions
Poursuivons notre propos sur les attitudes sociales positives à adopter vis à vis d’autrui : après la gentillesse, la générosité et la gratitude, voyons aujourd’hui l’admiration. L’admiration est ce sentiment agréable éprouvé face à ce qui nous dépasse.
Les rapports entre l’admiration d’autrui et l’estime de soi
Pour une personne à estime de soi fragile, le sentiment d’admiration entre en concurrence avec le problème des comparaisons sociales : qu’est-ce qui fait que la confrontation à une personne va susciter chez nous admiration plutôt qu’agacement ou dévalorisation? Selon Victor Hugo : « Les méchants envient et haïssent, c’est leur façon d’admirer… ». Les sujets narcissiques préfèrent souvent admirer plutôt qu’aimer, dans leurs relations affectives. Cela peut leur occasionner quelques « ratages » dans leur vie amoureuse. Lorsqu’on a été déçu par quelqu’un qu’on a admiré, la déception engendre d’avantage de mépris que de compréhension. Par ailleurs, le désir éperdu d’admirer peut conduite à l’adulation ou au fanatisme. Mais l’admiration mature doit pouvoir se passer de l’idéalisation : on peut admirer certains attitudes d’une personne sans céder pour autant à sa liberté en tombant dans la soumission qu’engendre inévitablement l’idéalisation.
Ces précautions adoptées, les bénéfices de l’admiration sont réels : elle permet de prendre pour modèle des personnes qui ont acquis un niveau d’excellence dans un domaine qui nous tient à cÅ“ur ou qui nous est lointain ou étranger. Descartes ne disait-il pas : « l’admiration est une subite surprise de l’âme nous portant à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires ». Là encore, admirer ne signifie pas renoncer à agir, écrasé par la perfection de la personne admirée,  mais agir pour s’en rapprocher, si on le souhaite.
L’admiration est un ressort puissant qui peut nous permettre de bousculer nos idées reçues, y compris les préjugés sociaux ou raciaux. Une étude a ainsi démontré qu’en présentant à des hommes blancs des personnages noirs remarquables, on diminuait leur réflexe de préférence sociale envers eux-mêmes. Comme pour la gratitude, la pratique d’exercices d’admiration peut revêtir un grand intérêt thérapeutique pour les personnes à estime de soi fragile. Par exemple, chez les supporteurs sportifs, l’admiration et l’identification avec une équipe et ses stars produisent des effets favorables sur l’estime de soi. Mais cela peut être également valable pour des personnes « ordinaires » dans ce qu’elles font (admirer un artisan pour son habileté et la qualité de soin travail)  ou ce qu’elles sont (admirer des qualités morales discrètes). Il est ainsi recommandé de ne jamais rater l’occasion d’exercer son Å“il, et son esprit, à se réjouir d’admirer. Les bénéfices de l’admiration pour l’estime de soi? Disposer de modèles positifs, cultiver son humilité, améliorer ses capacités d’ouverture, ressentir des émotions positives…
Avis critiques sur les attitudes positives
Ces bons sentiments sont un idéal mais dans la réalité, la vie n’est pas si rose ! Que valent gentillesse, générosité, gratitude et admiration face aux personnes malveillantes et face à l’injustice ou la violence ? Ces attitudes ne permettent pas de les éradiquer mais de les combattre avec une efficacité certaine sur la durée. Ces attitudes n’intéresseront bien sur que des personnes de bonne volonté qui seront sensibles à leurs effets sur eux et sur le monde. Mais n’y a-t-il pas une forme d’égoïsme déguisé ? Admirer par envie d’être admirable… Certainement en partie. Mais imaginez l’horreur d’un monde dans lequel l’altruisme serait décrété ringard?
Le vrai problème n’est pas là . Il est plutôt dans le bon usage de ces attitudes car elles contiennent en elles-mêmes les possibilités de leurs propres excès et dérives. Trop de gentillesse peut ainsi conduire à de la manipulation par autrui. Trop de générosité, à se faire exploiter. Trop de gratitude, à se faire manipuler par ceux qui veulent nous maintenir dans un statut d’éternels débiteurs à leur égard. Trop d’admiration peut conduire à l’idolâtrie. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Bien souvent, le poison est la déception : on a donné, on a été déçu (voire trahi…), alors on ne donne plus. Mais en s’abstenant de donner, c’est soi-même qu’on appauvrit. Et pourquoi priver le monde de nos bienfaits alors que seul l’ingrat mérite notre mise à distance? Il convient, bien au contraire, de tenter d’autres voies pour dépasser notre déception : augmenter son discernement; s’entrainer à ne rien attendre en retour de nos attitudes positives; ne pas oublier déjà  le grand bénéfice personnel qu’on en tire. Participer à sa modeste mesure à un monde meilleur…
Nous poursuivrons prochainement notre propos en réfléchissant à une question centrale : Comment trouver sa place au milieu des autres ?
par Benoît Lemogne | 29/04/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur les attitudes sociales positives en nous intéressant aujourd’hui, après la gentillesse et la générosité, à la gratitude. Elle consiste à reconnaître le bien que l’on doit aux autres, et plus précisément à manifester plus ou moins ostensiblement notre reconnaissance, sans chercher aucunement à la dissimuler ou à l’oublier.
Les bénéfices de la gratitude envers autrui
La gratitude, si elle peut sembler quelque peu désuète à certains, n’en comporte pas moins de multiples bénéfices, notamment en terme de bien-être psychique et d’estime de soi, augmentant le sentiment d’appartenance à un groupe, une lignée, une collectivité humaine. Or tout ce qui favorise le sentiment d’appartenance renforce l’estime de soi. Par ailleurs, elle semble également être corrélée à une autonomie accrue vis à vis des attitudes matérialistes, grandes déstabilisatrices de l’estime de soi.
Dans ce domaine, sans doute que la gratitude casse le lien égoïste entre soi, et ses « possessions » et ses « richesses », en ce qu’elles nous amènent à reconnaître ce qu’elles doivent à tant d’autres : parents qui nous ont donné vie, forces et talents pour obtenir ces possessions , maîtres d’école ou amis qui nous ont aimé, compris, encouragé…
Quid des profils à estime de soi fragile vis à vis de la gratitude ?
Les souffrances de l’estime de soi entravent hélas la pratique de la gratitude. Ainsi le besoin de se valoriser en mettant en avant son autonomie : tirer fierté de s’être « fait tout seul », de ne rien devoir à personne. C’est en fait une sorte de mensonge à soi-même, qui est largement pardonnable, constituant un des grands mythes de notre époque moderne : celui de l’individu qui pourrait y arriver tout seul grâce sa volonté, son travail et son intelligence.
Néanmoins, la gratitude n’est pas évidente quand on a connu certains trajectoires de vie, marquées par le manque d’amour, l’abandon ou les violences. Il est rare pourtant qu’un être humain puisse objectivement prétendre : « ne rien devoir à personne ».  Alors voyons comment peut se pratiquer la gratitude.
Quelques moyens de s’exercer à la gratitude…
- Penser nos succès en terme de gratitude : non pour minimiser notre mérite mais pour rester « connecté » à la chaîne humaine à laquelle nous appartenons
- Au delà des succès matériels, cultiver les sentiments de gratitude pour les gestes de gentillesse reçus : sourires, aides minimes dans des gestes anodins du quotidien (tenir une porte, aider à ramasser un objet tombé à terre…)
- S’endormir chaque soir sur une pensée de gratitude : pour ce qui m’a fait du bien aujourd’hui à travers, un geste, une parole, un sourire, un regard, ce qui améliore le bien-être émotionnel
- Pratiquer l’étrange plaisir de l’extension de la gratitude : s’entraîner à la ressentir pour des proches, des personnes connues, ou même des inconnus. Ces exercices de gratitude nous aident à voir les liens existant entre les êtres humains.
Nous poursuivons prochainement notre propos sur les attitudes sociales positives en nous intéressant à l’admiration.
par Benoît Lemogne | 19/04/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur les attitudes positives vis à vis d’autrui en nous intéressant aujourd’hui à la générosité, cette vertu du don qui permet de cultiver une utile indépendance envers les objets matériels : être capable de donner ce que l’on possède plutôt qu’en être possédé soi-même. Au quotidien, cela consiste à donner un peu plus (parfois beaucoup plus) que ce que les autres attendent ou encore mieux à prendre les devants de leurs désirs. Sans aller jusqu’au sacrifice, la générosité implique d’agir « à l’aveugle » vis à vis d’autrui, de donner toujours un crédit, plus ou moins large selon nos propres capacités, sans avoir à rechercher si le destinataire en est digne et s’il nous en sera reconnaissant…
Des bienfaits de la générosité à l’égard d’autrui
Comme la gentillesse, la générosité « gratuite », même si elle peut sembler hors de propos, n’est pourtant pas un luxe car elle semble au contraire utile à toute vie en collectivité. Elle est une sorte d’assurance anti-malentendu, anti-brouille sociale. Il est un fait que si vous êtes connu pour être naturellement généreux, les autres seront plus enclin à juger avec indulgence vos éventuelles attitudes négatives ou ambigües lors des échanges avec vous.
Les souffrances de l’estime de soi poussent parfois à la mesquinerie : on attend de l’autre qu’il fasse le premier pas et on rend en retour seulement à hauteur de ce qu’on a reçu. On surveille attentivement la stricte réciprocité des échanges : ce sont les profils des personnes qui passent leur temps à établir des comptabilités dans les rapports humains… Si vous avez observé cette tendance chez vous, faites le test de modifier progressivement votre attitude en faisant montre de générosité. Motivez vous en vous disant que vous faites votre « boulot d’être humain ». Vous serez surpris de l’amélioration de vos rapports avec ceux vis à vis desquels vous aurez fait preuve de générosité.
Ces comportements de gentillesse et de générosité existent même chez certaines espèces d’animaux qui sont capables de prendre soin des plus faibles. Les bénéfices pour le groupe sont indéniables : favoriser la cohésion et la chance de survie de tous ses membres. Cela représente un signe évident d’intelligence accrue de l’espèce face aux difficultés de l’existence. Seules les espèces dites « supérieures » développent ainsi cette solidarité permettant d’intégrer et de protéger ceux qui peuvent être perçus comme moins directement « utiles », comme le voudrait une lecture simpliste des lois de l’évolution et de la sélection naturelle. Chez l’humain, fort heureusement, cette vertu est très ancienne.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion sur les attitudes sociales positives en nous intéressant à la gratitude.
par Benoît Lemogne | 8/04/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion en voyant comment le lien à autrui peut renforcer le lien à soi-même. Avant 1968 se pratiquaient à l’école des cours de morale, à partir d’anecdotes destinées à attirer l’attention sur les bénéfices à se trouver serviable et bien intentionné à l’égard de son entourage. Après lecture, deux à trois minutes de réflexion laissées à l’élève lui permettaient d’intégrer la morale de l’histoire. C’était un excellent moyen pour éduquer les jeunes esprits à vivre ensemble. D’ailleurs, avec les événements de 2015 en France, une réflexion est en cours pour la réinstaurer sous une forme plus moderne. Attardons nous sur les attitudes positives à adopter vis à vis d’autrui pour mieux appréhender leurs bienfaits.
Des bénéfices de la gentillesse à l’égard d’autrui
Une période de vulnérabilité passagère nous fait rapidement prendre conscience de l’importance de la gentillesse qu’autrui peut nous témoigner à cette occasion. Prenons le cas d’une hospitalisation avec le sentiment de fragilité que ressent le patient par rapport à l’énorme machine hospitalière, l’impression d’être à la merci de tout le personnel médical : médecins, infirmières, secrétaires, brancardiers… La vulnérabilité nous fait ressentir un énorme besoin de bienveillance à notre égard. Et à chaque fois qu’on est l’objet d’un geste de gentillesse, il se passe quelque chose dans le corps, une onde de chaleur, de douceur, une sensation presque hormonale, source d’un bien-être insoupçonné.
La gentillesse est une attention bienveillante envers autrui, à priori inconditionnelle. Vouloir du bien à autrui, sans qu’il l’ait demandé, sans savoir s’il le mérite, juste parce qu’il est un être humain. La gentillesse va au-delà de la simple écoute ou de l’empathie. Professionnellement, dans bien des domaines la consigne de neutralité bienveillante est préférée à celle de gentillesse. Il y a pourtant autant de bénéfices pour le client à la gentillesse, que d’inconvénients à la froideur et à la distance. Le manque d’estime de soi est souvent un frein à  la gentillesse. Les personnes manquant de confiance en elles ont peur qu’on abuse de leur bienveillance. Simplement, même si c’est une vertu d’être gentil, il ne faut pas être que gentil. Il faut également savoir assumer ses convictions.
Les profils à haute estime de soi instable, eux, sont souvent sur la défensive, se sentant souvent menacés par les autres, ce qui déclenche de la froideur et les rend antipathiques. Ils peuvent penser que la gentillesse ne donne pas assez d’éclat ou de sentiment de pouvoir, qu’elle est bonne pour les « faibles », ce qui ne les motive guère puisque leur estime de soi fragile est dépendante de tels signes de validation. C’est la raison pour laquelle la capacité de gentillesse et de bienveillance à l’égard d’autrui n’est pas toujours aisée à acquérir. Mais il est indéniable que la gentillesse procure du bien à la personne qui la pratique, ainsi qu’à la personne qui en est destinataire. Et c’est un excélent moyen d’aider à l’avènement d’un monde meilleur, à sa modeste mesure…
Nous poursuivrons bientôt notre propos sur les attitudes positives vis à vis d’autrui en nous intéressant à la générosité.
par Benoît Lemogne | 25/03/2016 | Réflexions
Poursuivons notre propos sur le vivre en bonne harmonie avec autrui en achevant notre réflexion sur la délicate question du pardon. Acceptation et pardon n’impliquent pas renoncement à la justice ou à la prévention pour éviter la récidive de l’offense. Le pardon est un moyen efficace pour éviter l’embrasement de la violence que provoque la loi du talion. Pardonner, c’est poser un acte de non-violence. Analysons ce concept.
La non-violence est un acte de courage vis à vis d’autrui
Le pacifisme n’est pas un renoncement à combattre le mal, mais une résistance non-violente opposée au mal. Il est donc ni soumission ni résignation. La non-violence est l’idéologie adoptée par les hommes qui posent en acte de ne pas tomber dans l’escalade de la violence. Elle demande du courage pour se dresser contre ce qui nous offense, de la lucidité pour ne pas se laisser aveugler par le désir de vengeance et de la maîtrise de soi pour résister à la tentation de la colère contre ce qui nous parait injuste, comme Martin Luther King a su nous l’enseigner.
S’attaquer aux idées plutôt qu’aux personnes
Les personnes injustes, agressives et violentes sont elles-mêmes leur propre victime. Elles ne sont pas libres mais esclaves : de leur milieu, de leurs préjugés, de leur passé. Mais dire cela ne légitime pas l’agressivité ou l’injustice. Il faut s’y opposer avec force dès la première étape franchie pour éviter l’escalade. Mais c’est une raison pour ne pas en vouloir personnellement aux individus qui perpétuent des actes ou des paroles de violence : s’opposer à eux sans violence en retour est le seul moyen de les changer durablement et d’éviter l’escalade de la violence.
Penser à la reconstruction après le conflit
Dans toutes les sociétés, les conflits sont inévitables, peut-être même nécessaires… Mais la paix est indispensable pour rendre la vie supportable. Comment faire pour la mettre en place après un conflit ? Plus que toute autre démarche, la non-violence le permettra : elle n’est pas un renoncement au combat mais une façon de ne jamais oublier de se comporter avec dignité et humanité durant la lutte. Et de faciliter alors le pardon, la réconciliation et l’action ultérieure commune. L’estime de soi ne se nourrit pas d’angélisme mais d’action sereine…
Nous poursuivons prochainement notre propos en voyant comment le lien aux autres peut renforcer le lien à soi.
par Benoît Lemogne | 16/03/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur le vivre en bonne harmonie avec autrui en évoquant aujourd’hui la délicate question du pardon. De quoi parle-t-on? Pardonner signifie renoncer à juger et à punir. C’est décider que l’on veut se détacher du ressentiment que l’on ressent à l’égard de ceux qui nous ont blessé. C’est décider de se libérer d’eux et de la souffrance qu’ils nous ont causée. Il s’agit d’une forme supérieure d’acceptation, ou plutôt de « ré-acceptation » après une forte blessure.
Comment pardonner à autrui qui nous a offensé ?
La difficulté à pardonner est accrue chez les profils à estime de soi fragile, et particulièrement chez les sujets à tendance narcissique, souvent instables, susceptibles et agressifs. La capacité à pardonner est en fait fonction de l’équilibre intérieur et de la faculté du sujet à réguler son émotivité. Le ressentiment persistant, même justifié par l’importance de la violence subie, demeure malheureusement une source entretenue de souffrance supplémentaire. Les bénéfices du pardon ne sont plus à démontrer.
Mais le recours au pardon n’implique pas de renoncer à affronter ceux qui nous ont offensé ou agressé. Le pardon n’est pas une esquive ou une démission. Il est un fait d’ailleurs que l’exercice du pardon, s’il n’est pas contraint, facilite également celui du pardon à soi-même, car on s’en veut toujours un peu de s’être fait berner. Nous avons déjà évoqué dans ces lignes les reproches incessants, parfois équivalents à un auto-harcèlement moral, que peuvent s’adresser certaines personnes se jugeant sévèrement après le moindre de leur échec. Quoi qu’il en soit, pardonner, ce n’est pas absoudre, en faisant comme si le problème n’avait jamais existé. C’est renoncer à continuer à se punir en cessant d’entretenir le souvenir de ce qui nous a blessé.
Le travail sur le pardon est un grand classique des psychothérapies. L’effet libérateur que procure le pardon chez les personnes durement offensées est important, notamment parce qu’il améliore nettement leur estime de soi. Si la capacité à pardonner nécessite parfois l’aide d’un thérapeute, c’est qu’elle se révèle un exercice émotionnellement difficile à mettre en Å“uvre car il existe de nombreuses résistances naturelles au pardon, à commencer par le fait qu’il est souvent appréhendé comme une réponse de « faible » par rapport à une violence ou une offense objectivement injuste. A priori, la vengeance serait plus instinctive et vécue comme une réponse de « fort ». Or qui aurait envie d’être faible vis à vis de la violence ?
Pourtant, c’est tout le contraire en réalité car c’est en travaillant sur le renoncement au ressentiment et à la vengeance qu’on parvient à se libérer de l’offense qu’on a subie. Le travail de psychothérapie rend ce travail possible. Mais le pardon ne peut s’opérer sur la répression du désir de vengeance. Il doit être un choix librement consenti.
D’ailleurs, le pardon n’impose pas la réconciliation. Il permet néanmoins de rentrer à nouveau en contact avec l’offenseur sans trouble émotionnel excessif. Peu importe par ailleurs si l’offenseur a ou non l’intelligence d’être touché par le pardon qui lui est offert, en étant lui-même en mesure de se repentir et de s’excuser, autant d’attitudes qui, si elles sont préalables au pardon, peuvent beaucoup le faciliter. Et d’ailleurs la motivation à pardonner peut être d’avantage pour soi que pour l’autre.
Le pardon donné permet également de soulager son entourage du fardeau que notre rancÅ“ur et notre ressentiment peuvent représenter vis à vis d’eux également. D’ailleurs, le pardon ne suppose pas de renoncer à la colère, au moins dans un premier temps : dans les thérapies du pardon, bien au contraire on consacre du temps à laisser s’exprimer cette colère toute légitime. Ce qui est recherché en fait est la libération de l’offensé. Le pardon est une victoire sur l’adversité et la noirceur, en dehors comme en dedans de nous.
Nous poursuivons prochainement notre propos sur le pardon en analysant comment il peut se combiner avec l’attitude constructive de non-violence.
par Benoît Lemogne | 8/03/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur le vivre avec autrui en bonne harmonie en travaillant l’acceptation par des exercices d’empathie. Si le discours de bienveillance est généralement bien accepté, les bonnes pratiques du quotidien sont souvent hardues à mettre en oeuvre… L’empathie consiste à privilégier la bienveillance et l’acceptation préalable, ce qui n’implique pas l’approbation ou la soumission. L’écoute et l’observation empathiques d’autrui nécessitent souvent une certaine attention dans le cadre d’une pratique régulière. Voici comment procéder :
Cinq conseils pour grandir en empathie envers autrui
- Passer du global au spécifique, du général au particulier : s’entrainer à nuancer son jugement, à ne pas être catégorique. Quand on n’apprécie pas une personne, s’entrainer à chercher ses (maigres ?) qualités et les raisons qui peuvent expliquer ses défauts
- Passer de la tentation de juger la personne (« il est stupide ») à l’effort de ne décrire que son comportement (« il n’a pas eu un comportement judicieux »)
- Passer d’un point de vue permanent à un point de vue de circonstance (« elle est comme ça dans telle situation »)
- Passer de la complainte (« elle est pénible ») à la tentative de compréhension (« mais qu’est-ce qui l’incite à adopter ce genre d’attitude? »)
- Passer du ressentiment négatif à la discussion ouverte.  Aller parler aux personnes avec qui existe un malentendu, ou vis à vis desquelles nous avons un ressentiment s’avère un exercice difficile mais souvent fructueux. Le but n’est pas de devenir ami mais d’affiner sa vision d’autrui, en s’expliquant avec lui. En parlant, on se rend compte souvent que l’autre est plus fragile et mieux intentionné qu’on ne le croit. Cela ne change pas ses défauts mais cela peut changer notre vision sur lui.
L’objectif de l’approche empathique envers autrui
L’empathie n’a pas pour but de nous permettre d’aimer une personne qu’on apprécie pas, mais de :
- ne pas s’enfermer dans une vision stérile d’elle
- éviter un certain nombre de fausses manoeuvres ou d’opinions erronées à son endroit
- apprendre peu à peu à agir de même avec soi pour mieux s’accepter et s’aimer soi-même
Il existe un autre exercice d’empathie beaucoup moins contraignant et beaucoup plus ludique : la lecture des romans ou la vision des films de cinéma. Ce sont d’excellents moyens d’entrer dans l’univers d’une personne qu’on n’aurait pas côtoyée naturellement dans nos relations sociales habituelles. La fiction romanesque et cinématographique nous permet de rentrer dans la peau de personnages antipathiques que la romance nous fait percevoir sinon comme des gens sympathiques du moins attachants, nous faisant comprendre la raison de leurs comportements désagréables.
Ne pas juger les autres est bon pour l’estime de soi
L’acceptation d’autrui est une attitude qui facilite le bien-être global des personnes qui la pratiquent. En outre, elle induit un cercle vertueux : le fait de se sentir bien facilite une attitude de bienveillance qui me fait elle-même du bien… Par ailleurs, un état d’esprit d’ouverture vis à vis d’autrui va de paire avec une bonne estime de soi : plus on s’estime, plus on est enclin à tirer profit des expériences de la vie, à avoir de la flexibilité et une capacité d’adaptation aux événements.
Les études montrent que l’estime de soi est un facteur d’activisme psychologique qui nous aide à  tirer le meilleur profit de notre environnement mais aussi à le provoquer. Lors d’une soirée, par exemple, au lieu de gaspiller son énergie à subir un convive ennuyeux et prétentieux, en s’irritant ou en se morfondant, il vaut mieux consacrer l’énergie ainsi économisée à l’observer pour découvrir ce qui peut avoir d’intéressant ou d’attachant chez l’individu. Il est établi qu’il est plus facile de donner le meilleur de soi-même quand on se sent apprécié par son entourage ou son auditoire que dans le cas contraire. Une bonne estime de soi peut ainsi être un formidable outil pour améliorer ses relations sociales.
Nous poursuivons prochainement notre réflexion en nous intéressant au pardon…
par Benoît Lemogne | 25/02/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur la confiance en autrui en nous intéressant aujourd’hui au jugement qu’on porte sur autrui et plus précisément aux bénéfices à ne plus juger autrui à priori. Mieux accepter les autres, c’est d’abord le meilleur moyen de mieux s’accepter soi-même! L’acceptation nous rend plus fort, nous permettant de nous percevoir comme le jouet possible des autres et de redevenir acteur de ses relations sociales.
Gérer la tentation de juger autrui
La tentation de porter un jugement sur ce que sont ou sur ce que font les gens n’existe qu’à partir de notre propre expérience car nous ne pouvons voir chez les autres que ce que nous connaissons, bien souvent de nous-même! Notre égoïsme nous rend plus sensible à l’égoïsme des autres… C’est le mécanisme classique de la projection qui nous fait attribuer à autrui des sentiments ou des intentions qui nous appartiennent.
Cette tendance à voir le monde au travers de nos difficultés personnelles dépend en partie de l’importance que notre ego prend dans notre fonctionnement psychique. L’obsession douloureuse de soi, caractéristique des profils à estime de soi fragile, les expose beaucoup à ce risque. Cette vision autocentrée conduit à un appauvrissement de leur vision du monde, et donc d’eux-mêmes.
La tendance à juger est inhérente à  celle de fermeture à l’expérience. On remplit le monde de soi-même au lieu de se laisser remplir par le monde, ce qui génère une difficulté à nous intéresser à autrui et à ce qui est extérieur à nos centres d’intérêt. Le monde parait alors figé, les gens nous apparaissent toujours semblables. En fait, c’est notre façon de les appréhender et de les percevoir qui est toujours la même…
Comment faire si je me sens toujours déçu par autrui ?
Les autres ne sont jamais aussi admirables, ni même aussi « minables », qu’on le pense à priori. Si je suis déçu par autrui, c’est peut-être que j’en en attends trop… Alors existe-t-il un bon usage d’autrui qui me mettrait à l’abris des déceptions, sans pour autant me retirer des échanges sociaux ? L’effet d’étiquetage est bien connu : une fois qu’on s’est fait une idée sur une personne ou sur un groupe social, difficile de s’en défaire car tout est analysé sous le prisme de cet à priori. Nous avons tendance à mémoriser ce qui conforte notre idée première et à refouler ce qui ne la corrobore pas.
De la même façon, on choisit de préférence les informations qui confirment nos idées ou nos valeurs. C’est révélateur dans le choix des magazines ou des journaux auxquels on peut être abonné (Minute, Le Figaro, Libération, l’Humanité…) et cela explique qu’on vive l’actualité à travers le prisme de nos convictions. Ainsi, les racistes seront plus sensibles aux agressions commises par les étrangers, les anarchistes aux bavures policières… D’où la persistance importante dans la société des stéréotypes de tous genres.
Un petit exercice d’acceptation peut consister à se forcer à lire régulièrement des journaux dont la ligne éditoriale ne correspond pas à nos convictions afin de nous mettre en contact avec les raisonnements ou des arguments différents. Le plus simple pour lutter contre ses à priori consiste à adopter le réflexe de ne pas juger d’emblée, trop vite. A défaut, nous risquons d’être victime d’un effet de priorité : la première croyance à s’implanter restera la plus difficile à déloger.
Nous revoilà aux principes de base de l’acceptation : doucement et régulièrement, il convient de s’habituer à observer et à accepter ce que nous voyons, avant de juger, puis réfléchir. Et si nous décidons de porter un jugement, le faire de façon précise, justifiée et provisoire. Enfin, agir pour changer ce qui doit l’être. Accepter par exemple l’injustice et la trahison puisqu’elles existent. Accepter que l’on m’ait menti ou trahi, que l’on ait abusé de mes faiblesses, de mes vulnérabilités ou de ma confiance. Si cela a eu lieu, ne pas l’accepter revient à me punir une seconde fois. Il convient d’apprendre à le dépasser pour éviter que la souffrance nous entraine sur un terrain de stagnation, voire de régression.
C’est ainsi que nous poursuivrons prochainement notre réflexion en travaillant l’acceptation par des exercices d’empathie et de cheminement vers le pardon.
par Benoît Lemogne | 15/02/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion en apprenant à faire un bon usage de la confiance en autrui. Que gagne-t-on à faire confiance à autrui ? Comment réagir quand on a été trahi ?
Avantages à faire confiance à autrui
L’avantage indéniable est la qualité de vie. Cependant, il est inutile de nous exposer naïvement à la déception, à l’exploitation ou pire encore à la trahison. La solution réside dans notre faculté à faire à autrui une confiance non pas aveugle mais éveillée : en accordant le maximum de confiance en considérant nos interlocuteurs comme fiables, jusqu’à preuve du contraire. La confiance se construit : vous ne confiriez pas les clés de votre maison à un illustre inconnu… Ainsi donc, sur l’échelle de confiance, il convient de placer le curseur à 10 sur 20. Eviter de le mettre à  0 (confiance nulle), ou à l’inverse à  20 (confiance aveugle).
La clé réside dans la flexibilité. Il ‘agit d’ajuster le niveau de confiance que l’on fait à autrui, non pas en fonction de nos propres sensibilités mais en fonction de leur légitimité à mériter notre confiance. Cela nécessite notamment de faire l’effort de comprendre que certains manquements à la confiance raisonnable que nous avons accordée peuvent aussi s’expliquer par de la maladresse, de l’incompréhension, ou de l’égoïsme, plutôt que par de la malveillance ou du cynisme.
Attitude à adopter en cas de confiance déçue ou trahie
- Etre conscient du fait que la personne sur qui la trahison en dit le plus n’est pas la personne trahie mais la personne auteur de la trahison
- Ne pas généraliser la méfiance ultérieure à l’ensemble du genre humain sous l’effet émotionnel de la trahison. Continuer à accorder sa confiance aux personnes fiables
- Essayer de s’en tenir seulement à une méfiance augmentée envers la personne qui a trahi, sans forcément lui retirer toute confiance pour autant non plus
- En parler rapidement à des proches pour se faire aider dans l’analyse de la situation et l’évaluation de l’ampleur de la trahison. Ne pas réagir à chaud, sous peine de prendre le risque de radicaliser son jugement
- Si ce sont des propos rapportés, vérifier la teneur exacte des propos tenus.
- En parler ultérieurement à la personne concernée sous forme de question et non de reproche ou d’accusation.
Conclusion : les bénéfices de la confiance mutuelle
La confiance est primordiale dans les relations humaines, que ce soit dans la sphère intime (couple, amis, collègues) ou plus généralement sociale (rapport avec autrui en général). Elle génère un effet boule de neige positif : plus on perçoit que notre interlocuteur est attentif à nos besoins, plus on lui fait confiance naturellement. On va alors être également enclin à être attentif à ses propres besoins et une confiance mutuelle va ainsi s’instaurer.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant au jugement et plus précisément aux bénéfices à ne pas juger autrui à priori.
par Benoît Lemogne | 5/02/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur les jaloux et les envieux en apprenant à ne plus se méfier des autres et à leur faire confiance. Nous allons voir qu’à long terme, les avantages sont supérieurs aux inconvénients. Mais pour ceux qui manquent de confiance en eux-mêmes, faire confiance à autrui est un véritable challenge ! On peut s’y croire incapable pour de multiples raisons : avoir été abusé trop souvent, être incapable de se faire respecter… Pour éviter la déception et la trahison, certains pensent préférable de ne pas faire confiance, quitte à s’isoler…
Qu’implique la confiance en autrui ?
La confiance peut s’incarner dans l’attente que notre désir ne sera pas déçu et que nos vulnérabilités ne seront pas exploitées à notre insu. Il s’agit d’une espérance, d’un pari sur les relations sociales. La confiance peut avoir des vertus pour la personne qui en est l’objet : elle peut l’aider à évoluer favorablement, à s’améliorer en se dépassant, comme l’écolier qui apprend sous le regard bienveillant de son maître. De façon plus générale, elle contribue à rendre la société plus humaine.
Les sources de notre capacité à faire confiance résident dans notre passé : avoir eu des parents fiables, ne pas avoir vécu de trahisons douloureuses après s’être investi ou révélé. Curieusement d’ailleurs, les raisons de faire confiance peuvent être opposées au sein d’un même profil. Ainsi, pour certaines personnes à faible estime de soi, il est plus aisé de faire confiance aux autres car cette attitude consensuelle leur permet de ne pas entrer en conflit avec eux.
Les facteurs psychologiques jouent également à plein : la confiance est ainsi très influencée par la vie émotionnelle. Facilitée par les émotions positives, elle est entravée par les émotions négatives. Un tempérament naturellement enclin à la tristesse et à l’inquiétude peut induire une méfiance systématique envers autrui, alimentée par la peur, le pessimisme ou la projection de ses propres mauvaises pensées et de ses visions négatives de l’humanité.
Dans les cas les plus extrêmes, comme les pervers-narcissiques, que nous avons abondamment analysés il y a quelques mois, l’incapacité à faire confiance peut relever d’une réelle pathologie : intimement persuadés que personne n’est digne de confiance, ils vivent dans la peur panique d’être abandonnés par leur victime dont ils sont complètement dépendants. Ils sont malheureusement incapables de lâcher prise en faisant confiance car la faculté de se projeter dans une relation humaine épanouissante leur est inaccessible.
Inconvénients de la méfiance en autrui
Ne pas faire confiance nécessite une énergie folle pour se méfier, observer, scruter, vérifier, temporiser… C’est vivre une tension physique et psychique permanente alimentée par une vision du monde négative, épuisante et toxique à long terme. Impossible de baisser la garde. Cela vaut-il vraiment le coup de se gâcher la vie pour éviter quelques duperies ou certaines déceptions?
La confiance suppose d’accepter un certain risque social pour un bénéfice palpable : celui de la qualité de vie. Les bénéfices émotionnels de la confiance sont constants, au regard des avantages matériels ponctuels de la méfiance. Alors : « Trop bons, trop cons » ? Mais si les « bons cons » étaient plus heureux que les méfiants grincheux ?
Nous poursuivons prochainement notre réflexion en apprenant à faire un bon usage de la confiance en autrui.
par Benoît Lemogne | 26/01/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur la façon de parvenir à vivre en bonne harmonie avec autrui en nous intéressant aujourd’hui aux émotions liées au doute de soi que sont l’envie et la jalousie, qui signent comme autant d’échecs de l’estime de soi quand elles cèdent à la tentation des comparaisons et de la compétition. L’envie renvoie au sentiment désagréable éprouvé face à ce que possède une autre personne, que nous n’avons pas et qui nous fait défaut : argent, statut, notoriété, bonheur… On est en général envieux des personnes dont on est plus ou moins proche, avec qui on peut se comparer raisonnablement. La jalousie, quant à elle, désigne la crainte de perdre quelque chose que nous avons déjà . On est ainsi jaloux de son conjoint dont on va surveiller les moindres faits et gestes et les plus petits bavardages pour dépister une éventuelle inclinaison pour un rival. En amitié, la jalousie se manifeste pas la quête d’une relation exclusive. Certains malheureux cumulent envie et jalousie : les enfants qui craignent que leur frère ou sÅ“ur soit préféré et sont à la fois envieux (son cadeau est mieux) et jaloux (on l’aime plus que moi).
Comment se libérer de l’envie qu’on ressent vis à vis d’ autrui ?
L’apparition de l’envie nécessite deux conditions : une comparaison sociale défavorable et un sentiment d’impuissance à obtenir ce que possède l’autre personne. L’envie n’a pas forcément de rapport avec le pouvoir ou les possessions réelles. On peut envier le bonheur d’autrui, être agacé par sa capacité à la bonne humeur ou à se sortir avec habileté de toutes les situations délicates. Un cercle vicieux se met en place, qui fragilise encore plus l’estime de soi déjà malmenée, en poussant à des comparaisons sociales incessantes et toxiques. Cela facilite l’installation d’un sentiment de ratage personnel et d’amertume. A force, l’envie aboutit à une lecture maladive et obsédante des avantages d’autrui, encore plus destructrice pour l’estime de soi. Alors voyons comment se libérer de l’envie qui nous ronge?
L’envie dure toujours plus longtemps que le bonheur de ceux que nous envions (La Rochefoucauld). De nombreux efforts vont être nécessaires pour se débarrasser de ce cancer : des commérages consistant à dire du mal des personnes dont on est envieux, de notre propension à médire de la société en prétendant être victime d’injustice sociale… L’objectif est de transformer son envie en indifférence, voire en bienveillance! S’entrainer à se réjouir de la réussite des autres est un exercice très sain et instructif. Combattre le mal par le mal… Au delà du fait de réprimer son envie, mieux vaut la reconnaître et la transformer en s’entrainant à passer de l’envie agressive et dépressive à l’envie émulative et ainsi retrouver la stimulation à agir : Comment m’y prendre pour obtenir moi aussi ce qui déclenche mon envie ?
Comment se débarrasser de la jalousie vis à vis d’ autrui ?
La jalousie repose sur la peur de perdre un lien ou une place, privilégié(e) ou exclusif(ve). L’envieux veut posséder ce qu’il n’a pas, le jaloux ce qu’il croit être à lui. Reposant sur une conception erronée, archaïque et primitive, de ce qu’est un lien affectif à autrui, qu’il soit amoureux ou amical. Aimer n’est pas posséder. Etre aimé d’un jaloux ne signifie pas accepter la soumission à son instinct de possession maladif. La jalousie est une souffrance qui provoque de l’anxiété à la fois par la baisse de l’estime de soi qu’elle provoque et par l’anticipation de la perte des liens privilégiés. Jamais un jaloux ne savoure son bonheur, il ne fait que le surveiller, craignant que ses qualités ne suffisent pas à retenir l’être aimé auprès de lui. D’où ses efforts pour scruter, intimider, emprisonner. Au lieu de donner l’envie à l’autre de rester, il cherche par tous les moyens à l’empêcher de partir. L’estime de soi déjà déficiente est mise à mal car la jalousie empêche d’être rassuré sur les sentiments que l’on nous prête réellement. L’autre étant ligoté, on ignore s’il est vraiment attaché. La jalousie aggrave le problème au lieu de le solutionner.
Alors comment se libérer de la jalousie qui nous ronge? La psychothérapie n’est pas très expérimentée pour aider les jaloux. Elle l’est d’avantage vis à vis de ceux qui en sont victime, plus nombreux à consulter. Mais pour ceux qui s’y frottent, le combat est long et difficile. Il faut travailler sur toutes les bases de la psychologie de l’attachement. La plupart du temps, les jaloux ont depuis l’enfance un style d’attachement insécurisant à cause de traumatismes liés à des séparations ou des abandons précoces ou d’un tempérament d’emblée hyper sensible à l’éloignement. Alors une fois qu’ils ont décidé de jeter leur dévolu sur un objet d’amour, ils ne le lâchent plus. La thérapie consiste à repenser totalement la manière de se lier aux autres. Cela commence par travailler sur son estime de soi…
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en apprenant à ne plus se méfier des autres et à faire confiance.
par Benoît Lemogne | 15/01/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur le vivre en bonne harmonie avec les autres en nous intéressant au réflexe des comparaisons et en apprenant à nous protéger des compétitions inutiles. Nous nous faisons parfois piéger à entrer dans des rapports avec les autres que nous n’aurions pas souhaités. Ces réflexes de comparaison et de compétition sont d’autant plus irrésistibles qu’ils sont innés, mais nous pouvons choisir de les apprivoiser pour leur éviter de nous faire souffrir. Car plus on se compare aux autres, plus on a tendance à ressentir des états d’âme négatifs, tels que regrets, culpabilité, envie, insatisfaction… Le fait de procéder régulièrement à des comparaisons sociales, transformant la vie des personnes qui s’y adonnent en challenge permanent, les rendrait moins heureuses.
Comment améliorer nos rapport avec les autres ?
Les attitudes comparatives et compétitives tendent à altérer la qualité de nos relations sociales, surtout pour les profil à hautes estimes de soi fragiles et instables pour qui la compétition a un coût émotionnel très lourd. Il s’agit en fait de s’inspirer d’autrui pour progresser. Pour les profil à estime de soi fragile, la pratique de comparaison sociale a pour but de les rassurer. Gagner en estime de soi les met donc à l’abris des coûts émotionnels des comparaisons sociales.
Mais ces comparaisons peuvent être mieux utilisées si elles nous aident à progresser personnellement et non pas seulement à nous sécuriser. On parle d’apprentissage social : par l’observation des autres, parents, enseignants, camarades, collègues de travail… Plutôt que de juger son prochain, observons le et profitons des innombrables exemples ou contre-exemples que cette activité va nous procurer. A force de comparaison, on en arrive un jour à une forme de sagesse de l’estime de soi avec la faculté de se comparer à soi-même pour évaluer sa propre évolution. Sans doute l’un des meilleurs moyen de pratiquer le développement personnel, en se vivant comme le perpétuel artisan de soi-même…
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant aux émotions du doute de soi : envie et jalousie.
par Benoît Lemogne | 5/01/2016 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur le vivre avec les autres en bonne harmonie en nous intéressant aujourd’hui à la peur du ridicule et au combat contre la honte et les blessures d’amour-propre, si caractéristiques des personnes ne maitrisant pas leur estime de soi. En fait, ce sont bien souvent des blessures déplacées, qui auraient pu être évitées, ou même ne pas exister du tout. Plus souvent liées à l’hypersensibilité de la personne qu’à la gravité ou la réalité des « attaques » dont elle a pu faire l’objet, elles peuvent souvent être domestiquées par des exercices adéquats.
Les émotions de l’estime de soi en souffrance
L’origine des émotions qui nous font souffrir ne se situe pas seulement en dehors de nous (les situations qui les déclenchent) mais aussi en dedans (notre propre sensibilité). De toutes les émotions, celles qui nous préoccupent ici sont d’ailleurs les plus secrètes, ne se manifestant pas par une expression du visage, et les plus indépendantes de déclencheurs externes : à la différence des sources de la peur ou de la colère qui sont universelles, les sources de la honte ou de la gène sont culturelles et bien souvent personnelles. Ces émotions se caractérisent également par le fait qu’elles sont très liées à la présence des autres. Ne dit-on pas que l’amour-propre est l’amour de soi sous le regard des autres? On verra que ce n’est pas tant la situation qui compte que l’interprétation qu’on en fait.
A un degré minime, ces émotions se manifestent pas l’embarras ou la gêne. A ce stade, on ne peut pas encore parler de manifestation d’une évaluation négative de soi. La gêne d’un timide peut être causée par une mise en valeur devant un grand auditoire, par une erreur ou une inadéquation de son comportement (commettre une maladresse, dire une bêtise…). Le sentiment du ridicule se situe un cran au-dessus, étant associé à la conviction d’avoir abîmé son image sociale, ou suscité des regards moqueurs ou ironiques. Beaucoup de personnes à l’estime de soi fragile ont du mal à rire d’elles-mêmes, même dans des situations où le rire n’est pas offensant.
Beaucoup plus problématique est le sentiment de honte. Proche du sentiment de culpabilité, ce sentiment d’inconfort lié à la conviction intime d’avoir commis une faute, la honte est un sentiment plus ravageur encore lié à la personne et non pas seulement au comportement. On se culpabilise de ce qu’on a fait tandis qu’on a honte de ce qu’on est. La honte est activée par le sentiment de jugement public sur nos actes. Dépendant de convictions personnelles, elle peut être responsable de nombreux dérapages chez les personnes soucieuses de ne pas décevoir ou de toujours se présenter sous leur meilleur jour (ne jamais sortir non maquillée…). Elle est destructrice sur la durée, alimentant des ruminations délétères qui vont progressivement augmenter la vulnérabilité et justifier des évitements ultérieurs (ne plus oser danser, s’exprimer, sortir…), sans compter qu’elle peut également susciter des phénomènes de vengeance et d’agression envers autrui.
Quelques exercices pour combattre la honte vis à vis des autres
La honte nous sert à ne pas oublier que, pour avoir sa place au sein d’un groupe social, il y a des codes à respecter. Si la peur me rend plus prudent en me faisant anticiper les dangers, la honte me rend plus conscient en me faisant anticiper les rejets. Des exercices existent pour combattre la honte, consistant à nous habituer à ressentir graduellement gêne, embarras, ridicule sans se laisser impressionner. Généralement, on se rend compte qu’on est bien plus mal à l’aise avant l’exercice qu’après car l’idée d’être ridicule est souvent bien plus intense que le fait de l’être réellement. Cela démontre le grand gâchis provoqué par les phénomènes d’évitement. Ensuite, on réalise que les personnes prêtent bien peu d’attention à nous, et à ce qui nous semblait attirer immanquablement leur attention. Enfin, plus on répète l’exercice, plus le sentiment d’inconfort s’estompe.
Quelques exemples de bonnes pratiques à adopter selon les circonstances :
- Devant la honte : ne jamais rester seul car la solitude est le moteur de la honte. Or le mouvement réflexe de la honte est justement le repli sur soi… En parler à autrui permet de défocaliser, de ne pas se noyer, de ne pas surévaluer le jugement négatif des autres. Il est même conseillé d’aller parler de la honte à la personne qui l’a causée ou qui en a été témoin.
- Devant l’intolérance au silence (« un ange passe ») : apprendre à accepter le silence : en souriant, en respirant, en observant autour de soi.
- Pour les personnes timides peu sûres d’elles en société : mieux vaut apprendre à s’accepter imparfait plutôt que de faire semblant d’être un autre que soi.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant au réflexe des comparaisons et en apprenant à nous protéger des compétitions inutiles.
par Benoît Lemogne | 29/12/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur notre rapport aux autres en nous intéressant aujourd’hui au visage qu’on leur présente de nous. « Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes plutôt que d’essayer de paraitre ce que nous ne sommes pas » (La Rochefoucauld).
Jusqu’où peut-on aller pour être bien perçu par les autres ?
A partir de quand les efforts que nous fournissons pour ne pas susciter le rejet des autres deviennent-ils des compromissions? Où se situe le point d’équilibre entre l’approche très précautionneuse, voire aliénante des personnes à basse estime de soi et l’approche offensive, voire agressive, des personnes à haute estime de soi fragiles ? Comment trouver le juste milieu en conduisant nos efforts sans trahir notre identité? Il s’agit de connaître les règles de son époque et de son milieu en restant vigilent sur le degré de pression qu’elles exercent sur nous.
A notre époque qui a beaucoup renoncé à enseigner la politesse et les convenances, l’essentiel de l’apprentissage des règles du vivre ensemble ne se fait plus par injonctions, parentales ou sociales, mais de manière invisible, par imitation de ces modèles. Il s’agit en fait de trouver sa place, et non de vouloir prendre trop ou pas assez de place. Cela passe d’abord par une phase d’affirmation de soi puis par une phase d’écoute active, pour s’adapter à  son interlocuteur. Cela permet de capter des informations extérieures bien utiles pour savoir comment se positionner par rapport à lui afin de nous détacher de nos suppositions.
Les avantages d’une présentation équilibrée et sincère
Faut-il donc chercher systématiquement à se présenter sous son meilleur profil? Tout dépend en fait de l’intensité des efforts à fournir. Mais il a été établi qu’une présentation de soi modeste, ni trop positive, ni trop négative, est celle qui procurera les sentiments et les jugements les plus favorables envers nous et qui provoquera donc la plus grande acceptation sociale. Sur le long terme, les bénéfices de la sincérité sont indubitables en raison du coût épuisant du « faire semblant ».
La propension de certains à toujours montrer le meilleur de leur personne et de maîtriser la manière dont ils sont perçus génère une source majeure de stress chez eux. Alors que s’exposer aux autres naturellement s’avère plus fructueux à long terme car il nous permet d’être apprécié pour ce que nous sommes, et non pour ce que nous cherchons à parâtre. Etre apprécié des autres est quelque chose qui fait du bien mais c’est encore meilleur pour l’estime de soi quand on est apprécié pour ce que l’on est plus que pour ce qu’on a fait ou réussi. Le fait d’être compris et accepté des autres allège beaucoup nos défenses et nos tendances à protéger ou à promouvoir notre estime de soi.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant à la peur du ridicule et au combat contre la honte et les blessures d’amour-propre.
par Benoît Lemogne | 18/12/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion en nous intéressant aujourd’hui à la recherche de l’estime des autres. Au delà du besoin de reconnaissance en tant que telle, compte beaucoup la forme de la reconnaissance, positive si possible : sympathie, amitié, affection… (sauf pour les pervers-narcissiques qui ont un besoin pathologique de se faire détester, ainsi que nous l’avons vu la semaine dernière). Ces nourritures affectives sont indispensables aux êtres « normaux » : pour se développer, se sentir heureux et digne d’exister. Ces liens relèvent de notre besoin d’attachement et de sécurité. L’homme est un animal social : sans amour et sans attention, il ne peut grandir ni même survivre, sauf à développer des pathologies comportementales. Pour ceux qui en ont manqué dans leur petite enfance, ou même avant-même leur naissance, leur mémoire émotionnelle ne peut que s’en souvenir, ce qui peut générer une exigence accrue de preuves d’attachement affectif à leur égard à l’adolescence ou à l’âge adulte.
Jusqu’où aller dans le besoin d’être aimé par les autres ?
Il peut exister des dépendances pathologiques aux signes d’attachement des autres. Les personnes trop « gentilles » peuvent étouffer leur entourage avec leur préoccupation incessante de leur faire plaisir. Ces personnes se sentent toujours en dette vis à vis des autres et indignes de reconnaissance. A un niveau pathologique, certaines personnes peuvent réagir avec violence (intérieurement par la souffrance ou extérieurement par des reproches ou des larmes) à tout ce qu’ils interpréteront comme une forme de recul ou de mise à distance. Pour d’autres encore, elles ne pourront s’épanouir que par une relation affective, ce qui donne lieu par exemple à un copinage trop rapide avec une nouvelle connaissance.
Ces personnes présentent un besoin hypertrophié de signes de reconnaissance et d’affection. Elles ne veulent pas être choisies, elles veulent être préférées, mais sans forcément oser l’avouer. Beaucoup d’études ont analysé ce qui se passe en cas de menace sur notre place aux yeux des autres. Encore une fois, la question ramène à celle de l’estime de soi. Les personnes vulnérables ont tendance à « acheter » l’affection des autres par un excès de gentillesse ou de prévenance à leur égard. Elles peuvent malheureusement se révéler des proies idéales pour certains prédateurs comme les pervers narcissiques.
Amour et estime de soi
L’amour est-il bon pour l’estime de soi? Est-il réparateur ou fragilisant? Et surtout, n’attend-on pas trop de l’amour ? Etonnamment, il existe souvent un « gâchis » d’amour chez les sujets à basse estime de soi qui ont une irrésistible tendance à sous-estimer le regard positif posé sur eux par leurs partenaires sentimentaux. Ils mettent des années à « baisser la garde » dans leur couple, habités par un réflexe inconscient de prudence amenant à ne pas vouloir se croire trop aimé pour ne pas devenir trop dépendant de cet amour qui leur fait tant de bien mais qu’ils craignent tant en même temps pouvoir perdre… Le partenaire peut à tort analyser cette peur comme un manque d’amour, alors qu’il s’agit en fait d’un manque de confiance. Mais le temps fait généralement bien son Å“uvre : un jour, on comprend qu’on est aimé pour soi réellement et que l’autre s’est détaché de l’image idéalisée qu’il avait projetée sur nous…
Les profils à basse estime de soi ont également tendance à ne pas suffisamment « utiliser » leur couple pour combattre leur manque de confiance, à ne pas assez se confier, à demander des conseils et de l’attention aux moments où ils en ont besoin. On observe également en amour des besoins de fusion des personnalités dépendantes à faible estime de soi (profil idéal des victimes de pervers-narcissiques). La fusion les rassure, les sécurisent mais leur fait courir un grand risque d’aliénation dans le couple, avec la tentation de s’effacer derrière le partenaire de vie, de ne plus exister socialement que par lui. De s’en sentir soulagé, anesthésié de sa propre personnalité et même de son identité. On se réveille un jour en se disant qu’on n’a vécu qu’à travers l’autre (« femme de… ») et qu’il est maintenant temps de se réapproprier sa propre personnalité. Alors commence un grand et long travail de reconstruction…
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion sur notre rapport aux autres en nous intéressant au visage qu’on leur présente de nous.
par Benoît Lemogne | 11/12/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur la façon de vivre en harmonie avec les autres en nous intéressant aujourd’hui à la peur de l’indifférence et au désir de reconnaissance : la difficulté d’exister dans le regard de l’autre. Car il existe une autre peur que celle du rejet, une peur située en amont d’elle, plus discrète, moins spectaculaire mais dommageable elle aussi pour notre bien-être et nos comportements : celle de l’indifférence. Que se passe-t-il en nous quand nous avons le sentiment de ne pas compter pour les autres, d’être ignoré, de ne servir à rien ?
Le désir de reconnaissance par les autres
Le besoin de reconnaissance est différent de celui d’approbation ou d’amour, il le précède. C’est le fait d’être regardé par les autres comme un être humain à part entière : être salué et accueilli quand on arrive quelque part, être appelé par son nom, selon la familiarité que nous entretenons avec nos proches. Toutes ces manifestations sont parfaitement discrètes, elles ne procurent pas forcément de joie mais leur existence nous est indispensable, leur absence nous est toxique. Cela procède du sentiment de reconnaissance sociale et rappelle l’absolue nécessité pour l’être humain de disposer d’un capital social autour de lui. En témoigne le bien fait que nous procurent les petites attentions de notre entourage ou la complainte légitime des personnes en marge, dépressives, qui se plaignent de ne jamais être sollicité par quiconque. Les enfants ne l’ont-ils pas compris en attirant sur eux notre attention par des bêtises ou des caprices, quand ils se sentent négligés ?
D’ailleurs, la reconnaissance n’a pas forcément besoin d’être positive. Les pervers-narcissiques éprouvent la satisfaction de susciter la détestation qui nourrit leur besoin exacerbé de reconnaissance de leur existence, et de leur importance qu’ils mesurent à l’intensité de l’aversion qu’ils suscitent et au nombre de gens qui les détestent. Ces personnes pathologiques sont souvent inaptes à créer de réels liens amicaux, ne fonctionnant que dans le conflit, la manipulation et la domination. Le rejet leur importe peu en ce sens : à condition qu’il s’accompagne d’émotions fortes qui constituent autant de victoires à leurs yeux. D’où leur besoin de provocations régulières : l’indifférence les angoisse, les plongeant dans un doute insupportable d’existence.
Reconnaissance de conformité ou de distinction ?
Il existe deux manières d’obtenir de la reconnaissance : être comme les autres et s’en différencier. La reconnaissance de conformité est plus fortement présente aux extrémités de l’existence : enfance et vieillesse. Souvent associée à un sentiment de relative fragilité, elle représente un gage d’acceptation sociale. La reconnaissance de distinction est plus fréquente chez les adolescents et les jeunes adultes car elle leur sert à affirmer et à construire leur identité. Le paradoxe est que cette reconnaissance se confond avec la recherche de conformité à un groupe identitaire qu’on a choisi d’intégrer (et non plus à l’ensemble sans identité). C’est en fait un besoin d’affiliation. Etre ou ne pas être comme les autres est donc aussi un enjeu pour l’estime de soi : se conformer aux codes d’une majorité est plus souvent le choix des profils à basse estime de soi. S’en distinguer ou se conformer à ceux d’une minorité, celui des profils à haute estime de soi fragiles. Et s’en ficher plus ou moins, celui des bonnes estimes de soi.
Les risques et les erreurs de la recherche de reconnaissance
Pour les profils à basse estime de soi, le risque est l’hyper conformité, au risque de l’aliénation. On cachera tout ce qui dépasse de la norme pressentie pour se conformer à l’image sociale qui nous paraît la plus adéquate pour garantir l’acceptation par le plus grand nombre. Pour les profils à  haute estime de soi fragile tentant de compenser leurs doutes par la recherche de valorisation, ce sera la rupture avec la masse dans l’anonymat de laquelle elles ont l’impression de disparaître. Voici les risques d’erreur auxquels on est tous confronté :
- Erreur de ne pas se sentir reconnu alors qu’on l’est en réalité. Et ainsi enclencher une quête de reconnaissance supplémentaire et aléatoire alors qu’il aurait suffit d’ouvrir les yeux
- Erreur de ne pas accorder d’importance aux signes de reconnaissance que l’on reçoit, de ne pas se sentir valorisé par le groupe et les personnes qui nous reconnaissent.
- Erreur de confondre le désir de reconnaissance avec le désir d’amour et d’attendre du premier qu’il satisfasse le second.
Solitude et sentiment de solitude
Le sentiment de solitude déchire le voile des illusions (que nous ne formons qu’un avec nos proches, que nous les connaissons parfaitement). L’isolement social est un facteur de risque en matière de dépression, mais on s’aperçoit que c’est d’avantage la solitude perçue qui pèse que la solitude réelle : le fait de se sentir seul. Et la quantité de contacts sociaux chez les personnes souffrant de sentiment de solitude n’est pas en cause. Il s’agit d’avantage d’une question qualitative liée à la satisfaction tirée des rapports sociaux. On peut se sentir seul au sein d’une foule! En fait la seule solitude qui vaille est celle que l’on choisit, non celle que l’on subit.
Nous poursuivons prochainement notre réflexion en nous attachant à la recherche de l’estime des autres.
par Benoît Lemogne | 2/12/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur la peur d’être rejeté par les autres. Beaucoup trop de personnes souffrent du sentiment de ne pas être suffisamment accepté par les autres. Elles ont peur d’être rejeté et subissent les pensées négatives qui sont associées à ce sentiment.
La peur du rejet des autres et les risques de l’engrenage émotionnel
Le besoin de lien, d’appartenance et d’acceptation est sans doute l’un des plus fondamentaux chez l’être humain. Dans les sociétés primitives, être rejeté signifiait être condamné. D’où la nécessité du lien et l’importance de savoir le susciter et le savourer. Et la méfiance aussi à avoir lorsque ce besoin de lien et son détecteur à rejet se sont déréglés, faisant de nous des hypersensibles à toute forme de remise à distance. Car se sentir rejeté ne signifie pas nécessairement qu’on le soit. Le problème est souvent d’abord lié à l’estime de soi : si on ne s’estime pas, on se juge généralement négativement et on suppose alors que le jugement de l’autre sera similaire. Inconsciemment, ce sentiment va générer notre propre mise à l’écart (pour essayer de nous protéger préventivement d’un risque de rejet), validant inconsciemment la possibilité de rejet.
La distorsion entre le sentiment de rejet (généré pas sa seule crainte) et le rejet lui-même se retrouve chez les personnes à forte activité émotionnelle. Si on est mal à l’aise, on est persuadé que tout le monde s’en est rendu compte, et on se sent alors ridicule… On prend le risque d’attirer l’attention sur soi en adoptant une attitude étrange. On prend ses émotions non comme un avertissement de la possibilité d’un problème, mais comme une certitude sur sa réalité et sa gravité.  Il faut alors prêter attention au phénomène d’auto-intoxication par les pensées erronées du raisonnement émotionnel. Nous pouvons ainsi procéder à notre auto mise à l’écart, même avec des personnes très proches. Par exemple, quand des personnes en manque de confiance perçoivent leur conjoint comme critique ou insatisfait envers eux, ils ont tendance à refroidir la relation, prendre de la distance, se mettre à leur tour à penser à leur partenaire en termes négatifs, ce qui ne fera qu’aggraver le problème, que l’insatisfaction du partenaire soit réelle ou supposée…
Attention donc à la projection de ses propres processus mentaux. En fait, non seulement nous sommes deux fois moins regardés et épiés que nous ne le pensons, mais quand nous le sommes, nous sommes jugés beaucoup moins sévèrement que nous le redoutons. Par ailleurs, lorsque nous sommes mal jugés, il est très souvent possible d’inverser ce jugement par un comportement social positif qui permettra d’inverser la première mauvaise impression. Certains thérapeutes vont même plus loin dans cette mise à distance en procédant à des travaux pratiques d’exposition au ridicule par exemple.
Voici quelques stratégies auxquelles on peut avoir recours face à la peur du rejet social :
- Repérer les situations de déclenchement de notre peur de rejet social : quand on est en situation d’être observé ou en compétition. Par exemple, participer à un événement mondain où bons mots et connaissances culturelles sont de rigueur. Savoir qu’à ces moments, nous aurons tendance à surévaluer les jugements portés sur nous est une première étape. Si tu n’as rien à dire, mets toi en position de spectateur : savoure les talents des autres et amuse toi de leurs désirs de les montrer. Tu pourras être surpris d’avoir de bonnes idées qui apparaissent à ton esprit, chose qui ne serait pas produite si tu t’étais mis la pression en te comparant aux personnes qui sont le plus à l’aise avec l’exercice.
- Se rappeler que les autres pensent également majoritairement à eux-mêmes ! Nous ne sommes pas le centre du monde! Pour nous en convaincre, prenons l’exemple des personnes qui prétendent avoir un diplôme pour exercer une profession. La plupart d’entre eux ne se font démasquer en raison de leur incompétence mais à cause de petits détails annexes.
- Accepter éventuellement d’être jugé et voir paisiblement comment infléchir le jugement tant redouté : avec l’idée d’une image de soi globale ou non focalisée sur ses limites ou ses défauts. Si on pense ne pas avoir les bons vêtements pour cette soirée, autant s’y montrer agréable et avenant. Accepter l’idée que de toute façon certaines personnes trouveront toujours à redire mais qu’elles ne sont pas en majorité. Pourquoi se protéger de gens critiques en se faisant tout petit, au risque de ne pas rencontrer les personnes plus ouvertes?
- Adopter des comportements sociaux ouverts vers les autres : adopter une attitude de désobéissance face à la peur qui nous refreine. Ne pas forcément attendre que les autres fassent le premier pas mais prendre les devants en se faisant confiance. Préfère-t-on risquer un rejet ou vivre dans le regret de ne pas avoir tenté la relation?
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant à la peur de l’indifférence et au désir de reconnaissance : exister dans le regard de l’autre.
par Benoît Lemogne | 25/11/2015 | Réflexions
L’homme est un animal social. Parce qu’il a besoin d’autrui pour s’épanouir, il peut rapidement craindre d’être rejeté. Notre besoin de reconnaissance sociale peut ainsi rapidement se transformer en fragilité, voire même en souffrance. Certains sont prêts à tout pour éviter de ressentir un sentiment d’exclusion et ne plus connaître indifférence, froideur, méchanceté, agressivité, mépris ou même indifférence. On a un besoin vital d’exister dans le regard et le cÅ“ur des autres. Alors adoptons la meilleure façon d’être possible pour vivre en harmonie avec les autres en cultivant confiance, gratitude et sens du partage.
Se libérer de la peur du rejet social
Nous avons tous vécu à des degrés divers une expérience douloureuse de rejet social. La plupart d’entre nous n’en ont expérimenté que des formes « mineures » : rupture amoureuse, exclusion d’un groupe, pas de réponse à un courrier, un mail ou un message téléphonique, réponse négative à une sollicitation alors que d’autres ont reçu une réponse positive, ne pas recevoir d’invitation à une soirée dont on connait l’existence, ne pas être cité parmi des personnes au sein d’une liste plus ou moins valorisante….
Certains ont vécu des rejets plus traumatisants, comme des humiliations publiques. D’autres encore des formes plus discrètes mais récurrentes comme le racisme. Il est beaucoup plus douloureux de se faire rejeter pour ce qu’on est plutôt qu’à cause de ce qu’on a dit ou fait. Les moqueries marquant le rejet par un groupe d’un individu isolé et vulnérable peuvent avoir un impact insoupçonné. Elles sont pourtant si fréquentes dans l’enfance et dans l’adolescence. Les parents doivent rester vigilent et ne pas hésiter à intervenir pour faire cesser les excès de rejet qui peuvent vite tourner à la persécution, à la dépression et donner lieu à des tentatives de suicide. Il faut alors aider l’enfant à s’appuyer sur un autre réseau amical.
Les perturbations liées au rejet
Idéalement, la personne victime de rejet devrait tenter d’en comprendre la raison et de modifier ce qui peut l’être. Malheureusement, on constate que les réactions adoptées sont bien au contraire très souvent contre-productives, accroissant encore le risque de rejet. Les blessures émotionnelles liées au rejet social ne sont pas toujours spectaculaires. L’intensité de la détresse vécue n’en est pas moins réelle psychologiquement. Voilà ce qu’il faut éviter de faire :
- se comporter envers autrui de façon agressive : certains sont désagréables par anticipation préférant ne pas être approché plutôt que d’être rejeté
- S’isoler : la tentation du repli sur soi aggrave le problème car la personne se retrouve seule face à ses émotions et ses pensées négatives. Aller vers autrui dans ces circonstances est en fait un acte de survie pour éviter l’escalade de l’autopunition, voire de la paranoïa.
- Abîmer les liens existants avec les personnes proches alors que ce sont elles qui sont le mieux placées pour nous réconforter et nous soutenir.
- Se faire du mal pour se punir : s’automutiler, se réfugier dans un monde parallèle (alcools, drogues…), dans la boulimie, …
Faire face au rejet
Il convient de se ressaisir en puisant dans les ressources de l’estime de soi : en reprenant conscience de ses valeurs et de ses atouts. Ne pas se fuir, accepter de se consacrer à des tâches quotidiennes destinées à détourner notre esprit de ce qui nous fait souffrir, même si elles nous paraissent dérisoires par rapport à notre tristesse. Accomplir ses petits efforts d’auto-contrôle va représenter une aide minime mais déterminante. Ne pas hésiter à créer de nouveaux liens sociaux et à se changer les idées en s’inscrivant à de nouvelles activités.
APPRENDRE A GÉRER LES REJETS POUR NE PAS DEVENIR DÉPENDANT DES AUTRES
par Benoît Lemogne | 17/11/2015 | Juridique
Par temps de crise, le recours à l’emprunt est malheureusement aujourd’hui courant pour financer les dépenses courantes du quotidien. Mais quand l’heure de la séparation survient, se pose rapidement la question de savoir qui reste tenu des dettes contractées pendant le mariage? Concernant les crédits à la consommation précisément, les organismes de crédits recherchent de plus en plus à faire jouer la solidarité entre les époux, afin de faire recouvrer le crédit par le conjoint de l’emprunteur, ce qui alimente un important contentieux judiciaire. Faisons le point de l’état du droit sur la question.
Le domaine de la solidarité ménagère
Le siège de la matière se trouve dans l’article 220 du code civil qui dispose : « Chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l’entretien du ménage ou l’entretien des enfants : toute dette contractée par l’un oblige l’autre solidairement. La solidarité n’a pas lieu, néanmoins, pour des dépenses manifestement excessives, eu égard au train de vie du ménage, à l’utilité ou à l’inutilité de l’opération, à la bonne ou mauvaise foi du tiers contractant. Elle n’a pas lieu non plus s’ils ont été conclus du consentement des deux époux, pour les achats à tempérament ni pour les emprunts, à moins que ces derniers ne portent sur des sommes modestes nécessaires aux besoins de la vie courante. »
L’autonomie ménagère n’est accordée à chacun des époux qu’au prix de l’engagement solidaire de l’autre vis à vis des créanciers. Il importe donc de délimiter le domaine exacte de la solidarité pour éviter qu’un époux ne puisse être à la merci de poursuites financières du fait du recours abusif de son conjoint aux crédits à la consommation. Le développement du surendettement des particuliers à cause de la crise incite en effet les créanciers démunis à rechercher d’avantage dans la famille elle-même les moyens de se garantir, nourrissant ainsi un contentieux judiciaire de plus en plus nourri. C’est ainsi que la Cour de cassation a décidé que la solidarité ménagère ne s’appliquait qu’aux emprunts ayant manifestement pour objet de faire face au jour le jour aux besoins les plus pressants du ménage. Pratiquement, ce sont donc deux conditions cumulatives qui doivent être réunies pour que la solidarité puisse être invoquée par le créancier.
La Loi du 17 Mars 2014 relative à la consommation est venue affiner encore le régime juridique des ces crédits en complétant l’article 220 cité ci-dessus pour subordonner la solidarité des époux à la condition supplémentaire « que le montant cumulé de ces sommes ne soit pas manifestement excessif eu égard au train de vie du ménage ». Le législateur a ainsi eu le soucis d’assurer une meilleure protection du ménage, principalement en cas de souscription de crédits renouvelables par l’un deux époux à l’insu de l’autre : de fait, ces crédits à la consommation, dits « revolving », susceptibles de se renouveler automatiquement au fur et à mesure que l’emprunteur les remboursent, portant sur des sommes généralement modestes avaient vocation à rentrer dans le domaine d’application de la solidarité. En cas de divorce, le conjoint de l’époux qui a souscrit ces crédits renouvelables, pourra également se prévaloir de l’absence de solidarité pour échapper au remboursement de ces dettes souscrites abusivement à son insu.
par Benoît Lemogne | 10/11/2015 | Réflexions
Attachons-nous aujourd’hui à améliorer notre personnalité en apprenant à prendre soin de soi. Comment ? En devenant son meilleur ami. La vie ne serait-elle pas plus facile à vivre si on parvenait à faire de soi-même son meilleur allié? Car en dépit des innombrables et inévitables oscillations d’amour et de désamour avec soi-même, la perspective de parvenir à une cohabitation paisible avec soi-même n’est-elle pas alléchante ? L’erreur fréquemment commise par les personnes souffrant d’estime de soi est de penser que l’on est estimable uniquement lorsqu’on est admirable.
Les stratégies varient selon le niveau de fragilité de l’estime de soi. Ceux qui ont une haute estime de soi fragile cherchent à obtenir cette admiration de la part des autres, d’où leurs efforts d’auto-promotion et de mise en avant. Mais pour ce faire, il faut d’abord qu’ils parviennent à se convaincre eux-mêmes qu’ils sont admirables!… Au contraire, pour ceux dont l’estime de soi est basse, ils se contentent d’en rêver : fantasmes de succès et de gloire mais leur absence d’effort et de prise de risque les en tient inexorablement bien éloignés. Mais dans les deux cas, cette quête d’admiration est une impasse pour l’estime de soi : elle la fragilise en la rendant conditionnelle et dépendante de situations extérieures peu contrôlables.
Cherchons donc à nous estimer, non à nous admirer : l’admiration entretient un rapport étroit avec ce qui nous dépasse largement, l’estime avec ce qui est légèrement supérieur à nous. C’est une excellente base d’exercice d’amélioration au quotidien : s’exercer chaque jour à faire légèrement un peu mieux que ce qu’on aurait fourni naturellement. Inutile de chercher l’action glorieuse ou le succès éclatant. Ce serait trop difficile, ou un trop bon prétexte pour renoncer d’avance à agir. Ne vit-on d’ailleurs pas mieux avec l’estime des hommes, plutôt qu’avec leur admiration (qui peut d’ailleurs générer envie et jalousie…) ?
Faut-il s’aimer ?
Il est communément admis qu’il est nécessaire de s’aimer pour s’estimer. Mais si on ne s’aime pas naturellement, apprendre à s’estimer n’est-il pas un moyen d’y parvenir? Par ailleurs, à y réfléchir, faut-il vraiment s’aimer ? Qu’implique l’amour en principe ? C’est un mélange inextricable d’attirance physique, de besoin de fusion et de rapprochement, d’attente d’exclusivité. Tout ceci paraît relativement incomptable avec ce rapport paisible à son ego que l’on attend d’une bonne estime de soi. Cela se rapprocherait en effet d’avantage du narcissisme dont on connaît la toxicité…
Il convient donc avec soi-même d’envisager d’autres rapports affectueux que l’amour. La nature du lien qu’entretiennent les personnes à bonne estime d’elles-mêmes est en fait d’avantage d’ordre amical car seule l’amitié parvient à associer exigence (ne pas laisser ses amis faire n’importe quoi), bienveillance (ne pas les juger mais vouloir les aider), présence (attention & disponibilité) et tolérance (on accepte leurs travers et leurs défauts). Pourquoi alors ne pas faire de même avec soi-même ?
Apprendre à devenir son ami
Estime & affection, n’est-ce pas ce qui caractérise l’amitié ? L’ami (e) est la personne pour qui nous ressentons précisément ces deux sentiments. Exerçons-nous à nous comporter avec nous-même de la même façon que nous le ferions avec notre meilleur ami. Confronté à une situation d’échec, faisons donc preuve de tolérance et de bienveillance avec nous-même et non de dureté et d’intransigeance. Adressé à son ami, on aurait tout de suite conscience que ce discours serait erroné, injuste et inefficace. Aussi, si on a tendance à être trop dur et exigent avec soi-même, adoptons avec nous-même un discours plus doux et aidant. Il convient de se réconforter en s’encourageant sans se mentir, à ajuster le discours qu’on se tient à soi-même : sans ce célébrer (« mais non tu es génial, c’est la faute des autres, ils n’ont rien compris ») ni nier le problème (« tout va bien, ça n’a pas d’importance »), mais l’aborder calmement (« d’accord il y a un soucis »), sans généraliser (« Est-ce si grave et définitif que ta déception te pousse à le croire? ») et relativiser (« tu n’es pas le premier à qui ça arrive et les autres n’en sont pas morts »).
Certaines personnes parviennent assez facilement à établir cette relation amicale avec eux-mêmes. Elles prennent soin d’elles dans les bons comme dans les mauvais moments. Elles ne se déçoivent pas; elles constatent calmement leurs échecs et en tirent les enseignements adéquats. De l’affection sans passion, c’est ce qu’elles ressentent à leur égard. Si notre éducation et notre passé ne nous ont pas amené à avoir spontanément ce type de rapport avec nous-même, apprenons à passer de relations exigeantes, ombrageuses et conditionnelles (« je t’aime si… ») à des relations plus sereines et bienveillantes.
par Benoît Lemogne | 4/11/2015 | Réflexions
Voici, en substance les termes d’un article publié dans l’Echo Régional Edition du Val d’Oise le 4 Novembre 2015 :
L’innovation peut se nicher là où on ne l’attend pas. Connaissez-vous le Cabinet Divorce Consulting (CDC / http://www.cabinet-cdc.fr) ? Sa devise : « Ne subissez plus votre Séparation, Devenez-en Acteur pour rester Maître de votre Destin ». Son dirigeant et fondateur, Benoît LEMOGNE s’est lassé, au bout de quinze années d’exercice dans le notariat, d’une approche exclusivement juridique de la séparation de couple et a décidé de se former en psychologie pour gérer également l’aspect émotionnel de cette délicate question.

Car, selon lui, c’est l’absence de traitement des aspects émotionnels qui explique le nombre trop important (près de la moitié encore) des procédures contentieuses, éprouvantes et onéreuses, dans lesquelles les modalités de la séparation sont imposées par le juge, ne laissant que trop peu de place au dialogue.
Benoît s’est penché sur les raisons expliquant ce triste constat pour mettre au point une méthode innovante consistant à éclairer le client sur l’ensemble des enjeux de la séparation. Formé aux approches psycho-affectives, Benoît libère des doutes et des peurs irrationnelles. Son cabinet est avant tout un lieu d’accueil où on lâche prise pour reprendre ses esprits. Il n’y a pas de mot tabou ; le client s’exprime en toute liberté et en toute sécurité.
Depuis la création du Cabinet en 2012, il s’investit corps et âme pour accompagner au mieux ses clients, dans le but d’optimiser l’issue de leur séparation, tant d’un point de vue personnel que patrimonial. « Gérer pour ne pas subir », tel est son leitmotiv.
Notaire de formation et expert depuis dix ans auprès des tribunaux (TGI de Pontoise), la méthode de Benoît LEMOGNE, qui n’hésite pas à mettre son expertise en matière de liquidation de régime matrimonial et de prestation compensatoire à la portée de ses clients, s’apparente au coaching : « Le but de l’accompagnement n’est pas de dire au client ce qu’il doit faire ou de le faire à  sa place, mais de lui donner les moyens d’agir par lui-même de manière rationnelle et constructive», insiste-t-il.
La démarche s’adresse à tous les couples, mariés, pacsés ou vivant en concubinage et s’adapte à toutes les bourses. Alors n’hésitez pas à solliciter le Cabinet Divorce Consulting (09.51.55.41.88) pour profiter de cette formidable innovation professionnelle, dont l’ambition première est de rendre plus humaine ce qui restera certainement une des plus grandes épreuves de votre vie, en vous permettant de repartir du bon pied…
par Benoît Lemogne | 3/11/2015 | Réflexions
Approfondissons notre réflexion sur l’amélioration de notre personnalité en apprenant aujourd’hui à prendre soin de notre moral. Il existe un lien direct entre notre estime de soi et notre humeur car tout ce qui met de bonne humeur a tendance à améliorer l’estime de soi, et vice-versa. Ainsi, les personnes à estime de soi fragile souffrent d’une hypersensibilté face aux situations stressantes.
Une bonne estime de soi a également pour effet de stimuler tout ce qui est du domaine de l’intelligence émotionnelle : capacité à percevoir, à décoder et à réguler ses émotions et celles des autres. Une bonne estime de soi joue aussi le rôle de thermostat émotionnel, aidant à moduler l’impact des émotions négatives et empêchant un embrasement psychologique que peuvent provoquer échecs ou épreuves chez les plus vulnérables. Car les émotions influencent indubitablement le regard et le jugement qu’on pose sur soi.
Les personnes vulnérables pâtissent de leur personnalité car elles ne savent pas se remonter le moral
Les profils à faible estime de soi ont tendance à s’enfoncer quand elles ne vont pas bien et à se replier sur elles-mêmes au lieu de rechercher des liens sociaux réparateurs. Si elles se sentent en échec, elles vont se dévaloriser au lieu de s’encourager. Elles ne chercheront pas à se remonter le moral et ne sauront pas savourer les émotions positives. Elles sont confrontées à la fragilité de leur mécanismes de régulation. Leurs échecs répétés dans les tentatives d’ajustement de leur humeur entrainent une usure émotionnelle et une démotivation psychologique générant un sentiment d’impuissance et d’inefficacité qui aggrave encore les problèmes d’estime de soi.
Ces personnalités en souffrance sont sensibles au moindre contretemps qui génère une intensité disproportionnée des émotions et des pensées négatives, des sentiments de désamour de soi et de baisse d’envie d’agir, voire de vivre. Les états d’âme négatifs diminuent les capacités à agir et à résoudre les problèmes. Les études menées sur le cerveau montrent que les phénomènes psychiques, pensées ou émotions, sont reliés à des manifestations psycho-biologiques. Aucune souffrance psychologique n’existe sans être associée à des perturbations cérébrales : la maladie imaginaire n’existerait donc pas, d’où la nécessité de soins psychothérapeutiques et/ou médicamentaux pour normaliser ces perturbations.
Ainsi, le psychisme des personnes déprimées est incapable de réfléchir à un trait de caractère négatif sans se l’attribuer. Il existe en effet une zone spécifique du cerveau qui est le siège de la tendance à personnaliser les informations traitées, qui chez les personnes non dépressives ne s’activera que si elles s’interrogent sur elles-mêmes. Cette tendance à la personnalisation des informations négatives est caractéristique des états dépressifs.
Elle est à l’origine des sentiments de désarroi, de culpabilité et d’auto-dévalorisation qui parasitent la vie intérieure des déprimés et qui délabrent leur estime de soi. Lorsqu’ils nous disent que c’est plus fort qu’eux, nous savons maintenant que nous pouvons les croire car ces mécanismes ne dépendent pas de leur volonté. Ils ne peuvent que tenter de corriger leurs effets sans pouvoir empêcher leur manifestation. Heureusement pour eux, avec les progrès de la science, les dysfonctionnements cérébraux des déprimés peuvent s’améliorer sous l’effet de traitements psychothérapiques car ces perturbations sont fonctionnelles. Elles ne résultent pas des lésions du cerveau. La tendance à s’attribuer des informations négatives est donc réparable.
La solution : se servir de ses émotions pour avoir meilleur moral.
L’intérêt de travailler sur ses états d’âme, ce mélange entre nos humeurs et nos pensées, n’est plus à démontrer. Il n’est pas anodin pour notre bien-être de laisser régner en nous trop longtemps des émotions négatives comme la tristesse, la colère ou l’inquiétude. Ce n’est pas sans effet sur l’estime de soi. D’ailleurs, plus qu’aux émotions violentes, il convient de prêter d’avantage attention à ses humeurs, qui, bien que plus discrètes que les émotions, sont souvent plus délétères car plus insidieuses et peuvent avoir un impact sur notre personnalité et notre vision du monde.
Alors comment travailler sur ces humeurs ?
- En commençant par observer nos mouvements émotionnels et en s’entrainant à établir le lien entre les événements et les pensées qu’ils génèrent. Quand j’ai le spleen, quel genre de pensée cela induit-il chez moi ? Quels comportements ? Ma réaction est-elle proportionnée ou exagérée ?
- La pratique régulière d’exercices de méditation peut aider au dépistage des micro-mouvements d’humeur et à leur mise à distance ;
- L’effort pour accueillir en soi les occasions d’émotion positive, légitime et sincère.
La consultation de thérapeutes est souvent nécessaire pour lutter contre les phénomènes de dérégulation de l’humeur, et indispensables quand ils se traduisent par des tendances dépressives ou suicidaires. Les thérapies adaptées permettront de travailler sur ces points de jonction entre émotions et pensées négatives. Nous poursuivrons notre réflexion en apprenant à être son meilleur ami.
par Benoît Lemogne | 26/10/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur l’amélioration de notre personnalité en apprenant à nous accepter tel que nous sommes : imparfaits. Si 15 % de la population souffrirait d’un complexe d’infériorité globale, source d’inhibitions, d’évitements et parfois même de honte, la plupart d’entre nous aurait régulièrement des pensées d’infériorité et serait confronté à un sentiment d’insuffisance personnelle.
Comment le simple fait de resentir ses limites ou ses insuffisances peut-il se transformer en douleur à l’idée de ne pas être parfait, ou d’être incompris ou rejeté? Il s’agit en fait bien souvent d’une erreur d’analyse sur ce qui fonde la popularité et sucite l’estime d’autrui envers nous. Beaucoup de nos motivations à agir et à nous dépasser seraient engendrées par ce sentiment d’infériorité qui génère tant de ressentiments négatifs envers nous-même dans notre quotidien.
Améliorer sa personnalité en repérant les situations qui activent notre sentiment d’infériorité
On connait les situations qui nous confrontent à nos limites : quand on ne sait pas répondre à une question qu’on nous pose, quand on perd au jeu, quand on échoue devant les autres… On ne s’autorise pas ses moments de faiblesse qu’on analyse comme des risques de décevoir les autres et d’être rejeté par eux. D’où les diverses stratégies d’évitement ou de dissimulation mises en oeuvre pour « garder la face », de la moins compromettante (rester en retrait) à la plus stressante (jouer un rôle).
Se débarasser du mensonge mis en place pour se protéger
Mais cette tentation de faire semblant se révèle bien coûteuse émotionnellement, sans compter qu’elle alimente le sentiment d’imposture. Certaines personnes parviennnent ainsi à vivre leur vie par procuration, étant condamné à jouer jour aprés jour un rôle de composition qu’ils ont façonné pour dissimuler leur réelle personnalité. Mais ces personnes vivent dans le stress permanent à l’idée d’être démasqué.
Les problèmes d’estime de soi peuvent effectivement conduire à mentir, par peur de déplaire, pour ne pas provoquer de conflit ou faire de la peine, ou pour se valoriser quand on se sent inférieur… Le mensonge est alors une mauvaise réponse à un vrai problème. Il nous habitue en fait à ne pas nous confronter aux difficultés de l’existence. Au prix de maigres bénéfices à court terme, cette attitude nous garantit beaucoup d’ennuis à plus long terme car très vite l’insécurité d’être confondu nous ronge. En fait, ces personnes ne s’acceptent pas et doutent qu’on puisse les aimer tels qu’elles sont en réalité. Le mensonge devient un réflexe tellement courant qu’à force on ne sait plus qui on est vraiment.
La solution : s’accepter comme on est et l’assumer
Si l’on se rend compte qu’on a un peu trop systhématiquement recous aux « petits arrangements avec la vérité », il faut réagir pour ne pas passer toute sa vie à mentir et à passer à côté de sa réelle personnalité. Le problème vient de nos scrupules à assumer nos faiblesses. On ne pense pas pouvoir les surmonter, tout en étant persuadé qu’elles nous font prendre un risque d’exclusion sociale.
Il convient en fait de faire un travail d’affirmation de soi « négative » en s’habituant progressivement à accepter et à assumer ses limites et ses faiblesses. L’idée est de se confronter à ce qu’on a toujours soigneusement évité pour se rendre compte que les risques réels sont ridicules à côté de ceux qu’on redoutait. Cela nous apprend qu’on a pas besoin d’être parfait pour être accepté des autres. En pratiquant régulièrement ces exercices, on évalue l’acceptabilité sociale de ses faiblesses, avec bien souvent de bonnes surprises à la clé. On gagne ainsi sensiblement en liberté, en devenant progressivement soi-même.
Nous verrons à l’occasion d’un prochain article comment s’occuper de son moral.
par Benoît Lemogne | 19/10/2015 | Réflexions
Poursuivons notre cheminement vers les pistes d’amélioration de notre personnalité en apprenant à nous écouter, à nous respecter et à nous affirmer. D’où nous vient cette inquiétude du jugement des autres ? Cette crainte des conséquences de nos actes ou de nos paroles ? Ces peurs à l’idée de ne pouvoir s’affirmer sans déranger ?
Qu’est-ce-que l’affirmation de soi ?
C’est la capacité d’exprimer ses besoins, ses pensées et ses émotions sans s’inhiber par crainte vis à vis des autres. L’affirmation de soi est rarement imnée. Elle s’acquiert par une éducation adaptée qui nous encourage à nous exprimer librement. Il peut être difficile de s’affirmer dans des circonstances particulières : quand on est en position de demande, de refus, de négociation, quand on a un avis différent à faire valoir ou lorsqu’on doit exprimer son mécontentement ou sa désaprobation. Les difficultés à s’affirmer peuvent être chroniques ou occasionnelles mais elles concernent la plupart d’entre nous.
Comment s’affirmer quand on ne s’estime pas?
Les difficultés à s’affirmer sont fréquentes chez les personnes à basse estime de soi et maladroites chez les personnes à haute estime de soi fragile.
Les premières préfèrent mettre en place des conduites d’évitement qui ne font malheureusement que renforcer la mauvaise image qu’elles ont d’elles-mêmes. Toutes les situations à risque en terme de possibilité de rejet ou de dévalorisation sont évitees par peur du conflit ou de la dévalorisation.
Les secondes adoptent des comportements agressifs ou brutaux pour ne pas prendre le risque d’être remis en cause. l’objectif est de dominer. L’intimidation est utilisée dissuader toute résistance.
Cela génère les comportements suivants : ne pas oser dire non, ne pas demander pour ne pas déranger, ne pas oser dire qu’on ne sait pas ou qu’on est pas d’accord; avoir du mal à répondre aux critiques. Quand on parvient à s’exprimer, c’est généralement au prix d’une crispation donnant lieu à colère ou agressivité manifestée envers autrui ou envers soi-même. On a une image de soi vulnérable, à force de petits renoncements quotidiens toxiques.
L’affirmation de soi n’est pas seulement un comportement; c’est avant-tout une façon d’être au monde. Les thérapies d’affirmation de soi permettent un travail sur la nature profonde des individus en manque de confiance. En permettant d’affronter des situations problématiques, elles favorisent l’émergence d’une image de soi plus positive facilitant le rapport aux autres : se confronter à des situations qu’on évitait jusqu’alors permet de faire vivre de nouvelles expériences émotionnelles et intellectuelles utilisées comme levier pour gagner en confiance.
Les étapes de l’affirmation sont les suivantes :
– s’écouter pour discerner ses besoins fondamentaux; sortir du déni de soi en réapprenant à être attentif à ses émotions et à ses désirs et en se réappropriant ses droits personnels : le droit de dire non, de s’occuper de soi, de plaire ou décevoir, de revenir sur une parole donnée si c’est nécessaire
– oser s’exprimer et s’autonomiser pour gagner en liberté : en s’isolant, on empêche les autres d’apprendre à nous connaitre et on se prive de ces nourritures relationnelles dont on a tant besoin; on asceptise ses relations sociales et on entretient son sentiment d’infériorité par rapport aux autres.
– s’affirmer parmi les autres de manière calme et positive et non à leur détriment, sans agressivité de façon à inscrire nos relations avec eux dans la durée. L’objectif est de prendre sa place parmi les autres.
Nous poursuivrons notre réflexion en apprenant à nous accepter tel que nous sommes : imparfaits.
par Benoît Lemogne | 15/10/2015 | Réflexions
Voyons aujourd’hui comment faire grandir sa personnalité en se protégeant des influences toxiques des pressions sociales. ll est un fait que notre vie au sein de la société sera plus aisée si nous sommes beaux, riches et puissants… Si ces caractéristiques sont mises en avant, c’est en raison du fait qu’elles apportent des avantages concrets. Mais il s’agit d’une sorte d’inégalité que la société est sensée combattre car organiser le « vivre ensemble » vise à faire une place à chacun. Cela légitimise la promotion d’autres valeurs comme la bonté, l’altruisme ou la bienveillance par exemple. Mais la société de consommation, boostée par la publicité ou le marketting, s’éloigne malheureusement de ces modes alternatifs de valorisation sociales. Analysons les sources de pression auxquelles nous sommes confrontées et voyons comment on peut y résisiter.
Pressions sur l’image du corps
La recherche de la beauté a toujours existé en raison des avantages sociaux qu’elle offre. Mais nous sommes parvenus à un stade où la dictature de l’apparence atteint un niveau de toxicité jamais atteint. L’accélération technologique y est pour beaucoup avec la promotion continue de l’image d’un coprs parfait divulguée par des moyens de communication toujours plus performants. Il en résulte une démultiplication des occasions de confronter notre corps à ces images parfaites, ce qui ne fait qu’accroître notre insatisfaction et motiver notre phrénésie de consommation. Il a été scientifiquement établi une corrélation entre le fait d’augmenter la conscience de soi (par exemple en étant filmé avec un retour sur son image) et la tendance à se comparer à des standards (souvent sublimés). Les résultats de ces comparaisons dépendront de la qualité de l’estime de soi : si elle est fragile, ils seront mauvais. On déplore ainsi le développement de troubles psychologiques.
Que penser du développement de la musculature de jeunes guerriers tels que GI Joe, Action Men… qui jouent pour les garçons le même rôle que Barbie pour les filles ? Comment augmenter l’insatisfaction de soi ? En s’exposant le plus souvent possible aux images parfaites que la société de consommation nous abreuvent en permanence. En passant notre temps à nous observer et à  nous comparer à ces standars inaccessibles présentés comme des normes. En consacrant à l’embellissement de notre corps une grande partie de notre temps libre et de notre argent. En fréquentant majoritairement des personnes ayant les mêmes préoccupations. En ne lisant que des magasines dans lesquels les personnes sont sublimées (la majorité de la presse féminine). Voilà une bonne recette pour se gacher la vie…
Pressions sur la réussite sociale
Dans les sociétés traditionnelles, marquées par de fortes inégalités liées au rang de naisance, il y avait peu de mobilité sociale. Enfant de paysan ou de notaire, on devenait paysan ou … notaire! La naissance dans une famille noble assurait une statut privilégier, celle dans une famille roturière une vie l’avenant… Pas besoin de faire ses preuves! C’était alors le régne du conformisme social : il falait rester à sa place et faire ce qu’on attendait de nous. Pour les mal lotis, le christianisme rappelait que les premiers seront les derniers… Il n’y avait donc pas lieu de se dévaloriser si on était né pauvre, laid et opprimé. On se rattraperait plus tard, dans l’au-delà … On était alors loin des luttes de classe.
Avec l’ère industrielle, tout cela vole en éclat et les scociétés traditionnelles reculent au profit de sociétés plus mobiles, moins cloisonées : des nobles tombent dans la misère, les bourgeois du tiers état se font anoblir et s’enrichissent. C’est un progrès pour les classes inférieures. Mais il y a un revers à la médaille : maintenant que l’ascenseur social a été mis en avant, gare à celui qui ne parvient pas à s’élever!  La réussité sociale n’est plus une question de destin mais de valeur personnelle à se sortir le mieux possible de cette nouvelle compétition sociale. Ces nouvelles régles sociales, prétendument méritacratiques, n’ont pas été combattues par les classes dominantes qui gardaient une sacrée longueur d’avance (hériatge de la fortune, des bonnes manières et du réseau social). Le problème est que les pauvres deviennent responsables de leur pauvreté, ce qui ne manqua pas de générer des problèmes inévitables d’estime de soi chez les personnes ne parvenant pas à s’élever par elles-mêmes dans l’échelle sociale.  En réalité, quelle que soit la société, l’absence de conformité à la norme sociale va directement éprouver l’estime de soi de la personne qui y est confrontée.
La solution : rester vigilant
– Au sujet de la publicité : Apprendre à décrypter les messages. Une bonne tactique est la mise à plat des processus d’influence par le questionnement : On me vend du rêve. Ai-je vraiment besoin du produit pour être heureux? Pour me sentir bien dans ma peau? Ne suis-je pas victime de la société de consommation?
– Repérer ses points faibles. Réfléchir à des moyens non marchants de progresser ou de m’occuper et d’être plus heureux.
– Prendre de la distance. Un manequin est sublime mais c’est son travail et il s’astreint à y consacrer du temps et de l’argent que je n’ai peut-être pas ou que je souhaite peut-être utiliser autrement, sans compter que les photos montrées sont souvent retouchées… Exercer son esprit critique : sur ce point, il est établi que les nouvelles générations sont moins crédules que les anciennes au sujet des pulsions d’achat que provoquent les spots publicitaires. Ces estimes de soi « aux hormones » que la société de consommation fabrique sont gémissantes (« je n’ai pas ce que je mérite ») ou revendicatrices (« cela ne va pas se passer comme ça… »). Tout sauf épanouies…
–Internaliser les sources d’estime de soi. Ne pas trop (ou exclusivement) dépendre d’objectifs dictés par les autres. Cultiver son détachement et sa personnalité propre.
Nous poursuivrons prochainement notre cheminement vers les pistes d’amélioration de notre personnalité en apprenant à s’écouter, à se respecter et à s’affirmer.
par Benoît Lemogne | 12/10/2015 | Réflexions
Aujourd’hui, améliorons notre personnalité en apprenant à lutter contre nos complexes, ces doutes qui se transforment en douleur. Il est normal de douter de soi et de ne pas être totalement satisfait de l’ensemble de ses caractéristiques. Mais le complexe dépasse largement le stade de l’insatisfaction occasionnelle. C’est la focalisation douloureuse et obsédante, quasi constante, de ses pensées sur une partie de son corps, jugée disgracieuse, ou une dimension de sa personnalité, jugée insuffisante ou inadéquate, et qui va perturber notre bien-être moral et notre comportement social. C’est toute l’estime de soi qui est en souffrance, mais le mal-être se concentre sur le complexe.
L’objet du complexe de personnalité : un spectre bien trop large
Les complexes sont si variés : culture (70% des personnes interrogées), capacité à s’exprimer correctement (69%), capacités intellectuelles (67%), aspect physique (54%). On se focalise sur ce qui ne va pas et tout y passe : les « trop de » (graisse, poils), « pas assez de » (cheveux, muscles), « pas comme il faut » (peau, nez, seins, fesses) et les pires : « je ne sais pas quoi exactement mais ça va pas (complexe globale d’infériorité, prestance, charisme, démarche, allure générale : « Je ressemble à rien »).
L’insatisfaction liée au corps déstabilise beaucoup l’estime de soi. Elle peut se déclencher même quand on est pas dans le point de mire du regard ou du jugement des autres. Par exemple, simplement quand on se met à admirer les qualités d’une personne qu’on estime supérieure à soi car à l’aise en toutes circonstances alors qu’on est une personne timide et peu sure d’elle. C’est le meilleur moyen de faire arriver des pensées négatives sur soi : on ne se contente pas d’admirer mais on se compare défavorablement en se reprochant de ne pas être à la hauteur dans la dimension comparée. Ces complexes d’infériorité sont un terrain infini de souffrances. Moins spectaculaires que les complexes physiques, ils sont parfois plus pernicieux, témoignant d’une certitude obscure et douloureuse d’une insuffisance de soi.
Le travail de thérapie de groupe permet de prendre conscience que ses sentiments d’infériorité sont aussi absurdes qu’inutiles. Les complexes sont dus à un déficit global d’estime de soi. Plus qu’à la réalité éventuelle du défaut (réel ou imaginaire), c’est la conviction que les autres ne voient que lui et qu’il va avoir des conséquences négatives : à physique égal, certains se mettront en maillot de bains, d’autres non; à culture égale, certains oseront parler dans les diners, d’autres non…
Ce qu’il faut éviter
Les complexes, quelle que soit leur cause, sont aggravés par les attitudes de soumission et de démission qu’ils engendrent. Tout ce qui va dans le sens du complexe est donc à combattre :
– Obéir au complexe. Renoncer à s’exposer au regard et au jugement des autres, en fuyant les occasions de révéler son supposé défaut : ne plus parler pour masquer son manque de culture, ne plus se mettre en maillot de bains…
– Ne s’exposer qu’une fois le complexe « compensé » et sous contrôle : ne prendre la parole que sur des sujets que l’on maitrise très bien; ne sortir que maquillée; porter des talonnettes ou des perruques, teindre ses cheveux…
– Sacrifier sa liberté ou sa dignité pour se faire accepter. Beaucoup de destins de souffre-douleurs, par crainte d’être rejeté, sont alors prêts à tout pour être accepté, même à subir brimades et humiliations.
Ce qui marche
Il n’y a pas de solution « miracle » pour combattre les complexes mais des petits « trucs », un ensemble d’efforts qui mis bout à bout vont permettre de faire reculer le complexe, ou du moins ses excès :
– Comprendre d’où vient son complexe. Ambiance éducative dévalorisante, messages humiliants des parents, complexes des parents eux-mêmes, carences affectives, certains événements de la vie, expériences de rejet en montrant l’objet du complexe (mais est-ce transposable aujourd’hui avec les personnes que je côtoie maintenant ?)…
– Observer les autres personnes ayant les mêmes défauts. Comment font-ils pour vivre librement avec, sans essayer de les cacher ? Cette liberté prise avec leurs limites n’est pas seulement une chance mais le résultat d’attitudes mentales et comportementales adaptées.
– Parler avec les autres : les complexes se nourrissent de la honte et de l’isolement. Le fait de parler de ses complexes à des proches ne les guérit pas mais les amoindrit. Et si les autres avouaient également leurs complexes? Echanger avec eux sur la question. Ne pas se replier sur soi (« ils ne peuvent pas comprendre, moi mes complexes me bouffent la vie et me paralysent ». ET même? A quoi sert de vous agacer et de vous replier?
– Ecouter plus attentivement l’avis des autres, lorsqu’ils vous disent que vous n’avez pas raison de douter à ce point. Même si on est persuadé que les autres ne peuvent pas comprendre, faire l’effort d’écouter les discours nous permettant de relativiser notre complexe est bénéfique.
– Lutter contre la « paranoïa » du complexe. Tous nos échecs ne viennent pas des défauts qui nous complexent. Les regards braqués sur soi ne fixent pas forcément nos défauts ou nos points faibles.
– Faire l’expérience de se confronter. C’est le meilleur moyen d’éroder peu à peu nos complexes. En se mettant durablement en situation d’avoir honte, progressivement, sans se violenter. Des mécanismes d’atténuation progressive de la réponse émotionnelle nous permettent de mettre à distance les pensées déclenchant le mal-être dû au complexe.
– Elargir le regard sur soi. Ne pas se résumer à ses défauts. Ne pas se cacher tout entier pour dissimuler une toute petite partie de soi. Se voir comme une personne globale. Mettre en évidence ses qualités et ses forces. S’intéresser aux parties harmonieuses de son corps.
La question du recours à la chirurgie esthétique
Il est difficile de voir si elle améliore de façon notable et pérenne le bien-être psychologique et l’estime de soi qu’elle est sensée procurer. En fait, le succès de la chirurgie esthétique viendrait beaucoup du fait que débarrassé de son défaut qui l’empêchait de vivre, le sujet connaisse un épanouissement important. C’est la personne elle-même qui modifie son comportement social, beaucoup plus fluide et naturel. Du coup, elle connait beaucoup plus de succès sociaux, étant plus appréciée. Ces bénéfices sont dus d’avantage à leur comportement qu’à leur apparence.
Passer des complexes maladifs aux doutes bénins
L’objectif n’est pas le zéro défaut mais le zéro complexe. Il vaut mieux s’attacher à restaurer une liberté de mouvements plutôt que de se laisser enliser par ses complexes. L’idéal est d’avoir le choix ou non de montrer ses défauts. Les complexes n’offrent pas ce choix, ils nous forcent à nous cacher. Le plus dur finalement avec les complexes, c’est de sortir du bois, en assumant de se mettre en « risque » est le prix pour recouvrer la liberté et ses immenses avantages. Mais aussi d’hériter de quelques uns de ses inconvénients. Plus on a été doué dans l’art de donner le change, plus on sera exposé au piège de ses complexes, comme un menteur à celui de ses mensonges… C’est souvent sur ce point précis, le plus délicat, qu’un thérapeute peut apporter une aide précieuse.
Nous verrons prochainement comment se protéger des influences toxiques, publicités et pressions sociales.
par Benoît Lemogne | 8/10/2015 | Réflexions
Apprendre à se parler pour améliorer sa personnalité
On ne saurait sous-estimer l’influence des ambiances mentales sur sa personnalité, et spécialement des pensées positives pour l’améliorer.  Quitte à tomber dans l’autosuggestion? Et alors? Toute pensée occupant durablement notre esprit aurait tendance à se réaliser. Inversement, il ne faut pas sous-estimer l’impact sur nos vies de nos pensées toxiques. Ces ambiances mentales sont composées d’une multitude de messages subliminaux dont aucun ne pèse lourd en lui-même, mais dont l’effet cumulé année après année devient important. Nous constatons tous le plaisir à fréquenter certaines personnes avec qui nous nous sentons bien car elles ont un regard positif et bienveillant sur nous. Nous savons tous les dégâts que peuvent causer les attitudes négatives des parents ou leurs discours dévalorisants à notre encontre.
Dans notre conversation intérieure, il est inutile de nous célébrer ou de nous féliciter. Il suffit de faire preuve de bienveillance avec nous-même, en évoquant nos succès, nos qualités et nos réussites en nous en attribuant le mérite ou l’origine. Se rendre hommage gentiment, sans emphase sans se laisser contaminé par la compétitivité. Il vaudra mieux se dire « Tu as bien joué, tu as fait ce qu’il faut », plutôt que « Tu es le meilleur, tu les a tous explosés ». Inutile de se célébrer; il suffit de reconnaître ce qu’on a fait de bien, d’ouvrir les yeux sur ses qualités, simplement. Attention cependant aux limites du dialogue à soi-même : il a vocation à éviter nos ruminations, non à se substituer à nos échanges avec autrui ou à nos passages à l’action.
Eviter la maltraitance envers soi-même
Il convient d’éviter des violences inutiles envers nous-mêmes à l’occasion de ce dialogue intérieur si utile. La lutte contre les émotions et les pensées négatives ne doit pas être une lutte contre soi-même. Des personnes peuvent se donner des claques lorsqu’elles ne sont pas contentes d’elles-mêmes ! D’autres peuvent aller encore plus loin en s’infligeant des brulures ou des blessures. Elles se maltraitent également en se traitant de tous les noms, s’insultant et se dévalorisant. Jusqu’où peut aller le mauvais rapport à soi ? Les problèmes de l’estime de soi peuvent nous faire déraper largement au-delà du simple agacement vis à vis de sa personne lorsque nous ne parvenons pas à faire ce que nous voudrions ou à être tel que nous souhaiterions.
Il existe différents degrés de mauvais rapport à soi :
– 1/Doutes & insatisfactions. Ne jamais se gratifier des progrès accomplis. Toujours se polariser sur ce qui aurait pu être mieux. L’injustice envers soi-même est déjà une forme de violence
– 2/ Auto dévalorisation intime. Ne pas se contenter de constater ses échecs et de le déplorer mais en rajouter une seconde couche en se critiquant à l’excès et en se dévalorisant. Nous infliger une petite douleur supplémentaire pour nous punir pour nous donner envie de faire mieux la prochaine fois. Procédé inutile et contre-productif car le rôle de notre intelligence est déjà de nous permettre d’analyser les raisons de l’échec pour éviter de le réitérer à l’avenir.
– 3/ Conduites d’échecs. Provoquer l’échec pour éviter le jugement sur soi (cf ne pas réviser pour ne pas se permettre de réussir à un examen et avoir toutes les « bonnes » raisons d’avoir échoué. Certaines mises en échec peuvent comporter un élément auto-punitif : « Puisque c’est comme ça, je ne mérite pas de partir en vacances, d’aller à cette soirée… ».
– 4/ Auto-agressivité. Psychique (s’insulter) et/ou physique (se frapper). Il faut se méfier de ces comportements qui peuvent également se manifester sous forme d’impulsions suicidaires révélant une détestation de soi, consécutive à une grosse déception.
Guerre ou paix avec soi ?
Pourquoi le règlement de nos problèmes d’égo nous bouleverse-t-il autant? Plusieurs explications peuvent être avancées :
– 1/ Prolonger et rejouer des carences de son enfance. Cette détestation de soi est le lot des personnes qui ont manqué d’amour à cet âge crucial de leur construction.
– 2/ On est victime de ses idéaux. On se déçoit tellement que cela déclenche des pulsions de violence contre soi. On n’est prêt à s’accepter que parfait.
– 3/ On croit à tort que la dureté envers soi va nous aider à nous améliorer. On pense que si on se laisse trop aller, on va s’habituer à notre (relative) médiocrité.
Se punir ou s’aider à changer ?
La psychologie a montré depuis longtemps le peu d’efficacité de la punition comme outil pédagogique. Elle peut être utile éventuellement au maintient de l’ordre, mais pas pour créer une ambiance propice au changement personnel. La violence n’est qu’un détestable usage abusif de la force. Croire que sévérité et force envers soi suffisent pour changer est une vision archaïque, inefficace, voire dangereuse. Car peu à peu s’instaure alors une logique de la violence, qui facilite le retour automatique des mêmes erreurs et du même sentiment d’insatisfaction de soi : puisque les résultats escomptés n’arrivent pas, on redouble de violence envers soi en augmentant la sévérité des punitions qu’on s’inflige.
C’est la logique de la double peine : à celle de l’échec s’ajoute celle de la punition. Mais souffrir ne fait pas progresser. Ce qui fait progresser, c’est comprendre pourquoi on souffre et comment surmonter cette souffrance. La punition et la souffrance n’ont rien à nous apprendre. Le contraire de la violence n’est pas la faiblesse mais la douceur : on peut être ferme et doux avec soi en même temps. Toute forme de violence et d’offense régulière envers soi est contre-productive. Toutes les fois que l’homme a renoncé à la violence, l’humanité a progressé.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en apprenant à lutter contre ses complexes.
par Benoît Lemogne | 5/10/2015 | Réflexions
Aujourd’hui, poursuivons notre quête d’amelioration de notre personnalité et faisons un voyage intérieur pour analyser ces pensées, ces images et ces dialogues qui occupent notre esprit.
Le fait de se parler à soi-même
La petite musique intérieure que nous entretenons est bien souvent confuse et négative. Notre vie mentale est faite d’images, d’impressions, d’émotions et de pensées plus ou moins précises que nous produisons pour nous-même. En l’absence de réponse, nous prenons peu à peu l’habitude de ne pas chercher à donner de forme précise à ces productions de notre esprit, dont nous sommes à la fois la source et le réceptacle. Alors, essayons de clarifier ces murmures intérieurs embrouillés.
On observe, lors des problèmes d’estime de soi, une occupation du terrain de nos pensées par des ruminations moroses et défaitistes. Des pensées floues, pauvres et répétitives, à l’effet doucement délabrant, mais auxquelles on ne prête pas vraiment attention. Et dont on ne s’échappe que par la distraction : lire, regarder la télé, s’occuper l’esprit de mille et une façons. Dans ces moments de pilotage automatique de notre esprit, on ne pense pas vraiment, on se marmonne à soi-même. Le problème est que cela joue en réalité un rôle plus important qu’il n’y parait, conditionnant une grande partie de notre satisfaction envers nous, mais également de notre moral, de nos audaces et de nos renoncements.
Il convient alors de sortir du murmure confus de nos pensées pour le clarifier afin d’en faire bon usage, au lieu de le subir. Mais on n’est pas habitué à se parler à soi-même. Il fut même un temps où cela était interprété comme un signe de folie. Aujourd’hui, c’est en allant consulter un thérapeute qu’on apprend à le faire, réfléchir sur soi (et non pas seulement parler de soi), s’extraire des approximations de notre pensée, de nos habitudes, de ce prêt à penser qui fait notre quotidien. Nous aider à vraiment réfléchir, c’est à dire non pas vaguement ruminer mais faire des phrases, mettre des mots sur ce qu’on pense et sur ce qu’on ressent. Chercher comment se sont construites nos difficultés, comment elles vivent en nous, ce que nous nous en disons. On peut aussi, et c’est le cas le plus fréquent, se passer de thérapeute.
L’art de se parler à soi-même
Longtemps, le rapport à soi est passé par la philosophie ou la spiritualité. L’art de se parler à soi-même s’apprend : il convient de ne pas essayer de réfléchir à …, mais à le faire véritablement. L’exercice est difficile car la pensée vagabonde vite et cherche un support extérieur. Ce serait plus facile si quelqu’un nous posait des questions et nous forçait à préciser notre pensée, nous ramenant doucement et régulièrement vers cette réflexion, au lieu de laisser notre esprit vagabonder et penser à mille autres choses, n’est-ce-pas précisément le rôle du thérapeute?
Il a été mis en évidence l’intérêt de tenir un journal intime chez les personnes ayant vécu des événements éprouvants. Le journal ne décrit pas seulement l’événement mais les impacts qu’il a sur nous, nos pensées et nos émotions. Même si à court terme, l’exercice peut s’avérer pénible, il est établi qu’à long terme il est bénéfique. On peut d’ailleurs faire l’exercice d’une autre manière en prenant par exemple un temps chaque soir avant de s’endormir pour revisiter la journée. Que m’est-il arrivé? Comment me suis-je comporté avec moi, avec les autres ?
Quatre étapes peuvent être mises en évidence afin que l’exercice soit productif :
– 1/ Accepter. Laisser venir à sa conscience ce qui arrive dans ma vie en ce moment ;
– 2/ Accueillir les pensées et les émotions que cela génère sans les juger ;
– 3/ Se projeter. Envisager ce que je compte faire dans un avenir proche de la situation et de mes réactions ;
– 4/ Se réjouir. Faire un petit exercice de gratitude envers un instant de la journée, une parole ou un geste qui ont représenté un moment agréable.
L’avantage des exercices tout-prêts est qu’ils permettent de structurer la démarche, en nous incitant à clarifier la confusion de notre démarche intime, mélange d’impressions, d’images, de sentiments flous et de pensées vagues. Il est important de formuler le plus clairement possible ce qui nous vient à l’esprit à chaque moment de l’exercice pour faire passer notre pensée du flou au précis. Les mots façonnent et modulent la réalité. L’impact des formulations sur l’estime de soi est beaucoup plus important qu’on ne le croit. Ces exercices de mise en mot peuvent nous donner l’occasion de nous faire grandir en humilité, nous révélant parfois le vide de nos pensées, leur manque d’originalité ou de densité.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous intéressant à la façon de nous éviter des violences inutiles envers nous-même.
par Benoît Lemogne | 1/10/2015 | Réflexions
Approfondissons notre réflexion sur l’estime de soi dans le but d’améliorer notre personnalité en apprenant à pratiquer une autocritique utile et constructive. Ce qui aide à changer, c’est une information neutre et bienveillante à la place d’un jugement partial et agressif. Il faut donc apprendre à s’analyser différemment, avec mesure et bienveillance. Le temps du jugement objectif ne vient qu’après une première phase d’acceptation de soi, de ses erreurs, de ses limites (que nous avons évoquée précédemment). Voilà comment procéder :
– Se rappeler que nous produisons nous-même une grande partie de nos souffrances. Ne plus accepter de se faire déborder émotionnellement par une idée ou une pensée angoissante. Reconnaître son inquiétude au lieu d’essayer de la combattre en la niant, en la minimisant ou en la chassant artificiellement en la remplaçant par une autre. Si la peur qui nous envahit nous révèle qu’un problème a été détecté, occupons-nous de ce problème, avec calme. Etre à l’écoute de sa peur n’est pas s’y soumettre. D’où vient le problème? N’est-il pas en partie exacerbé par mes peurs irrationnelles ou exagérées?
– Ce qui est primordial est de bien distinguer ce qui se passe (les faits) et ce que j’en pense (mon interprétation). Mon jugement intérieur a tendance à me faire prendre ma lecture du monde pour le monde lui-même. Ces prises de conscience régulières, séparant l’information et l’observation (neutres) du jugement de valeur (subjectif) sont indispensables au rétablissement d’une estime de soi équilibrée. Ce qui nous rend malade est bien plus souvent l’idée (la montagne) qu’on se fait du problème auquel on est confronté que le problème lui-même. Or notre excitation intérieure nous met dans des mauvaises dispositions pour parvenir à régler le problème… Il convient donc d’opérer un travail de relativisation pour ne pas laisser nos émotions prendre le dessus et entamer nos capacités naturelles à surmonter l’adversité.
– Se montrer prudent par rapport aux conclusions prématurées du jugement intérieur. Si quelqu’un est froid avec nous, ce n’est pas forcément parce qu’il ne nous apprécie pas. Il y a d’autres explications possibles : il est timide ou mal à l’aise car complexé ou confronté à une situation qui le stresse pour des raisons personnelles qui n’ont strictement aucun rapport avec nous…
– S’entraîner à reformuler ces auto verbalisations : bannir les termes radicaux et définitifs (catastrophe, inacceptable, raté, pathétique, ridicule, nul, humiliant…). Derrière la naïveté apparente du procédé, ne pas sous-estimer le pouvoir des mots. Ne pas nier les méfaits mais éviter de leur donner une interprétation exagérée et définitive par une spéculation nocive.
– Etre patient et bienveillant avec soi. Commencer à se réjouir par le fait de repérer les manifestations du jugement intérieur négatif, ne pas s’énerver contre soi par le fait d’en avoir encore. Les reconduire doucement à la porte… S’entraîner à se juger globalement et non pas uniquement sur ce qu’on se reproche : « Tu es une personne bien mais tu n’as pas fait cela correctement » : Moins une critique est ciblée, plus elle prend en considération la personne dans son entier, plus elle fait appel à la réflexion, et moins à l’émotion.
– Faire preuve d’humilité avec soi, s’accepter et s’apaiser. On croit à tort bien se connaître alors que le fait d’être vigilent à propos de notre jugement intérieur nous fait nous rendre compte qu’on ne se connaît pas si bien. Bonne nouvelle : On est généralement mieux qu’on ne croit ! En réalité, nos vraies qualités peuvent être plus facilement repérées par notre entourage. Ne pas hésiter à solliciter les proches sachant faire preuve de bienveillance avec nous.
– S’attacher à faire des critiques constructives sur soi-même. Eviter : « T’es mauvais » ou pire « t’es vraiment un bon à rien » (global et négatif), préférer : « T’as pas assuré ce coup-ci, la prochaine fois essaie de faire d’avantage comme ci ou comme ça… (spécifique et constructif).
– Ne pas accorder une confiance aveugle à nos intuitions quand on est dans une situation mettant en jeu notre estime de soi. Quand on a commis une erreur, on a tendance à surestimer la sévérité du regard des autres.
– Se parler à soi-même. « Prends soin de toi, méfie toi de tes alarmes intérieures qui se déclenchent trop facilement; ne juge pas trop vite ni trop sévèrement ce qui se passe; ne te laisse pas embarquer par tes peurs ».
– Ne pas se reprocher ses reproches. « Tu ferais mieux de relativiser, il y a plus malheureux que toi, arrête de te regarder le nombril… » Ne pas ruminer ses ruminations : dans la dépression (on s’afflige de se voir triste), dans les états anxieux (on s’inquiète de ne pas pouvoir contrôler ses inquiétudes) ou phobiques (on a peur d’avoir peur).
Nous approfondirons prochainement notre réflexion en apparentant à nous parler.
par Benoît Lemogne | 28/09/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur l’estime de soi dans le but d’améliorer notre personnalité en nous intéressant au jugement que l’on porte sur soi-même. Il est extrêmement difficile de se juger soi-même, et particulièrement dans des situations où l’estime de soi est en jeu. Le regard sur soi n’est pas neutre.
On ne peut s’observer sans se juger
L’estime de soi est par essence un jugement : on ne peut s’observer sans se juger. C’est même un double jugement : nous nous jugeons par rapport au jugement que nous prêtons, à tort ou à raison, aux autres sur nous-même, ce qui nous pousse à être trop sévère avec nous-même. Mais qu’est-ce-que juger ? C’est relier un fait à une valeur. Or les valeurs des personnes à estime de soi vulnérables sont toxiques car trop élevées et trop rigides : leur désir de perfection sert à apaiser leur désir de protection. Ces personnes sont victimes de leur tentation de se juger avant même de s’analyser et de chercher à se comprendre. Ce qui raté est de ma faute; ce qui est réussi est dû au hasard, s’expliquant par un « coup de chance » qui n’est pas du à  mes qualités ou à mes compétences. Par ailleurs, ce qui est raté l’est complètement et durablement, ce qui est réussi l’est partiellement et temporairement.
Comment supportons-nous cela ?
Parce que nous pensons que c’est une forme de lucidité et d’exigence, une sorte de sévérité qui ne pourra que nous faire progresser. Le manque de bienveillance et de flexibilité nous fait commettre bien des erreurs : dramatiser, généraliser, tirer des conclusions hâtives, imposer des exigences irréalistes comme des évidences… Notre propension à nous juger nous fait passer pour de l’information ce qui est de l’auto-intoxication. Et sans tirer les leçons de l’échec des prédilections puisque quand ça marche, c’est grâce à un concours de circonstances favorables qui ne risque pas de se reproduire… Ca ne vas pas durer, inutile de se réjouir trop vite…
Notre petite voix intérieure nous sabre systématiquement toute confiance en nous en nous disant avant : « inutile d’essayer, tu ne peux pas y arriver », pendant : « Regarde comme tu t’y prends mal, tu vas encore tout faire rater », après « Tu t’es encore ridiculisé, tu es vraiment bon à rien ». Et le pire, c’est que cet ennemi, c’est nous-même! C’est nous qui lui donnons vie, l’hébergeons, le nourrissons et lui obéissons. Sans recul, nous finissons par prendre pour vérité ces délires mentaux. Notre jugement interne obéit à une logique de perfectionnisme pathologique et inefficace.
D’où vient cet ennemi intérieur ?
En général, de très loin. Nous n’y prêtons plus attention car il s’est installé depuis très longtemps. Il provient généralement d’un discours parental intériorisé : nos parents nous ont tenu un discours frustrant depuis toujours sur eux-mêmes ou sur nous-mêmes. « Pourquoi me suis-je mise dans cette situation? Je suis vraiment bête… », « Laisse je vais le faire, ça ira plus vite » ou pire « ça évitera une nouvelle catastrophe… » Ou encore des valeurs éducatives telles que « Ne jamais se satisfaire de ce qu’on a fait ou de ce que l’on est ». Plus tard, ce sont nos enseignants ou nos supérieurs hiérarchiques au travail ont pu prendre le relais. De sorte que ce discours limitant et inhibant est tellement généralisé qu’il s’est banalisé.
Nous poursuivons prochainement notre réflexion en apprenant à pratiquer une autocritique utile et constructive.
par Benoît Lemogne | 25/09/2015 | Réflexions
Poursuivons notre parcours sur le chemin de l’acceptation de soi pour équilibrer notre personnalité. L’acceptation de soi n’empêche pas les pensées intrusives générées par l’échec mais permet de diminuer leur impact émotionnel. Il convient donc de reconnaître tout de suite l’échec plutôt que d’essayer de le nier ou de le minimiser, afin d’éviter le déclenchement de ruminations négatives. L’acceptation de soi est également utilisée dans le traitement des douleurs physiques chroniques, que la révolte (compréhensive) ne fait qu’aggraver. Elle permet ainsi, non de diminuer la souffrance mais d’éviter son extension à toute la personne. Il en est de même avec l’estime de soi : afin d’éviter qu’une petite blessure d’amour propre ne devienne un désamour global, il vaut mieux l’accepter.
Comment accepter les « vrais » problèmes ?
L’acceptation concerne également les sources des douleurs de l’estime de soi. Par exemple, ne pas correspondre aux normes sociales comme avoir un travail, ne pas être en couple, ne pas avoir d’enfant… Avoir un métier dévalorisant ou être au chômage peut générer des sentiments de honte de soi ou de dévalorisation. Et les occasions ne manquent pas dans la vie sociale : la première question quand on rencontre une nouvelle personne est de lui demander ce qu’elle fait dans la vie. La réaction préconisée est l’acceptation de ne pas avoir de travail, d’enfant, d’amis, ou encore d’exercer tel métier… pour le moment.
Accepter que l’autre ait le droit de me poser cette question anodine pour lui, douloureuse pour moi. Comment ? En s’y prenant de manière flexible. Une bonne technique est de mettre en place un jeu de rôles, où l’on met au point des façons possibles de parler de soi : « Ce que je fais dans la vie ? Justement c’est mon problème, je galère drôlement en ce moment avec mon travail (ou pour trouver un travail). Ce n’est pas un sujet facile pour moi mais je m’efforce d’en parler car il est bon de savoir faire preuve d’humilité et sait-on jamais, le fait d’en parler vous permettra peut-être de me mettre sur une piste intéressante ». Le fait de pouvoir en parler diminue le stress émotionnel lié à la difficulté de la situation.
Quels sont les risques de l’acceptation de soi ?
Si l’acceptation de soi nous est si difficile, c’est qu’on la relie plus ou moins consciemment à de nombreuses craintes :
– Crainte de devenir complaisant avec soi-même, et à terme de se résigner. Mais en fait, ce n’est pas de s’accepter qui pose problème mais de s’accepter médiocre. Or, on se trompe, car le fait d’avoir un (ou des) comportement(s) médiocre(s) ne fait pas de nous des gens médiocres. De surcroit, le fait d’être en mesure de reconnaître sa médiocrité à certains moments sans s’en satisfaire, c’est déjà l’être beaucoup moins, médiocre. La plupart des personnes célèbres ont commis des choses dont elles ne sont pas fières, cela ne nous empêche pas de les admirer : l’acceptation, loin de générer de l’inaction, nous permet au contraire d’agir avec beaucoup plus d’efficacité.
– Crainte de devenir terne, sans saveur. Cette réticence est souvent présente chez les personnes à haute estime de soi fragile, qui préfèrent analyser leurs colères et leurs excès comme des preuves de leur personnalité. Mais en réalité, le gain de sérénité apportée par l’acceptation de soi ne se fait pas aux dépens de la personnalité; elle débarrasse juste la personne de certaines émotions pathologiques.
Le discernement dans l’acceptation de soi
La plupart des craintes à l’acceptation de soi se révèlent plus théoriques que fondées. Elles dépendent des croyances implicites inculquées par notre famille ou notre société : être dur avec soi-même permet de progresser ; si c’est pour mal faire, autant ne pas faire ; il faut toujours viser la performance. Ces croyances sont toxiques si nous les appliquons sans recul ni flexibilité. L’acceptation ne nous pousse pas à renoncer à des valeurs importantes pour nous, mais à ne pas en devenir esclave ou victime. Les psychothérapies ne modifient pas profondément la personnalité des personnes qui s’y livrent mais les aident à faire face autrement à leurs traits de personnalité et à leurs exigences internes excessives.
L’acceptation de soi ne se fait pas à la place de … (vivre, agir, se réjouir, ressentir des émotions) mais nous permet de canaliser ces actes et ces ressentis. Elle nous permet de conduire nos changements avec calme et bienveillance afin qu’ils restent plaisir et ne deviennent pas violence ou contrainte. Nous poursuivrons prochainement notre réflexion sur l’estime de soi dans le but d’améliorer notre personnalité en nous intéressant au jugement que l’on porte sur soi-même.
par Benoît Lemogne | 23/09/2015 | Réflexions
Nous poursuivons notre réflexion sur notre personnalité et plus précisément sur la notion d’acceptation de soi, riche d’enseignements. On ne connaît généralement de soi que les mêmes choses, flatteuses ou douloureuses, que nous ruminons. Drôle de rapport que ce lien à nous-même : adoration puis détestation, sérénité affichée face aux autres, fébrilité à l’intérieur de nous-même.
L’apprentissage de l’acceptation de soi nous permet de nous juger pour nous aider, non pour nous torturer ou nous punir; vivre en bonne amitié avec nous-même en trouvant le juste équilibre entre exigence et bienveillance. S’accepter même imparfait pour évoluer et faire naître un nouveau soi, prêt pour le bonheur.
Améliorer sa personnalité par la pratique de l’acceptation de soi
L’acceptation de soi est une manière d’être qui demande un travail sur nos émotions, nos pensées et nos comportements pour faciliter avant tout la tranquillité de l’esprit. Les douleurs de l’estime de soi sont souvent liées au refus de soi. Lorsqu’on se dit « Je n’y arriverai pas », l’onde de choc générée dans notre esprit va souvent engendrer d’autres pensées plus négatives encore : « Je n’y arriverai jamais, j’en ai marre de moi, je suis trop nul, je me déteste », avec les émotions associées (tristesse, colère, honte). Face à ces attitudes, deux réactions sont possibles : essayer de chasser ces pensées négatives ou s’y abandonner et ruminer. Malheureusement, aucune des deux solutions n’est bénéfique à long terme car même la première n’est pas à l’abris d’un effet « rebond » des pensées qu’on a vainement essayé d’éloigner.
Il convient de pratiquer l’acceptation de soi dans toutes les situations à risque nous confrontant à nos limites. Pourquoi ne pas nous autoriser à dire simplement : « Je ne sais pas », « Je n’y arrive pas », « Je ne comprends pas » ? Pourquoi ne pas s’accepter tel qu’on est ? Parce qu’on est persuadé qu’il y a un danger à le faire. Envers soi (se laisser aller, abandonner) et envers les autres (montrer sa fragilité, sa vulnérabilité, ses limites en s’exposant à la critique, au jugement et au rejet). Mais ne pas accepter conduit à aggraver la situation par un évitement, qu’on sera condamné à faire, et à refaire, avec autant d’occasion de se procurer du stress à l’idée du jour où on y parviendra plus.
Voici 5 grandes pistes à suivre pour travailler son acceptation de soi :
– Rester conscient … de nos réticences à nous accepter afin de chasser nos réflexes de crispation ou de dissimilation. Chaque fois que nous nous agaçons face à un contre-temps ou que nous nous justifions face à une remarque, ou encore que nous nous énervons face à un échec. Prenons conscience de ce qui se passe entre nous : nous sommes en train de nous dire « non ».
– S’entrainer à se dire « Oui » – A reconnaître que les choses ne se passent pas comme je le souhaite, à les accepter. Se dire « Oui, c’est comme ça, même si ça m’ennuie ». La première et la meilleure chose à faire est d’accepter que cela soit. Ne pas tenter tout de suite de nier, minimiser ou se justifier.
– Demeurer dans la situation présente – Ne pas partir dans les ruminations négatives. Ne pas se noyer en soi-même, en exagérant, en dramatisant. Revenir dans le contexte de la situation et se dégager de ses peurs de médiocrité à ses yeux et aux yeux des autres. La pratique de l’acceptation de soi nous permet de revenir à la situation et d’agir avec sérénité. Ne pas hésiter à s’encourager en se disant : « Ne sois pas dur avec toi », « Pas de double peine », « Accepte et garde la tête froide pour agir efficacement« .
– Travailler à accepter l’idée du pire, ce qui signifie ni le souhaiter ni s’y résigner. Ne pas hésiter à dérouler le scénario catastrophe dans sa tête, avec toutes les peurs engendrées en cas d’échec total. Le fait de contempler des images de mort nous rend plus fort, non face à la mort mais face à la peur de la mort. Idem avec la peur du rejet et de la dévalorisation sociale. La technique de la méditation (notamment dite « en pleine conscience ») se révèle assez efficace pour lutter contre les idées toxiques.
– Accepter le passé – Nettoyer les souvenirs douloureux de leur charge émotionnelle en travaillant sur eux de la même manière : les observer et voir leur impact sur nous de façon durable jusqu’à l’arrêt du trop plein d’émotion (Exercice à pratiquer avec un psychothérapeute si les images sont trop éprouvantes). Le pardon est l’une des clés les plus efficaces pour se libérer du passé, reposant sur l’acceptation de ce qui est à l’origine du traumatisme : renoncer à juger et à détester, accepter et recommencer à vivre.
Nous poursuivons prochainement notre parcours sur le chemin de l’acceptation de soi.
par Benoît Lemogne | 21/09/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur l’estime de soi comme moyen d’améliorer sa personnalité pour grandir en sagesse et en liberté. Ce travail sur l’estime de soi commence par l’acceptation. S’accepter soi-même, avec ses défauts; accepter les autres, avec leurs défauts; accepter les petits et les gros tracas de la vie quotidienne. Mais quid de ce qui nous révolte ?
Faut-il tout accepter pour renforcer sa personnalité ?
Non : l’acceptation ne consiste pas forcément à tolérer ou à approuver. Il n’est pas question de cautionner le mal, par exemple. La question est autre : quel état d’esprit adopter pour le combattre ? Quelle attitude sera la plus efficace ? On changera mieux le monde en acceptant d’abord la façon dont il est. Accepter qu’il existe des assassins et des voleurs permet de rendre la justice, et non d’appliquer la loi du talion. Accepter que des enfants soient des enfants nous évite de les frapper ou d’être violent avec eux mais ne fait pas renoncer à les éduquer, parfois en les punissant. Quoi que nous pensions de la violence ou de l’injustice, elles existent. Ce n’est pas un prétexte pour ne pas agir, mais une invitation à le faire lucidement : en évitant par exemple d’en vouloir aux personnes violentes, alors que ce sont les comportements violents, le problème. Accepter ce qui est n’est qu’une étape préalable pour le changer. Le but de l’acceptation n’est pas de se substituer à l’action mais d’éviter la gesticulation. L’acceptation permet en fait de se donner plus de force et de lucidité pour changer. C’est l’anti-chambre de l’action efficace, bien plus que la simple indignation émotionnelle suivie de … rien !
L’ invitation à l’acceptation prise au premier degré peut déstabiliser : « M’accepter ? Mais je ne fais que cela depuis l’enfance : accepter, ne rien dire, me soumettre, la boucler, avaler des couleuvres! La notion d’acceptation en matière d’estime de soi est difficile car elle aborde des domaines très intimes et douloureux liés à l’image de soi : qui a envie de s’accepter inférieur ? Mais c’est tant mieux finalement car en fait, on n’est pas inférieur. Enfin, pas autant qu’on ne le craint, ou dans autant de domaines qu’on ne le redoute. Car on est toujours inférieur ou imparfait en quelque chose … Et alors ? Prenons un exemple : dans une soirée, la plupart des convives connaissent très bien un sujet particulier et en parlent avec passion. Or, vous n’y connaissez rien. Si vous l’acceptez, vous allez passer un moment intéressant en apprenant des choses et en posant des questions. Ce sera facile si vous acceptez de ne pas savoir et si vous l’assumez. C’est exactement ce que permet une bonne estime de soi : s’accepter limité à certains moments et dans certains domaines. En revanche, si vous n’acceptez pas votre ignorance, vous risquez de passer une très mauvaise soirée, en faisant semblant de savoir et en tremblant à l’idée qu’on vous demande votre avis. Vous serez agacé contre ces convives qui étalent leurs savoirs. Et vous allez rentrer chez vous irrité et épuisé. C’est le signe d’une mauvaise estime de soi : ne pas accepter ses limites, et ne pas voir qu’elles ne nous rendent en rien moins estimable aux yeux des autres. En fait, moins on accepte ses limites, plus on en est prisonnier.
Une acceptation de soi nuancée et flexible est donc beaucoup plus confortable à vivre que l’adoption d’une attitude rigide et stéréotypée constituée par un savant mélange de triste résignation et de crispation ridicule, qui caractérise la non-acceptation des mauvaises estimes de soi. Une part importante des problèmes d’estime de soi est liée à la non-acceptation de ce que nous sommes, avec nos faiblesses, nos limites et nos résistances au changement : on s’agace, on se désespère de ne pas progresser, de ne pas faire de sa vie ce qu’on voudrait en faire, de ne pas réussir à devenir la personne qu’on souhaiterait être. L’attitude d’acceptation repose d’une part sur le respect de soi (être convaincu que ces imperfections n’amoindrissent pas la qualité de notre personne qui ne se résume pas à nos faiblesses) et d’autre part sur le pragmatisme : de toute manière, à quoi servent la colère et la tristesse à propos de ce qui ne va pas chez moi ? A part à me faire plus de mal ence, à me figer dans la plainte pathétique ou pire dans la réactivité épidermique. Mieux vaut accepter d’abord ce qui cause ma colère ou ma tristesse et garder mon énergie pour des actions plus importantes destinées à les corriger ou à les accepter.
Les bénéfices de l’acceptation de soi
Ils sont doubles : améliorer le bien-être émotionnel et faciliter le changement personnel. On se sent le cÅ“ur plus léger, plus libre et serein pour profiter de l’existence et la vivre pleinement. Quel soulagement de s’être débarrassé de ses luttes stupides et stériles à la recherche toxique d’une perfection illusoire (cf rester jeune et beau!). En plus, on change mieux en s’acceptant. Contrairement au dogme répandu selon lequel l’insatisfaction serait le plus grand moteur du changement, voire de toute forme d’action. Si l’on part du principe que le changement psychologique relève d’avantage des lois de l’apprentissage (s’entraîner à pratiquer de nouveaux styles de comportement et de pensées) que celle de la découverte de la cause de nos souffrances, alors la tension et l’insatisfaction deviennent toxiques et non mobilisatrices, perturbant les apprentissages. On apprend en effet mieux dans une ambiance sereine et bienveillante.
Pour faire progresser un élève, un maître digne de ce nom ne va pas avoir besoin de le stresser ou de l’inférioriser en lui rappelant ses défauts et ses insuffisances. En agissant de la sorte, il va écÅ“urer l’écolier. En revanche, les progrès de la majorité des élèves reposeront sur l’acceptation de leurs limites, de la part d’un maître qui maintient une pression bienveillante sur la nécessité de changer. On change plus facilement dans une ambiance de calme émotionnel et de respect de soi, tout en gardant à l’esprit l’objectif de mieux-être.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion sur l’apprentissage de l’acceptation de soi.
par Benoît Lemogne | 18/09/2015 | Réflexions
L’estime de soi commence par l’acceptation de soi. Mais alors comment vivre normalement et avoir une personnalité épanouie si on est mis en échec ou à l’écart, complexé par son physique ou mal à l’aise avec les autres ? Comment alors ne pas se détester, continuer à s’estimer et à aller vers autrui ?
Renforcer sa personnalité : s’accepter pour s’estimer
Comment font les personnes à bonne estime de soi? Ils ont bien entendu des défauts et connaissent des échecs; ils peuvent ressentir des doutes et des sentiments de fragilité. Simplement, ils les acceptent. Les échecs les affectent mais ils savent qu’ils sont inévitables, si l’on a le choix de l’action. Les critiques les touchent, surtout si elles sont justifiées, mais ils parviennent à reconnaître leur torts sans se sentir obligé de se justifier ou de crier à l’injustice. Leurs fragilités les incitent à apprendre et à progresser, au lieu de s’imposer ou de s’inhiber. Ils sont capables de tolérer et d’accepter leurs imperfections, car ils ont construit et intégré une bonne image globale d’eux-mêmes.
Par ailleurs, ils supposent que leurs interlocuteurs, dont ils croient dans l’honnêteté et la bienveillance, seront également plus sensibles à cette image « globale » qu’au fait précis qui leur est incriminé. Ils savent d’ailleurs se défendre contre les attaques des esprits malveillants et ont appris qu’il est inutile de fonder leur vie et leur comportement sur eux : ils suivront de toute façon leurs opinions, leurs intérêts et leurs travers quoi qu’on fasse pour les convaincre. Leur sagesse leur a fait comprendre qu’on ne prend jamais de risque face aux gens qui nous apprécient mais qu’aucun triomphe ne sera jamais suffisant face à ceux qui ne nous apprécient pas. Ce serait vouloir remplir le tonneau des Danaïdes, et de fait user et ruiner son estime de soi !
Renforcer sa personnalité : s’accepter pour changer
Faire preuve de sagesse, c’est reconnaître que pour le moment les choses sont ce qu’elles sont et non comme je voudrais qu’elles soient. Inutile de tomber dans le déni pour ne pas voir ce qui existe ni de nier son appréhension si on a peur. Accepter, ce n’est pas refuser d’agir pour transformer ce qui nous dérange, c’est regarder le problème en face. On parvient mieux à se changer en s’acceptant. Pour se soigner, il faut se reconnaître malade. Si on n’accepte pas la maladie, on ne fait qu’ajouter de nouveaux symptômes. Pour évoluer, il faut d’abord s’accepter comme on est : se reconnaître imparfait. Inutile de suivre les dictats de la société qui nous incite à nous faire paraître plus beau, plus jeune, plus intelligent, plus fort, plus performant que nous ne sommes en réalité.
Accepter, c’est lâcher prise : on découvre alors que toute une partie du problème disparaît comme par magie ! Et ce qui reste paraît donc déjà plus simple à gérer. L’acceptation est en fait une philosophie de vie. Ne figure-t-elle pas au cÅ“ur des sagesses orientales, comme de la philosophie antique ? Exercer ses capacités d’acceptation au quotidien est le prélude à l’action à mettre en Å“uvre afin d’opérer le changement salutaire de notre personnalité. Ainsi, modifier notre regard sur le monde nous aidera à modifier notre regard sur nous-même. De même qu’accepter le monde nous aidera à nous accepter et à progresser en sagesse. Le concept d’acceptation est difficile à appréhender pour les occidentaux habitués à se battre contre la réalité et avoir le réflexe immédiat de la changer si elle ne nous convient pas, et à être amère et triste si nous n’y parvenons pas. Nous nous méfions de tout ce qui représente à nos yeux de la passivité : il faut absolument être dans l’action. Pourtant, acceptation ne rime pas soumission, démission ou renoncement.
Prenons un exemple : vous êtes confronté au risque de rater votre avion parce que vous êtes dans les embouteillages. La réaction immédiate est le stress car vous n’acceptez pas de rater votre avion, étant obnubilé par toutes les conséquences que cela peut engendrer en terme de perturbation de vos projets. Vous êtes donc submergé par les émotions et les pensées négatives. L’inconvénient de cette attitude de non-acceptation est le stress qui pourtant non seulement ne vous aidera en rien à résoudre votre problème mais va même être la cause de l’aggravation de la situation en empêchant votre esprit de réfléchir sereinement à une solution et en vous mettant en risque de provoquer d’autres désagréments (un accident de la route en voulant « rattraper » le temps perdu par exemple, une querelle avec une personne que vous aurez bousculée ou qui vous aura retardé dans le hall de l’aéroport). L’attitude d’acceptation consiste à se dire : « Bon je vais rater l’avion mais c’est comme ça, je ne peux rien y faire, inutile de me mettre dans tous mes états. C’est très ennuyeux mais je ne vais pas en mourir et je ne suis pas le premier à qui ça arrive. Inutile de s’infliger une punition supplémentaire. Le but de l’acceptation n’est pas de renoncer mais au contraire de nous mettre dans des dispositions nous permettant d’agir plus efficacement.
Autre exemple : vous entreprenez une discussion politique avec une personne qui a des opinions opposées aux vôtres. La discussion tourne vite au dialogue de sourds car chacun pense que les opinions de l’autre sont idiotes et inapropriées. L’attitude de non-acceptation pousse chacun à penser que l’autre a tort. Si l’on admet le fait que l’autre a le droit de penser comme il veut avec les conséquences y attachées à l’occasion des élections, cela va augmenter l’état émotionnel des protagonistes et réduire corrélativement leur intelligence. L’attitude d’acceptation consiste à essayer d’admettre le fait que l’autre ait le droit de penser différemment, et d’essayer de comprendre pourquoi il pense de cette façon. Le piège consiste à tenter de convaincre l’autre qu’on a raison (et qu’il a tort). Au contraire, l’attitude d’acceptation ne ferme pas le dialogue mais l’ouvre.
Nous continuerons prochainement notre réflexion sur l’acceptation.
par Benoît Lemogne | 16/09/2015 | Réflexions
A moins de souffrir de symptômes graves nécessitant une prise en charge thérapeutique, l’amélioration de sa personnalité par un travail sur l’estime de soi est à la portée de tous par la simple utilisation de techniques de développement personnel.
Travailler son estime de soi pour améliorer sa personnalité
Les problèmes d’estime de soi résultent d’un ensemble de façons d’être, de se protéger et de se promouvoir inadaptées. Travailler son estime de soi consiste à  réfléchir pour se découvrir avant d’agir pour se révéler. Pour ceux qui se protègent trop, ce travail de réparation et de maturation les rendra ainsi plus libres et … heureux ! C’est tout le problème des estimes de soi vulnérables, étouffées et rigidifiées dans leurs mécanismes de défense. Changer, c’est réparer et désamorcer ces mécanismes de protection devenus prisons, pour s’en affranchir. Plus que de changement d’ailleurs, il s’agit d’avantage d’évolution en douceur.
Sans nous en rendre compte, nous nous laissons porter par les circonstances et les influences de notre passé, de nos proches, de notre milieu, de notre société. Nous vivons naturellement en « pilotage automatique », sans nous questionner sur notre personnalité et les moyens de l’améliorer. Alors par quoi commencer ? Par cesser de se dévaloriser et de se cacher, par cesser de vouloir contrôler son image en permanence en lâchant prise. Ne plus trembler devant l’idée du rejet, faire sa place tranquillement dans la société en acceptant les difficultés qui se présentent. Développer son estime de soi ne consiste pas uniquement à s’occuper de soi mais également à progresser dans son rapport aux autres en travaillant sur le type de lien que nous entretenons avec eux : liens réels ou liens fantasmés.
La recette consiste dans un premier temps à  mettre en place des processus de vigilance. Cela peut paraître astreignant mais c’est un réflexe à acquérir. Une fois que les bonnes habitudes sont prises, le travail de transformation finit pas se faire quasiment sans effort. Et étonnamment, progressivement, on se rend compte qu’on pense de moins en moins à soi-même. Le but ultime du travail est en fait de se faire oublier, comme une respiration à laquelle on ne prête plus attention. Respiration qu’il conviendra de réguler ou de calmer si le besoin s’en fait sentir mais qui ne nécessitera plus, au quotidien, d’attention ou d’effort particulier. Voici donc le but ultime : s’oublier pour ne plus avoir à s’occuper de soi-même et de l’image qu’on renvoie aux autres.
Comment faire évoluer favorablement son estime de soi ?
Notre niveau d’estime et la façon dont nous le protégeons dépend largement des influences de notre passé : comment nos parents nous ont sécurisé par leur amour, valorisé par leurs encouragements, montré l’exemple par la manière dont ils s’estiment eux-mêmes. Or, si on ne peut agir sur son passé, on a en revanche prise sur le rapport que nous entretenons avec lui ainsi que sur la conduite de notre quotidien. Il n’y a pas de fatalité en la matière, juste un poids incontestable du passé, qu’il faut comprendre afin d’agir efficacement dans le présent. Il faut donc rompre avec le « pilotage automatique » mis en place dans notre enfance et s’entrainer à cesser d’être le jouet des influences sociales.
Pour opérer un changement bénéfique, il faudra comprendre d’où viennent nos limitations et nos erreurs de pilotage et travailler à mettre en place progressivement de nouvelles façons d’être. On ne change véritablement que dans l’action intelligente. C’est capital d’agir de la sorte car les problèmes d’estime de soi tendent soit à inhiber l’action, soit à la stéréotyper : ne plus agir ou toujours de la même façon. Le changement à opérer nécessite un petit effort constant qui relève d’avantage de la course de fond que du sprint, mais il s’agit le plus souvent de choses simples à mettre en Å“uvre, de petits « trucs » à appliquer longtemps et régulièrement. Le changement s’opère donc, en douceur, par étapes, parfois minuscules, parfois spectaculaires. Et souvent, on commence à ressentir le bénéfice du travail effectué dans la vie quotidienne assez rapidement, avant que ne s’installe à terme un changement durable dans notre personnalité.
L’objectif d’un travail sur l’estime de soi n’est de toute façon pas d’opérer un changement radical de sa personnalité mais de rester soi-même, en mieux : plus serein, plus confiant, plus audacieux, plus libre face aux regards et aux jugements des autres. Il faut bien évidemment tenir compte des traits de sa personnalité initiale. Inutile de vouloir devenir un personnage flamboyant si notre personnalité de départ est plutôt réservée. Pour les profils à basse estime de soi, un objectif raisonnable est déjà de se sentir plus à l’aise en société et même de pouvoir tirer plaisir de certaines occasions sociales au lieu de les fuir systématiquement. Il convient de mettre en place des processus d’amélioration avec des objectifs raisonnables. Et surtout les efforts fournis doivent s’opérer dans un climat favorable de bienveillance envers soi-même.
Si vous souhaitez améliorer votre personnalité pour gagner en liberté et en confort de vie, n’oubliez pas de vous abonner au blog pour suivre les prochains articles à paraitre prochainement.
par Benoît Lemogne | 14/09/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur le concept d’estime de soi, et particulièrement sur sa vulnérabilité et son impermanence. Après la description du profil à basse estime de soi, voyons aujourd’hui :
Les profils de personnalité à Haute estime de soi : se sur-positionner, entre mensonges et crispations…
Ce n’est pas le genre à se précipiter chez un analyste, manque d’humilité oblige… Dans les cas les plus graves, ces personnes peuvent déclencher une grande antipathie. Incapables de se remettre en question, elle parviennent sans mal aucun à s’auto-persuader que ce sont les autres qui sont désagréables avec eux (généralement à cause de leur prétendue jalousie). Ils pensent sincèrement qu’on ne peut qu’envier leurs nombreuses qualités et, en leur présence, que ressentir le poids de sa médiocrité. Ces personnes ne peuvent s’empêcher de se mettre en avant pour être au centre de l’attention, de parler de façon péremptoire, de reprendre les autres, de les contredire, d’avoir toujours raison, de ne jamais reconnaître leurs torts. Certaines, plus lucides, peuvent avouer une certaine arrogance.
Ces profils de personnalité présentent en fait les mêmes fragilités de l’ego que ceux à basse estime de soi, qu’ils sont d’une certaine façon ou qu’ils peuvent devenir en cas de revers répétés. Mais leur façon de lutter contre leurs doutes va être radicalement opposée, d’où les tentatives de domination parvenant néanmoins à une construction bancale et fragile. Les efforts de maintien de l’estime de soi à un haut niveau servent de mécanisme de défense pour mettre à distance des fragilités angoissantes. Les comparaisons sociales sont permanentes : vers le haut, on jalouse; vers le bas, on dédaigne! Les comportements inappropriés sont légion : colères mémorables, abus de substances euphoriques, dépressions sévères quand le vernis craque…).
Ces personnes sont difficiles à vivre pour leur entourage qui a un mal fou à les supporter. Convaincues qu’en matière de jugement social, « la meilleure défense, c’est l’attaque… », elles consacrent d’avantage d’effort à la promotion de leur estime de soi qu’à une construction solide de cette dernière, d’où la superficialité évidente de leur personnalité. Elles se lancent volontiers dans l’action en raison de leur besoin de reconnaissance mais souffrent d’une intolérance à l’échec! Face au doute, elles essaient de garder la face à tout prix. Confronté à un problème, le réflexe n’est pas de se remettre en question mais de questionner la réalité ou la pertinence du problème !
Cette surestime de soi exprime la volonté de construire un « super-moi », personnage social qui protège la personne sous-jacente, bien plus fragile et bien moins flamboyante. La personne se sent obligée d’être au dessus de la mêlée, de peur d’en être assimilée. Elle a l’obsession d’être hors d’atteinte. Ces stratégies ont un coût émotionnel élevé, engendrant beaucoup de stress. L’obsession de reconnaissance et de performance provoque une usure et une fragilisation. La personne est rongée par une grande anxiété à l’idée de ne pas y arriver ou d’être ridiculisée en étant démasquée.
Il y également un risque dépressif lors des mouvements vers le bas de l’estime de soi de ce type de personnalité, lors de prises de conscience brutale de la fragilité sous-jacente, à l’occasion par exemple de coups de fatigue liés à l’épuisement de défendre de façon permanente l’image qu’on s’échine à montrer et les privilèges y attachés. Mais l’impasse est encore plus grande que chez les personnes à basse estime de soi car le jeu de rôle est étouffant et épuisant. Toute sincérité est devenue impossible, d’autant que pour l’entourage, persuadé d’avoir à faire à une personne à l’égo robuste, l’illusion est parfaite. Néanmoins, si la personne vit dans l’angoisse d’être démasquée, elle reste protégée de la dépression par une forme de déni.
Un cas de figure extrême du phénomène est celui des narcissiques, personnalités victimes d’une hypertrophie de l’estime de soi. Ils sont réellement convaincus d’être supérieur aux autres et de mériter le meilleur. Il est donc légitime qu’ils bénéficient en tant que tel de traitements de faveur : avoir le droit de rouler plus vite car ce sont des meilleurs conducteurs et qu’ils roulent dans des voitures plus fiables et plus performantes, de parler plus longtemps que les autres dans les réunions car leurs propos sont plus percutants et plus intéressants, être servi plus vite, ne pas faire la queue,.. car leur temps est plus précieux que celui des autres.
Leurs succès n’est même pas source de fierté mais de sursaut d’orgueil, à cause d’une dilatation de leur égo. Ils font beaucoup d’effort pour montrer qu’ils ne sont pas n’importe qui (carrés « VIP » indispensables) et cherchent systématiquement à capter l’attention. Soucieux de beaucoup obtenir en respect et en attention, voire en hommage et en égards, ils sont peu préoccupés par les notions de réciprocité, d’écoute et d’empathie. Mais la qualité de leur fréquentation en pâtit, pouvant paraître frustrante et désagréable. En fait, l’autre n’existe que comme faire-valoir, comme adversaire ou comme obstacle. Jonchés au sommet de l’aveuglement de l’estime de soi, ils sont dans l’incapacité de progresser, ce qui nécessiterait qu’ils acceptent de se remettre en question.
Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en voyant comment on peut durablement améliorer son estime de soi.
par Benoît Lemogne | 11/09/2015 | Réflexions
Approfondissons notre réflexion sur la quête de l’équilibre de notre personnalité en nous intéressant à la cause de l’impermanence de notre personnalité : la fragilité de notre estime de soi
Les oscillations de l’estime de soi sont normales tant qu’elles restent occasionnelles. Elles ne sont problématiques que si elles deviennent fréquentes, constantes ou disproportionnées par rapport à ce qui les a déclenchées. Elles témoignent alors du dysfonctionnement du mécanisme de régulation naturelle de l’estime de soi. Beaucoup d’entre nous souffrent d’un sentiment de vulnérabilité, le simple déroulement de la vie quotidienne aves ses vicissitudes inéluctables pouvant représenter une menace : se tromper, échouer, avoir tort, se retrouver confronté à une situation déstabilisante ou humiliante.
Ce sentiment de fragilité nous incite à commettre de nombreuses erreurs. La première consiste justement à focaliser son esprit sur l’image qu’on donne à voir. La seconde consiste à tomber dans le piège de défendre son estime de soi coûte que coûte, en ayant recours inconsciemmment à une attitude offensive (pour promouvoir notre estime) ou au contraire défensive (pour la protéger). Ces deux stratégies, bien que semblant s’opposer, s’expliquent toutes les deux par un même sentiment de vulnérabilité.
Ces deux profils sont en réalité si proches qu’il arrive fréquemment qu’une même personne passe de l’un à l’autre selon les périodes de sa vie. Ainsi un adolescent timide et effacé peut se révéler un adulte hautain et méprisant (pour lutter contre sa timidité naturelle et tenter de se rassurer). Mieux encore les deux profils peuvent coexister au même moment selon les domaines concernés : une mère de famille chef de service pourra être un tyran à son travail et une épouse soumise et docile au sein de sa famille.
Profil à basse estime de soi : comment sous-positionner sa personnalité ou l’art de la dérobade…
Dans ce profil, la personne est définitivement convaincue d’être moins bien que les autres, à tel point que le moindre compliment est susceptible de déclencher un malaise, une envie du fuir ou de pleurer. Si on s’intéresse à elle, elle pense que c’est par erreur. L’effet de surprise laisse rapidement place à une grande angoisse : « Vais-je être à la hauteur ? Combien de temps va-il se passer avant qu’ils ne se rendent compte de leur méprise ? Quand vais-je pouvoir retomber dans l’anonymat et l’indifférence si confortable que je suscite généralement ? »
La personne à basse estime de soi est imperméable à tout ce qui en elle est digne d’estime. Elle n’a pourtant pas plus de tarres que les autres, mais est incapable de les relativiser ou de les mettre à distance. Il lui est ainsi impossible de vivre avec insouciance et légèreté. La comparaison avec les autres ne la rassure pas car elle ne voit chez eux que ce qui est mieux de sorte que la comparaison n’est pas motivante mais douloureuse. En se comparant vers le bas, elle tente de se rassurer sur le moment (« Il y a pire que moi ») mais va rapidement déclencher une nouvelle inquiétude (« Et si je finissais comme ça? »).
Ces personnes passsent donc leur vie à éviter tout risque de fragilisation de leur petit capital d’estime de soi. La recherche éventuelle de reconnaissance va s’opérer avec prudence, en évitant tout risque d’échec. Idem pour les actions entreprises : on n’agit seulement quand il n’y a aucun risque de mise en danger. Dans les rapports avec les autres, la priorité est de se faire accepter, en étant consensuel et en évitant les initiatives et les conduites à risque comme donner son avis ou demander une chose qui pourrait déranger.
On ne relâche pas la pression tant qu’on est pas intégré. Ce faisant, on dépend beaucoup du bon vouloir des autres, dont on est à l’affût des besoins et des plaisirs. Mais à force de se fixer sur ce que peuvent penser les autres de nous, on s’oublie soi-même. Pas étonnant alors d’être gagné par un sentiment vide et d’ennui, avec le risque à terme de tomber dans l’amertume, à force de voir les autres, pas forcément meilleurs, réussir en affichant et en savourant leurs succès…
Nous poursuivrons notre reflexion sur les moyens d’améliorer notre personnalité par la description du profil des personnes à haute estime de soi fragile et du phénomène d’oscillation entre les deux profils.
par Benoît Lemogne | 9/09/2015 | Réflexions
Approfondissons notre réflexion sur l’estime de soi à la recherche de l’équilibre de notre personnalité. Après avoir analysé les caractéristiques majeures de l’estime de soi, intéressons-nous au phénomène de changement permanent de niveau d’estime de soi.
La normalité des fluctuations de l’estime de soi au sein de notre personnalité
L’estime de soi peut être très changeante : un jour on s’aime, le lendemain beaucoup moins car un événement nous a contrarié et rappelé nos limites… Il est néanmoins normal de connaître des hauts et des bas dans notre discussion interne. Il s’avère en fait que ces oscillations de l’estime de soi sont non seulement légitimes mais mieux encore utiles! C’est qu’elles nous informent sur la réussite ou non de nos efforts et sur notre niveau d’insertion dans la société. Ces fluctuations témoignent d’ajustements constants entre nous et ce qui nous arrive. De fait, il est sain de douter de soi. Dans ce domaine, l’inverse serait même le signe d’une pathologie : pour les gens qui se voient systématiquement positifs ou négatifs.
Notre estime de soi est le baromètre de deux curseurs complémentaires et nécessaires : la reconnaissance sociale et le sentiment d’efficacité personnelle, plus ou moins autonomes l’un de l’autre, même s’ils vont généralement de paire. La performance sans la reconnaissance peut créer un sentiment de vide accompagnant certaines réussites sociales (« A quoi sert d’être riche sans amour ? »); la reconnaissance sans la performance menant quant à elle à la frustration (« On me dit que je suis performant mais on refuse de m’augmenter »).
La manière dont chacun s’y prend pour alimenter ces deux sources de l’estime de soi est fondamentale pour son bien-être personnel. Même si des différences individuelles existent indubitablement entre les personnes dotées d’une haute ou d’une basse estime d’eux-mêmes, ce qui va réellement compter est d’avantage la manière dont nous orientons notre existence à la recherche de ses sources de l’estime de soi. Des dérèglements peuvent se produire, que nous sabotions à notre insu des succès, ou que nous maquillions (volontairement) des défaites, afin de nous donner l’illusion de contrôler notre environnement.
On note ainsi plusieurs dysfonctionnements :
– en s’observant se focaliser sur ce qui ne va pas au lieu d’avoir une vision globale plus objective (complexes) ;
– en se jugeant selon des critères de sévérité, d’éxigence et de perfectionnisme tellement rigoureux que l’on ne peut qu’être déçu par soi ;
– en faisant un mauvais usage de sa faculté à se comparer aux autres, pour se rassurer ou se dévaloriser, au lieu de profiter d’observer autrui pour apprendre et comprendre ;
– en se focalisant sur le regard des autres et en leur prêtant des jugements trop sévères sur nous, ces enfermements sur soi étant l’une des caractéristiques les plus robustes et les plus toxiques des problématiques de l’estime de soi (car elles bloquent toute évolution); d’autres au contraire pratiquant à l’inverse en cherchant sans arrêt de la réassurance, au point de lasser leur entourage à poser les bonnes questions sans jamais écouter les réponses.
Il arrive en fait que l’estime de soi soit déconnectée de la réalité : des personnes se sous-estimant alors qu’elles sont pétries de qualités, quand d’autres se surestiment de façon peu réaliste et parfois ridicule. Par ailleurs, ces oscillations de l’estime de soi peuvent être violentes (passage du désespoir à l’euphorie), inadaptées (déclenchées par des détails insignifiants ou des événements imaginaires) ou redoutées (poussant la personne à les éviter à tout prix par la mise en place de fuites ou de dénis).
Nous continuerons prochainement notre réflexion en nous intéressant à  la fragilité de l’estime de soi, aux profils des basses et des hautes estimes de soi et au phénomène d’oscillation entre les deux.
par Benoît Lemogne | 7/09/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur l’estime de soi comme moyen d’améliorer sa personnalité. Voyons comment la renforcer en maîtrisant son impact et sa place.
L’équilibre de la personnalité au regard du coût de l’estime de soi
L’estime de soi, pour rester à niveau, peut nécessiter chez certains des stratégies de maintien, de développement ou de protection mobilisant beaucoup d’énergie : déni de la réalité, fuites et évitements, agressivité envers autrui, autant de stratégies qui vont engendrer un sacrifice important en terme de qualité de vie et beaucoup de stress.
A quoi identifie-t-on une estime de soi « économe » en énergie psychologique ? Par l’impact modéré des événements de la vie du sujet, par le bas niveau général de stress, par le peu de crispation ressentie et perceptible de l’extérieur lors de réponses aux critiques, et au peu de justification en cas de remise en cause. A la capacité à se nourrir tranquillement des critiques, et même à leur manifester de l’intérêt, plutôt que de vouloir les éviter.
L’équilibre de la personnalité au regard de la place de l’estime de soi
A quel point compte notre image et l’opinion que les autres ont de nous ? Avons-nous la capacité de réagir aux critiques sans nous sentir offensé ou même parfois de choisir de ne pas y réagir ? La défense et la promotion de notre image occupent-elles une place centrale au point de beaucoup nous mobiliser ? Ou simplement une place légitime, sans excès ? Y a-t-il de la place pour autre chose que notre estime de soi ? Chez les narcissiques par exemple, la question de l’estime de soi est tellement envahissante qu’elle en devient vitale.
A quoi identifie-t-on une estime de soi modérément investie ? Au fait que les blessures d’amour-propre ne contaminent pas l’ensemble des pensées, activités ou états émotionnels. A la capacité de digérer les échecs sans drame, de ne pas être obnubilé par les indices témoignant de notre statut social, se contentant d’être apprécié sans avoir besoin d’être célébré. A la possibilité de poursuivre des objectifs indépendamment de leur impact en terme de prestige social ou d’image. Certains sont capables d’agir gratuitement dans ce domaine. Pour d’autres, cela peut s’apprendre…
Quels sont les bénéfices d’une bonne estime de soi ?
– Une grande source de motivation interne, facilitant l’action et permettant de se persévérer face à l’adversité ;
– Une grande résistance aux influences sociales et à la protection de son identité ;
– l’effet de protection et d’auto-réparation : l’estime de soi facilite la résilience face aux événements douloureux de la vie. Elle facilite la cicatrisation rapide des blessures émotionnelles : se remettre facilement d’un échec par exemple ;
– l’effet favorable sur la santé somatique et psychologique. On a mis en évidence les bénéfices psychiques de l’auto-valorisation et de l’inclinaison naturelle à avoir spontanément une opinion positive de soi.
L’estime de soi : une intelligence de soi ?
L’estime de soi se révèle être une forme d’intelligence, dans le sens de faculté de connaître et de comprendre, de s’adapter à des situations nouvelles et de trouver des solutions aux difficultés rencontrées. Elle est donc finalement ce qui nous permet de tirer le meilleur de nous-même. L’estime de soi est variablement offerte à chacun de nous. Elle est inhérente aux inégalités frappant l’humanité. Elle est plus fréquente si on vit en démocratie, dans un pays en paix, dans une famille équilibrée et si on a été aimé dans son enfance. Mais le géni humain est ainsi fait qu’elle se révèle également comme un facteur de réparation des inégalités, nous permettant de ne pas succomber à nos manques et à ne pas nous réduire à eux.
Elle nous permet de nous faire évoluer, en dépit de nos handicaps, pas seulement de nous y adapter, ce qui peut nous aider à combler notre retard. Beaucoup de personnes ont une estime de soi tardive, après trente ou quarante ans, notamment les personnes qui ont du se construire elles-mêmes ou qui ont dû attendre d’avoir atteint l’âge adulte pour faire un travail sur eux-mêmes en consultant un thérapeute. Le propre de l’intelligence n’est pas de nous permettre de briller en société mais de nous adapter et de nous permettre ce détachement capable de nous rendre libres et heureux.
Comment améliorer son estime de soi ?
Ainsi décortiquée dans tous ses attributs, l’estime de soi « parfaite » pourrait sembler hors d’atteinte ! Mais c’est en fait un idéal dont on peut se rapprocher, pour améliorer sa qualité de vie. Laissons faire notre nature : qu’est-ce-qui nous anime ? Selon les individus : le travail ou les loisirs; les découvertes ou les vérifications; l’aventure ou la sécurité; la curiosité des voyages intérieurs qui nous font comprendre, évoluer, guérir de nos démons, de nos blessures, de nos manques… Apprendre à vivre en bonne amitié avec soi-même en trouvant le juste équilibre entre exigence et bienveillance. S’accepter même imparfaits pour évoluer et faire naître un nouveau soi, prêt pour le bonheur. Quel beau programme que de se rapprocher de l’être idéal qu’on peut être! Essayons de nous en donner les moyens, au fur et à mesure des prochains articles…
par Benoît Lemogne | 5/09/2015 | Réflexions
Poursuivons notre réflexion sur l’estime de soi comme moyen de trouver sa vraie personnalité et son équilibre par l’analyse des caractéristiques majeures de l’estime de soi : la hauteur, la stabilité, l’harmonie et l’autonomie.
Notre personnalité dépend d’abord du niveau d’estime de soi
Caractéristique majeure de la personnalité: si on a une haute estime de soi, cela signifie qu’on s’apprécie beaucoup, qu’on est assez sur de soi pour agir et prendre sa place dans la société, qu’on ne s’effondre pas au premier échec ou à la première difficulté. Au contraire, si on a une faible estime de soi, on va avoir une personnalité fragile et une tendance à se dévaloriser facilement, à être peu sur de soi au point de souvent éviter d’agir ou de prendre sa place parmi les autres, à s’effondrer facilement quand on est confronté à une contrariété ou encore à renoncer facilement face aux échecs ou aux difficultés.
Néanmoins, aborder la question de l’estime de soi uniquement par son niveau n’est pas suffisant. Rechercher à avoir absolument une haute estime de soi n’est pas le seul critère pour parvenir à déterminer si une personne a une bonne estime de soi. En effet, certaines personnes supposées dotées d’une haute estime d’elles-mêmes ont pu se révéler anxieuses, rigides et en échec sur le plan intime, émotionnel et relationnel. En même temps, d’autres appréhendés comme ayant une estime d’eux-mêmes modérée se sont révélés capable de se sentir bien avec eux-mêmes et avec les autres, et même de réaliser de grandes choses. Il est donc possible de mentir (ou de se mentir) en matière de niveau d’estime de soi. En fait, ce n’est pas tant un problème quantitatif que qualitatif. Inutile de rechercher toujours plus d’estime en soi et dans le regard des autres, il y a d’autres qualités à sonder, notamment la stabilité, l’harmonie et l’autonomie.
Comment identifie-t-on le niveau d’estime de soi d’une personne ? Au discours sur elle-même : elle est capable de parler positivement d’elle, lorsque les circonstances s’y prêtent, et d’accepter les compliments sans gêne. A son attitude face à l’action : elle peut entreprendre, persévérer ou même renoncer sans se sentir humiliée ou se chercher des excuses. A ses attentes et à ses ambitions : elle ajuste ses prétentions à ce qui est à sa portée.
Notre personnalité dépend aussi de la stabilité de l’estime de soi
Un très bon indice de la qualité de l’estime de soi concerne la réactivité aux événements de la vie. La façade fragile d’une estime de soi va se lézarder face à la difficulté. L’intensité de l’amplitude des réactions émotionnelles tant face aux revers que face aux réussites, en dit long sur la solidité intime de l’estime de soi.
Comment identifier la stabilité de l’estime de soi ? Au rôle d’amortisseur qu’elle peut jouer face aux réussites et aux échecs, ou aux approbations et aux critiques. La stabilité de l’estime de soi permet une certaine constance du comportement et du discours : on reste grosso modo soi-même quels que soient le public, les interlocuteurs ou les circonstances.
L’harmonie de l’estime de soi
Vues de l’extérieure, certaines estimes de soi paraissent très investies dans un domaine limité de la vie personnelle (vie professionnelle épanouissante mais vie privée désastreuse par exemple). En dehors de sa zone de confort, la personne est rapidement déstabilisée, alors que dans le domaine sur-investi elle sait faire preuve d’une certaine excellence et peut même jouir d’une grande notoriété.
L’estime de soi peut s’exprimer dans des champs divers : apparence physique, capacité à se conformer à la norme sociale, acceptabilité et popularité (capacité à se rendre aimable et apprécié), succès et statut (capacité à se hisser au dessus de la moyenne), capacité à développer des aptitudes précieuses pour s’intégrer dans un milieu particulier peu familier ou hostile. Plus les domaines de prédilection seront nombreux, plus ils permettront des réparations croisées : relativiser un CV moyen en faisant jouer ses relations; compenser un chagrin d’amour en surinvestissant son travail n’annule pas la peine mais permet d’en atténuer le ressenti, de la mettre à distance, de ne pas la laisser prendre toute la place.
Comment identifier l’harmonie de l’estime de soi ? A la multiplicité des centres d’intérêts de la personne. Au fait qu’il existe peu d’écart dans son comportement entre ses sphères privée et publique. A la capacité de se réparer dans un domaine si on est en échec dans un autre. A l’aptitude à ne pas sombrer dans l’amertume si l’on connaît des revers répétés ou une baisse de popularité.
L’autonomie de l’estime de soi
Certaines estimes de soi dépendent principalement de facteurs externes dont la longévité n’est pas forcément garantie (stature sociale ou apparence physique), d’où une faiblesse latente. D’autres sont plus centrées sur l’atteinte de valeurs ou la pratique de vertus. Investir son estime de soi dans des objets internes parait plus simple pour les garder sous contrôle, comme protégés de l’impermanence de la société. Cela permet aussi aux personnes qui y ont recours de se targuer d’être dotées de valeurs plus « personnelles ».
Comment identifier l’autonomie de l’estime de soi ? A son indépendance par rapport aux pressions sociales sur ce qu’il faut avoir, penser ou montrer pour paraitre (valorisation par les possessions matérielles, le métier du conjoint, la réussite des enfants,…). A la capacité à supporter le rejet ou le désaveu en terme de soutien social, quitte à cultiver une certaine originalité, voire même une forme de marginalité. Les traversées du désert sont des bons marqueurs de ce type de personnalité.
Nous continuerons prochainement l’étude des caractéristiques d’une estime de soi équilibrée en abordant les deux derniers critères : le coût et l’importance de la place de l’estime de soi.
par Benoît Lemogne | 3/09/2015 | Réflexions
En cette période de rentrée, propice aux bonnes résolutions, nous avons entamé une nouvelle réflexion. Au programme : travailler sa personnalité pour devenir enfin soi-même afin de gagner en liberté et en sérénité. Il s’agit de comprendre comment fonctionne l’estime de soi en réfléchissant au rapport à soi, au rapport aux autres; à l’être et au paraître… En fait, cela revient à trouver …
La recette du bonheur, vous en rêviez ? Elle consiste à :
– Dire ce qu’on pense et faire ce qu’on veut, sans peur de l’échec ou du jugement ; Oser dire : « Je ne sais pas », « J’ai peur » ou « Je suis malheureux(se) » sans se sentir rabaissé ; S’autoriser à changer d’avis après réflexion ; Tirer les leçons de ses erreurs ; Savoir vivre avec les blessures de son passé et en tirer profit pour se remettre en question ;
– Ne pas se décourager quand on éprouve des difficultés ou avoir honte de soi si on renonce ; Faire de son mieux pour atteindre ses objectifs sans se mettre la pression ; Etre sur de pouvoir survivre à ses échecs ou à ses malheurs ; Se donner le droit de décevoir ou de rater ; S’autoriser à demander de l’aide sans se sentir inférieur ; Ne pas se rabaisser quand on n’a pas réussi ; Croire que le meilleur reste à venir ;
– Ne pas avoir besoin de paraître pour exister socialement ; Oser dire « Non » ou « Stop » (s’affirmer) ; Oser être différent en suivant son chemin même si on est seul ; Oser se mettre en maillot de bain sans honte ; Savoir vivre avec ses complexes ;
– Savoir faire preuve d’humilité et d’humour avec soi-même; Accepter de se faire charrier (gentiment)  ;
– Se donner le droit d’être heureux ; Se sentir bien avec soi-même ; Ne pas avoir besoin absolument d’être en couple pour avoir le sentiment d’exister ou pour combler un mal-être intérieur ; Accepter de ne pas être aimé, même si ça rend malheureux sur le moment ; Se sentir digne d’être aimé ; S’accepter avec ses qualités et ses défauts ;
– Aimer les autres sans les surveiller ou les étouffer ; Ne pas se sentir envieux et se réjouir de la réussite ou du bonheur des autres ;
– Et enfin, Parvenir à penser à autre chose qu’à soi… Est-ce si compliqué?
Si vous ne parvenez pas à suivre naturellement ses précpets de « bonne conduite » avec soi et avec les autres, vous pourrez tirer avantage des articles qui vont suivre. En attendant, je vous invite à une petite réflexion sur l’estime de soi. Nous sommes un mélange passionnant de contradictions, sachant faire preuve de cohérence en agissant en conformité avec nos valeurs tout en étant capable de dire, faire ou penser des choses qui nous répugnent. Tantôt nous nous aimons, tantôt nous nous détestons. Certains même aiment se détester quand d’autres détestent s’aimer… Pour couronner le tout, il nous arrive d’apprécier certains de nos défauts (certains assument leur égoïsme) ou de déplorer certaines de nos qualités (certains regrettent d’être trop gentils). Mais qu’est-ce-que l’estime de soi exactement ? C’est ce que je pense de moi comment je me sens avec ses pensées et comment cela influe sur ma vie; en fait le mélange des regards et des jugements que je porte sur moi, car aucun regard n’est neutre, surtout sur soi-même !
L’estime de soi influence notre façon d’être
L’estime de soi est une source d’information permanente sur notre adéquation à notre environnement social. Douter de soi nous incite à modifier notre façon d’être. Les informations que nous délivre notre ordinateur interne sont précieuses : savourer quand tout va bien, réagir quand ça va mal. Un ego en bon état de marche est un outil indispensable pour préserver son bien-être intérieur et la qualité de ses relations sociales. Grâce à lui, nous savons si nos besoins fondamentaux, et notamment en satisfaction personnelle, sont satisfaits.
On distingue ainsi deux moteurs de l’estime de soi : les signes de satisfaction personnelle et ceux de reconnaissance sociale. Mais l’estime de soi est hyper sensible aux rejets et aux échecs. Il nous renseigne et nous aide à nous adapter si besoin est afin de nous éviter la marginalisation. C’est ainsi que l’on peut devenir audacieux ou craintif, selon qu’il faille nous révéler ou nous rétracter.
L’estime de soi est nécessaire
Jadis, nous ne choisissions pas notre conjoint ou notre métier; notre famille s’en chargeait pour nous. Notre destinée et notre place dans la société étaient pré-déterminées. Nous évoluons aujourd’hui dans des sociétés individualistes et compétitives. Il faut se montrer capable d’acquérir, souvent pas ses propres moyens, un travail, un logement et un conjoint. Gare à l’exclusion qui guète ceux qui n’y parviennent pas. La construction de la personnalité des individus est devenue d’autant plus indispensable que la société est devenue individualiste, fondée sur les valeurs d’autonomie et de performance individuelle.
Mais était-ce mieux avant, quand l’individu était soumis au groupe de façon écrasante ? L’estime de soi se mesurait alors à  la capacité à se conformer à la norme du groupe. En d’autres termes, il s’agissait de savoir rester à sa place. La tâche était plus simple, mais au prix d’une soumission à des règles encore bien plus rigides qu’aujourd’hui. N’est-il pas mieux d’avoir la possibilité de travailler sa personnalité tout au long de la vie? Aujourd’hui, la réussite de notre vie dépend beaucoup plus de nous-même. Il ne s’agit pas tant de faire preuve de nombrilisme que de se donner les moyens d’évoluer et de faire sa place, en se construisant sa propre personnalité.
L’estime de soi est l’outil de notre liberté et de notre autonomie psychologique. Elle nous permet de résister aux pressions et aux manipulations. Sans elle, nous ne serions que le produit prévisible de notre passé et de la société dans laquelle nous vivons. Elle nous permet de nous affranchir de notre éducation et de notre milieu social, d’en tirer le meilleur profit tout en nous en affranchissant et de nous déjouer des influences sociétales.
La suite de notre réflexion sur l’estime de soi nous permettra de comprendre comment on peut se forger une personnalité sur-mesure, à  notre mesure…
par Benoît Lemogne | 1/09/2015 | Réflexions
En cette période de rentrée, propice aux bonnes résolutions, Travailler sa personnalité pour trouver son équilibre est la réflexion que je vous propose à travers une nouvelle série d’articles. Pour faire le lien avec la série de cet été consacrée aux pervers-narcissiques, cet exercice permettra aux personnes s’étant reconnues dans la description du profil des victimes de pervers d’équilibrer leur personnalité, ce qui leur permettra de mieux se prémunir d’éventuels prédateurs. Par ailleurs, cette réflexion vous permettra peut-être également de préserver votre couple de la séparation car le meilleur moyen de gérer son couple de façon harmonieuse est de commencer à réfléchir sur sa propre personnalité pour grandir en sagesse et en indépendance. Et si votre compagnon de vie est ouvert à ce genre de réflexion, ce travail peut bien évidemment s’effectuer à deux, un regard extérieur pouvant même se révéler très précieux pour vous aider à  entrevoir la façon dont vous êtes perçu par les gens de votre entourage.
L’objectif ambitieux que je vous propose est de vous aider à devenir enfin vous-même. Ne vous plairait-il pas de ne plus être dépendant de l’image que vous pensez renvoyer à votre entourage ? Voudriez-vous pouvoir agir librement, sans crainte de l’échec ou du jugement ? Ne plus avoir peur d’être rejeté et trouver simplement votre place au milieu des autres. Vous pensez certainement que la réflexion que je vous propose concerne la confiance en vous et la liberté des relations que vous entretenez avec les autres. En fait, elle a trait à l’estime de soi et va vous aider à la renforcer, à la protéger et au besoin à la réparer. Elle vous aidera à vous accepter et à vous aimer tel que vous êtes, avec vos qualités, vos imperfections et vos faiblesses. Apprendre à vivre en bonne amitié avec nous-même en trouvant le juste équilibre entre exigence et bienveillance. S’accepter même imparfaits pour évoluer et faire naître un nouveau soi, prêt pour le bonheur. N’est-ce pas un beau programme? Pour débuter notre réflexion, demandez-vous :
Comment allez-vous ? Comment vous-situez-vous par rapport aux autres ?
Il faut qu’un intime vous pose la question pour que vous envisagiez d’y répondre sincèrement. Sinon, nous sommes programmés pour donner l’apparence d’aller bien. En même temps, qui irait se répandre en complaintes plus ou moins intimes à un inconnu ou à une simple relation? D’ailleurs sociologiquement, il est prouvé que la plupart d’entre nous estiment aller bien et être des gens « bien », voir même un peu mieux que la moyenne ! Mais à y regarder de plus près, que se passe-t-il si l’on est confronté avec une situation vraiment délicate? Par ailleurs, cette sur-estimation de soi peut se transformer en certaines circonstances en amertume et nous entraîner vers des comportements moins glorieux tintés de mauvaise foi et d’hostilité.
Si par exemple, on fait échouer des personnes à l’exécution de tâches présentées comme simples ou si on leur fait croire qu’on les rejette, elle se mettent non seulement à douter d’elles-mêmes mais à dévaloriser les autres, à devenir plus intolérantes et plus rigides. Les blessures de l’estime de soi nous affectent donc, ce qui aurait tendance à prouver que cette auto-satisfaction affichée, au calme et loin de toute confrontation, n’est qu’une fragile façade pour la plupart d’entre nous, qui se lézarde dès qu’on passe de la théorie à la pratique, du familier à l’inconnu, du calme à la menace…
 L’estime de soi et ses fragilités
Dès que nous sommes confrontées à des situations déstabilisantes, les insuffisances de notre estime de soi se révèlent au grand jour. Chez les plus vulnérables d’entre nous, elles vont générer nombre de souffrances mentales. En fait, il y a un lien évident entre les problèmes d’estime de soi et la plupart des troubles psychiques : manifestations dépressives et anxieuses, recours à des substances euphorisantes, troubles des comportements alimentaires… Comment expliquer par exemple ce besoin irrépressible d’afficher sa réussite, de suivre la mode dans ses habitudes de consommation en achetant une multitude d’objets dont on a pas besoin ? Sinon par la nécessité de flatter son estime de soi : « Parce que vous le valez bien » ! Est-on à ce point dépendant de son égo ? Sommes-nous si faibles pour être incapable de nous défendre contre la dictature de l’apparence? Ou sommes-nous trop imbus de nous-mêmes pour ne plus voir avec quelle facilité on agit avec nous comme avec des marionnettes ?
Serions-nous trop nombrilistes ?
L’égocentrisme serait le « mal du siècle » ! L’individualisme dont on nous affuble serait le responsable de notre paresse, de notre incivisme, du laxisme de nos sociétés, de la perte des valeurs humanistes, d’une certaine complaisance que nous aurions envers nous-mêmes. Le règne du culte du soi, exacerbation de l’estime de soi, se développe au détriment de valeurs altruistes nécessaires au bon « vivre ensemble ». Il est un fait que la préoccupation excessive de soi a toujours été toxique pour la personne comme pour la société. Comme souvent, tout est question de dosage et d’équilibre. L’estime de soi est nécessaire mais l’obsession de soi est toxique. Le problème n’est peut-être pas tant que nous nous préoccupons de nos petites personnes mais le fait que nous nous en préoccupons mal.
En fait, nous nous laissons trop facilement gagner par des valeurs et des injonctions factices : nous sommes obsédés par la performance, l’abondance et l’apparence. Performance : ne pas confondre vouloir bien faire et vouloir se dépasser en s’imposant des challenges pour être le meilleur. Abondance : nécessité de subvenir à ses besoins élémentaires et la faiblesse de succomber à la moindre tentation. Apparence : prendre soin de soi est une chose, refuser les signes du vieillissement naturel du corps, par exemple, en est une autre. Il nous faut retrouver le goût simple de soi.
Nous allons nous attacher maintenant à comprendre comment fonctionne l’estime de soi. Rapport à soi, rapport aux autres; rapport à l’être et au paraître…
par Benoît Lemogne | 31/08/2015 | Pervers-narcissiques, Psychologique
Achevons notre étude des pervers-narcissiques par un dernier article plein d’espoir consacré à  la guérison et au pardon. Bonne nouvelle : la victime a infiniment plus de chance de guérir que le pervers. Sa renaissance est complète, la reconstruction s’opérant en partant des fragments de personnalité préservés. A terme, il ne s’opère pas un retour à l’état initial existant au moment de la rencontre malheureuse, la victime renaissant plus forte et plus aguerrie que jamais. L’accompagnement d’un thérapeute est nécessaire pour comprendre et dépasser son profil de victime de pervers et se donner les moyens de ne plus y succomber. Le travail de reconstruction permet notamment de dépersonnaliser le sentiment d’échec qui poursuit la victime tant qu’elle ne comprend pas qu’elle n’a pas été choisie pour elle-même mais parce qu’elle correspondait à un profil. Dans ce travail de guérison, un élément est central : le pardon.
Le pardon de la victime
Le  pardon est une étape essentielle dans le processus de guérison de la victime : tant qu’elle en veut à son agresseur (ou à elle-même), sa victoire n’est pas totale. Le pardon permet la guérison du cÅ“ur, dernier rempart l’empêchant de renouer durablement avec le bonheur. Mais la question du pardon a plusieurs facettes :
Se pardonner à soi-même, d’abord
La victime va commencer son travail de reconstruction en se reprochant de n’avoir pas su se protéger contre les manigances du manipulateur. Elle va devoir faire face à sa propre implication dans le phénomène, et l’assumer y compris vis à vis de personnes qui l’auraient mise en garde et qu’elle n’a pas voulu (ou pu) écouter. Mais cette phase d’auto-critique nourrit colère, haine et mauvaise estime de soi. La victime ne doit pas rester figée dans le sentiment d’échec sinon elle fera gagner le pervers, continuant elle-même le travail de destruction qu’il a mis en place. Reconnaître ses limites et ses carences permet d’enclencher le processus de pardon à soi-même et de construire un être à la personnalité plus souple qui s’adaptera mieux aux vicissitudes de l’existence.
Pardonner au pervers, ensuite ?
Acte de courage pour certains, de lâcheté pour d’autres, l’acte de pardon peut aussi avoir une connotation religieuse : dans la prière du Notre Père que Jésus a laissée, n’invite-t-il pas à « pardonner à ceux qui nous ont offensé » ? Le pardon est aujourd’hui devenu largement profane, il s’est laïcisé. Mais entendons-nous sur la signification exacte du pardon : pardonner ne signifie pas oublier ni refouler ses rancÅ“urs. Ce ne serait alors qu’un leurre qui ne ferait que retarder le soulagement escompté. Un pardon sincère dissout les douleurs et ouvre le champ à des horizons nouveaux. Cela demande avant tout du temps et il est vain de succomber à la tentation d’accélérer le processus en entre-passant ses ressentiments dans l’espoir d’être soulagé plus vite. Un élément du pardon est important : le repenti de l’offenseur. Idéalement, ce dernier est sensé prendre conscience de sa faute, exprimer des regrets et demander pardon. Cela demande une prise de conscience et une humilité dont le pervers est absolument incapable, sauf s’il s’agit d’une ultime tentative de manipulation…
Le pardon est un acte fort. La plupart des religions, des philosophies et des thérapies prônent cette démarche libératrice, en reconnaissant pourtant la difficulté à la mettre en Å“uvre. Les étapes pour y parvenir sont les suivantes : reconnaître (et faire reconnaître par l’offenseur) sa souffrance, manifester auprès de lui pourquoi et comment on a été affecté en laissant s’exprimer sa peine et/ou sa colère, examiner la part de responsabilité de chacun dans l’offense pour parvenir à la dernière étape : remettre à celui qui nous a offensé ses mauvais sentiments en lui pardonnant. Par ailleurs, il est un piège à éviter : confondre pardon et réconciliation. La démarche personnelle de « remise de dette » n’implique pas automatiquement la reprise de relation avec l’offenseur s’il est incapable de remise en cause, ce qui est le cas pour le pervers. L’acte de pardon consiste donc dans le fait de tourner une page douloureuse, sans amertume, condition sine que non pour accéder à une paix intérieure.
Quand le pardon est impossible…
La faculté de pardonner est à la portée de personnes dotées d’une certaine intelligence relationnelle. En accédant au pardon de leur bourreau, ces personnes vont décupler leurs chances d’être de nouveau heureuses. Mais le pardon est un acte difficile à mettre en Å“uvre et certaines personnes n’y parviennent pas. La victime, que l’on incite fortement à pardonner, peut vivre cette injonction comme une menace sur sa convalescence, interprétant cette sommation comme une nouvelle contrainte insupportable. Après avoir été instrumentalisée, la victime revendique à juste titre le droit de faire le choix de ne pas pardonner, si cela lui demande trop d’énergie et ne lui parait pas juste. Car pardonner, c’est décider de laver l’offense, c’est soulager l’agresseur du poids de sa faute. Or absoudre un pervers n’a pas de sens puisqu’il ne le demande pas et qu’il est dans l’incapacité de se repentir et d’accueillir cet effort moral. Il convient néanmoins de trouver un compromis acceptable et se garder de la haine qui annihile le rapport à l’autre, autant que le rapport à soi… Ne pas pardonner pourrait simplement signifier qu’on tourne la page avec sérénité, qu’on décrète une amnistie pour regarder l’avenir avec quiétude, ayant tiré les leçons de cette lourde épreuve.
Si le pardon parait impossible, je conseillerais donc de mettre cette injonction de pardon à distance, en comptant sur le temps pour faire son Å“uvre. On dira à son entourage insistant qu’on a besoin de se reconstruire sans s’imposer cette nouvelle contrainte mais on entamera personnellement un conditionnement mental consistant à se dire régulièrement qu’il serait préférable pour soi de parvenir à libérer son cÅ“ur de ses ressentiments négatifs. Un moyen de faciliter ce travail libérateur peut être dans un premier temps d’engager le processus menant au pardon en s’évertuant à accepter progressivement l’épreuve qu’on a traversée, tout en ayant l’intention de garder pour soi le pardon de l’agresseur. Nous aborderons à l’occasion de notre prochaine série d’article consacrée à l’estime de soi le processus d’acceptation permettant le pardon. Quoi qu’il en soit, gardez bien à l’esprit que le non pardon permet au pervers de garder une certaine emprise sur sa victime alors que seul le pardon permet à la victime une LIBERATION TOTALE.